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Trois auréoles germaniques

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Colmar, Besançon et Dijon présentent trois expositions sœurs dédiées à la peinture germanique, période et région méconnues en France. Regard sur trois chefs-d’œuvre. 


« Peintures germaniques », c’est-à-dire produites entre 1370 et 1550 dans cet espace compris entre l’Allemagne et l’Autriche actuelles, la Suisse du Nord et l’Alsace, à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, quand le Saint-Empire romain germanique existait encore. Cet art germanique est peu représenté en France puisqu’une campagne de recherche a identifié à peu près 500 tableaux sur tout le territoire, dispersés dans les plus grands musées et les plus humbles églises paroissiales.


Les trois expositions qui présentent cette moisson permettent d’apprécier cet art inventif, qui se libère peu à peu des canons du gothique international et réussit, entre retables publics (à la fonction et à l’usage intelligemment décrits) et tableaux de dévotion privée, à proposer aux fidèles catholiques – la grande majorité de tableaux présentés est religieuse – une vision originale et exaltée des évangiles et des vies des saints magnifiés par l’or généreux, la couleur omniprésente, les motifs somptueux, les costumes singuliers, les figures qui confinent à la caricature et les compositions savantes.

Sainte Ursule à Colmar

Ursule, princesse bretonne en pèlerinage, fut capturée par les Huns à Cologne et exécutée avec ses suivantes (qui n’étaient pas onze mille) puisqu’elle refusa d’épouser Uldin, fils de Balamber. On l’invoquait donc pour obtenir une bonne mort, un bon mariage et pour protéger des jeunes filles. Devant les remparts de la ville, on ramasse les corps des martyres, toutes auréolées. Les flèches, enfoncées jusqu’à l’empennage, les ont percées en pleine tête ou en plein cœur. Les vierges, toutes au visage pâle, serein et rond, jonchent le sol. Leurs auréoles d’or sont quasi matérielles : celle de la martyre la plus à droite projette son ombre sur le sol, toutes cachent ce qui est derrière elles, dissimulant les visages, s’étageant pour ne plus former, à gauche à mi-hauteur, qu’une série de vagues dorées stylisées, comme on en voit dans les enluminures. Plus loin, les superbes Sept dignitaires ecclésiastiques ne sont que six : le septième se résume à la pointe de sa mitre émergeant derrière l’auréole poinçonnée du personnage principal. Ce qui est fascinant, c’est l’apparition immédiate des auréoles, à peine le martyre consommé : dans le Retable de sainte Marguerite, les panneaux racontant l’histoire de la sainte ne dotent pas d’une auréole ceux de ses compagnons qui furent décapités avec elle. Mais au pied des remparts de Cologne, les Huns ont allumé une macabre féérie, onze mille lanternes luisant ensemble.

La récupération des corps des Onze Mille Vierges sur le champ de bataille, v. 1450. Fragment d’un retable.
© Musée de l’Œuvre Notre-Dame, Strasbourg.

La Vierge à Besançon

C’est une mise au tombeau tout en longueur : le tableau est la prédelle (partie basse) d’un retable. Le Christ, qui paraît moins mort que dolent, est couché sur un autel de pierre rose. Tous les personnages sont revêtus d’étoffes délicates, aux plis fluides, presque maniérés, aux tons acidulés, comme la manche moirée de Joseph d’Arimathie, à droite, qui alterne le jaune et le bleu. Les auréoles sont des disques parfaits qui se placent spontanément à l’arrière-plan des figures (saint Jean, de dos, n’est pas caché par son auréole) et tiennent à rester verticaux, sans se plier aux mouvements de leurs porteurs : la Vierge n’est pas centrée dans son auréole, qui est plus un écran accompagnant qu’un attribut solidement implanté sur la nuque. La Vierge, au visage et à l’auréole tout spécialement rayés par un iconoclaste (si les peintures germaniques sont rares, c’est qu’elles ont été très largement détruites par les protestants) : le restaurateur n’a pas voulu réparer l’outrage et les griffures un peu brunes, parallèles au corps du Christ, sont comme la trace du glaive de douleur que Syméon prophétisa à la Vierge.

Entourage du Maître des Volets de Strahov, La Mise au Tombeau, v. 1520-1530.
© Musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

Sainte Catherine d’Alexandrie à Dijon

À Chambon-sur-Voueize, sainte Catherine d’Alexandrie, dans une robe pourpre aux plis fondus, décorée de brocards appliqués dorés (motifs métalliques rapportés sur la peinture), attend que le bourreau lui tranche sa tête déjà discrètement auréolée : elle a déjà été longuement torturée après avoir triomphé de cinquante docteurs païens (que l’empereur Maximin fait brûler, pour leur apprendre), son exemple a entrainé la conversion de l’impératrice (que l’empereur Maximin fait alors exécuter avant de proposer la place à sainte Catherine), elle a une fois de plus refusé d’épouser Maximin, c’en est assez. Le bourreau est une manière d’élégant jouvenceau, qui n’est pas affublé comme souvent de vêtements outrageusement à la mode et d’une figure caricaturale : non, il paraît normal, on dirait même un noble de la cour, un dégénéré sadique. La manière qu’il a de relever la tête de la sainte pour bien contempler ce qu’il va détruire est saisissante. Il sourit avec satisfaction, sans rictus, de pure joie mauvaise. Mais la sainte regarde déjà ailleurs, au-delà du bourreau, les anges qui dans le ciel doré lui font signe qu’ils l’attendent…

Atelier de Hans Pleydenwurff, La Décollation d’une Vierge, v. 1465. 
Abbatiale de Chambon-sur-Voueize © Région Nouvelle-Aquitaine.

Maîtres et merveilles (1370-1530), jusqu’au 23 septembre. Dijon, musée des Beaux-Arts.
Couleurs, gloire et beauté (1420-1540), jusqu’au 23 septembre. Colmar, musée Unterlinden.
Made in Germany (1500-1550), jusqu’au 23 septembre. Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie.

Je servirai M. Bardella

La vague bleue, redoutée par le camp progressiste, attendue dans la France entière à l’exception de Paris, a donc déferlé au premier tour. Souvent, le devoir de réserve des fonctionnaires n’aura pas été respecté. Les pétitions, rappels à l’ordre, sommation à bien voter n’ont servi à rien.


Chez les hauts fonctionnaires, cela fait un moment que l’on se gratte le cerveau sur l’attitude à adopter face à un gouvernement RN. La revue Acteurs publics nous apprenait à la mi-juin que les jeunes pousses étudiantes de l’Institut national du service public (INSP, ex-ENA) étaient confrontées à un terrible cas de conscience. Devraient-ils se mettre en retrait de la République dès leur sortie de l’école, se réfugier dans une administration non exposée au programme du RN et refuser, par exemple, de servir au ministère de l’Intérieur afin de ne pas avoir à mettre en œuvre « les mesures sécuritaires du RN » ?

Toutefois, ces affres n’affectent que leur hémisphère droit. Le programme du Nouveau Front Populaire, lui, ne les inquiète pas : « Certains élèves tiennent toutefois à préciser que les inquiétudes qui traversent actuellement la haute fonction publique concernent le seul programme politique du RN et non celui du Nouveau Front populaire », précise Bastien Scordia, l’auteur de l’article. Nous voilà rassurés. Ces futurs agents de l’État ont déjà intégré au plus profond de leur cortex le logiciel mitterrandien, vieux de plus de 40 ans, du cordon sanitaire contre la bêbête immonde. Des esprits libres, ces petits jeunes.

À ces fonctionnaires en herbe qui s’interrogent sur le sens de leur devoir, et à tous ceux de leurs aînés qui vont appeler à la résistance passive ou active dans les prochains jours, je voudrais rappeler quelques données élémentaires.

Servir un gouvernement que l’on n’aime pas : le quotidien du fonctionnaire

Seuls les supporters d’un régime totalitaire ont une chance de servir toute leur vie un gouvernement auquel ils adhèrent entièrement. Mais comme nous sommes en démocratie et, a priori, tous démocrates, les agents de l’État français sont condamnés à connaître l’inverse. Et pas seulement pendant 15 jours.

De 1958 à 1981, les fonctionnaires de gauche ont attendu 23 ans avant d’accueillir François Mitterrand à la tête de la Vᵉ République. Leurs collègues de droite ont dû endurer 14 années de règne de « Tonton » Mitterrand avant de voir Jacques Chirac arriver à son tour au pouvoir. Tous sont restés à leur poste. J’en ai fait de même durant toute ma carrière, moi qui ai passé mon temps à voter pour des listes qui dépassaient rarement les 5%. À chacun son problème, mais dans son for intérieur si cela ne vous dérange pas.

« Oui, mais le RN c’est différent… » Vous connaissez la suite, inutile de vous faire le sketch entier. Les esprits formatés par des années de matraquage médiatique devraient essayer d’imaginer l’effroi des fonctionnaires de l’État lors de la nomination de ministres communistes au gouvernement en 1981. L’Union soviétique pointait ses missiles vers la France mais le PCF soutenait le régime de Moscou sans état d’âme. L’Union de la gauche décidait dans la foulée de privatiser les banques et les grandes entreprises. Excusez du peu. C’était autre chose que les mesurettes prudentes du RN d’aujourd’hui. Pourtant, malgré ce tremblement de terre tous les agents de l’État sont restés à leur poste en 1981. Ils ont cherché à « faire de leur mieux » avec les ministres et les politiques que François Mitterrand leur donnait. Aucun n’a appelé à la résistance et encore moins au sabotage. Et la France a poursuivi son chemin.

Le service du peuple et rien d’autre

Moi-même, j’ai plus d’une fois serré les dents et mis un mouchoir sur mon opinion personnelle afin de défendre une ligne politique au rebours de ce que je croyais bon pour le pays. Je l’ai fait sans faillir pour une raison implacable : cette ligne politique émanait d’un gouvernement élu démocratiquement par le peuple français.

Car il est une évidence qu’il faut régulièrement rappeler. Pour qui travaillent les fonctionnaires ? Pas pour leur pomme, ni pour défendre une ligne politique. Les fonctionnaires ont pour mission de mettre en œuvre de manière efficace et intelligible les choix politiques du gouvernement issu du choix du peuple français. Refuser de servir ou, pire, appeler à la résistance, c’est refuser le choix du peuple et, par conséquent, refuser la démocratie. Nos jeunes turcs de l’INSR seraient-ils en réalité la menace contre la démocratie qu’ils croient déceler au RN ? Une petite introspection de ces esprits trop bridés serait salutaire.

Assister un gouvernement de néophytes : un rôle stratégique

Un gouvernement RN sera inévitablement un gouvernement de « bleus » avec une expérience limitée de l’exercice du pouvoir. Le rôle des hauts fonctionnaires n’en sera que plus important et plus gratifiant.

Des mesures dans le programme du RN pourraient conduire la France dans le mur ? Votre devoir sera d’agir pour éviter la sortie de route. Souligner la complexité des sujets, proposer des compromis intelligents, c’est ce que l’on attend des grands fonctionnaires. Ce sera l’heure des vrais serviteurs de l’État, des mandarins éclairés. Mais pour cela, il faudra être solidement à son poste et non en train de manifester de Bastille à Montparnasse contre le fascisme au pouvoir.

Si le RN arrive à Matignon, les Français auront besoin de vous. Non pour saboter la politique qu’ils appellent de leurs vœux, mais pour la mettre en œuvre de manière cohérente, utile et, naturellement, dans le respect du droit. Ce n’est donc pas le moment de se tromper de posture et d’époque.

Le conformisme affligeant des nouvelles pousses

Ce qui est le plus triste dans les propos des apprentis hauts fonctionnaires de l’INSR, c’est le conformisme de leur pensée. Que ces bêtes à concours censés doté d’un sens critique et d’une capacité d’analyse acquis au cours de leurs études, refusent de voir ce que tous les Français ont constaté depuis belle lurette – à savoir que le RN de Marine Le Pen/Jordan Bardella n’était plus le FN de Jean-Marie Le Pen – est consternant.  Qu’ils se croient obligés de répéter le discours rituel sur la montée des extrêmes, pardon de l’extrême, montre que le conformisme et la couardise s’épanouissent remarquablement bien dans la jeunesse. Absence de lucidité, refus du réel ou manque de courage, dans tous les cas, rien de glorieux pour ces futurs agents de l’État.

Tout aussi triste, la paralysie du côté gauche de leur sens critique qui les empêche de porter un regard objectif sur le programme du NFP. Il se sentent obligés de faire un distinguo entre le programme de droite, forcément un torchon de cuisine, et celui de gauche qui, quelles que soient les dingueries qu’il contient, est élevé au rang de serviette et accepté à table.

Mais rassurons-nous. Les esprits grégaires, conformistes ou pleutres ont un avantage. Ils ont la colonne vertébrale d’un mollusque. Il ne leur faudra pas longtemps pour actualiser leur discours quand ils comprendront qu’ils ne risquent rien à dire ce que tout le monde voit sur le RN, le NFP ou sur le Président lui-même. Et la France poursuivra son chemin.

10.5 millions de «fachos»?

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Une majorité « fasciste » à l’Assemblée nationale ? C’est le grand retour de la tarte à la crème du « front républicain ». Pourtant, plus de citoyens français ont apporté leur suffrage à un candidat du RN hier qu’à Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle ! Une majorité absolue du parti de Jordan Bardella est possible, dimanche prochain, même si tout le reste de l’échiquier politique se ligue contre lui. À côté d’une partie importante de la jeunesse qui poursuit le rêve utopique d’un monde où les différences culturelles ne comptent pas, le RN apparait comme conscient de la menace islamiste et à l’écoute du peuple qui veut conserver son identité.


Les estimations des élections législatives du 30 juin 2024 sont tombées à 20 h. Des résultats sans grande surprise, en réalité. Face aux bons résultats confirmés du Rassemblement national (RN), on a pu souligner la bonne tenue du Nouveau Front populaire (NFP) qui témoigne de cette alliance réussie, électoralement s’entend, de la carpe muette d’une union de gauches renouvelée avec le lapin sorti du chapeau de Mélenchon, habillé pour la circonstance du keffieh de Rima Hassan qui séduit tant les banlieues islamisées… Les castors sont de retour, une fois de plus, avec l’espoir de faire barrage aux « fascistes » du RN. 

