Un génocide par-ci, un génocide par-là
Si le mot de « génocide » a été forgé pour désigner les pires crimes de l’Histoire, il connaît aujourd’hui une banalisation alarmante. Dernier exemple en date, l’Institut Lemkin pour la prévention du génocide, une ONG américaine, a publié sur son site en janvier les avis de trois spécialistes du sujet qui annoncent que les États-Unis sont engagés dans un « processus génocidaire » contre les personnes transgenres.
Ces experts expliquent que la définition du génocide comme tentative d’anéantir un groupe national, racial, ethnique ou religieux est trop restrictive et qu’elle devrait être étendue à la notion de genre. De ce point de vue, les lois passées dans de nombreux États américains pour limiter l’accès des enfants et des adolescents à des traitements hormonaux et chirurgicaux peuvent être considérées comme génocidaires. Il en irait de même des restrictions sur l’accès des femmes trans aux toilettes féminines. Le président Trump et ceux qui ont promulgué ces mesures législatives se seraient inspirés directement de l’idéologie nazie.
L’institut en question a été fondé en 2017 par une chercheuse américaine et une juriste argentine pour alerter sur le génocide des yézidis perpétré par l’État islamique en Irak. Quand l’Institut a élargi ses objectifs en 2021, il a été rebaptisé du nom du juriste juif Raphaël Lemkin, un Polonais réfugié aux États-Unis, qui a créé le terme et le concept de génocide. La directrice de l’institut a déjà parlé de « processus génocidaire » en 2025, quand la Cour suprême britannique a décidé que la législation sur l’égalité des sexes ne s’appliquait qu’au sexe biologique. Sans surprise pour une ONG qui se montre si prête à banaliser l’emploi du terme, elle a déclaré, à peine trois semaines après le 7-Octobre, qu’Israël et les États-Unis commettaient un génocide à Gaza. Les descendants de Lemkin ont protesté contre l’utilisation de son nom et ont menacé l’institut de poursuites judiciaires. Quand les mots ne veulent plus rien dire, que reste-t-il pour nommer l’horreur véritable ?




