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2027: La droite ne gagnera pas en polarisant plus mais en rassemblant


2027: La droite ne gagnera pas en polarisant plus mais en rassemblant
Cette semaine, la presse a spéculé sur des désaccords au sein du RN concernant la ligne à défendre pour la présidentielle. Le souverainiste Jean-Philippe Tanguy (à droite) affirme que le RN souhaite sanctionner le port du voile par une amende, pendant que Jordan Bardella (à gauche) semblerait incarner une ligne plus pragmatique, nous explique-t-on © COURDJI/SIPA -Mourad Allili/SIPA

La droite pourra-t-elle gouverner si elle est élue en clivant? Tribune.


Une vision politique se juge à sa capacité à répondre aux préoccupations essentielles d’un pays. Pour la France, trois urgences s’imposent aujourd’hui : maîtriser l’immigration, remettre le travail et la production au cœur de l’économie et rétablir durablement la sécurité intérieure. Mais aligner des mesures ne suffit pas. Il faut une stratégie, une cohérence et surtout une volonté politique capable de durer au-delà d’une campagne électorale.

Le débat sur l’immigration, l’intégration et la place de l’islam dans notre société mérite, à cet égard, mieux que des coups d’éclat. En avançant une proposition de référendum sur l’interdiction du voile dans l’espace public sans avoir préalablement sécurisé son architecture juridique, le Rassemblement national prend le risque de transformer une question politique majeure en bataille procédurale. Une interdiction générale du voile dans l’espace public soulèverait de sérieuses difficultés au regard des libertés fondamentales et de la jurisprudence européenne. La laïcité et la neutralité de l’État doivent être défendues avec fermeté, mais avec des instruments suffisamment solides pour résister au contrôle du Conseil constitutionnel et des juridictions européennes. Bref, un problème kafkaïen. 

Car gouverner ne consiste pas à annoncer ce que l’on souhaiterait faire. Gouverner consiste à disposer des moyens juridiques, administratifs, diplomatiques et économiques de le faire réellement et concrètement. La droite doit sortir de la politique du symbole pour entrer dans celle du résultat sinon, elle continuera à déplacer le combat du terrain politique vers celui des tribunaux. C’est précisément le piège dans lequel le Rassemblement national risque de s’enfermer par ses dernières déclarations sur le voile.

Retrouver des marges de souveraineté

Cette exigence de méthode doit devenir la marque d’une droite de gouvernement. La véritable question constitutionnelle dépasse largement l’interdiction de tel ou tel signe religieux : la France dispose-t-elle encore des marges juridiques nécessaires pour décider souverainement de sa politique migratoire, de ses conditions d’entrée et de séjour et de la protection de ses intérêts fondamentaux ? C’est dans cette perspective que les articles 55 et 88-1 de la Constitution méritent d’être remis au centre du débat. L’article 55 organise, sous certaines conditions, la supériorité des traités et accords internationaux régulièrement ratifiés ou approuvés sur les lois françaises. L’article 88-1 consacre constitutionnellement la participation de la France à l’Union européenne. Ces dispositions ont accompagné l’internationalisation et l’européanisation du droit français. 

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Il serait évidemment faux de prétendre que la modification de deux articles suffirait à effacer d’un trait de plume les obligations européennes et internationales de la France. Le sujet est autrement plus sérieux. Il s’agit de déterminer dans quels domaines la Constitution pourrait garantir une capacité renforcée de décision au législateur français et de clarifier l’équilibre que nous voulons établir entre souveraineté nationale, engagements internationaux et appartenance à l’Union européenne. Voilà un sujet qui pourrait légitimement être soumis aux Français. Un tel référendum porterait sur la racine du problème et non sur l’une de ses manifestations. Par son ampleur institutionnelle, il engagerait la conception même que la France se fait de sa souveraineté dans l’ordre juridique européen, comme le référendum de 1992 avait engagé le pays sur le traité de Maastricht.