Les antifas violents inquiètent

Mais qui sont les « fachos» aujourd’hui  ? Qui a un discours de haine ? Qui veut censurer et empêcher une expression libre ? Qui refuse le débat démocratique ? Quand j’ai voulu réunir à Dresde, en Allemagne, les partisans et les adversaires de l’immigration, les partisans de PEGIDA, un mouvement qui se proclame ouvertement adversaire de l’islamisation et de l’immigration de masse en provenance des pays musulmans et les partisans de l’accueil illimité de réfugiés et l’ouverture des frontières à « la misère du monde », qui a refusé au premier abord une proposition de dialogue sans langue de bois ? Les fachos de Pegida ou leurs adversaires ?  

Finalement, ces dialogues ont eu lieu dans toute la ville, malgré les tentatives d’obstruction violente des antifas, malgré leurs lettres de dénonciation aux universités, aux églises, à la mairie, de cette invitation faite aux « fachos » et à leurs opposants d’une discussion libre et sans tabous. Le résultat fut stupéfiant :  une compréhension mutuelle acquise progressivement malgré des débuts houleux et même violents verbalement, une forme d’intelligence collective qui partant d’une appréhension d’une réalité complexe, permettait de chercher des solutions aux problèmes présents et futurs posés par cette arrivée en masse de vrais et de faux réfugiés. 

Perte de tous les repères et retour des hiérarchies

En fait, tous les repères idéologiques sont bousculés. La division politique traditionnelle entre la gauche et la droite risque de rendre invisibles les transformations culturelles et psychologiques des individus et, en particulier, de ceux qui appartiennent à la jeunesse des classes éduquées, vivant dans les métropoles urbaines. Plusieurs générations ont vécu après-coup le traumatisme de l’anéantissement des juifs d’Europe et en même temps la repentance de la colonisation. Les nazis établissaient une hiérarchie entre des races supérieures et des races inférieures. Les colonisateurs croyaient en la supériorité de la civilisation européenne sur les indigènes de l’Amérique et de l’Afrique. 

Les nouvelles générations de l’Occident, formatées par un enseignement qui condamne légitimement à la fois le génocide des juifs et les horreurs de la colonisation, ne veulent plus connaître de différences entre les êtres humains. Les Européens modernes, précisément ceux qui font partie des classes éduquées, poursuivent un rêve d’amour universel, un rêve d’un monde qui ne connaîtrait plus le racisme et la guerre. 

Ils plaquent sur la réalité d’aujourd’hui cette utopie d’une humanité réconciliée, unie et identique. Ce refus de voir les différences et les hiérarchies entre les êtres humains et leurs cultures est une réaction parfaitement compréhensible à un passé douloureux mais aboutit à un déni de réalité. Cette jeunesse occidentale, instruite et pacifiste, établit une équivalence entre clandestins et habitants légaux d’un pays, entre les genres, entre les sexualités, entre les générations, entre les cultures et les civilisations. Pour elle, il ne doit plus exister de hiérarchies et de différences. 

Ceux qui s’opposent à ces indistinctions, qui veulent que les frontières et les nations subsistent, ceux qui ouvertement déclarent que les cultures n’ont pas une valeur égale, que le voile, la polygamie, les mutilations sexuelles n’ont pas droit de cité sont des fascistes, des racistes, des héritiers du nazisme ou du pétainisme. On stigmatise des populations entières qui vivent dans la peur d’un lendemain qui serait appauvri et trop différent et on qualifie de populistes ceux qui prennent leur défense.

Le RN conscient de la menace islamiste, et à l’écoute du peuple qui veut conserver son identité

L’islamisme, nouveau totalitarisme, profite de ce déni de réalité et impose sous prétexte de tolérance et d’acceptation de la diversité ses propres valeurs et ses usages pourtant en contradiction totale avec les valeurs occidentales d’égalité et de droits humains. Aujourd’hui, l’islamisme est une extrême-droite antisémite, héritière du nazisme et des fascismes européens.

Il s’agit donc aujourd’hui de bien identifier ce nouveau totalitarisme et de ne pas se tromper de cible. Les collaborateurs et les « idiots utiles » de l’islamisme font entrer les loups dans la bergerie, en qualifiant les conservateurs populistes qui résistent à l’islamisme de politiciens d’extrême-droite. Même si dans les partis de ces conservateurs, il subsiste certainement des éléments anciens proches du fascisme ou en France du pétainisme, Trump et les conservateurs américains, Meloni, Gert Wilders, Netanyahou, Orban, Pegida et leurs équivalents dans toute l’Europe sont des conservateurs, des populistes qui ont entendu la voix des peuples qui résistent à ces changements de civilisation voulus par l’islam politique, lui-même allié à un antiracisme immigrationniste qui refuse aux Occidentaux le droit de préserver leur identité, différente de celle d’autres identités, et aux juifs la possibilité de rester une nation souveraine, de protéger leurs frontières et de résister à la volonté islamiste d’en faire les dhimmis d’une oumma sans limites. La lutte antifasciste aujourd’hui doit se mener contre toutes les tentations totalitaires et en particulier contre l’islamisme qui est une extrême-droite, xénophobe, autoritaire, antisémite et anti-occidentale, comme les fascismes qui l’ont précédé au cours du siècle précédent. Les islamistes et leurs compagnons de route gauchistes, indigénistes, exploitent la peur de l’extrême-droite européenne afin d’assurer le triomphe d’une idéologie mortifère et intolérante qui s’affuble du masque de la justice sociale et de l’antiracisme. 

La friche bouge

Après la poussée du RN constatée dans les urnes le 30 juin, les résistants de bac à sable vont évidemment s’en donner à cœur joie durant l’entre-deux-tours…


Après la Bérézina des Européennes, le 30 juin, c’est Blücher. Pris en sandwich entre le Mamelouk Mélenchon et Kaiser Bardella, l’Empereur Emmanuel n’a plus beaucoup d’atouts. Pendant La Semaine sainte de l’entre-deux tours, les cloches déballent. Valérie Hayer a filé comme un bas, à Bruxelles, Gérald Darmanin déserte, François Bayrou se prend pour Louis XVIII, Gabriel Attal montre le bout de son Ney. Le Président ne peut se résoudre au vol noir des corbeaux sur nos plaines, aux cris sourds du pays qu’on enchaîne. Stratège émérite, lutteur infatigable, sur les ondes, sur la plage, au Touquet, à Zuydcoote, Dunkerque, Brégançon, dans le sang, les larmes, la sueur, la peur, il se débat.

La bataille de France

El Destishadok, ténébreux, veuf, inconsolé, prince d’Aquitaine, au détour de deux tours, abolit. Son assemblée est morte, son Attal consterné porte le Soleil noir de la Mélancolie. On ne fait pas d’Hamlet sans casser d’œufs. « Suis-je Brutus, Pyrrhus ? Jupiter ou Pignon ? L’affront est rouge encor au tréfonds de moi-même. J’ai échoué dans la grotte où sombre mon système… ». La ligne Imagine.haut du Grand Quartier Général Renaissance est enfoncée, l’armée du Centre cède à Sedan, La Route des Flandres coupée à Hénin-Beaumont. Les loups sont entrés dans Thoiry. Jonathan Guderian fonce vers Matignon.

Jupiter peaufine un appel du 8 juillet : « Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude. J’ai dégoupillé la grenade de la dissolution pour clarifier. L’espérance doit-elle disparaître ? Non ! Foudroyés aujourd’hui par la force électorale, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force supérieure. Moi, Président Macron, j’invite les CEO, les start-ups, les traders, les Français, qui se trouvent à Luxembourg, New York, Genève, La Défense, avec ou sans états d’armes, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu’il arrive, la phrase de la résistance française ne doit pas s’éteindre. Demain, comme aujourd’hui, comme hier, avant-hier et après-demain, je parlerai ». Dominique de Villepin, Alain Minc, Nagui et McKinsey ont relu le draft. Brigitte est inquiète… Le silence de la mère.

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L’exode a commencé. La Traversée de Paris est compliquée. Anne Hidalgo et Amélie Oudéa-Castéra ont coupé les grands axes, les ponts sur la Seine pour retarder l’ennemi. D’interminables files de Tesla, SUV hybrides quittent la rue Poliveau, la plaine Monceau, la place des Victoires, direction l’autoroute du Sud, Avignon, Saint-Trop, Collioure, la frontière espagnole. Les batteries tiendront-elles jusqu’à Teruel ? Pedro Sánchez a promis des avions, les brigades internationales, L’Espoir, Podemos !

Le Nouveau Front Populaire manque de munitions, de stratèges, de discipline. Comment faire de cette Fraternité, un combat ? François Ruffin, Alexis Corbière et Raquel Garrido ont été purgés : Pim-Pam-Poum. Clémentine Autain hésite entre les Bolcheviks et les Mencheviks. « Quand les blés sont sous la grêle ; Fou qui fait le délicat ; Fou qui songe à ses querelles ; Au cœur du commun combat » (Aragon). L’heure est à l’union. À Menton, on ne passe plus. Giorgia Melloni a bloqué le col du Grand-Saint-Bernard. Juliette Binoche veut rejoindre Théus. Les colonnes d’émigrés sont arrêtées Briançon. À Toulon, Cannes, Antibes, ils embarquent, fuient l’oppression, les matraquages, cherchent un refuge en Tunisie, un riad à Essaouira, l’asile dans la bande de Gaza. Rassurant, l’Ocean Viking croiseau large de Porquerolles.

Le dernier hélico présidentiel décollera du toit de l’Élysée le 7 juillet à 20H05 CET, direction Baden-Baden avec un refuelling à Varennes. Le Colonel Benalla (alias Capitaine Cognant) pilote l’exfiltration. Le destin d’En Marche est suspendu au Glock 17 du soldat d’élite. Il a les clés de l’Audi, du Touquet, de Brégançon, le téléphone de Mbappé : il sait tout ! D’un Château l’autre… Dans le Super Puma les places sont chères : Alexis Kohler, Bruno Roger-Petit, Stéphane Bern. Mimi Marchand a une énorme gourmette en or. Gabriel Attal refuse de partir sanssonchow-chow Volta. « Tous des cons Alexandre, sois zen et fort, c’est le patron qui décide ! ».

Paris fait de la résistance 

En Marche est un monde de limbes où la légende d’une fraternité invincible se mêle à l’improvisation. Dans un bunker perché tout en haut d’un ministère, des partisans, soutiens, combattants se font adouber en secret, à l’aube. Il est d’usage dans cette région du Bercy de s’assister en se tenant sur la tombe de sa propre famille. À la fin du cocktail, la nuit qui se retire comme la mer laisse paraître la Première dame, immobile, silencieuse, en petite robe noire.

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Dans la Cartoucherie de Vincennes, Arianne Mnouchkine a planqué des fourches, la mitraille, les grenades. En treillis Smalto, de la terrasse de l’Institut de Monde Arabe, Jack Lang –Sparadrap dans la résistance- électrise le peuple de gauche. Grâce aux mitrailleuses lourdes et réserves de falafels du restaurant Noura, ce nouveau Fort-Alamo peut tenir un siège de trois mois.  Sciences Po, La Sorbonne, les Beaux-Arts, ne lâchent rien : Sous le sable, les pavés ; Faites la Guerre pas l’amour. Guillaume Meurice a réintégré Free France Inter. Dans la clandestinité il remonte le moral des Français : Les carottes sont cuites ; L’hirondelle ne craint pas la traque ; Le cuisinier secoue les nouillesde Netanyahou…

La Province n’est pas en reste. Jean-Yves Le Drian de Pontcallec croit au réduit breton. À Saint-Marcel, Quiberon, La Trinité-sur-mer, au cœur des bastions ennemies, en Méhari Kaki, Kite surf, paddle, la résistance s’organise. Les mistouflets des brigades ZEN (Zado-Ecolo-Nudistes) sont redoutables dans le corps à corps, les bassines et le bocage. À Lyon, la Jeune garde de Raphaël Arnault fédère les fichiers S de la zone Sud. Ce soir, Bardella, les banques et les barbecues, connaîtront le prix du sang et des larmes.

Christiane Taubira poursuit le combat décolonial outre-mer. Avec Lilian Turham, Karim Benzema et Joey Starr, elle rallie Nouméa, après une escale à Mers el-Kébir, Dakar et Cayenne. Sanglé dans son élégante gabardine de cuir noir (modèle déposé Adolfo Ramirez-Pacte germano-soviétique), Jean-Luc d’Arabie aimerait rhamasser la mise. 

Un grand soleil d’été éclaire la colline

Il faut avant le deuxième tour forger les alliances, l’acier de la victoire. Infatigable, emballant, en scooter, François Hollande -alias Bison flûté– laboure le plateau de Millevaches, fédère les réseaux, l’Armée Secrète, le Conseil National de la Réjouissance. Le cap est clair, les ordres claquent : « Le rôle que je m’assigne, c’est de porter un discours de protection et de vigilance… c’est de trouver des solutions ». Dans chaque circonscription NFP, chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait, quand il passe. Si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.

Un long cortège d’exaltation, d’ombres, de sans-dents, de figurants, de Passionaria, accompagne les chevaliers de l’espérance. Julie Gayet, Judith Godrèche, Rachida Dati, Anne Hidalgo, Annie Ernaux, toutes ces femmes de Courrège en lunettes noires, rubans en sautoir, ou nues comme les canuts, veillent la Résistance, portent le deuil de la France, tissent le linceul du vieux monde. Après le triomphe du Rassemblement national, après les heures sombres et nauséabondes, les trahisons, l’épuration, les coupes budgétaires, les déficits budgétaires, la justice reviendra sur ses pas triomphants. La Reconquête va commencer.  « El pueblo unido jamás será vencido ! ».

« Bonheur à tous, bonheur à ceux qui vont survivre » (Aragon).

