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Mao était-il un dictateur ? Sur Mbappé, l’étonnant silence de LFI


Mao était-il un dictateur ? Sur Mbappé, l’étonnant silence de LFI
Mathilde Panot sur le plateau de TF1, ce 28 octobre 2026. La représentante LFI s'est montrée bien silencieuse sur la polémique Mbappé - Mao.

Mathilde Panot a-t-elle perdu sa voix ?


Kylian Mbappé a perdu des sponsors, vu son nom disparaître de campagnes publicitaires en Chine et présenté des excuses après avoir qualifié Mao Zedong de « dictateur chinois ». Marine Tondelier, elle, a choisi de défendre le footballeur en rappelant le bilan du dirigeant communiste. À La France insoumise, Mathilde Panot n’a « rien à dire » et Antoine Léaument préfère comparer l’autoritarisme chinois à la situation française. Une discrétion qui surprend venant d’un mouvement rarement avare de prises de position lorsqu’une personnalité française se retrouve au cœur d’une polémique internationale.


Il aura fallu quelques mots prononcés en plaisantant à propos d’un mème pour transformer Kylian Mbappé en sujet diplomatique. Dans une vidéo extraite de l’émission The Bridge, le capitaine des Bleus raconte que l’un des montages qui l’a le plus fait rire le représente sous les traits d’« un dictateur chinois », avant que l’image de Mao Zedong apparaisse à l’écran. La séquence a refait surface en Chine lundi et l’incendie a été presque immédiat.

Trois entreprises chinoises ont rompu leurs partenariats avec le joueur. La télévision publique a suspendu des retransmissions de Liga, des contenus publicitaires ont été retirés et le ministère chinois des Affaires étrangères s’est mêlé de l’affaire. Mbappé a fini par publier un communiqué en français, anglais et mandarin pour reconnaître une remarque « maladroite », présenter ses excuses et dire son « profond respect pour le peuple chinois et son histoire ». Le Real Madrid et la Liga ont eux aussi présenté leurs excuses.

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Tondelier défend Mbappé, Panot « n’a rien à dire »

Au milieu de cette démonstration de puissance économique et politique, Marine Tondelier a pris une position assez simple. « Kylian Mbappé a eu entièrement raison de qualifier Mao Zedong de dictateur », a écrit la secrétaire nationale des Écologistes. Elle a rappelé que la nature totalitaire du régime et les dizaines de millions de morts associés aux politiques de Mao sont établies par les historiens. Selon elle, le footballeur n’avait pas exprimé une opinion mais rappelé un fait.

À La France insoumise, la réaction est nettement moins sonore. Interrogée mercredi matin sur TF1, Mathilde Panot a d’abord constaté que Mbappé s’était excusé : « Dont acte. » Relancée sur le fond par Elizabeth Martichoux, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée a coupé court : « Je n’ai rien à dire sur cette question-là. Vous m’interrogez sur tout et n’importe quoi. »

Il n’existe évidemment aucune obligation pour un responsable politique de commenter chaque polémique concernant un footballeur. Mais le silence devient politiquement intéressant lorsque la question posée n’est plus vraiment le football. Mbappé subit des sanctions commerciales et médiatiques après avoir utilisé le mot « dictateur » à propos de Mao. La question adressée à Panot était donc aussi celle de la liberté de qualifier un régime et son ancien dirigeant.

Silence de LFI sur la polémique Mbappé – Mao : Léaument préfère parler de la France

Antoine Léaument a davantage développé sa réponse sur Sud Radio, mais sans vraiment voler au secours de Mbappé. Le député LFI estime que les excuses du joueur relèvent de sa décision personnelle et qu’il n’a pas à les commenter. Il préfère retenir de la polémique que la Chine serait un « grand pays » souvent « un peu méprisé par nos dirigeants » et présenté de manière trop brutale comme un pays de dictateurs.

Interrogé directement sur Mao, Léaument n’a pas voulu employer le mot « dictateur ». Il a reconnu que la Chine était un régime « plutôt autoritaire », avant de renvoyer la discussion vers la France : « Mais pardon, la différence exactement avec la France, entre régimes autoritaires ? La France où on ne peut pas manifester, où il y a des manifestations qui sont interdites ? » Il a ensuite précisé qu’il ne présentait pas le système chinois comme un modèle et plaidé pour des relations internationales normales avec Pékin.

La comparaison est spectaculaire. On peut critiquer très sévèrement le maintien de l’ordre français, les interdictions de manifester ou l’usage de certaines procédures politiques sans considérer que la République française et la Chine de Mao appartiennent à la même catégorie historique. Le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle ne sont pas des sujets obscurs réservés aux spécialistes de l’histoire chinoise.

Silence de LFI sur la polémique Mbappé – Mao : le parti d’habitude beaucoup moins timide

C’est surtout le contraste de ton qui nourrit la polémique. La France insoumise intervient volontiers lorsque des sportifs, artistes ou personnalités publiques sont pris dans des controverses politiques. Ses dirigeants commentent régulièrement la situation à Gaza, les décisions du gouvernement israélien, les propos de Donald Trump, les droites populistes en Europe, les violences policières ou les atteintes supposées aux libertés publiques. Le mouvement revendique d’ailleurs cette parole très politique sur les affaires internationales.

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Il serait donc caricatural de prétendre que LFI ne défend jamais les libertés publiques ou reste silencieuse dès qu’une puissance étrangère est en cause… Le mouvement est au contraire extrêmement vocal sur de nombreux dossiers ! C’est précisément ce qui rend sa prudence actuelle visible. Quand le capitaine de l’équipe de France perd plusieurs contrats et fait face à une campagne de colère massive pour avoir appelé Mao un dictateur, Mme Panot ne veut pas commenter et M. Léaument commence par défendre la nécessité de mieux considérer la Chine.

Cette différence de traitement peut s’expliquer par la ligne diplomatique de LFI, qui insiste depuis longtemps sur le non-alignement et critique une politique occidentale jugée trop hostile à Pékin. Elle peut aussi relever d’une volonté de ne pas transformer un incident commercial en affrontement franco-chinois. Ce sont des choix politiques défendables. Mais ils n’interdisent pas de constater que la prudence tranche avec le vocabulaire beaucoup plus catégorique employé par les mêmes responsables dans d’autres crises internationales…

Fallait-il vraiment s’excuser d’avoir appelé Mao un dictateur ?

La question devient d’autant plus embarrassante que Mbappé n’avait pas entrepris une attaque idéologique contre la Chine. Il racontait simplement, sur le ton de la plaisanterie, un mème qui l’avait amusé. Sa formulation était approximative – « un dictateur chinois je crois » – mais la qualification de Mao comme dirigeant dictatorial n’a rien d’excentrique dans l’historiographie occidentale. Le débat pourrait donc être posé autrement : jusqu’où une personnalité française doit-elle modifier son vocabulaire lorsque ses intérêts économiques se heurtent aux sensibilités politiques d’un marché autoritaire ? Mbappé a choisi de s’excuser, probablement avec l’espoir de sauver ce qui pouvait encore l’être de son immense activité commerciale en Chine. On peut comprendre ce choix sans considérer que Pékin avait raison de transformer une plaisanterie en affaire nationale.

Marine Tondelier a décidé de le dire clairement. LFI, beaucoup moins. Mathilde Panot ne veut « rien dire » et Antoine Léaument préfère demander si la France n’est pas elle aussi autoritaire. Pour un mouvement qui aime rarement laisser passer une bataille politique, cette retenue inhabituelle finit presque par devenir une prise de position en elle-même.



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