Tout ne nécessite pas un référendum

Cette réflexion constitutionnelle ne doit toutefois jamais servir de prétexte à l’inaction. De nombreux leviers existent déjà qu’il faut exploiter. La France doit réexaminer l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et chercher, par la négociation ou, lorsque les conditions juridiques le permettent, par sa remise en cause, à sortir d’un régime dérogatoire qui ne correspond plus aux réalités migratoires contemporaines. Elle doit surtout obtenir l’exécution effective des mesures d’éloignement des étrangers condamnés et conditionner beaucoup plus fermement sa politique de visas et de coopération à la délivrance des laissez-passer consulaires nécessaires aux retours. L’écart entre les mesures d’éloignement prononcées et celles réellement exécutées est devenu l’un des symboles les plus visibles de l’affaiblissement de l’État. Une décision qui demeure lettre morte finit par ne plus impressionner personne. Il faut également examiner la possibilité de traiter certaines demandes de protection depuis nos consulats, plutôt que de laisser l’arrivée sur le territoire devenir trop souvent le préalable à l’examen de la situation.

La lutte contre l’islamisme politique doit elle aussi quitter le registre des déclarations et de la rhétorique stérile. Les associations répondant aux critères légaux de dissolution doivent être dissoutes. Les financements étrangers des structures cultuelles, associatives et des organisations servant de relais d’influence doivent être soumis à une transparence et à des contrôles renforcés. Cela suppose également un renseignement territorial puissant et une véritable coordination entre préfectures, parquets et services de renseignement. Enfin, la France doit passer progressivement d’une immigration trop souvent subie à une immigration davantage choisie, déterminée notamment par les besoins économiques, les compétences, la maîtrise de la langue française et la capacité d’intégration. 

Attention: maîtriser les flux n’est pas incompatible avec l’ouverture. C’est au contraire ce qui permet de préserver politiquement cette ouverture. Et une grande partie de ces décisions ne nécessite ni révolution constitutionnelle ni nouveau référendum. Elles relèvent de la loi, du règlement, de la diplomatie et de l’action administrative. Encore faut-il avoir la majorité pour les conduire.

Gagner l’Élysée ne suffira pas

C’est probablement l’une des grandes leçons que la droite doit retenir avant les échéances de 2027. Une victoire présidentielle sans majorité parlementaire solide pourrait très vite se transformer en victoire inutile. Et l’on fera à nouveau face à la paralysie comme c’est le cas depuis deux ans avec le chant du cygne macroniste. 

Le prochain président de la République devra disposer d’une majorité nette, cohérente et suffisamment durable pour gouverner. Sans elle, la volonté exprimée lors de l’élection présidentielle se fracassera sur les blocages parlementaires, les compromis permanents et, finalement, l’immobilisme. Le choix du Premier ministre sera donc décisif. Il ne s’agira pas simplement de nommer un chef du gouvernement ou de récompenser un fidèle. Il faudra trouver une personnalité capable d’élargir le socle présidentiel, de fédérer plusieurs sensibilités autour d’un contrat de gouvernement et de mener la bataille des élections législatives.

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La présidentielle donne une direction. Les législatives donnent les moyens de l’appliquer. Et le futur chef de l’État devra ainsi construire non pas une majorité de circonstance, mais une majorité de transformation, suffisamment large pour conduire en même temps la maîtrise de l’immigration, le redressement économique, le retour de l’autorité de l’État et les réformes institutionnelles nécessaires. La victoire électorale n’est donc que le début. La vraie question est de savoir comment gouverner dès le lendemain.