Louis XVIII et les femmes

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Épisode 1 : La génitrice…


Jaloux de son aîné, qu’il détestait, « le roi sans royaume ne faisait rien sans raison, ni sans calcul ». C’est sous ces traits cruels que l’historien Matthieu Mensch décrit le comte de Provence, futur monarque de la Restauration, au seuil de l’ouvrage qu’il consacre aux Femmes de Louis XVIII – c’en est le titre. A Louis XVI, le cadet de la dynastie Bourbon enviait aussi son Autrichienne, dont il pensait que lui-même l’aurait mérité davantage : « la haine de Monsieur envers son infortunée belle-sœur avait fini par devenir de notoriété publique », au point que sur le tard, il cherchera à se dédouaner. Instrumentant la mémoire de la reine martyre, il fera même construire, en 1826, une chapelle expiatoire : « Marie-Antoinette semble correspondre parfaitement à la vision cynique de Louis XVIII, pour qui les femmes n’étaient que des outils politiques ou de simples faire-valoir ». Quel garçon sympathique…

Les femmes de Louis XVIII

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Par contraste avec son infortunée belle-fille, Marie-Josèphe de Saxe, génitrice des trois frères Berry, Provence et Artois, – soit les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X -, constitue à l’ère #MeToo l’archétype rêvé de la femme « invisibilisée » par la domination masculine. Ce « joli laideron », pour reprendre l’expression du duc de Croÿ, son aimable contemporain, se verra idéalisé sous la Restauration par le plus retors de la fratrie royale, soucieux de s’arroger pour lui-même, par la grâce d’une continuité en quelque sorte organique, les vertus supposées de sa mère dont son aîné, avantageusement évincé par le tranchant du couperet, aurait été privé quant à lui absolument. Le pansu mais finaud Louis XVIII se sera durablement ingénié à réécrire l’histoire à son profit : « roi sans épouse, il trouve en la défunte dauphine la première figure féminine hagiographique de la famille royale, dont les mérites ruissellent sur ses héritiers ». Orpheline tour à tour de sa mère, en 1757, puis de son père en 1763, la perte du petit dauphin le duc de Bourgogne, mort en 1765 de tuberculose, sera pour la dévote Marie-Josèphe de Saxe le coup de grâce. Malgré ses nombreuses couches en rafale (quatre princes, sans compter les filles, et trois enfants morts en bas âge), la sainte femme paradoxalement proche du si frivole Louis XV sera, post mortem, la figure centrale d’un dolorisme exploité sans vergogne par son fils préféré.

La semaine prochaine, épisode 2 – Les sœurs

Alors, on lit quoi cet été ?

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Notre chroniqueur a sélectionné des livres qui ne parlent ni de cohabitation, ni de triangulaires. Au menu de cette bibliothèque des plages, du western à papa, du Don Quichotte de la Mancha, du Calder tourangeau, du Schönberg autrichien, du Vitoux des familles, du Mazzella de la chambre d’amour et du Stéphanie des Horts preppy.


Drame à Cape Cod

Stéphanie des Horts est une romancière d’investigation. Un profil rare dans le paysage éditorial français. Son terrain de chasse : les « Happy few » comme on disait dans les années 1980. Elle ne s’intéresse pas au tracas de la ménagère du coin de la rue ; elle fouille, elle observe, elle décrypte, elle lève le voile sur les « grands » de ce monde, têtes couronnées, magnats du pétrole, armateurs billionnaires, tycoons des médias et mannequins ébréchées. Pourquoi aime-t-on se plonger dans les sagas chaudes et désaxées de cette Barbara Cartland pétroleuse aux vrais dons littéraires ? Parce qu’elle a l’œil de l’écrivain, une plume qui accélère, une tendresse pour les enfants gâtés, une attirance pour les romances fracassées et qu’elle s’appuie sur une très riche documentation sans que son lecteur le remarque. C’est en refermant son dernier roman sur la malédiction Kennedy que l’on se rend compte à quel point elle a réussi à trouver une vérité dans cette histoire entre le fils de Kennedy et Carolyn Bessette. Deux « beautiful people » en proie aux cris et aux larmes. Il fallait tout le talent de Stéphanie des Horts pour approcher ces deux-là, trop beaux, trop riches, trop lumineux pour espérer décrocher une minuscule parcelle de bonheur. Un roman qui sent la pop music de Madonna, le style Ivy League de Ralph Lauren et le glamour frelaté d’une fin de siècle aux US. Stéphanie ne serait-elle pas notre Bret Easton Ellis en talons de douze centimètres ?

Caroline et John de Stéphanie des Horts (Albin Michel)

Carolyn et John

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Boudard au ranch

François Cérésa n’a jamais quitté le terrain de l’enfance. Il suffit de voir sa longue silhouette sur le boulevard Saint-Germain, décomplexée, provocatrice et désenchantée ; beau mec prêt à dégainer sa Winchester si le premier malotru croisé lui parle mal. Cérésa est un bonhomme à l’ancienne, un écrivain des plaines sauvages, franc-tireur littéraire qui déteste notre époque lessivée aux bons sentiments. Cérésa comme tous les gamins des années 1950 n’avait pas l’ambition de vivre comme un « petit » technocrate satisfait ou un politicien tambouilleur. Il voulait canarder, rêver plus haut, bourlinguer et se tenir tête haute. Cérésa aime les causes perdues, le panache plutôt que le déshonneur. Alors, il enfile ses bottes mexicaines, chevauche un Mustang et nous fait l’éloge du western de papa. « Il est nazebroque » écrit-il de ce cinéma à la Gary Cooper, John Wayne, Burt Lancaster, Lee Marvin ou Robert Mitchum. Il sort son colt pour défendre cet espace de liberté qui serait jugé aujourd’hui trop archétypal dans une société qui a peur de son ombre. Cérésa dégaine avec une langue harponneuse, pleine de hargne et de drôlerie. Après l’avoir lu, on a juste envie de se faire une toile.

Total Western de François Cérésa (Séguier)


Quoi de neuf ? Cervantès !

Don Quichotte, antihéros, fondateur du roman moderne, usurpateur, bambocheur, romantique sarcastique, fou ou illuminé ? Nous avons tous besoin d’une séance de rattrapage, un « reset » sur les idées préconçues ; le chevalier errant dépenaillé est toujours plus ou autre chose. On projette sur lui nos peurs et nos insuccès. Il nous fallait donc un professeur au Collège de France, une sommité, titulaire de la chaire Littératures comparées, pour approcher ce fier hidalgo cabossé. William Marx nous pose une quarantaine de questions sur ce drôle d’animal et il y répond avec un humour britannique, ne dédaignant pas le contrepied et la farce. Il s’interroge sur le corps de Don Quichotte, sur sa naissance, sur son apport à la langue française, sur son féminisme, sur sa rencontre avec Shakespeare et même, audace suprême, cet universitaire ne recule décidément devant aucune pochade (très) érudite sur la possibilité que Don Quichotte prenne le nom de François Pignon. C’est abyssal donc indispensable sur la Costa Brava ou dans une maison de famille du Perche.

Un été avec don Quichotte de William Marx (Équateurs parallèles)

Un été avec Don Quichotte

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Mobiles en Touraine

L’été, on baguenaude, on renifle cette campagne française, on communie avec cette province qui fait rire à la capitale. On reprend pied avec son pays. La Touraine, élixir de jouvence, creuset de la langue française, recèle mille merveilles à celui qui veut bien décrocher de ces virtualités accaparantes et oublier l’actualité mortifère. Imaginer Calder est une balade dans cette belle région, nous sommes guidés par une tourangelle, elle est née à Chinon, à la plume délicate, qui ne se hausse pas du col et dont la musique s’infiltre en nous, naturellement, comme le lit d’une rivière. Au départ, nous n’avions aucun intérêt ou désintérêt particulier pour l’œuvre d’Alexandre Calder. Bien que berruyer de naissance, j’ai vu toute mon enfance, son stabile (caliban) dans le hall de la maison de la culture de Bourges, inauguré par Malraux et le Général. Géraldine Jeffroy nous raconte la vie d’un Américain, sculpteur international, qui a vu le jour en Pennsylvanie mais qui va acheter la maison de François Ier à Saché en 1953 et qui y vivra plus de vingt ans.

Imaginer Calder de Géraldine Jeffroy (arléa)

Imaginer Calder

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Et s’il vous reste encore de la place dans votre sac de voyage, il faut absolument emporter Le Satan (Bach ?) de la musique moderne de Gemma Salem publié chez Serge Safran éditeur. Il s’agit du dernier texte inédit écrit par cette écrivaine de haut vol, enfiévrée et percutante, disparue à Vienne en 2020 qui fut une grande spécialiste de Thomas Bernhard. C’est remarquable de concision et de vigueur dramatique sur le compositeur autrichien Schönberg. Ne pas oublier L’Ami de mon père de Frédéric Vitoux qui reparaît en format poche chez Points avec une préface inédite de Frédéric Beigbeder. Roman d’apprentissage sur ce père qui fut emprisonné à Clairvaux à la Libération, déchirant et initiatique, sans graisse, ni pathos, avec une forme d’élégance filial. Et enfin, l’un de mes chouchous, le basque Léon Mazzella qui nous offre un roman Belle perdue aux éditions Cairn, sorte de Dolce Vita Biarrotte aux sentiments juteux et à la construction inventive, j’y ai vu des traces modianesques de Villa Triste.

L'Ami de mon père

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Belle perdue

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Monsieur Nostalgie

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À paraître le 19 septembre :

Les Bouquinistes

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Napoléon superstar

Depuis que le cinéma existe, les réalisateurs redonnent vie à l’Empereur. Avec ou sans talent, ils déploient des moyens titanesques pour restituer son épopée. L’évènement, ce mois-ci, est la résurrection du chef-d’œuvre d’Abel Gance (1927) : enfin restauré, il est projeté en ciné-concert avec une composition de Simon Cloquet-Lafollye.


Chu dans nos salles obscures au mois de novembre, le Napoléon de Ridley Scott est désormais monté au Ciel, disponible en cabine sur les vols long-courriers d’Air France : l’Empereur, du décollage à l’atterrissage, ou de l’ascension à la chute. Cette apothéose de l’Aigle ne saurait éclipser la daube où, dans le rôle-titre, un Joaquin Phoenix impavide, constipé, vieilli avant l’heure, en pince pour Joséphine/Vanessa Kirby, du siège de Toulon jusqu’au châlit de Sainte-Hélène.

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, ne mâche pas ses mots pour ironiser sur ce pataquès : « On peut s’éloigner de la véracité, mais il faut au moins travailler sur la vraisemblance. La grande erreur ? L’ambiance ! Napoléon giflant sa Joséphine en public, ça n’a pas de sens. La seule bataille réussie dans le film, c’est celle des cuisses de poulet qu’ils se lancent à la figure. Il n’y a eu aucun travail pour respecter le comportement – parfaitement connu – des personnages de l’époque. Joséphine de Beauharnais était une grande aristocrate de l’Ancien Régime, d’une distinction absolue. Jamais elle n’aurait écarté les jambes en disant : “Tout ce que vous verrez vous appartient. On ne se mettait pas la main autour du cou. L’Empereur ne marchait pas à quatre pattes devant ses domestiques pour aller trousser sa femme en poussant des cris de cochon. Pardonnez-moi l’expression, mais Joséphine n’était pas une chaude : elle avait été totalement traumatisée par son emprisonnement sous la Terreur – ce qui, probablement, a provoqué sa stérilité»

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Pour la vraisemblance, le contre-exemple existe : Guerre et Paix, film à la réalisation duquel s’est épuisé, de 1962 à 1966, l’acteur et cinéaste soviétique Sergueï Bondartchouk, endossant le rôle principal sous les traits du personnage de Pierre Bezoukhov, double de Tolstoï en quelque sorte. Cette adaptation du roman-fleuve a convoqué quelque 14 000 figurants, conscrits de l’Armée rouge gratuits et corvéables. « Sur les sept batailles décrites dans le roman, seules quatre furent retenues. Dont Austerlitz, Borodino et la retraite de la Grande Armée mais, ajoute Thierry Lentz, qui n’a pas lu le livre en retrouve l’esprit dans ce film fabuleux ! » Sous les auspices de Dino De Laurentiis (lequel avait produit le Guerre et Paix de King Vidor en 1956), Bondartchouk tourne ensuite un Waterloo titanesque – avec Orson Welles campant Louis XVIII et Christopher Plummer Wellington. L’échec du film aux États-Unis, à sa sortie en 1970, a porté un coup fatal au projet d’un Napoléon sous étendard MGM, que méditait Stanley Kubrick depuis 1968.

Si, de Charles Boyer (Marie Walewska) à Patrice Chéreau (Adieu Bonaparte) en passant par Sacha Guitry (Napoléon) dans la peau de Talleyrand, le mythe de l’Empereur a partie liée avec le Septième Art, Abel Gance (1889-1981) incarne la quintessence de cette filiation. C’est lors d’une soirée de gala à l’Opéra Garnier, le 7 avril 1927, qu’a été projeté son muet de près de quatre heures, accompagné d’une musique signée Arthur Honegger, combinant partition originale et pièces du répertoire. Pas moins de vingt-deux versions différentes du film ont été exploitées par la suite, mais l’avènement du parlant, en 1929, a enterré ce chef-d’œuvre. Seul Henri Langlois, le fondateur de la Cinémathèque française, en a compris l’importance et a sauvegardé les copies nitrate, espérant reconstruire la « grande version ».

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Mais le temps a désagrégé la saga jusqu’à la décision, en 2015, de planifier, sous l’égide du CNC, la restauration numérique de ce film-archipel. Là encore, Thierry Lentz a été à la manœuvre, apportant, outre son expertise d’historien, une subvention de la Fondation Napoléon. Résultat de ce travail de longue haleine : « Napoléon vu par Abel Gance ». Pour Thierry Lentz, le clou de cette résurrection est le nouvel accompagnement musical, dû au compositeur Simon Cloquet-Lafollye, qui rythme ces presque sept heures de projection : « Sur le plan technique, c’est extraordinaire. Par exemple, la musique dynamise superbement l’interminable bataille de boules de neige du début. L’idée géniale a été d’unifier dans un flux continu ces morceaux puisés dans le répertoire classique. » Autant dire combien sont attendus les deux ciné-concerts (à guichet fermé) des 4 et 5 juillet à La Seine musicale de Boulogne-Billancourt. Le chef Frank Strobel sera au pupitre et, dans la fosse, rien de moins que l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique et le Chœur de Radio France, qui déclineront les deux parties (respectivement 3 h 40 et 3 h 25 !) de ce « Napoléon vu par… ».

Un superbe ouvrage collectif abondamment illustré retrace, en parallèle, l’histoire mouvementée de ce film et l’aventure de sa restauration : hommage déclaré à cet autre empereur, Gance, conquérant du cinéma et démiurge de ce faux biopic dont le jeune Bonaparte (Albert Dieudonné), bien plus que l’Aigle en tricorne, campe la figure prométhéenne. Autre figure, séquence mythique, quand Antonin Artaud rejoue la composition de la toile de David La Mort de Marat« Le film déroulera une sorte de chemin de feu », promettait Gance. Comme l’observe Thierry Lentz dans son érudite contribution : « Abel Gance connaissait son Napoléon et sa Révolution sur le bout des doigts. À gauche, on attaqua le cinéaste avec virulence, mettant en face deux idéologies qui s’affrontent encore aujourd’hui. L’œuvre fut suspectée, avant même sa présentation publique, d’être “réactionnaire”. » Voilà, conclut l’historien, qui « ne pèse pas lourd face au chef-d’œuvre justement élevé au rang de monument mondial du cinéma. » On ne saurait mieux dire.


