On n’ignorait pas l’art discret déployé par Jean-Michel Delacomptée, depuis quelques décennies, pour faire parler d’éminents personnages du Grand Siècle, Saint-Simon et Bossuet, ou même du précédent, La Boétie et Ambroise Paré, et faire luire à travers eux quelques époques mal connues. Mais on était moins habitué que l’écrivain évoque directement sa propre vie, sans doute parce qu’il appartient à cette catégorie rare qui préfère se dissimuler derrière les autres pour croître sous leur ombre. Ici, dans Écrire pour quelqu’un, c’est donc son père qui, à partir d’une vieille photo jaunie retrouvée où, enfant, dans la rue, il lui tient la main et lui glisse comme un secret à l’oreille penchée, est d’apparence le sujet et le récipiendaire de la narration. D’apparence seulement, parce que derrière la figure de ce père représentant auprès des libraires, de ce père myope et albinos, modeste petit bourgeois doué des qualités qu’un fils prête habituellement à son géniteur, la droiture, la justice et la force tranquille, se dissimulent d’autres personnages qui peut-être sont eux-mêmes aussi les destinataires de ce récit. Écrire pour quelqu’un, certes, mais pour qui ?

Jean-Michel Delacomptée, Ecrire pour quelqu’un, Gallimard.

*Photo : Hammonton Photography.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Jacques de Guillebon
est journaliste et essayiste.
Lire la suite