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Le triolisme pour les nuls

Le triolisme pour les nuls

david petraeus cia

Comment peut-on envoyer des mails à sa maîtresse quand on est chef de la CIA ? Les journalistes s’étonnent de l’inconséquence érotique du général David Petraeus, ex-patron de la CIA, ex-chef des troupes américaines en Irak, démissionné en novembre pour cause de scandale conjugal. Entendons-nous bien : la question ne porte pas sur l’adultère (aucun journaliste en France ne voudrait passer pour un bigot), mais sur le principe du secret que le chef de la CIA aurait tout de même pu respecter. Tromper sa femme, passe encore, mais exposer cette aventure à une tierce personne possiblement malveillante, est-ce que ce n’est pas le comble de l’imprudence ? Comment ce héros américain a-t-il pu commettre une telle bourde, même érotique ?

La réponse est très simple : on fait toujours l’amour à trois.[access capability=”lire_inedits”] C’est ce que Shakespeare nous serine depuis Othello mais, comme nous préférons approcher la réalité en lisant les journaux (où il est pourtant extrêmement rare que l’on apprenne quoi que ce soit), il est à craindre que cette explication passe pour une lubie d’écrivain. Précisons donc ce que Shakespeare n’a pas dit : la troisième personne ne doit pas être physiquement présente. Au contraire, dans la plupart des cas, elle demeure imaginaire. Le drame commence lorsque l’imaginaire veut prendre le réel en main. C’est ce qu’illustre la femme jalouse qui, en parant sa rivale des qualités qu’elle n’a pas, croit de son devoir d’arrêter ses manigances, précipitant ainsi la chute du héros.

Dans ce triangle, le cas du général s’avère très différent. Demander à un homme de coucher avec une jolie femme sans jamais le dire à personne, c’est l’exposer à une véritable torture. Même le chef de la Contre-Insurrection n’y résisterait pas. De ce point de vue, l’avalanche de courriels ne témoigne pas tant d’une passion brûlante que d’une irrépressible envie de prendre quelqu’un à témoin − compulsion sans doute incomprise de l’intéressé lui-même.

Nous autres mortels, nous connaissons la solution la plus courante pour faire intervenir un troisième terme dans une relation à deux : prendre un verre avec un pote, et tout lui raconter. Si cette solution était interdite au général Petraeus, du moins cette compulsion pouvait-elle s’exprimer de manière virtuelle, non par l’échange de mots doux à distance, mais par le risque pris − cet appel désespéré au témoin impossible.

Si Shakespeare a raison (et Shakespeare a raison), alors deux solutions s’offrent à nous afin de ménager une place au troisième terme dans notre vie érotique. Ou bien nous adonner aux joies concrètes du triolisme (ce qui s’avère souvent une bonne idée), ou bien lui ménager une place imaginaire dans un fantasme quelconque. Hélas, nous continuons de croire que la sexualité se joue entre deux termes, de sorte que le troisième terme s’insère de la pire des façons, comme dans la jalousie. Et c’est pourquoi l’amour se termine mal. En général.[/access]

*Photo : Rep. Virginia Foxx.

Décembre 2012 . N°54

Article extrait du Magazine Causeur


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