À voir

« Napoléon vu par Abel Gance », ciné-concert symphonique : Orchestre national de France, Orchestre philharmonique de Radio France, Chœur de Radio France, direction Frank Strobel. La Seine musicale, première partie (3 h 40), 4 juillet 18 heures, deuxième partie (3 h 25), 5 juillet 18 heures (complet), laseinemusicale.com. Film programmé ultérieurement au Festival Radio France Occitanie Montpellier, à la Cinémathèque française, sur France Télévision et sur Netflix.


À lire 

Patacaisses!

71% des magasins français ont beau en être équipés, les caisses automatiques pourraient disparaître plus vite qu’elles ne sont arrivées.


On nous serine depuis longtemps que l’automatisation deviendra la norme dans la vie quotidienne. Modèle révolutionnaire il y a cinq ans, la caisse automatique dans les supermarchés était censée réduire le coût de la main-d’œuvre en remplaçant les salariés, et mettre fin au supplice de la fin des courses : l’attente dans les queues. L’engouement des enseignes pour cette technologie a été tel que, aujourd’hui, la proportion de magasins français ainsi équipés s’élève à 71 % selon une étude de NielsenIQ. Cependant, les caisses automatiques ne semblent plus destinées à grand-remplacer les salariés humains. Car la tendance est déjà en train de s’inverser aux États-Unis et au Royaume-Uni. Si, en 2020, la multinationale de la grande distribution Walmart inaugure des magasins uniquement dotés de caisses automatiques, à l’automne 2023, elles sont poussées vers la sortie. Désormais, Walmart supprime des caisses automatiques, ralliant d’autres grosses chaînes comme Giant Tiger.

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Certains points de vente sont même revenus au format traditionnel, avec seulement des caissiers humains. Ce retour en arrière s’explique en partie par les nuisances économiques engendrées, les vols étant très fréquents. En France aussi, le problème est récurrent. Un agent de sécurité assure à France Télévisions, en mars : « [Certains clients] ne scannent que cinq produits, alors que dans le chariot il y en a au moins 30. On interpelle parfois pour 200, 100 euros. » Par-dessus le marché, les clients se plaignent du manque de contact humain, des bugs des caisses automatiques… Grand champion de l’automatisation, Amazon avait équipé la moitié des magasins physiques de sa chaîne d’épiceries de la technologie « Just Walk Out ». Cette dernière supprime complètement les caisses, remplacées par un système de caméras et de capteurs qui détectent les achats du client et les lui facturent automatiquement à sa sortie. Or, l’entreprise vient d’annoncer l’élimination progressive de ce système qui met en œuvre, non l’IA, mais 1 000 salariés en Inde chargés de suivre ce qui se passe dans chaque magasin.

«Le Comte de Monte-Cristo»: un malheur de plus pour Alexandre Dumas

Notre chroniqueur, fin connaisseur de Dumas sur lequel il a co-écrit un livre, n’en revient visiblement pas d’avoir vu, comme il dit, la bouse à 43 millions d’euros écrite et mise en scène par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, les duettistes qui avaient massacré il y a deux ans Les Trois mousquetaires. Il a manifestement trempé sa souris dans le venin pour écrire le compte-rendu du plus onéreux des ratages du cinéma français, qui n’en est pas avare. Attention, divulgâchage !


Un minimum de vraisemblance ne nuit pas aux œuvres de fiction. Mais ce n’est pas un souci pour Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, qui portés par le crime perpétré en adaptant Les Trois mousquetaires, et persuadés que si l’on peut écrire on sait filmer, ont porté à l’écran, pour la quarantième fois, le chef-d’œuvre de Dumas, afin de le massacrer tranquillement.

Faisons un bilan rapide. Le crawl que pratique Edmond Dantès n’existe pas à cette époque — il ne commencera à être pratiqué que dans les années 1880. Le château d’If n’est pas une île isolée au milieu de la Méditerranée — mais une IA quelconque a gommé les îles du Frioul, qui l’encadrent. Faire citer Edmond (Rostand) à propos d’Edmond (Dantès) est un anachronisme répugnant, Cyrano de Bergerac, c’est 1898. Faire de Danglars (banquier, dans le roman) un trafiquant de bois d’ébène, comme on disait, est aberrant : la traite est interdite en France depuis 1815, un décret de Napoléon a été confirmé par Louis XVIII.

Détails, direz-vous. Mais que Haydée, l’esclave fascinée et fascinante du comte, épouse Albert de Morcerf alors qu’elle est folle amoureuse de son seigneur et maître… Que ledit comte se batte en duel avec Morcerf, qui dans le roman se suicide — lequel duel est tout bonnement emprunté à la version Jean Marais (1954), pas de raisons de se gêner… Que Villefort ait une sœur bonapartiste — dans le roman, c’est son père — livrée à des tenanciers de bordel alors qu’elle appartient à la noblesse… Qu’Andrea Cavalcanti tue Villefort — qui dans le roman devient fou…

Entendons-nous : dans une œuvre aussi foisonnante, on peut être tenté de tailler. Encore faut-il le faire intelligemment. Tout ce qui dans le roman renvoie à l’Histoire est gommé par nos duettistes, persuadés sans doute que le public est aussi ignare qu’eux. Tout ce qui appartient au genre du roman noir (ou roman gothique, comme on disait alors) est évacué.

Quant à Pierre Niney… Pourquoi a-t-il une cicatrice sur la joue gauche, comme James Bond ? Pourquoi est-il tatoué comme un yakuza monochrome ? Edmond Dantès est BEAU — d’où l’utilisation au fil du temps de Robert Donat (1934), Pierre Richard-Willm (le meilleur à ce jour, en 1943), Jean Marais, Louis Jourdan (1961), Richard Chamberlain (1975), Jacques Weber (1979), et même Depardieu fils et père, en 1998 (même si le téléfilm de Josée Dayan est, comme d’habitude, détestable, même si Didier Decoin a fait un beau massacre du matériau fabuleux qu’il avait en main). Des acteurs impeccables et ténébreux, et non des minets mal rasés.

Il n’est pas le seul, malheureusement, à étaler son incompétence et son invraisemblance. Choisir Anaïs Demoustier (bientôt la quarantaine) pour jouer la toute jeune Mercédès est sidérant : du coup, quinze ans plus tard, elle n’a pas changé, excepté son début de lordose. Laurent Lafitte fait le boulot, Anamaria Vartolomei est un boudin roumain, Julie de Bona, à 44 ans, peine à jouer les jeunes filles enceintes. Manque-t-il à ce point de jolies actrices en France ? Rendez-nous l’Adjani de l’Ecole des femmes, en 1973

Tout n’est pas nul. Une ou deux fois, il y a des plans de cinéma — le reste est filmé pour passer à la télé entre deux incursions dans le frigo. Décors, costumes et accessoires (ah, ce plan sur une magnifique montre Bréguet !) sont parfaits, si l’on avait éliminé les personnages le film aurait eu de la gueule.

Dans le dernier quart du film, soudain, pendant 10 minutes, ça s’améliore. C’est que lassés de massacrer l’un des plus grands romans français, les réalisateurs soudain ont décidé de suivre (dans la scène de confrontation de Dantès et de Mercédès) le texte de Dumas, homme de théâtre qui savait trousser un dialogue. Puis, patatras, ils se reprennent de cette faiblesse, et anéantissent la fin du roman — où Dantès part avec Haydée. Dumas était sensible à l’attrait des jeunes femmes, et même des jeunes filles : en 1860, à 58 ans, il part livrer des armes à Garibaldi, qui fait la révolution en Sicile, à bord d’une felouque dont le tout jeune mousse (tout juste 20 ans) est sa maîtresse, Amélie ou Emélie — qui accouchera peu après l’arrivée d’une petite fille dont Garibaldi sera le parrain. Qu’en dirait Judith Godrèche, si elle avait assez de culture pour connaître ce détail ?

Ne perdez pas votre temps — ou alors, profitez de la semaine de Fête du cinéma : pour 5€, vous bénéficierez, dans une salle climatisée, de conditions optimales de sieste. Et en sortant, vous pourrez toujours lire ou relire le roman, dans une édition convenable — en Folio par exemple.

Jean-Paul Brighelli / Christian Biet / Jean-Luc Rispail, Alexandre Dumas ou les aventures d’un romancier, Découvertes / Gallimard, 1986, 128 p., sur tous les sites de soldes.

Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, Folio / Gallimard, Edition de Gilbert Sigaux, 1264 p., 12,90 €. C’est la même édition, allégée, avec le même spécialiste, que dans la Pléiade, qui vaut quand même 70€.

Le Comte de Monte-Cristo

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Palestiniens au Liban: et s’il était plutôt là, votre “apartheid”?

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Les réfugiés palestiniens sont depuis des années une population honteusement marginalisée au Liban, sans que cela émeuve grand monde dans les pays arabes ou dans une opinion internationale trop occupée à taper sur Israël.


Ces derniers temps, on a vu Amnesty International accuser Israël d’être un État « apartheid ». Étrange accusation. En réalité, à l’exception de la Jordanie, qui, depuis 1949, a donné aux Palestiniens vivant sur son sol, le droit à la nationalité et souvent au travail, ce sont les États arabes qui, depuis 1949, pratiquent une politique d’apartheid vis-à-vis des Palestiniens. Prenons l’exemple de la situation de ces derniers dans l’un des États arabes les moins autoritaires, le Liban. Que constatons-nous, déjà à l’époque de l’« âge d’or » de la « Suisse du Moyen-Orient », donc bien avant la guerre civile et la faillite de l’État ?

Que, afin de provoquer l’exil d’un maximum de Palestiniens, les gouvernements libanais successifs ont promulgué une série de lois liberticides qui empoisonnent la vie des réfugiés. Parmi celles-ci, l’impossibilité, une fois sortis du Liban, d’y retourner, à moins d’obtenir un visa de retour[1], chose que l’administration libanaise n’octroie pas facilement. Et, pour être sûr que leurs départs soient définitifs, des procédés administratifs, empêchant leurs retours, ont été instaurés. Résultat : en quelques décennies, environ 100 000 Palestiniens, sortis du Liban, s’en sont retrouvés exclus.

Camps insalubres

Afin de saisir la situation de ces réfugiés, voici quelques exemples de mesures prises à l’encontre de ceux-ci. 

Pour commencer, ils ont été regroupés dans des camps, avec interdiction, inscrite dans le préambule de la Constitution libanaise en 1990[2], de « s’implanter » dans le pays de façon définitive. Défense d’accéder à la propriété immobilière, et même d’hériter de biens immobiliers acquis antérieurement par leurs géniteurs, et cela en dépit de l’atteinte à la propriété privée[3] et des problèmes humanitaires que cette restriction pouvait générer.

Interdiction de toute réédification des camps détruits durant la guerre civile libanaise (1975-1990). Certes, de nouveaux camps ont été bâtis sous le contrôle de l’UNRWA, cependant l’augmentation de leur nombre n’a pas suivi l’accroissement de celui des habitants[4]. En outre, des camps sont dans un état catastrophique : des réseaux d’eau, de plus en plus insuffisants, voisinent avec des égouts non couverts, provoquant de nombreuses maladies.

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Impossibilité de développer les camps situés à Beyrouth. Pire, il a été ordonné à l’UNRWA d’arrêter tous les projets d’amélioration d’infrastructure de ces camps, y compris la réfection des rues. Résultat : l’énergie électrique y est souvent indisponible, et la quantité d’eau distribuée, insuffisante. Et comme la gestion publique de l’eau entraîne des frais, l’entretien des canalisations a été négligé. Tout ceci ne semble guère tracasser l’UNRWA : au lieu de s’insurger, celle-ci s’est abstenue d’effectuer tout travail de restauration des systèmes de canalisation d’eau, de même que ceux de l’électricité[5].

Empêchement de devenir propriétaires de leurs logements. Bien que ceux-ci soient à la fois exigus et incommodes, l’interdiction de faire entrer dans les camps des matériaux de construction, fait que les réfugiés n’ont pas la possibilité d’en améliorer le confort, voire dans certains cas de les réhabiliter.

Droits élémentaires bafoués

Du point de vue juridique, les droits collectifs des Palestiniens sont bafoués. Non seulement ils sont empêchés d’acquérir la citoyenneté, mais leur identité n’est pas reconnue, ce qui les prive de représentation locale. Refus de toute possibilité de participation aux décisions administratives, y compris celles qui les concernent directement, et aucun droit à l’auto-administration.

La loi libanaise qui permet aux étrangers de constituer des associations, refuse ce droit aux Palestiniens. Défense de constituer des syndicats, ou même de se syndiquer (pour adhérer à un syndicat, il faut être de nationalité libanaise). Inutile de préciser que les Palestiniens ne disposent d’aucun droit de vote, et que, a fortiori, toute constitution de parti politique leur est interdite[6].

C’est peu dire que les Palestiniens ne s’épanouissent pas par le travail : faute de passeport libanais, il ne leur est pas possible de travailler dans le secteur public. Et pour ce qui est du secteur privé, les lois libanaises exigent une autorisation spéciale du ministère du Travail, ce qui n’encourage guère les entreprises à embaucher des Palestiniens. Et quand ceux-ci le sont, c’est généralement à des salaires bien inférieurs à ceux octroyés aux Libanais. Les réfugiés se retrouvent, dès lors, employés comme main-d’œuvre peu ou pas qualifiée. En résumé, les « métiers » que les réfugiés peuvent pratiquer sont la culture de la terre, comme journaliers, la maçonnerie, les travaux mécaniques, et ceux des réparations[7]. Et cela sans qu’ils puissent bénéficier de quelque avantage que ce soit de la part de la Sécurité sociale, encore et toujours parce qu’ils ne sont pas libanais. Conséquences : plus de 60% des Palestiniens ne dépassent pas le seuil de pauvreté défini par l’ONU.