Redonner aux jeunes la fierté d’être français

Maîtriser l’immigration suppose aussi de savoir ce que signifie devenir français. On ne peut pas demander à ceux qui arrivent de s’intégrer à une nation qui hésiterait elle-même à dire ce qu’elle est. L’école doit donc retrouver une fonction essentielle de transmission. Le drapeau français, déjà présent dans les établissements sous certaines formes prévues par la loi, doit s’inscrire dans une politique beaucoup plus ambitieuse de transmission de notre histoire, de nos symboles et des principes de la République. L’appartenance nationale ne doit être ni honteuse ni abstraite. Elle doit redevenir une fierté que l’école explique, transmet et fait vivre, quelles que soient les origines de chacun. L’intégration ne peut fonctionner si la nation renonce elle-même à transmettre ce à quoi elle demande aux nouveaux arrivants d’adhérer. Mais la droite commettrait une erreur considérable en faisant de l’immigration l’alpha et l’oméga de son projet. Une nation ne retrouve pas sa puissance uniquement en contrôlant ses frontières. Elle la retrouve en travaillant, en produisant, en innovant et en transmettant à ses jeunes générations et ses nouveaux concitoyens.

C’est précisément là que les questions migratoire et économique se rejoignent. Une immigration qualifiée, intégrée, travaillant et correspondant à des besoins réels de notre économie peut contribuer à la création de richesse. Il faut donc sortir de deux impasses : celle d’une immigration insuffisamment maîtrisée et celle d’une économie qui décourage trop souvent le travail, la production, l’investissement et l’entrepreneuriat. Une politique migratoire restrictive qui ignorerait les besoins du marché du travail créerait demain de nouvelles pénuries de main-d’œuvre. Mais utiliser l’immigration pour compenser notre incapacité à remettre au travail une partie de notre propre population active serait tout aussi absurde.

Il faut faire les deux : sélectionner davantage l’immigration économique dont nous avons besoin et mobiliser beaucoup mieux notre propre potentiel de travail. C’est à cette condition que la maîtrise de l’immigration cessera d’être un slogan de campagne pour devenir une véritable politique de gouvernement.

La droite doit désormais choisir

Tout se tient. En effet, la France doit retrouver des marges de souveraineté, maîtriser ses frontières, sélectionner davantage son immigration, remettre le travail au centre de son modèle économique, restaurer l’autorité de l’État et reconstruire une majorité politique capable d’assumer cette transformation. Car une frontière sans économie forte protège un pays qui s’appauvrit. Une économie qui ne maîtrise plus suffisamment ses flux migratoires risque de fragiliser sa cohésion. Une loi que l’État ne sait pas faire appliquer affaiblit l’autorité publique. Et une volonté présidentielle privée de majorité parlementaire finit dans l’impuissance. La critique peut être brillante et féconde mais en politique, elle ne suffit jamais. Seules comptent finalement la victoire et la capacité d’agir.

Il est donc temps de renverser la table. Non pas en multipliant les déclarations spectaculaires ou les promesses juridiquement inapplicables, mais en préparant réellement l’exercice du pouvoir.

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La droite ne manque plus de diagnostics. Elle ne manque pas davantage de livres, de tribunes ou de propositions. Ce qui lui manque encore, c’est une stratégie de conquête et d’exercice du pouvoir, de nouvelles figures et des responsables capables de comprendre les attentes du pays tout en construisant les conditions politiques nécessaires pour y répondre.

Charles Pasqua et Philippe Séguin avaient perçu dès 1992 certaines des fractures qui allaient traverser la France et l’Europe. Nicolas Sarkozy avait compris qu’une victoire politique n’a de sens que si elle permet ensuite d’exercer le pouvoir et d’imposer une direction. En 2027, la droite devra à nouveau choisir : continuer à commenter le déclin ou se donner les moyens de gouverner. Le temps des constats est épuisé même si on le dit à chaque échéance électorale. Le prochain combat sera celui de la majorité, de l’autorité et de l’action.



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Frédéric Roussey est un dirigeant et conseiller international franco-sénégalais. Il accompagne depuis de nombreuses années l’action politique et diplomatique au plus haut niveau. Fondateur et président du groupe 1809 aux États-Unis, il conseille États, institutions et grandes entreprises sur les enjeux stratégiques et de gestion des crises. Ancien journaliste indépendant, il a couvert de nombreux terrains géopolitiques à travers le monde. Il est officier de l’Ordre national du Lion du Sénégal.

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