Cette expression populaire courante, utilisée de manière banale comme mesure approximative d’un liquide, me ramène à deux souvenirs.Le premier c’est la scène d’un film d’Alain Chabat, datant d’une vingtaine d’années, la Cité de la Peur, où Chantal Lauby invitée chez Gérard Darmon se voit proposer un verre.
Cela donne ce dialogue :
Darmon : « Vous voulez un whisky ? »
Lauby : « Oh juste un doigt… »
Darmon étonné : « Vous ne voulez pas un whisky d’abord ? »
Hilarité de toute la salle.

Le second souvenir, bien moins drôle, c’est cette journaliste partie en reportage sur le Printemps Arabe en Egypte et qui fut violée sur la place Tahrir il y a quelques années.
Sur une vidéo tournée d’un balcon et disponible sur Youtube, on voit très bien la scène. Des milliers de personnes sont massées sur la place, tout à coup dans la foule un mouvement de plusieurs dizaines d’hommes entoure la blonde journaliste  et l’isole de son équipe.
Plusieurs de ces hommes tendent la main vers l’endroit stratégique convoité sur sa personne, les autres regardant tous ledit endroit avec fascination. Ce mouvement de foule glisse peu à peu et disparaît du champ. On voit également, plus loin quelques hommes du service d’ordre, reconnaissables à leur gilet, qui tentent d’intervenir et  sauveront probablement la vie de la jeune femme.
Le soir même, en direct à l’antenne, la journaliste eut le courage de raconter son viol. Parce qu’il s’agit bien d’un viol, selon la définition juridique et selon le ressenti des femmes à qui ce genre de mésaventure  arrive.

J’ai entendu des choses innommables au sujet de cette histoire, du genre : « Wahhh, faut pas exagérer… elle a pas été vraiment violée… c’était juste un doigt. »
Cela s’est produit trois ou quatre fois, venant de gentils garçons de mon entourage. Tout à fait charmants et civilisés par ailleurs et peut-être même féministes. Je ne les aurais jamais soupçonnés de vouloir minimiser un viol.
Ils ont dit ça en toute innocence

Il semblerait que la méthode employée en Allemagne,  en Suède et ailleurs ait beaucoup à voir avec celle de la place Tahrir.
Une jeune femme se voit tout à coup entourée par plusieurs dizaines d’hommes et ne peut ni fuir, ni alerter qui que ce soit.
J’imagine la terreur, l’angoisse terrible de ce moment là.

Je fais partie d’une génération de femmes pour qui la liberté n’était pas encore une évidence. Il était courant d’entendre à propos d’un viol : « Elle l’a bien cherché, si elle n’avait pas porté de minijupe ! » Comme si tout mâle en rut n’était pas capable de maîtriser ses instincts.
Il est tout bonnement ahurissant de constater que c’est à peu près la même philosophie qui ressort des propos, entre autres,  de la maire de Cologne ou d’autres officiels allemands.

Chez nous, il semblerait que notre ministre de l’Intérieur ait eu récemment cette réflexion tout à fait surprenante : « Il faut arrêter de dire qu’il y a eu des viols en Allemagne, on ne sait pas exactement ce qu’il s’est passé. »
Je propose à Monsieur le ministre de participer à la reconstitution précise de ces exercices collectifs en s’offrant lui-même comme figurant à la place des jeunes femmes.
Il viendra nous donner ses impressions et sa définition du terme viol dans la foulée.

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