En pleine crise des retraites, Elisabeth Lévy recevait Pierre-Henri Tavoillot dans L’esprit de l’escalier sur REACnROLL. Le président du Collège de philosophie y distinguait trois âges de la vieillesse. Causeur vous invite à lire un extrait de l’émission, que vous pourrez visionner en intégralité sur le site de la webtélé des mécontemporains (5€ par mois).



L’esprit de l’escalier avec Pierre-Henri Tavoillot, à voir sur REACnROLL.

Verbatim

Elisabeth Lévy. Vous vous êtes beaucoup intéressé aux âges de la vie. J’aimerais donc vous interroger sur la crise des retraites. Un paradoxe m’intrigue : autour de nous, quand les gens partent en retraite, ils ne sont pas très heureux, c’est souvent un début de déclin, la fin d’une existence sociale… mais collectivement, dès qu’on nous demande de travailler une demi-heure de plus, on crie comme des porcelets qu’on égorge ?

Pierre-Henri Tavoillot. La retraite est considérée comme un droit mais c’est aussi, existentiellement, une brisure profonde. Ce point est absent du débat politique sur la question des retraites. On ne voit pas que la retraite a considérablement changé. A l’origine, Bismarck l’a inventée avec une petite ruse. Il voulait couper l’herbe sous le pied des sociaux-démocrates et des socialistes et il envisageait ce qu’on appelait à l’époque « une retraite pour les morts ». C’est-à-dire qu’il avait calculé l’espérance de vie – 65 ans – et avait décidé de mettre la retraite à 65 ans pour n’avoir rien à payer ! La retraite était conçue au départ comme un court temps de repos après un long temps de labeur. Aujourd’hui, elle a évidemment un sens tout à fait différent. C’est plutôt une bonne nouvelle : grâce à l’Etat-providence, la retraite est devenue un long temps après un temps de labeur de plus en plus court. En temps réel, on travaille de moins en moins : moins de 10% de l’existence. On entre sur le marché du travail plus tard, on a des journées malgré tout plus courtes, on a un temps de travail hebdomadaire plus court, on vit plus longtemps et on a des vacances. La retraite est devenue quelque chose de tout à fait différent qu’il faut repenser. La retraite, pour quoi faire ? Avec l’augmentation de l’espérance de vie, elle doit être reconçue et la question de l’âge d’entrer dans la retraite doit être reposée du tout au tout.

Vous nous dites qu’il est plus facile de vieillir aujourd’hui, notamment grâce aux progrès de la médecine, mais aussi parce que l’âge de la vieillesse mentale recule. N’y a-t-il pas un enfumage sur le thème « la retraite est le plus bel âge de la vie » ? Pascal Bruckner a aussi une vision un peu romantique de la chose…

Il faut bien voir que l’espérance de vie a augmenté, surtout dans deux âges de la vie. La jeunesse est beaucoup plus longue : on sort de l’enfance beaucoup plus tôt et on entre dans l’âge adulte beaucoup plus tard – certains disent même qu’on n’entre jamais dans l’âge adulte et qu’on passe directement à la nouvelle adolescence qu’est la vieillesse qui arrive. L’adolescence est donc interminable et la vieillesse est allongée. Simplement, au sein de la vieillesse, il y a trois vieillesses. D’abord, une sorte de vieillesse où on est âgé sans être vieux (l’âge de la retraite, on repart bon pied bon œil pour une autre carrière où on voyage, suit des cours de philo, ou divorce…). Même si la pension moyenne est de 1200 euros, il y a cette image de la retraite come un âge d’or. C’est ce qui plombe un peu le débat. A côté de cette première vieillesse, il y en a une deuxième : la vraie vieillesse habituelle, classique, marquée par le syndrome du rétrécissement et le syndrome du glissement : le monde devient plus étroit, on a de plus en plus de mal à remonter la pente. Et puis il y a une troisième vieillesse : la vieillesse de la dépendance et de la perte d’autonomie, qu’on veut absolument éviter. Là est la nouveauté : la vieillesse, qui était très courte, est devenue très longue, avec des phases différentes. Et on est évidemment incapable de dire à quel âge on va passer de l’une à l’autre. On espère tous éviter la troisième, peut-être limiter la deuxième et allonger le plus possible le premier.

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