De plus, ces réfugiés sont victimes d’un « véritable désastre sanitaire » (selon l’avocat palestinien Souheil El-Natour) : empêchés d’accéder aux hôpitaux publics, c’est l’UNRWA qui les prend en charge ; cependant, comme le budget de l’agence réservé à l’hospitalisation est dérisoire, les malades doivent participer aux frais à hauteur de 50 à 75% des charges. Cette insuffisance de budget a pour effet la multiplication de maladies.

Concernant la lutte contre les épidémies : estimant que la vaccination des enfants incombe à l’UNRWA et à l’UNICEF, le ministère de la Santé ne délivre aucun médicament. En même temps, une malnutrition généralisée des femmes enceintes et des enfants engendre une mortalité infantile à hauteur 40‰, souvent due, également, aux accouchements prématurés[8].

À part ça, tout va bien au pays du cèdre. La preuve, Amnesty International semble n’avoir pas trouvé grand-chose à redire quant à la situation des réfugiés demeurant sur son territoire.

J’ai choisi de parler de l’apartheid au Liban, plutôt que de m’étendre sur celui qui règne en Syrie, ou en Libye (États sur lesquels plus personne ne se fait d’illusions), parce que cette situation témoigne, d’une part, de l’absence de réelle solidarité des États arabes avec les Palestiniens, et d’autre part de l’insoutenable superficialité des « pro-palestiniens » qui ont toujours et délibérément choisi d’ignorer la misérable réalité de la situation des Palestiniens dans les États arabes, réservant leurs dénonciations uniquement à Israël. À la partialité et l’aveuglement d’Amnesty International, il faut ajouter l’incapacité de l’UNRWA qui, en plus de 70 ans, n’est toujours pas parvenue à sortir les Palestiniens de leur situation de réfugiés dans les pays arabes (hors la Jordanie), ni même à les protéger contre les gouvernements arabes.

Pour en venir à Israël, il est indubitable que les Palestiniens de Cisjordanie vivent dans une condition de colonisés et sont souvent victimes d’attaques et de méfaits de la part des colons, parfois ou souvent avec la complicité de l’armée israélienne. En revanche, cet État, à l’intérieur des frontières de 1967, est une démocratie qui ne pratique nullement l’apartheid : les Palestiniens restés dans le pays après la guerre de 1948-1949, sont devenus israéliens et jouissent donc, dans le pays, des mêmes droits, y compris politiques, et sont soumis aux mêmes devoirs que les Juifs – à l’exception du service militaire, ce dont il ne semble pas qu’ils se soient jamais plaints.


[1] Arrêté 487 émanant du ministre de l’Intérieur libanais.

[2] Souheil El-Natour, « Les réfugiés palestiniens », dans Confluences Méditerranée, 2023.

[3] Loi n°296 publiée au Journal officiel n°15 du 5 avril 2001.

[4] 400% selon Souheil El-Natour.

[5] Mahmoud Abbas, « Les réfugiés palestiniens au Liban : problèmes d’habitation », dans Al-Hourriah hebdo, 19 novembre 1996, Beyrouth.

[6] Souheil El-Natour, « Les Palestiniens au Liban : un étranger ». Les quotidiens Al-Quds, Al-Arabi, 12/2/1999, Londres.

[7] Souheil El-Natour, « Les réfugiés palestiniens », dans Confluences Méditerranée, 2023.

[8] Souheil El-Natour, « Les réfugiés palestiniens », dans Confluences Méditerranée, 2023.

Trois auréoles germaniques

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Entourage du Maître des Volets de Strahov, La Mise au Tombeau, v. 1520-1530. © Musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

Colmar, Besançon et Dijon présentent trois expositions sœurs dédiées à la peinture germanique, période et région méconnues en France. Regard sur trois chefs-d’œuvre. 


« Peintures germaniques », c’est-à-dire produites entre 1370 et 1550 dans cet espace compris entre l’Allemagne et l’Autriche actuelles, la Suisse du Nord et l’Alsace, à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, quand le Saint-Empire romain germanique existait encore. Cet art germanique est peu représenté en France puisqu’une campagne de recherche a identifié à peu près 500 tableaux sur tout le territoire, dispersés dans les plus grands musées et les plus humbles églises paroissiales.


Les trois expositions qui présentent cette moisson permettent d’apprécier cet art inventif, qui se libère peu à peu des canons du gothique international et réussit, entre retables publics (à la fonction et à l’usage intelligemment décrits) et tableaux de dévotion privée, à proposer aux fidèles catholiques – la grande majorité de tableaux présentés est religieuse – une vision originale et exaltée des évangiles et des vies des saints magnifiés par l’or généreux, la couleur omniprésente, les motifs somptueux, les costumes singuliers, les figures qui confinent à la caricature et les compositions savantes.

Sainte Ursule à Colmar

Ursule, princesse bretonne en pèlerinage, fut capturée par les Huns à Cologne et exécutée avec ses suivantes (qui n’étaient pas onze mille) puisqu’elle refusa d’épouser Uldin, fils de Balamber. On l’invoquait donc pour obtenir une bonne mort, un bon mariage et pour protéger des jeunes filles. Devant les remparts de la ville, on ramasse les corps des martyres, toutes auréolées. Les flèches, enfoncées jusqu’à l’empennage, les ont percées en pleine tête ou en plein cœur. Les vierges, toutes au visage pâle, serein et rond, jonchent le sol. Leurs auréoles d’or sont quasi matérielles : celle de la martyre la plus à droite projette son ombre sur le sol, toutes cachent ce qui est derrière elles, dissimulant les visages, s’étageant pour ne plus former, à gauche à mi-hauteur, qu’une série de vagues dorées stylisées, comme on en voit dans les enluminures. Plus loin, les superbes Sept dignitaires ecclésiastiques ne sont que six : le septième se résume à la pointe de sa mitre émergeant derrière l’auréole poinçonnée du personnage principal. Ce qui est fascinant, c’est l’apparition immédiate des auréoles, à peine le martyre consommé : dans le Retable de sainte Marguerite, les panneaux racontant l’histoire de la sainte ne dotent pas d’une auréole ceux de ses compagnons qui furent décapités avec elle. Mais au pied des remparts de Cologne, les Huns ont allumé une macabre féérie, onze mille lanternes luisant ensemble.

La récupération des corps des Onze Mille Vierges sur le champ de bataille, v. 1450. Fragment d’un retable.
© Musée de l’Œuvre Notre-Dame, Strasbourg.

La Vierge à Besançon

C’est une mise au tombeau tout en longueur : le tableau est la prédelle (partie basse) d’un retable. Le Christ, qui paraît moins mort que dolent, est couché sur un autel de pierre rose. Tous les personnages sont revêtus d’étoffes délicates, aux plis fluides, presque maniérés, aux tons acidulés, comme la manche moirée de Joseph d’Arimathie, à droite, qui alterne le jaune et le bleu. Les auréoles sont des disques parfaits qui se placent spontanément à l’arrière-plan des figures (saint Jean, de dos, n’est pas caché par son auréole) et tiennent à rester verticaux, sans se plier aux mouvements de leurs porteurs : la Vierge n’est pas centrée dans son auréole, qui est plus un écran accompagnant qu’un attribut solidement implanté sur la nuque. La Vierge, au visage et à l’auréole tout spécialement rayés par un iconoclaste (si les peintures germaniques sont rares, c’est qu’elles ont été très largement détruites par les protestants) : le restaurateur n’a pas voulu réparer l’outrage et les griffures un peu brunes, parallèles au corps du Christ, sont comme la trace du glaive de douleur que Syméon prophétisa à la Vierge.

Entourage du Maître des Volets de Strahov, La Mise au Tombeau, v. 1520-1530.
© Musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

Sainte Catherine d’Alexandrie à Dijon

À Chambon-sur-Voueize, sainte Catherine d’Alexandrie, dans une robe pourpre aux plis fondus, décorée de brocards appliqués dorés (motifs métalliques rapportés sur la peinture), attend que le bourreau lui tranche sa tête déjà discrètement auréolée : elle a déjà été longuement torturée après avoir triomphé de cinquante docteurs païens (que l’empereur Maximin fait brûler, pour leur apprendre), son exemple a entrainé la conversion de l’impératrice (que l’empereur Maximin fait alors exécuter avant de proposer la place à sainte Catherine), elle a une fois de plus refusé d’épouser Maximin, c’en est assez. Le bourreau est une manière d’élégant jouvenceau, qui n’est pas affublé comme souvent de vêtements outrageusement à la mode et d’une figure caricaturale : non, il paraît normal, on dirait même un noble de la cour, un dégénéré sadique. La manière qu’il a de relever la tête de la sainte pour bien contempler ce qu’il va détruire est saisissante. Il sourit avec satisfaction, sans rictus, de pure joie mauvaise. Mais la sainte regarde déjà ailleurs, au-delà du bourreau, les anges qui dans le ciel doré lui font signe qu’ils l’attendent…

Atelier de Hans Pleydenwurff, La Décollation d’une Vierge, v. 1465. 
Abbatiale de Chambon-sur-Voueize © Région Nouvelle-Aquitaine.

Maîtres et merveilles (1370-1530), jusqu’au 23 septembre. Dijon, musée des Beaux-Arts.
Couleurs, gloire et beauté (1420-1540), jusqu’au 23 septembre. Colmar, musée Unterlinden.
Made in Germany (1500-1550), jusqu’au 23 septembre. Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie.

Je servirai M. Bardella

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Jordan Bardella à Paris, hier © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La vague bleue, redoutée par le camp progressiste, attendue dans la France entière à l’exception de Paris, a donc déferlé au premier tour. Souvent, le devoir de réserve des fonctionnaires n’aura pas été respecté. Les pétitions, rappels à l’ordre, sommation à bien voter n’ont servi à rien.


Chez les hauts fonctionnaires, cela fait un moment que l’on se gratte le cerveau sur l’attitude à adopter face à un gouvernement RN. La revue Acteurs publics nous apprenait à la mi-juin que les jeunes pousses étudiantes de l’Institut national du service public (INSP, ex-ENA) étaient confrontées à un terrible cas de conscience. Devraient-ils se mettre en retrait de la République dès leur sortie de l’école, se réfugier dans une administration non exposée au programme du RN et refuser, par exemple, de servir au ministère de l’Intérieur afin de ne pas avoir à mettre en œuvre « les mesures sécuritaires du RN » ?

Toutefois, ces affres n’affectent que leur hémisphère droit. Le programme du Nouveau Front Populaire, lui, ne les inquiète pas : « Certains élèves tiennent toutefois à préciser que les inquiétudes qui traversent actuellement la haute fonction publique concernent le seul programme politique du RN et non celui du Nouveau Front populaire », précise Bastien Scordia, l’auteur de l’article. Nous voilà rassurés. Ces futurs agents de l’État ont déjà intégré au plus profond de leur cortex le logiciel mitterrandien, vieux de plus de 40 ans, du cordon sanitaire contre la bêbête immonde. Des esprits libres, ces petits jeunes.

À ces fonctionnaires en herbe qui s’interrogent sur le sens de leur devoir, et à tous ceux de leurs aînés qui vont appeler à la résistance passive ou active dans les prochains jours, je voudrais rappeler quelques données élémentaires.

Servir un gouvernement que l’on n’aime pas : le quotidien du fonctionnaire

Seuls les supporters d’un régime totalitaire ont une chance de servir toute leur vie un gouvernement auquel ils adhèrent entièrement. Mais comme nous sommes en démocratie et, a priori, tous démocrates, les agents de l’État français sont condamnés à connaître l’inverse. Et pas seulement pendant 15 jours.

De 1958 à 1981, les fonctionnaires de gauche ont attendu 23 ans avant d’accueillir François Mitterrand à la tête de la Vᵉ République. Leurs collègues de droite ont dû endurer 14 années de règne de « Tonton » Mitterrand avant de voir Jacques Chirac arriver à son tour au pouvoir. Tous sont restés à leur poste. J’en ai fait de même durant toute ma carrière, moi qui ai passé mon temps à voter pour des listes qui dépassaient rarement les 5%. À chacun son problème, mais dans son for intérieur si cela ne vous dérange pas.

« Oui, mais le RN c’est différent… » Vous connaissez la suite, inutile de vous faire le sketch entier. Les esprits formatés par des années de matraquage médiatique devraient essayer d’imaginer l’effroi des fonctionnaires de l’État lors de la nomination de ministres communistes au gouvernement en 1981. L’Union soviétique pointait ses missiles vers la France mais le PCF soutenait le régime de Moscou sans état d’âme. L’Union de la gauche décidait dans la foulée de privatiser les banques et les grandes entreprises. Excusez du peu. C’était autre chose que les mesurettes prudentes du RN d’aujourd’hui. Pourtant, malgré ce tremblement de terre tous les agents de l’État sont restés à leur poste en 1981. Ils ont cherché à « faire de leur mieux » avec les ministres et les politiques que François Mitterrand leur donnait. Aucun n’a appelé à la résistance et encore moins au sabotage. Et la France a poursuivi son chemin.

Le service du peuple et rien d’autre

Moi-même, j’ai plus d’une fois serré les dents et mis un mouchoir sur mon opinion personnelle afin de défendre une ligne politique au rebours de ce que je croyais bon pour le pays. Je l’ai fait sans faillir pour une raison implacable : cette ligne politique émanait d’un gouvernement élu démocratiquement par le peuple français.

Car il est une évidence qu’il faut régulièrement rappeler. Pour qui travaillent les fonctionnaires ? Pas pour leur pomme, ni pour défendre une ligne politique. Les fonctionnaires ont pour mission de mettre en œuvre de manière efficace et intelligible les choix politiques du gouvernement issu du choix du peuple français. Refuser de servir ou, pire, appeler à la résistance, c’est refuser le choix du peuple et, par conséquent, refuser la démocratie. Nos jeunes turcs de l’INSR seraient-ils en réalité la menace contre la démocratie qu’ils croient déceler au RN ? Une petite introspection de ces esprits trop bridés serait salutaire.

Assister un gouvernement de néophytes : un rôle stratégique

Un gouvernement RN sera inévitablement un gouvernement de « bleus » avec une expérience limitée de l’exercice du pouvoir. Le rôle des hauts fonctionnaires n’en sera que plus important et plus gratifiant.

Des mesures dans le programme du RN pourraient conduire la France dans le mur ? Votre devoir sera d’agir pour éviter la sortie de route. Souligner la complexité des sujets, proposer des compromis intelligents, c’est ce que l’on attend des grands fonctionnaires. Ce sera l’heure des vrais serviteurs de l’État, des mandarins éclairés. Mais pour cela, il faudra être solidement à son poste et non en train de manifester de Bastille à Montparnasse contre le fascisme au pouvoir.

