Civilisation française est un texte lumineux de Georges Duhamel qui explique pourquoi les Français se méfient des réformes (bonnes ou mauvaises) qu’on leur propose ou qu’on leur inflige… Le livre date de novembre 1944. Georges Duhamel l’a publié à peine la France libérée. Il n’a pas pris une ride. La France si.


L’écrivain Georges Duhamel connaissait bien la France et les Français. Bien mieux que ceux qui nous gouvernent en pensant qu’elle se gère comme une start-up. Voici son texte.

« La France a fait, en un siècle, plusieurs révolutions qu’elle souhaitait exemplaires et qui l’étaient en effet puisqu’elles servent encore de modèle aux peuples qui cherchent laborieusement à s’affranchir de leurs chaînes. Or ce pays, qui est considéré comme une patrie de l’esprit révolutionnaire et qui en tire une grande fierté, se trouve être aussi l’un des réduits de l’esprit traditionaliste et conservateur. Les Français éprouvent, en même temps, un grand appétit et une extrême méfiance de la nouveauté. Les gens qui se disent pratiques et positifs n’ont pas assez de mots pour railler cette résistance des Français à ce que l’on nomme, non sans intempérance et présomption, le progrès. C’est sans doute que les Français, instruits par une longue et douloureuse expérience, hésiteront toujours à quitter une position sûre et définie pour en adopter une autre qu’on montre plus avantageuse mais dont ils n’ont pas l’expérience. Les Français hésiteront toujours à quitter le vieil outil rustique et familier pour en saisir un qu’on leur présente comme meilleur mais sur lequel ils gardent un doute. »

Tout ici est bien dit. Tout ici est émotionnellement juste. Bien plus vrai qu’un Grand Débat, qui fut seulement un aimable spectacle de foire. Les Français ne disent pas non aux réformes. Mais ils s’en inquiètent. Peut-être que Macron aurait pu les accompagner avec un peu d’amicale pédagogie.

Au lieu de quoi, ayant regardé les chiffres préparés par les logiciels de ses services, il utilise la manière forte, sûr qu’il est d’avoir raison. À sa façon, Georges Duhamel dessinait, il y a plus de soixante-dix ans, le portait des « Gaulois réfractaires ». Mais lui, il les aimait. Tel n’est pas le cas du président de la République.

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