Pendant que l’Europe prêche, Israël se défend sur plusieurs fronts. Quelles sont les conséquences des élections israéliennes pour la France et l’UE? Analyses.
Seule démocratie du Moyen-Orient, Israël a, une fois encore, démontré la robustesse de son pluralisme politique. Les élections législatives du 27 octobre 2026, marquées par un taux de participation de 77,7 % – le plus élevé depuis 1999 –, ont illustré cette vitalité, malgré les fractures internes et le contexte régional.
L’inoxydable Netanyahu
Benjamin Netanyahu et le Likoud sont arrivés en tête des suffrages, même si le bloc qu’il dirige n’a pas retrouvé la majorité absolue des 61 sièges sur 120 à la Knesset, selon les résultats partiels. Ce recul relatif, après les 68 sièges de la coalition sortante, s’explique en partie par l’usure du pouvoir, les déboires judiciaires de M. Netanyahu et par son refus d’assumer la responsabilité politique pour les défaillances du 7 octobre 2023. Néanmoins, depuis cette date, Israël a enregistré des succès militaires et diplomatiques notables dans la région, attribuables à Netanyahu, malgré une dégradation de son image internationale.
A lire aussi, Gil Mihaely: Netanyahou, l’homme qui empêche la droite de gouverner
Cette capacité à mener des opérations sur plusieurs fronts, imposées par des adversaires multiples, renforce la légitimité du droit à la légitime défense. Il apparaît dès lors problématique que des pays européens envisagent des restrictions sur le transit d’armements ou des mesures d’interdiction, alors même qu’Israël est engagé dans des conflits qui lui ont été imposés.
Les Arabes israéliens : apartheid, 5ème colonne ou citoyens à part entière ?
Les citoyens arabes d’Israël ont voté en masse, avec des taux de participation atteignant ou dépassant 75-80 %, un niveau inégalé depuis des décennies. Cette mobilisation, en partie motivée par le rejet de déclarations hostiles (notamment celles de Itamar Ben-Gvir), contredit les accusations récurrentes d’apartheid. Les partis arabes, qui ont progressé significativement, ont qualifié la guerre à Gaza de « génocide » et adoptent des positions éloignées du consensus sioniste israélien. Certains y voient une forme de « cinquième colonne ». Pourtant, la participation électorale massive et l’intégration réelle dans la société – hôpitaux, universités, entreprises, et institutions – réfutent les schémas simplistes les présentant comme des citoyens de seconde catégorie. On aimerait que des Arabes puissent voter librement ailleurs qu’en Israël et dans les pays occidentaux !
La reconnaissance (inutile) de la Palestine
En septembre 2025, le président Emmanuel Macron a annoncé la reconnaissance par la France de la Palestine, un geste suivi par plusieurs pays occidentaux. Cet « État » demeure toutefois sans territoire, sans capitale effective et sans institutions souveraines. L’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas depuis 2005 (élu en 2006 pour un mandat initial de quatre ans), a une nouvelle fois reporté les élections législatives et présidentielles à septembre 2027. Cette reconnaissance n’a produit aucun impact concret. Elle a mécontenté les soutiens d’Israël sans satisfaire pleinement les partisans de la cause palestinienne. Elle s’inscrit dans une série de gestes symboliques qui ont contribué à affaiblir la position française sur la scène internationale.
L’hypocrisie européenne sur les « territoires »
Le sujet des implantations en Cisjordanie, qui semble central pour les institutions européennes, est traité avec une hypocrisie manifeste. En 1967, la Jordanie a attaqué Israël après avoir conclu une alliance avec l’Égypte de Nasser, qui appelait ouvertement à l’éradication de l’État juif. La perte de territoires à l’issue d’une guerre d’agression a des conséquences juridiques et politiques. La notion d’« occupation » est d’ailleurs contestée en droit international dans la mesure où aucun État palestinien souverain n’existait avant 1967 (la Cisjordanie était sous contrôle jordanien, Gaza sous contrôle égyptien). Certains pays veulent interdire l’importation dans l’UE de produits en provenance de ces territoires. Même en retenant le cadre de l’occupation, le double standard européen est frappant : la Turquie occupe le nord de Chypre depuis 1974 et la Chine le Tibet, sans que ces situations n’entraînent de sanctions, alors même que ni la Turquie ni la Chine n’avaient été attaquées.
L’impasse de la solution à deux États, Jérusalem et le « palestinisme »
Le « palestinisme » qui prévaut dans de nombreuses universités européennes et dans une large partie de la gauche constitue une idéologie mortifère. À plusieurs reprises, des offres de paix ont été rejetées par les dirigeants palestiniens, au profit d’une préférence, pour certains, pour le terrorisme – dont l’apogée fut le 7 octobre 2023.
A lire aussi, Aviad Kleinberg: Les Lumières et le candélabre
L’Union européenne et la France s’accrochent à une solution à deux États qui n’a aucune chance d’aboutir dans les conditions actuelles. Il serait plus cohérent de l’abandonner au moins en attendant une transformation profonde de la société palestinienne : reconnaissance effective d’Israël, renoncement au terrorisme et lutte contre l’antisémitisme au quotidien. Reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël comme désormais une dizaine de pays (mais sans en fixer les limites territoriales comme c’est le cas des Etats-Unis) serait aussi mettre fin à l’hypocrisie actuelle. Les ambassades européennes sont à Tel-Aviv mais les ambassadeurs se rendent à la Knesset et dans les ministères à Jérusalem pour rencontrer les autorités.
Aux avant-postes de l’Occident
Israël demeure un État menacé qui mérite la solidarité occidentale. La France ne le soutient plus de manière constante et est devenue, de fait, objectivement hostile à Israël. Le soutien américain, principal pilier historique, n’est plus garanti à moyen terme, compte tenu de l’évolution de la jeunesse américaine, des Démocrates et de plus en plus d’une partie des Républicains.
A moyen terme, Israël ne peut plus compter sur l’armement américain et doit accélérer le développement de son industrie de défense pour gagner en autonomie. La menace iranienne, même atténuée, reste bien présente. Enfin, Israël se trouve aux avant-postes de l’Occident : les islamistes ne cherchent pas seulement à détruire l’État juif, mais s’attaquent aux fondements de la civilisation occidentale.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