Si le RN arrive à Matignon, les Français auront besoin de vous. Non pour saboter la politique qu’ils appellent de leurs vœux, mais pour la mettre en œuvre de manière cohérente, utile et, naturellement, dans le respect du droit. Ce n’est donc pas le moment de se tromper de posture et d’époque.

Le conformisme affligeant des nouvelles pousses

Ce qui est le plus triste dans les propos des apprentis hauts fonctionnaires de l’INSR, c’est le conformisme de leur pensée. Que ces bêtes à concours censés doté d’un sens critique et d’une capacité d’analyse acquis au cours de leurs études, refusent de voir ce que tous les Français ont constaté depuis belle lurette – à savoir que le RN de Marine Le Pen/Jordan Bardella n’était plus le FN de Jean-Marie Le Pen – est consternant.  Qu’ils se croient obligés de répéter le discours rituel sur la montée des extrêmes, pardon de l’extrême, montre que le conformisme et la couardise s’épanouissent remarquablement bien dans la jeunesse. Absence de lucidité, refus du réel ou manque de courage, dans tous les cas, rien de glorieux pour ces futurs agents de l’État.

Tout aussi triste, la paralysie du côté gauche de leur sens critique qui les empêche de porter un regard objectif sur le programme du NFP. Il se sentent obligés de faire un distinguo entre le programme de droite, forcément un torchon de cuisine, et celui de gauche qui, quelles que soient les dingueries qu’il contient, est élevé au rang de serviette et accepté à table.

Mais rassurons-nous. Les esprits grégaires, conformistes ou pleutres ont un avantage. Ils ont la colonne vertébrale d’un mollusque. Il ne leur faudra pas longtemps pour actualiser leur discours quand ils comprendront qu’ils ne risquent rien à dire ce que tout le monde voit sur le RN, le NFP ou sur le Président lui-même. Et la France poursuivra son chemin.

10.5 millions de «fachos»?

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Paris, hier © UPI/Newscom/SIPA

Une majorité « fasciste » à l’Assemblée nationale ? C’est le grand retour de la tarte à la crème du « front républicain ». Pourtant, plus de citoyens français ont apporté leur suffrage à un candidat du RN hier qu’à Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle ! Une majorité absolue du parti de Jordan Bardella est possible, dimanche prochain, même si tout le reste de l’échiquier politique se ligue contre lui. À côté d’une partie importante de la jeunesse qui poursuit le rêve utopique d’un monde où les différences culturelles ne comptent pas, le RN apparait comme conscient de la menace islamiste et à l’écoute du peuple qui veut conserver son identité.


Les estimations des élections législatives du 30 juin 2024 sont tombées à 20 h. Des résultats sans grande surprise, en réalité. Face aux bons résultats confirmés du Rassemblement national (RN), on a pu souligner la bonne tenue du Nouveau Front populaire (NFP) qui témoigne de cette alliance réussie, électoralement s’entend, de la carpe muette d’une union de gauches renouvelée avec le lapin sorti du chapeau de Mélenchon, habillé pour la circonstance du keffieh de Rima Hassan qui séduit tant les banlieues islamisées… Les castors sont de retour, une fois de plus, avec l’espoir de faire barrage aux « fascistes » du RN. 

Les antifas violents inquiètent

Mais qui sont les « fachos» aujourd’hui  ? Qui a un discours de haine ? Qui veut censurer et empêcher une expression libre ? Qui refuse le débat démocratique ? Quand j’ai voulu réunir à Dresde, en Allemagne, les partisans et les adversaires de l’immigration, les partisans de PEGIDA, un mouvement qui se proclame ouvertement adversaire de l’islamisation et de l’immigration de masse en provenance des pays musulmans et les partisans de l’accueil illimité de réfugiés et l’ouverture des frontières à « la misère du monde », qui a refusé au premier abord une proposition de dialogue sans langue de bois ? Les fachos de Pegida ou leurs adversaires ?  

Finalement, ces dialogues ont eu lieu dans toute la ville, malgré les tentatives d’obstruction violente des antifas, malgré leurs lettres de dénonciation aux universités, aux églises, à la mairie, de cette invitation faite aux « fachos » et à leurs opposants d’une discussion libre et sans tabous. Le résultat fut stupéfiant :  une compréhension mutuelle acquise progressivement malgré des débuts houleux et même violents verbalement, une forme d’intelligence collective qui partant d’une appréhension d’une réalité complexe, permettait de chercher des solutions aux problèmes présents et futurs posés par cette arrivée en masse de vrais et de faux réfugiés. 

Perte de tous les repères et retour des hiérarchies

En fait, tous les repères idéologiques sont bousculés. La division politique traditionnelle entre la gauche et la droite risque de rendre invisibles les transformations culturelles et psychologiques des individus et, en particulier, de ceux qui appartiennent à la jeunesse des classes éduquées, vivant dans les métropoles urbaines. Plusieurs générations ont vécu après-coup le traumatisme de l’anéantissement des juifs d’Europe et en même temps la repentance de la colonisation. Les nazis établissaient une hiérarchie entre des races supérieures et des races inférieures. Les colonisateurs croyaient en la supériorité de la civilisation européenne sur les indigènes de l’Amérique et de l’Afrique. 

Les nouvelles générations de l’Occident, formatées par un enseignement qui condamne légitimement à la fois le génocide des juifs et les horreurs de la colonisation, ne veulent plus connaître de différences entre les êtres humains. Les Européens modernes, précisément ceux qui font partie des classes éduquées, poursuivent un rêve d’amour universel, un rêve d’un monde qui ne connaîtrait plus le racisme et la guerre. 

Ils plaquent sur la réalité d’aujourd’hui cette utopie d’une humanité réconciliée, unie et identique. Ce refus de voir les différences et les hiérarchies entre les êtres humains et leurs cultures est une réaction parfaitement compréhensible à un passé douloureux mais aboutit à un déni de réalité. Cette jeunesse occidentale, instruite et pacifiste, établit une équivalence entre clandestins et habitants légaux d’un pays, entre les genres, entre les sexualités, entre les générations, entre les cultures et les civilisations. Pour elle, il ne doit plus exister de hiérarchies et de différences. 

Ceux qui s’opposent à ces indistinctions, qui veulent que les frontières et les nations subsistent, ceux qui ouvertement déclarent que les cultures n’ont pas une valeur égale, que le voile, la polygamie, les mutilations sexuelles n’ont pas droit de cité sont des fascistes, des racistes, des héritiers du nazisme ou du pétainisme. On stigmatise des populations entières qui vivent dans la peur d’un lendemain qui serait appauvri et trop différent et on qualifie de populistes ceux qui prennent leur défense.

Le RN conscient de la menace islamiste, et à l’écoute du peuple qui veut conserver son identité

L’islamisme, nouveau totalitarisme, profite de ce déni de réalité et impose sous prétexte de tolérance et d’acceptation de la diversité ses propres valeurs et ses usages pourtant en contradiction totale avec les valeurs occidentales d’égalité et de droits humains. Aujourd’hui, l’islamisme est une extrême-droite antisémite, héritière du nazisme et des fascismes européens.

Il s’agit donc aujourd’hui de bien identifier ce nouveau totalitarisme et de ne pas se tromper de cible. Les collaborateurs et les « idiots utiles » de l’islamisme font entrer les loups dans la bergerie, en qualifiant les conservateurs populistes qui résistent à l’islamisme de politiciens d’extrême-droite. Même si dans les partis de ces conservateurs, il subsiste certainement des éléments anciens proches du fascisme ou en France du pétainisme, Trump et les conservateurs américains, Meloni, Gert Wilders, Netanyahou, Orban, Pegida et leurs équivalents dans toute l’Europe sont des conservateurs, des populistes qui ont entendu la voix des peuples qui résistent à ces changements de civilisation voulus par l’islam politique, lui-même allié à un antiracisme immigrationniste qui refuse aux Occidentaux le droit de préserver leur identité, différente de celle d’autres identités, et aux juifs la possibilité de rester une nation souveraine, de protéger leurs frontières et de résister à la volonté islamiste d’en faire les dhimmis d’une oumma sans limites. La lutte antifasciste aujourd’hui doit se mener contre toutes les tentations totalitaires et en particulier contre l’islamisme qui est une extrême-droite, xénophobe, autoritaire, antisémite et anti-occidentale, comme les fascismes qui l’ont précédé au cours du siècle précédent. Les islamistes et leurs compagnons de route gauchistes, indigénistes, exploitent la peur de l’extrême-droite européenne afin d’assurer le triomphe d’une idéologie mortifère et intolérante qui s’affuble du masque de la justice sociale et de l’antiracisme. 

La friche bouge

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L'actrice Judith Godrèche appelle à faire barrage au Rassemblement national, Paris, 27 juin 2024 © ISA HARSIN/SIPA

Après la poussée du RN constatée dans les urnes le 30 juin, les résistants de bac à sable vont évidemment s’en donner à cœur joie durant l’entre-deux-tours…


Après la Bérézina des Européennes, le 30 juin, c’est Blücher. Pris en sandwich entre le Mamelouk Mélenchon et Kaiser Bardella, l’Empereur Emmanuel n’a plus beaucoup d’atouts. Pendant La Semaine sainte de l’entre-deux tours, les cloches déballent. Valérie Hayer a filé comme un bas, à Bruxelles, Gérald Darmanin déserte, François Bayrou se prend pour Louis XVIII, Gabriel Attal montre le bout de son Ney. Le Président ne peut se résoudre au vol noir des corbeaux sur nos plaines, aux cris sourds du pays qu’on enchaîne. Stratège émérite, lutteur infatigable, sur les ondes, sur la plage, au Touquet, à Zuydcoote, Dunkerque, Brégançon, dans le sang, les larmes, la sueur, la peur, il se débat.

La bataille de France

El Destishadok, ténébreux, veuf, inconsolé, prince d’Aquitaine, au détour de deux tours, abolit. Son assemblée est morte, son Attal consterné porte le Soleil noir de la Mélancolie. On ne fait pas d’Hamlet sans casser d’œufs. « Suis-je Brutus, Pyrrhus ? Jupiter ou Pignon ? L’affront est rouge encor au tréfonds de moi-même. J’ai échoué dans la grotte où sombre mon système… ». La ligne Imagine.haut du Grand Quartier Général Renaissance est enfoncée, l’armée du Centre cède à Sedan, La Route des Flandres coupée à Hénin-Beaumont. Les loups sont entrés dans Thoiry. Jonathan Guderian fonce vers Matignon.

Jupiter peaufine un appel du 8 juillet : « Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude. J’ai dégoupillé la grenade de la dissolution pour clarifier. L’espérance doit-elle disparaître ? Non ! Foudroyés aujourd’hui par la force électorale, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force supérieure. Moi, Président Macron, j’invite les CEO, les start-ups, les traders, les Français, qui se trouvent à Luxembourg, New York, Genève, La Défense, avec ou sans états d’armes, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu’il arrive, la phrase de la résistance française ne doit pas s’éteindre. Demain, comme aujourd’hui, comme hier, avant-hier et après-demain, je parlerai ». Dominique de Villepin, Alain Minc, Nagui et McKinsey ont relu le draft. Brigitte est inquiète… Le silence de la mère.

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L’exode a commencé. La Traversée de Paris est compliquée. Anne Hidalgo et Amélie Oudéa-Castéra ont coupé les grands axes, les ponts sur la Seine pour retarder l’ennemi. D’interminables files de Tesla, SUV hybrides quittent la rue Poliveau, la plaine Monceau, la place des Victoires, direction l’autoroute du Sud, Avignon, Saint-Trop, Collioure, la frontière espagnole. Les batteries tiendront-elles jusqu’à Teruel ? Pedro Sánchez a promis des avions, les brigades internationales, L’Espoir, Podemos !

Le Nouveau Front Populaire manque de munitions, de stratèges, de discipline. Comment faire de cette Fraternité, un combat ? François Ruffin, Alexis Corbière et Raquel Garrido ont été purgés : Pim-Pam-Poum. Clémentine Autain hésite entre les Bolcheviks et les Mencheviks. « Quand les blés sont sous la grêle ; Fou qui fait le délicat ; Fou qui songe à ses querelles ; Au cœur du commun combat » (Aragon). L’heure est à l’union. À Menton, on ne passe plus. Giorgia Melloni a bloqué le col du Grand-Saint-Bernard. Juliette Binoche veut rejoindre Théus. Les colonnes d’émigrés sont arrêtées Briançon. À Toulon, Cannes, Antibes, ils embarquent, fuient l’oppression, les matraquages, cherchent un refuge en Tunisie, un riad à Essaouira, l’asile dans la bande de Gaza. Rassurant, l’Ocean Viking croiseau large de Porquerolles.

Le dernier hélico présidentiel décollera du toit de l’Élysée le 7 juillet à 20H05 CET, direction Baden-Baden avec un refuelling à Varennes. Le Colonel Benalla (alias Capitaine Cognant) pilote l’exfiltration. Le destin d’En Marche est suspendu au Glock 17 du soldat d’élite. Il a les clés de l’Audi, du Touquet, de Brégançon, le téléphone de Mbappé : il sait tout ! D’un Château l’autre… Dans le Super Puma les places sont chères : Alexis Kohler, Bruno Roger-Petit, Stéphane Bern. Mimi Marchand a une énorme gourmette en or. Gabriel Attal refuse de partir sanssonchow-chow Volta. « Tous des cons Alexandre, sois zen et fort, c’est le patron qui décide ! ».

Paris fait de la résistance 

En Marche est un monde de limbes où la légende d’une fraternité invincible se mêle à l’improvisation. Dans un bunker perché tout en haut d’un ministère, des partisans, soutiens, combattants se font adouber en secret, à l’aube. Il est d’usage dans cette région du Bercy de s’assister en se tenant sur la tombe de sa propre famille. À la fin du cocktail, la nuit qui se retire comme la mer laisse paraître la Première dame, immobile, silencieuse, en petite robe noire.

