Qu’on se le dise, la fête des Lumières, le 8 décembre, à Lyon, n’en déplaise aux curés et aux artistes, ne célèbre ni la Vierge ni la lumière ! Par amour de l’art et de Marie, j’ai pourtant tenté l’expérience, accompagné de mes deux grands garçons, Gabriel, 6 ans, Octave, 4 ans et demi, dont je me dois, dès ces premières lignes, de saluer le courage presque sans faille, éprouvé à l’occasion de cette épouvantable soirée.

Tout commençait pourtant pour le mieux. 18h30. Une messe courte et belle, le recueillement de mes deux acolytes, d’ordinaire si fébriles, scrutant avec attention la ressemblance entre les gestes du prêtre et les dessins de leur missel simplifié. Le métro pour Fourvière rompit ce début d’harmonie. Peu de casse pourtant au regard de ce que nous aurions à subir, une fois sortis, entre Bellecour et Saint-Jean. Une foule compacte couronnée par cette grande roue d’infortune plantée sur la place et dont le blason mercantile, à la gloire du Grand Lyon, aurait dû nous alerter. Aux pieds de Louis XIV, un cube dont la magie autoproclamée n’effleura pas l’esprit de mes enfants ; ils lui préférèrent les tubes de Jedi et les cornes clignotantes, fluorescents s’entend, vendues à la sauvette et qui fleurissaient sur la tête des néophytes de la lumière, jeunes et vieux confondus.

L’art, prisonnier de la foule et de ses désirs contradictoires, partagée entre le vin chaud, la pacotille chinoise, et les chorégraphies évidemment magiques ranimant confusément les façades de cette vieille ville bourgeoise, l’art, il faut bien l’avouer, compromis par ce dérèglement de tous les sens, renonçait à ce qu’il a toujours été, un exercice du regard.

Le drame nous attendait pourtant au coin de la place Saint Jean. Impossible d’atteindre le funiculaire, momentanément fermé, impossible encore de se frayer un chemin dans l’organisme étrangement coincé entre les immeubles de cette petite ruelle. Nous n’en étions que les membres inertes, réduits à l’immobilité dans cette absurde ruelle sans intérêt, prête à éclater sous le poids de la foule. Au cœur de cette marée humaine, une autre procession pourtant, dispersée avant même d’avoir pu engager ses premiers pas, un filet de lumière, celle des bougies cartonnées de prières mariales pour l’occasion, et de chants à la Vierge dont la ferveur finit par susciter quelques mécontentements dans la foule hagarde. C’est au compte-goutte, que nous avons pu sortir de la tranchée, rejoignant, mètre par mètre, ces pèlerins d’un soir qui auraient bien voulu que les pouvoirs publics leur manifestent davantage de considération.

Quelques dizaines de mètres plus loin, un ou deux cantiques d’apocalypse joyeuse dans les poumons, car au fond c’est bien de cela qu’il s’agissait, j’ai dû considérer que l’épuisement de mes garçons nous dispensait de poursuivre jusqu’au sanctuaire.

« Merci Marie ». Quel écho ces lettres lumineuses accrochées à la colline auront-elles trouvé dans ce brouhaha touristique ? Quels états d’âme ces églises ouvertes auront-elle su provoquer chez ces consommateurs de féerie ? Jean-Baptiste criait dans le désert. Comment croire que la Lumière puisse se satisfaire de ces lumières intempérantes ?

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