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Syndrome de Copenhague

Syndrome de Copenhague
Copenhague : faut-il tirer la sirène d'alarme ?
Copenhague : faut-il tirer la sirène d'alarme ?
Copenhague : faut-il tirer la sirène d'alarme ?

Chers amis téléspectateurs, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais depuis une semaine, à chaque fois que je tombe sur un reportage en direct depuis le sommet de Copenhague, j’ai une furieuse impression d’être dingue. Je retombe toujours sur le même film, un peu comme Henri Salvador dans le scopitone de Zorro est arrivé. Mon syndrome de Copenhague à moi, c’est que je suis pris en otage par l’écolomania médiatique, mais qu’en fait d’empathie, j’ai envie d’égorger mes kidnappeurs à l’Opinel émoussé.

De Tf1 à Arte, de France Soir à Télérama, c’est la même chanson avec la sécheresse qui va lyophiliser l’Afrique, les ours blancs du pôle Nord qui vont se retrouver SDF, les forêts amazoniennes transformées en parking et les Iles Tuvalu qui vont être rayées de la carte – où personne ne serait d’ailleurs fichu de les situer.

Comme si cela ne suffisait pas, on aura aussi à endurer les jeux de mots calamiteux qui enjolivent cette monophonie : “Ça chauffe !”, “Dossier brûlant”, “Climat de tension” et autres “Au chevet de la planète pour faire baisser sa température”. Pour filer nous aussi la métaphore thermométrique (remixée par Roland Barthes, quand même), on dira que ce degré zéro de l’écriture est si absolu qu’on croirait ces titres issus du cerveau d’un rédacteur du Canard privé de whisky depuis au moins deux heures.

Bien sûr, tout le monde ici aura compris, et sans mon aide, qu’avec Copenhague on aura surtout atteint des sommets d’ineptie. À titre personnel, ma préférence va à une chroniqueuse de RMC dont je n’ai hélas pas retenu le nom, et qui faisait la leçon à ses auditrices en leur expliquant comment préparer un réveillon copenhaguo-compatible : des pommes, mais pas d’ananas qui viennent par avion, du chapon mais surtout pas de bœuf qui fait des pets au méthane. Je n’ai pas pu supporter la démonstration jusqu’à la fin, mais j’imagine qu’il faut aussi boycotter le champagne à cause des petites bulles pleines de gaz carbonique, et n’allez pas vous rabattre sur le Perrier : même motif, même punition.

Devant tant d’unanimisme gluant, le causeurophile lambda a pigé tout seul qu’il y avait un loup quelque part et que cette fois, les écolos avaient réussi à l’introduire bien au delà du massif du Mercantour. On ne va donc pas vous faire perdre votre temps à vous expliquer que tous ces bons sentiments sentent à peu près aussi bon qu’une émission anale de méthane par un bovidé australien.

Et c’est bien là le problème. Parce ce flot d’âneries nous amène à penser spontanément que les experts qui parlent de danger climatique sont aussi crédibles que les scientifiques d’il y un siècle qui postulaient mordicus que la masturbation rendait sourd. Alors que si ça se trouve, le danger climatique existe pour de vrai. Gardons-nous de nous laisser induire en erreur par ce climat de terreur.

Personnellement par réaction spontanée au hulotisme ambiant, j’ai été longtemps ce qu’on appelle un “climato-sceptique”, appellation non contrôlée que se partagent les vrais sceptiques, et aussi ceux qui pensent que tout cela, c’est des foutaises, qu’aucun argument scientifique ne corrobore les retombées nocives des activités humaines sur le climat et que l’effet de serre n’est qu’un effet de manche.

Climato-sceptique, je ne le suis plus vraiment. Le sujet me passionne depuis longtemps, alors, je lis, je me renseigne, je discute, et j’ai même fini par changer d’avis. Je pense qu’il y a un problème, mais qu’il est redoutablement mal posé. N’étant pas plagiaire, ma peur d’être pris la main dans le sac l’emportant sur ma paresse, je vous renverrais au blog Sciences2 de mon ami Sylvestre Huet de Libération qui ne cesse de démonter, à contre-courant de ce qui s’écrit partout, y compris dans les éditos de son propre quotidien, les caquetages alarmistes du moment, tout en en cognant régulièrement sur Claude Allègre et le camp noproblémiste, qui en vérité, est aussi peu sceptique, en vérité, que les hystéros façon Greenpeace.

J’en suis donc arrivé à la conclusion que le problème du réchauffement climatique est à la fois moins grave et plus grave qu’on nous le dit. Je m’explique.

D’un côté, le danger est réel. Seulement, les décisions à prendre ne se posent pas en termes d’années, mais de siècles. Aucune catastrophe climatique sérieuse n’est en vue pour cet hiver, ni même pour 2012, voire pour 2050. Comme tout ce qui concerne les choses de la Terre, on baigne ontologiquement dans le long terme ou disons le moyen-long (trois siècles, c’est que dalle à l’échelle du temps planétaire). On se dit qu’il vaudrait mieux commencer à bouger aujourd’hui, mais on pourra encore agir demain, ou après-demain. Que tout ce qui va dans le mauvais sens est réversible. Qu’on aurait radicalement tort de prendre, pour amuser l’opinion, des mesures trop violentes qu’on ne mettra jamais en œuvre, à l’image de la nana qui se lance mi-juin dans le régime 100 % thé vert et œufs durs, lequel se clôt rapidement et logiquement en overdose de macarons chez Ladurée. Et qu’à part ça, il y a des tas de coins sur terre, dits émergents, où les gens ont envie de polluer avec des usines, des gros steaks et des bagnoles, comme nous le faisons nous-même depuis quelques décennies. Je ne vois vraiment pas au nom de quelle morale nous serions autorisés à les en dispenser. Tout ça se passera dans le long. Pas de panique, donc.

Mais manque de bol, c’est peut-être justement là qu’il faut paniquer, et pour de vrai. Parce que pour être réglée, cette question climatique réclame du débat d’idées, de la concertation mondiale, et surtout implique une vision et une action à long terme. Et c’est là que le bât blesse. En matière de vrai débat, ces dernières décennies, le niveau baisse bien plus vite que celui des océans ne s’élève. Quant au caractère séculaire des décisions à prendre, c’est encore pire : en politique, à Washington comme à Paris, à Moscou et bientôt à Pékin, le long terme, c’est la prochaine élection, et le très long terme, la suivante. Et alors là, les amis, on est vraiment mal pris. Il faut s’y faire : la complexité est peut-être de cette terre, pas de ce monde.


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