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Dans la Cartoucherie de Vincennes, Arianne Mnouchkine a planqué des fourches, la mitraille, les grenades. En treillis Smalto, de la terrasse de l’Institut de Monde Arabe, Jack Lang –Sparadrap dans la résistance- électrise le peuple de gauche. Grâce aux mitrailleuses lourdes et réserves de falafels du restaurant Noura, ce nouveau Fort-Alamo peut tenir un siège de trois mois.  Sciences Po, La Sorbonne, les Beaux-Arts, ne lâchent rien : Sous le sable, les pavés ; Faites la Guerre pas l’amour. Guillaume Meurice a réintégré Free France Inter. Dans la clandestinité il remonte le moral des Français : Les carottes sont cuites ; L’hirondelle ne craint pas la traque ; Le cuisinier secoue les nouillesde Netanyahou…

La Province n’est pas en reste. Jean-Yves Le Drian de Pontcallec croit au réduit breton. À Saint-Marcel, Quiberon, La Trinité-sur-mer, au cœur des bastions ennemies, en Méhari Kaki, Kite surf, paddle, la résistance s’organise. Les mistouflets des brigades ZEN (Zado-Ecolo-Nudistes) sont redoutables dans le corps à corps, les bassines et le bocage. À Lyon, la Jeune garde de Raphaël Arnault fédère les fichiers S de la zone Sud. Ce soir, Bardella, les banques et les barbecues, connaîtront le prix du sang et des larmes.

Christiane Taubira poursuit le combat décolonial outre-mer. Avec Lilian Turham, Karim Benzema et Joey Starr, elle rallie Nouméa, après une escale à Mers el-Kébir, Dakar et Cayenne. Sanglé dans son élégante gabardine de cuir noir (modèle déposé Adolfo Ramirez-Pacte germano-soviétique), Jean-Luc d’Arabie aimerait rhamasser la mise. 

Un grand soleil d’été éclaire la colline

Il faut avant le deuxième tour forger les alliances, l’acier de la victoire. Infatigable, emballant, en scooter, François Hollande -alias Bison flûté– laboure le plateau de Millevaches, fédère les réseaux, l’Armée Secrète, le Conseil National de la Réjouissance. Le cap est clair, les ordres claquent : « Le rôle que je m’assigne, c’est de porter un discours de protection et de vigilance… c’est de trouver des solutions ». Dans chaque circonscription NFP, chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait, quand il passe. Si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.

Un long cortège d’exaltation, d’ombres, de sans-dents, de figurants, de Passionaria, accompagne les chevaliers de l’espérance. Julie Gayet, Judith Godrèche, Rachida Dati, Anne Hidalgo, Annie Ernaux, toutes ces femmes de Courrège en lunettes noires, rubans en sautoir, ou nues comme les canuts, veillent la Résistance, portent le deuil de la France, tissent le linceul du vieux monde. Après le triomphe du Rassemblement national, après les heures sombres et nauséabondes, les trahisons, l’épuration, les coupes budgétaires, les déficits budgétaires, la justice reviendra sur ses pas triomphants. La Reconquête va commencer.  « El pueblo unido jamás será vencido ! ».

« Bonheur à tous, bonheur à ceux qui vont survivre » (Aragon).

Louis XVIII et les femmes

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Marie-Josèphe de Saxe. © Wikipédia

Épisode 1 : La génitrice…


Jaloux de son aîné, qu’il détestait, « le roi sans royaume ne faisait rien sans raison, ni sans calcul ». C’est sous ces traits cruels que l’historien Matthieu Mensch décrit le comte de Provence, futur monarque de la Restauration, au seuil de l’ouvrage qu’il consacre aux Femmes de Louis XVIII – c’en est le titre. A Louis XVI, le cadet de la dynastie Bourbon enviait aussi son Autrichienne, dont il pensait que lui-même l’aurait mérité davantage : « la haine de Monsieur envers son infortunée belle-sœur avait fini par devenir de notoriété publique », au point que sur le tard, il cherchera à se dédouaner. Instrumentant la mémoire de la reine martyre, il fera même construire, en 1826, une chapelle expiatoire : « Marie-Antoinette semble correspondre parfaitement à la vision cynique de Louis XVIII, pour qui les femmes n’étaient que des outils politiques ou de simples faire-valoir ». Quel garçon sympathique…

Les femmes de Louis XVIII

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Par contraste avec son infortunée belle-fille, Marie-Josèphe de Saxe, génitrice des trois frères Berry, Provence et Artois, – soit les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X -, constitue à l’ère #MeToo l’archétype rêvé de la femme « invisibilisée » par la domination masculine. Ce « joli laideron », pour reprendre l’expression du duc de Croÿ, son aimable contemporain, se verra idéalisé sous la Restauration par le plus retors de la fratrie royale, soucieux de s’arroger pour lui-même, par la grâce d’une continuité en quelque sorte organique, les vertus supposées de sa mère dont son aîné, avantageusement évincé par le tranchant du couperet, aurait été privé quant à lui absolument. Le pansu mais finaud Louis XVIII se sera durablement ingénié à réécrire l’histoire à son profit : « roi sans épouse, il trouve en la défunte dauphine la première figure féminine hagiographique de la famille royale, dont les mérites ruissellent sur ses héritiers ». Orpheline tour à tour de sa mère, en 1757, puis de son père en 1763, la perte du petit dauphin le duc de Bourgogne, mort en 1765 de tuberculose, sera pour la dévote Marie-Josèphe de Saxe le coup de grâce. Malgré ses nombreuses couches en rafale (quatre princes, sans compter les filles, et trois enfants morts en bas âge), la sainte femme paradoxalement proche du si frivole Louis XV sera, post mortem, la figure centrale d’un dolorisme exploité sans vergogne par son fils préféré.

La semaine prochaine, épisode 2 – Les sœurs

Alors, on lit quoi cet été ?

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Thomas Morales. D.R

Notre chroniqueur a sélectionné des livres qui ne parlent ni de cohabitation, ni de triangulaires. Au menu de cette bibliothèque des plages, du western à papa, du Don Quichotte de la Mancha, du Calder tourangeau, du Schönberg autrichien, du Vitoux des familles, du Mazzella de la chambre d’amour et du Stéphanie des Horts preppy.


Drame à Cape Cod

Stéphanie des Horts est une romancière d’investigation. Un profil rare dans le paysage éditorial français. Son terrain de chasse : les « Happy few » comme on disait dans les années 1980. Elle ne s’intéresse pas au tracas de la ménagère du coin de la rue ; elle fouille, elle observe, elle décrypte, elle lève le voile sur les « grands » de ce monde, têtes couronnées, magnats du pétrole, armateurs billionnaires, tycoons des médias et mannequins ébréchées. Pourquoi aime-t-on se plonger dans les sagas chaudes et désaxées de cette Barbara Cartland pétroleuse aux vrais dons littéraires ? Parce qu’elle a l’œil de l’écrivain, une plume qui accélère, une tendresse pour les enfants gâtés, une attirance pour les romances fracassées et qu’elle s’appuie sur une très riche documentation sans que son lecteur le remarque. C’est en refermant son dernier roman sur la malédiction Kennedy que l’on se rend compte à quel point elle a réussi à trouver une vérité dans cette histoire entre le fils de Kennedy et Carolyn Bessette. Deux « beautiful people » en proie aux cris et aux larmes. Il fallait tout le talent de Stéphanie des Horts pour approcher ces deux-là, trop beaux, trop riches, trop lumineux pour espérer décrocher une minuscule parcelle de bonheur. Un roman qui sent la pop music de Madonna, le style Ivy League de Ralph Lauren et le glamour frelaté d’une fin de siècle aux US. Stéphanie ne serait-elle pas notre Bret Easton Ellis en talons de douze centimètres ?

Caroline et John de Stéphanie des Horts (Albin Michel)

Carolyn et John

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Boudard au ranch

François Cérésa n’a jamais quitté le terrain de l’enfance. Il suffit de voir sa longue silhouette sur le boulevard Saint-Germain, décomplexée, provocatrice et désenchantée ; beau mec prêt à dégainer sa Winchester si le premier malotru croisé lui parle mal. Cérésa est un bonhomme à l’ancienne, un écrivain des plaines sauvages, franc-tireur littéraire qui déteste notre époque lessivée aux bons sentiments. Cérésa comme tous les gamins des années 1950 n’avait pas l’ambition de vivre comme un « petit » technocrate satisfait ou un politicien tambouilleur. Il voulait canarder, rêver plus haut, bourlinguer et se tenir tête haute. Cérésa aime les causes perdues, le panache plutôt que le déshonneur. Alors, il enfile ses bottes mexicaines, chevauche un Mustang et nous fait l’éloge du western de papa. « Il est nazebroque » écrit-il de ce cinéma à la Gary Cooper, John Wayne, Burt Lancaster, Lee Marvin ou Robert Mitchum. Il sort son colt pour défendre cet espace de liberté qui serait jugé aujourd’hui trop archétypal dans une société qui a peur de son ombre. Cérésa dégaine avec une langue harponneuse, pleine de hargne et de drôlerie. Après l’avoir lu, on a juste envie de se faire une toile.

Total Western de François Cérésa (Séguier)


Quoi de neuf ? Cervantès !

Don Quichotte, antihéros, fondateur du roman moderne, usurpateur, bambocheur, romantique sarcastique, fou ou illuminé ? Nous avons tous besoin d’une séance de rattrapage, un « reset » sur les idées préconçues ; le chevalier errant dépenaillé est toujours plus ou autre chose. On projette sur lui nos peurs et nos insuccès. Il nous fallait donc un professeur au Collège de France, une sommité, titulaire de la chaire Littératures comparées, pour approcher ce fier hidalgo cabossé. William Marx nous pose une quarantaine de questions sur ce drôle d’animal et il y répond avec un humour britannique, ne dédaignant pas le contrepied et la farce. Il s’interroge sur le corps de Don Quichotte, sur sa naissance, sur son apport à la langue française, sur son féminisme, sur sa rencontre avec Shakespeare et même, audace suprême, cet universitaire ne recule décidément devant aucune pochade (très) érudite sur la possibilité que Don Quichotte prenne le nom de François Pignon. C’est abyssal donc indispensable sur la Costa Brava ou dans une maison de famille du Perche.

Un été avec don Quichotte de William Marx (Équateurs parallèles)

Un été avec Don Quichotte

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Mobiles en Touraine

L’été, on baguenaude, on renifle cette campagne française, on communie avec cette province qui fait rire à la capitale. On reprend pied avec son pays. La Touraine, élixir de jouvence, creuset de la langue française, recèle mille merveilles à celui qui veut bien décrocher de ces virtualités accaparantes et oublier l’actualité mortifère. Imaginer Calder est une balade dans cette belle région, nous sommes guidés par une tourangelle, elle est née à Chinon, à la plume délicate, qui ne se hausse pas du col et dont la musique s’infiltre en nous, naturellement, comme le lit d’une rivière. Au départ, nous n’avions aucun intérêt ou désintérêt particulier pour l’œuvre d’Alexandre Calder. Bien que berruyer de naissance, j’ai vu toute mon enfance, son stabile (caliban) dans le hall de la maison de la culture de Bourges, inauguré par Malraux et le Général. Géraldine Jeffroy nous raconte la vie d’un Américain, sculpteur international, qui a vu le jour en Pennsylvanie mais qui va acheter la maison de François Ier à Saché en 1953 et qui y vivra plus de vingt ans.

Imaginer Calder de Géraldine Jeffroy (arléa)

Imaginer Calder

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Et s’il vous reste encore de la place dans votre sac de voyage, il faut absolument emporter Le Satan (Bach ?) de la musique moderne de Gemma Salem publié chez Serge Safran éditeur. Il s’agit du dernier texte inédit écrit par cette écrivaine de haut vol, enfiévrée et percutante, disparue à Vienne en 2020 qui fut une grande spécialiste de Thomas Bernhard. C’est remarquable de concision et de vigueur dramatique sur le compositeur autrichien Schönberg. Ne pas oublier L’Ami de mon père de Frédéric Vitoux qui reparaît en format poche chez Points avec une préface inédite de Frédéric Beigbeder. Roman d’apprentissage sur ce père qui fut emprisonné à Clairvaux à la Libération, déchirant et initiatique, sans graisse, ni pathos, avec une forme d’élégance filial. Et enfin, l’un de mes chouchous, le basque Léon Mazzella qui nous offre un roman Belle perdue aux éditions Cairn, sorte de Dolce Vita Biarrotte aux sentiments juteux et à la construction inventive, j’y ai vu des traces modianesques de Villa Triste.

L'Ami de mon père

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Belle perdue

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Monsieur Nostalgie

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À paraître le 19 septembre :

Les Bouquinistes

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Napoléon superstar

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Albert Dieudonné en Napoléon Bonaparte dans le film d'Abel Gance, 1927. © Cinémathèque française

Depuis que le cinéma existe, les réalisateurs redonnent vie à l’Empereur. Avec ou sans talent, ils déploient des moyens titanesques pour restituer son épopée. L’évènement, ce mois-ci, est la résurrection du chef-d’œuvre d’Abel Gance (1927) : enfin restauré, il est projeté en ciné-concert avec une composition de Simon Cloquet-Lafollye.


Chu dans nos salles obscures au mois de novembre, le Napoléon de Ridley Scott est désormais monté au Ciel, disponible en cabine sur les vols long-courriers d’Air France : l’Empereur, du décollage à l’atterrissage, ou de l’ascension à la chute. Cette apothéose de l’Aigle ne saurait éclipser la daube où, dans le rôle-titre, un Joaquin Phoenix impavide, constipé, vieilli avant l’heure, en pince pour Joséphine/Vanessa Kirby, du siège de Toulon jusqu’au châlit de Sainte-Hélène.

