Russie : la liberté d’information, pour quoi faire ?

Pendant que les yeux occidentaux sont braqués sur  le flanc est de l’Ukraine, le camarade du Kremlin poursuit tranquillement ses manœuvres internes. Pas un regard sur les manifestants de Moscou qui ont dénoncé la mainmise du pouvoir sur les médias russes. Pourtant, près de 5000 participants, d’après le journal Snob.ru, ont marché hier pour exiger l’indépendance des médias. Sans surprise, l’information n’a pas été relayée sur les chaines publiques russes.

Pour faire rentrer dans le rang l’agence de presse Ria Novosti en novembre 2013, le Kremlin a connu moins de complication. Le gouvernement avait rédigé un décret, obligeant la fusion de l’agence à la chaine étatique Russia Today. Punition bien  méritée pour l’ancien directeur de Ria Novosti qui avait le mauvais goût de publier des articles d’opinions s’éloignant de la position du gouvernement.

C’est surtout en janvier 2013 que la ruche médiatique a été ébranlée. Lorsqu’une série de lois contraignantes et liberticides ont été promulguées au nom de la protection nationale. Désormais, tous les sites jugés « indésirables »peuvent être bloqués, toutes les données personnelles émises sur le net peuvent être récupérées. À l’époque, il s’agissait de prétendues mesures de sécurité encadrant les jeux olympiques, aujourd’hui, plus rien ne les justifie mais elles n’ont pas disparu.

Depuis un an, les barrières protégeant la liberté de la presse tombent une à une. Le plus grand réseau social russe « Vkontakte », sorte de Facebook local, est la dernière proie de l’ours russe. Il n’en a fait qu’une bouchée le mois dernier. Son fondateur Pavel Durov, a dû vendre les 12% de  parts qui le rendaient majoritaire à Ivan Tavrin, directeur général de Mégaphone. Ce dernier n’est autre que le partenaire du second actionnaire majoritaire devenu, de fait, le premier, Alisher Usmanov, proche du pouvoir.

Le fondateur de Vkontakte, Pavel Durov, n’a pas été une proie facile. Le jeune homme d’affaires, pétri de bonnes intentions, a toujours tenu à ce que son réseau soit un lieu d’échange d’informations libre. À cette fin, il avait hébergé son site en Europe. Mais les pressions pénales (il a été accusé  d’avoir écrasé un policier en voiture) et financières ont fini par vaincre  l’irrésistible défenseur des droits.

Le héros de toute une génération est donc parti monter une nouvelle entreprise, et Poutine se lèche encore les babines.

 

 


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est journaliste à Causeur

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