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Nicolas Sarkozy manœuvre-t-il pour une union des droites avec le RN ?

C'est la rumeur diffusée par "Le Canard Enchaîné"


Nicolas Sarkozy manœuvre-t-il pour une union des droites avec le RN ?
France's former President Nicolas Sarkozy arrives for the inauguration ceremony of French President Emmanuel Macron, at the Elysee palace in Paris, France, Saturday, May 7, 2022. Macron was reelected for five years on April 24 in an election runoff that saw him won over far-right rival Marine Le Pen. (Gonzalo Fuentes/Pool via AP)/ENA106/22127326199898/13756592/2205071107

Nicolas Sarkozy rêverait d’une victoire de Le Pen… et d’une grâce : l’union des droites qui embarrasse LR et le centre.


Selon Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy travaille désormais en coulisses à une alliance entre la droite et le Rassemblement national après une victoire de Marine Le Pen qu’il jugerait probable, voire inéluctable. L’ancien président aurait reçu Bruno Retailleau et Michel Barnier pour les convaincre de préparer l’après-2027. Avec une arrière-pensée très personnelle : si sa condamnation dans l’affaire libyenne était confirmée en appel, il espérerait pouvoir bénéficier d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle. Une perspective qui fait grincer des dents jusque dans son ancien camp, alors que M. Retailleau vient de rappeler que le projet du RN n’est, selon lui, « pas le bon pour la France ».

Nicolas Sarkozy n’a jamais vraiment quitté la politique. Mais à six mois de la présidentielle, l’ancien chef de l’État semble avoir franchi une nouvelle étape dans son rapprochement avec le Rassemblement national. Le Canard enchaîné affirme ce mercredi qu’il s’emploie désormais à convaincre plusieurs figures de la droite de préparer une coalition avec le RN après l’élection de Marine Le Pen à l’Élysée. Le scénario n’est plus celui d’un simple désistement ou d’un refus du front républicain : il s’agirait de réfléchir à une participation de la droite traditionnelle à une majorité dirigée par le RN.

Selon l’hebdomadaire satirique, Sarkozy aurait notamment reçu Bruno Retailleau et Michel Barnier dans ses bureaux de la rue de Miromesnil. Il leur aurait exposé sa conviction que Marine Le Pen va gagner et que la droite doit se préparer à gouverner avec elle plutôt que de se retrouver spectatrice du nouveau rapport de forces. Le Canard résume la démarche en présentant l’ancien président comme le « parrain de l’union des droites ».

Alliance Sarkozy-Le Pen : la grâce présidentielle en arrière-plan

Mais l’information la plus explosive est ailleurs. Le Canard prête à Nicolas Sarkozy une arrière-pensée judiciaire très concrète. Condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, l’ancien président a fait appel et doit être rejugé du 16 mars au 3 juin 2027. Selon le journal, il « rêve d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle » si la cour d’appel confirmait une peine de prison ferme.

Il faut être précis : il s’agit d’une information attribuée au Canard enchaîné, pas d’une intention publiquement reconnue par Nicolas Sarkozy. Une grâce présidentielle est par ailleurs une prérogative individuelle du chef de l’État ; elle dispense de l’exécution de tout ou partie d’une peine mais n’efface pas la condamnation elle-même. L’hypothèse donne néanmoins une lecture beaucoup plus personnelle à l’activisme politique de l’ancien président.

Elle n’est pas totalement déconnectée du contexte. Après sa condamnation de septembre 2025, plusieurs responsables de droite avaient dénoncé la sévérité de la décision. Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier avait même publiquement demandé à Emmanuel Macron de gracier Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen et des dirigeants du RN avaient également pris sa défense contre l’exécution provisoire.

Sarkozy a déjà rompu avec le front républicain

Le rapprochement avec le RN n’est en revanche pas nouveau. Dans Le Journal d’un prisonnier, Nicolas Sarkozy racontait avoir téléphoné à Marine Le Pen après sa condamnation pour la remercier de son soutien. La dirigeante du RN lui avait demandé s’il participerait à un futur « front républicain » destiné à empêcher son parti de gagner. Sarkozy affirmait lui avoir répondu non et promettait même de l’assumer publiquement le moment venu.

Il plaidait également pour un « rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème ». La formule avait déjà provoqué de fortes tensions dans la droite traditionnelle. Xavier Bertrand avait expliqué préférer le Sarkozy de 2007, qui combattait le Front national, à celui de 2025. Valérie Pécresse avait de son côté averti qu’une alliance avec le RN reviendrait pour LR à devenir son supplétif.

Le déplacement du centre de gravité électoral explique aussi cette évolution. Le RN dépasse désormais largement LR dans les intentions de vote et une partie importante des électeurs de droite souhaite une forme d’union. Pour Sarkozy, continuer à traiter le RN comme un parti avec lequel aucune discussion n’est possible reviendrait à ignorer un électorat dont une part votait autrefois pour lui.

Alliance Sarkozy-Le Pen : Retailleau dit non au projet RN

Bruno Retailleau ne semble pourtant pas prêt à suivre son ancien mentor jusqu’au bout. Ce mercredi, le président des Républicains a exclu de participer à un gouvernement RN en cas de victoire de Marine Le Pen. Il reconnaît des convergences sur l’ordre public et plusieurs questions régaliennes, mais estime que le programme économique et social du parti reste incompatible avec le sien.

Son reproche vise en particulier ce qu’il appelle le « social-étatisme » du Rassemblement national. Retailleau défend des réformes des retraites et de l’assurance chômage, ainsi qu’une baisse du poids de la dépense publique. Il accuse au contraire le RN d’entretenir l’assistanat et de rester économiquement beaucoup plus étatiste que la droite classique. Sa conclusion est nette : « Je suis intimement convaincu que ce projet n’est pas le bon pour la France. Je n’apporterai jamais mon concours à un projet qui n’est pas le bon pour la France. »

Le contraste avec Sarkozy est donc devenu frontal. Les deux hommes peuvent partager une partie du diagnostic sur l’immigration, la sécurité ou la nécessité de reconquérir les électeurs partis au RN. Mais Retailleau veut que cette reconquête se fasse dans les urnes, au bénéfice de LR, et non par une négociation d’appareils après la victoire de Marine Le Pen…

Le centre regarde la droite s’éloigner

Cette évolution inquiète aussi le centre, qui tente au contraire de reconstituer un espace commun autour d’Édouard Philippe, Gabriel Attal et de plusieurs responsables de la droite modérée. Philippe a proposé une rencontre des dirigeants de la droite et du centre pour préparer le prochain quinquennat. Retailleau lui a répondu en proposant plutôt un débat public, preuve que même le rassemblement du bloc non-RN reste difficile.

Une alliance post-présidentielle entre LR et le RN bouleverserait définitivement cette architecture. Elle placerait les élus de droite devant un choix que beaucoup cherchent encore à repousser : participer à une majorité Le Pen, rejoindre un bloc central recomposé ou tenter de maintenir une droite autonome devenue électoralement beaucoup plus étroite.

Dans cette bataille, Nicolas Sarkozy ne joue donc plus seulement le rôle de l’ancien président donnant des conseils à sa famille politique. S’il faut en croire Le Canard, il prépare déjà le lendemain d’une victoire de Marine Le Pen. Avec une conviction politique, celle de l’union des droites, et peut-être un intérêt judiciaire beaucoup plus personnel. C’est précisément ce mélange qui rend son activisme si explosif.



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