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Dissolution de Génération Identitaire: «Même sur le plan politicien, je ne trouve pas ça malin!»

Entretien avec Gilles-William Goldnadel

Dissolution de Génération Identitaire: «Même sur le plan politicien, je ne trouve pas ça malin!»
L'avocat Gilles-William Goldnadel Photographe: Hannah Assouline.

L’avocat Gilles-William Goldnadel réagit au projet de dissolution du mouvement anti-immigration Génération identitaire voulu par le gouvernement.


Craignez-vous l’annonce d’une dissolution de Génération Identitaire au prochain Conseil des ministres ?

Oui. Je n’en suis pas sûr, mais comme je suis sûr que nous ne vivons pas tout à fait dans un État de droit, ma crainte est particulièrement justifiée. Si je vivais dans un État de droit, je serais d’une placidité parfaite, mais ce n’est pas le cas. Si je vivais dans un État de droit, jamais un ministre n’aurait osé demander la dissolution d’une association aussi pacifique.

Quels recours aurez-vous, si cette dissolution est annoncée ?

Si jamais mercredi Génération Identitaire est dissoute, nous irons au Conseil d’État.

Paris, 20 février 2021
Paris, 20 février 2021

Le pouvoir est gêné par Génération Identitaire depuis des mois, mais jusqu’alors il estimait ne pas avoir d’éléments permettant d’engager une dissolution. Qu’est-ce qui a changé ?

Le ministre ! Ce qui a changé, c’est la politique, c’est le coup de barre à droite – au moins sur le plan verbal – sur l’immigration et sur l’islamisme qui nécessitait dans notre gouvernement du « en même temps » un coup de barre à gauche. C’est aussi simple que cela.

On a effectivement l’impression que cette décision que vous craignez vise à donner des gages à la gauche. Elle intervient après d’autres dissolutions polémiques (Barakacity et le CCIF). Vous pensez donc que c’est pour équilibrer ?

Oui. Mais c’est une fausse symétrie, qui a des vues politiques scandaleuses. Je ne suis pas sûr que monsieur Darmanin, compte tenu du débat qui s’est instauré, soit spécialement satisfait d’avoir pris cette décision. Même si mercredi Génération Identitaire est dissoute, bien au-delà du Rassemblement National et de la droite dure, des démocrates ne seront pas du tout d’accord avec cette dissolution. Et je ne suis pas sûr du tout que l’exécutif retrouvera à gauche de qu’il va perdre à droite. Où que je tourne mon regard, que ce soit sur le plan juridique, que ce soit sur le plan philosophique, politique ou démocratique, je trouve que c’est une décision assez stupide. Et j’ai d’autant plus de peine à le dire que j’aime bien Gérald Darmanin. Venant de Castaner, j’aurais compris, mais venant de Darmanin… Sans doute devait-il se faire excuser certaines choses par la gauche. Mais, encore une fois, même sur le plan politicien, je ne trouve pas ça malin.

Quand vous dites que c’est une « fausse symétrie », vous dites qu’on devrait tolérer une certaine radicalité à la droite de la droite, qu’elle ne constitue pas une menace pour la sécurité nationale comme le CCIF?

Pour parler franchement, les mouvements islamistes qui ont été dissous flirtaient ou mettaient de la compréhension par rapport à ce qui s’est passé avec Charlie Hebdo, par rapport au terrorisme islamique, par rapport à l’antisémitisme islamique criminel. Or les positions de Génération Identitaire, ce n’est pas ça. C’est la droite radicale qui n’en peut plus ni de l’immigration ni de l’impuissance de l’État devant son caractère massif ou illégal. Et reconnaissez qu’il faut être vraiment amoureux pour regarder le visage de l’immigration avec les yeux de Chimène.

Le 21 janvier, l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner racontait qu’il aurait bien aimé se faire Génération Identitaire, mais qu’il ne le pouvait pas. Une semaine après, qu’est-ce qui a changé ? L’expédition des Pyrénées. Alors que c’est une réitération de l’expédition des Alpes et que l’on sait qu’elle avait été considérée par la justice comme exclusive de tous délits. Par quel miracle juridique extraordinaire va-t-on pouvoir nous expliquer que désormais c’est différent ?

Ce que dit le ministre de l’Intérieur, c’est que dans ses actions à la frontière italienne ou espagnole, Génération Identitaire agirait comme une milice, c’est-à-dire qu’elle prendrait les apparences de la force publique légitime. Contestez-vous cela ?

Cela a déjà été contesté avec succès devant le tribunal. Mais le parquet, après avoir classé sans suite l’affaire tant c’était stupide, semble avoir été missionné pour tenter de faire croire que les militants se déguisaient en gendarmes. Finalement c’était des blousons sur lesquels était écrit « Génération Identitaire ». Si avoir un blouson avec le sigle de son association c’est faire partie d’une milice, il va y avoir beaucoup de dissolutions dans le monde du sport et notamment du sport de la haute montagne ! C’est une grande plaisanterie… La dernière jurisprudence en matière de dissolution de milice, c’est qu’il faut que les personnes soient sélectionnées – pour des raisons physiques notamment – pour faire partie de la milice. Alors si Génération Identitaire est une milice, personnellement je pourrais parfaitement en faire partie alors que je n’ai plus vraiment l’âge (!)

Autre point reproché à Génération Identitaire, le cas de Fabien Badaroux à Avignon qui en octobre avait lui aussi le fameux blouson et qui a menacé des passants et a été abattu par la police. Cela ne peut-il pas jouer en défaveur de Génération identitaire, ou pas du tout ?

C’était donc du temps de monsieur Castaner, qui a donc considéré que ça ne tenait pas ! Le type s’est fait abattre, je ne connais pas le dossier. Mais dans tous les partis politiques, vous avez des mauvais sujets, à supposer que celui-là en était un, ce n’est pas pour cela que vous allez dissoudre le Parti communiste français, les Insoumis et le Rassemblement National.

 Concrètement, qu’impliquerait une dissolution par la justice administrative pour les militants ?

Pour les militants rien. Pour l’association, sauf à être convaincue de reconstitution de ligue dissoute, cela l’empêcherait de recommencer ses activités. Ce serait un très grave manquement à la démocratie politique et à la liberté d’expression, mais on n’en est pas là.


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