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, ne mâche pas ses mots pour ironiser sur ce pataquès : « On peut s’éloigner de la véracité, mais il faut au moins travailler sur la vraisemblance. La grande erreur ? L’ambiance ! Napoléon giflant sa Joséphine en public, ça n’a pas de sens. La seule bataille réussie dans le film, c’est celle des cuisses de poulet qu’ils se lancent à la figure. Il n’y a eu aucun travail pour respecter le comportement – parfaitement connu – des personnages de l’époque. Joséphine de Beauharnais était une grande aristocrate de l’Ancien Régime, d’une distinction absolue. Jamais elle n’aurait écarté les jambes en disant : “Tout ce que vous verrez vous appartient. On ne se mettait pas la main autour du cou. L’Empereur ne marchait pas à quatre pattes devant ses domestiques pour aller trousser sa femme en poussant des cris de cochon. Pardonnez-moi l’expression, mais Joséphine n’était pas une chaude : elle avait été totalement traumatisée par son emprisonnement sous la Terreur – ce qui, probablement, a provoqué sa stérilité»

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Pour la vraisemblance, le contre-exemple existe : Guerre et Paix, film à la réalisation duquel s’est épuisé, de 1962 à 1966, l’acteur et cinéaste soviétique Sergueï Bondartchouk, endossant le rôle principal sous les traits du personnage de Pierre Bezoukhov, double de Tolstoï en quelque sorte. Cette adaptation du roman-fleuve a convoqué quelque 14 000 figurants, conscrits de l’Armée rouge gratuits et corvéables. « Sur les sept batailles décrites dans le roman, seules quatre furent retenues. Dont Austerlitz, Borodino et la retraite de la Grande Armée mais, ajoute Thierry Lentz, qui n’a pas lu le livre en retrouve l’esprit dans ce film fabuleux ! » Sous les auspices de Dino De Laurentiis (lequel avait produit le Guerre et Paix de King Vidor en 1956), Bondartchouk tourne ensuite un Waterloo titanesque – avec Orson Welles campant Louis XVIII et Christopher Plummer Wellington. L’échec du film aux États-Unis, à sa sortie en 1970, a porté un coup fatal au projet d’un Napoléon sous étendard MGM, que méditait Stanley Kubrick depuis 1968.

Si, de Charles Boyer (Marie Walewska) à Patrice Chéreau (Adieu Bonaparte) en passant par Sacha Guitry (Napoléon) dans la peau de Talleyrand, le mythe de l’Empereur a partie liée avec le Septième Art, Abel Gance (1889-1981) incarne la quintessence de cette filiation. C’est lors d’une soirée de gala à l’Opéra Garnier, le 7 avril 1927, qu’a été projeté son muet de près de quatre heures, accompagné d’une musique signée Arthur Honegger, combinant partition originale et pièces du répertoire. Pas moins de vingt-deux versions différentes du film ont été exploitées par la suite, mais l’avènement du parlant, en 1929, a enterré ce chef-d’œuvre. Seul Henri Langlois, le fondateur de la Cinémathèque française, en a compris l’importance et a sauvegardé les copies nitrate, espérant reconstruire la « grande version ».

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Mais le temps a désagrégé la saga jusqu’à la décision, en 2015, de planifier, sous l’égide du CNC, la restauration numérique de ce film-archipel. Là encore, Thierry Lentz a été à la manœuvre, apportant, outre son expertise d’historien, une subvention de la Fondation Napoléon. Résultat de ce travail de longue haleine : « Napoléon vu par Abel Gance ». Pour Thierry Lentz, le clou de cette résurrection est le nouvel accompagnement musical, dû au compositeur Simon Cloquet-Lafollye, qui rythme ces presque sept heures de projection : « Sur le plan technique, c’est extraordinaire. Par exemple, la musique dynamise superbement l’interminable bataille de boules de neige du début. L’idée géniale a été d’unifier dans un flux continu ces morceaux puisés dans le répertoire classique. » Autant dire combien sont attendus les deux ciné-concerts (à guichet fermé) des 4 et 5 juillet à La Seine musicale de Boulogne-Billancourt. Le chef Frank Strobel sera au pupitre et, dans la fosse, rien de moins que l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique et le Chœur de Radio France, qui déclineront les deux parties (respectivement 3 h 40 et 3 h 25 !) de ce « Napoléon vu par… ».

Un superbe ouvrage collectif abondamment illustré retrace, en parallèle, l’histoire mouvementée de ce film et l’aventure de sa restauration : hommage déclaré à cet autre empereur, Gance, conquérant du cinéma et démiurge de ce faux biopic dont le jeune Bonaparte (Albert Dieudonné), bien plus que l’Aigle en tricorne, campe la figure prométhéenne. Autre figure, séquence mythique, quand Antonin Artaud rejoue la composition de la toile de David La Mort de Marat« Le film déroulera une sorte de chemin de feu », promettait Gance. Comme l’observe Thierry Lentz dans son érudite contribution : « Abel Gance connaissait son Napoléon et sa Révolution sur le bout des doigts. À gauche, on attaqua le cinéaste avec virulence, mettant en face deux idéologies qui s’affrontent encore aujourd’hui. L’œuvre fut suspectée, avant même sa présentation publique, d’être “réactionnaire”. » Voilà, conclut l’historien, qui « ne pèse pas lourd face au chef-d’œuvre justement élevé au rang de monument mondial du cinéma. » On ne saurait mieux dire.


À voir

« Napoléon vu par Abel Gance », ciné-concert symphonique : Orchestre national de France, Orchestre philharmonique de Radio France, Chœur de Radio France, direction Frank Strobel. La Seine musicale, première partie (3 h 40), 4 juillet 18 heures, deuxième partie (3 h 25), 5 juillet 18 heures (complet), laseinemusicale.com. Film programmé ultérieurement au Festival Radio France Occitanie Montpellier, à la Cinémathèque française, sur France Télévision et sur Netflix.


À lire 

Napoléon (Tempus)

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Patacaisses!

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D.R

71% des magasins français ont beau en être équipés, les caisses automatiques pourraient disparaître plus vite qu’elles ne sont arrivées.


On nous serine depuis longtemps que l’automatisation deviendra la norme dans la vie quotidienne. Modèle révolutionnaire il y a cinq ans, la caisse automatique dans les supermarchés était censée réduire le coût de la main-d’œuvre en remplaçant les salariés, et mettre fin au supplice de la fin des courses : l’attente dans les queues. L’engouement des enseignes pour cette technologie a été tel que, aujourd’hui, la proportion de magasins français ainsi équipés s’élève à 71 % selon une étude de NielsenIQ. Cependant, les caisses automatiques ne semblent plus destinées à grand-remplacer les salariés humains. Car la tendance est déjà en train de s’inverser aux États-Unis et au Royaume-Uni. Si, en 2020, la multinationale de la grande distribution Walmart inaugure des magasins uniquement dotés de caisses automatiques, à l’automne 2023, elles sont poussées vers la sortie. Désormais, Walmart supprime des caisses automatiques, ralliant d’autres grosses chaînes comme Giant Tiger.

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Certains points de vente sont même revenus au format traditionnel, avec seulement des caissiers humains. Ce retour en arrière s’explique en partie par les nuisances économiques engendrées, les vols étant très fréquents. En France aussi, le problème est récurrent. Un agent de sécurité assure à France Télévisions, en mars : « [Certains clients] ne scannent que cinq produits, alors que dans le chariot il y en a au moins 30. On interpelle parfois pour 200, 100 euros. » Par-dessus le marché, les clients se plaignent du manque de contact humain, des bugs des caisses automatiques… Grand champion de l’automatisation, Amazon avait équipé la moitié des magasins physiques de sa chaîne d’épiceries de la technologie « Just Walk Out ». Cette dernière supprime complètement les caisses, remplacées par un système de caméras et de capteurs qui détectent les achats du client et les lui facturent automatiquement à sa sortie. Or, l’entreprise vient d’annoncer l’élimination progressive de ce système qui met en œuvre, non l’IA, mais 1 000 salariés en Inde chargés de suivre ce qui se passe dans chaque magasin.

«Le Comte de Monte-Cristo»: un malheur de plus pour Alexandre Dumas

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Pierre Niney © Jérôme Prébois / Pathé Films

Notre chroniqueur, fin connaisseur de Dumas sur lequel il a co-écrit un livre, n’en revient visiblement pas d’avoir vu, comme il dit, la bouse à 43 millions d’euros écrite et mise en scène par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, les duettistes qui avaient massacré il y a deux ans Les Trois mousquetaires. Il a manifestement trempé sa souris dans le venin pour écrire le compte-rendu du plus onéreux des ratages du cinéma français, qui n’en est pas avare. Attention, divulgâchage !


Un minimum de vraisemblance ne nuit pas aux œuvres de fiction. Mais ce n’est pas un souci pour Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, qui portés par le crime perpétré en adaptant Les Trois mousquetaires, et persuadés que si l’on peut écrire on sait filmer, ont porté à l’écran, pour la quarantième fois, le chef-d’œuvre de Dumas, afin de le massacrer tranquillement.

Faisons un bilan rapide. Le crawl que pratique Edmond Dantès n’existe pas à cette époque — il ne commencera à être pratiqué que dans les années 1880. Le château d’If n’est pas une île isolée au milieu de la Méditerranée — mais une IA quelconque a gommé les îles du Frioul, qui l’encadrent. Faire citer Edmond (Rostand) à propos d’Edmond (Dantès) est un anachronisme répugnant, Cyrano de Bergerac, c’est 1898. Faire de Danglars (banquier, dans le roman) un trafiquant de bois d’ébène, comme on disait, est aberrant : la traite est interdite en France depuis 1815, un décret de Napoléon a été confirmé par Louis XVIII.

Détails, direz-vous. Mais que Haydée, l’esclave fascinée et fascinante du comte, épouse Albert de Morcerf alors qu’elle est folle amoureuse de son seigneur et maître… Que ledit comte se batte en duel avec Morcerf, qui dans le roman se suicide — lequel duel est tout bonnement emprunté à la version Jean Marais (1954), pas de raisons de se gêner… Que Villefort ait une sœur bonapartiste — dans le roman, c’est son père — livrée à des tenanciers de bordel alors qu’elle appartient à la noblesse… Qu’Andrea Cavalcanti tue Villefort — qui dans le roman devient fou…

Entendons-nous : dans une œuvre aussi foisonnante, on peut être tenté de tailler. Encore faut-il le faire intelligemment. Tout ce qui dans le roman renvoie à l’Histoire est gommé par nos duettistes, persuadés sans doute que le public est aussi ignare qu’eux. Tout ce qui appartient au genre du roman noir (ou roman gothique, comme on disait alors) est évacué.

Quant à Pierre Niney… Pourquoi a-t-il une cicatrice sur la joue gauche, comme James Bond ? Pourquoi est-il tatoué comme un yakuza monochrome ? Edmond Dantès est BEAU — d’où l’utilisation au fil du temps de Robert Donat (1934), Pierre Richard-Willm (le meilleur à ce jour, en 1943), Jean Marais, Louis Jourdan (1961), Richard Chamberlain (1975), Jacques Weber (1979), et même Depardieu fils et père, en 1998 (même si le téléfilm de Josée Dayan est, comme d’habitude, détestable, même si Didier Decoin a fait un beau massacre du matériau fabuleux qu’il avait en main). Des acteurs impeccables et ténébreux, et non des minets mal rasés.

Il n’est pas le seul, malheureusement, à étaler son incompétence et son invraisemblance. Choisir Anaïs Demoustier (bientôt la quarantaine) pour jouer la toute jeune Mercédès est sidérant : du coup, quinze ans plus tard, elle n’a pas changé, excepté son début de lordose. Laurent Lafitte fait le boulot, Anamaria Vartolomei est un boudin roumain, Julie de Bona, à 44 ans, peine à jouer les jeunes filles enceintes. Manque-t-il à ce point de jolies actrices en France ? Rendez-nous l’Adjani de l’Ecole des femmes, en 1973

Tout n’est pas nul. Une ou deux fois, il y a des plans de cinéma — le reste est filmé pour passer à la télé entre deux incursions dans le frigo. Décors, costumes et accessoires (ah, ce plan sur une magnifique montre Bréguet !) sont parfaits, si l’on avait éliminé les personnages le film aurait eu de la gueule.

Dans le dernier quart du film, soudain, pendant 10 minutes, ça s’améliore. C’est que lassés de massacrer l’un des plus grands romans français, les réalisateurs soudain ont décidé de suivre (dans la scène de confrontation de Dantès et de Mercédès) le texte de Dumas, homme de théâtre qui savait trousser un dialogue. Puis, patatras, ils se reprennent de cette faiblesse, et anéantissent la fin du roman — où Dantès part avec Haydée. Dumas était sensible à l’attrait des jeunes femmes, et même des jeunes filles : en 1860, à 58 ans, il part livrer des armes à Garibaldi, qui fait la révolution en Sicile, à bord d’une felouque dont le tout jeune mousse (tout juste 20 ans) est sa maîtresse, Amélie ou Emélie — qui accouchera peu après l’arrivée d’une petite fille dont Garibaldi sera le parrain. Qu’en dirait Judith Godrèche, si elle avait assez de culture pour connaître ce détail ?

Ne perdez pas votre temps — ou alors, profitez de la semaine de Fête du cinéma : pour 5€, vous bénéficierez, dans une salle climatisée, de conditions optimales de sieste. Et en sortant, vous pourrez toujours lire ou relire le roman, dans une édition convenable — en Folio par exemple.

Jean-Paul Brighelli / Christian Biet / Jean-Luc Rispail, Alexandre Dumas ou les aventures d’un romancier, Découvertes / Gallimard, 1986, 128 p., sur tous les sites de soldes.

Alexandre Dumas ou les Aventures d'un romancier

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Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, Folio / Gallimard, Edition de Gilbert Sigaux, 1264 p., 12,90 €. C’est la même édition, allégée, avec le même spécialiste, que dans la Pléiade, qui vaut quand même 70€.

Le Comte de Monte-Cristo

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Le Comte de Monte-Cristo

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Palestiniens au Liban: et s’il était plutôt là, votre “apartheid”?

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Des enfants photographiés dans le camp de réfugiés de Chatila à Beyrouth, Liban, 19 mars 2024 © Collin Mayfield/Sipa USA/SIPA

Les réfugiés palestiniens sont depuis des années une population honteusement marginalisée au Liban, sans que cela émeuve grand monde dans les pays arabes ou dans une opinion internationale trop occupée à taper sur Israël.


Ces derniers temps, on a vu Amnesty International accuser Israël d’être un État « apartheid ». Étrange accusation. En réalité, à l’exception de la Jordanie, qui, depuis 1949, a donné aux Palestiniens vivant sur son sol, le droit à la nationalité et souvent au travail, ce sont les États arabes qui, depuis 1949, pratiquent une politique d’apartheid vis-à-vis des Palestiniens. Prenons l’exemple de la situation de ces derniers dans l’un des États arabes les moins autoritaires, le Liban. Que constatons-nous, déjà à l’époque de l’« âge d’or » de la « Suisse du Moyen-Orient », donc bien avant la guerre civile et la faillite de l’État ?

Que, afin de provoquer l’exil d’un maximum de Palestiniens, les gouvernements libanais successifs ont promulgué une série de lois liberticides qui empoisonnent la vie des réfugiés. Parmi celles-ci, l’impossibilité, une fois sortis du Liban, d’y retourner, à moins d’obtenir un visa de retour[1], chose que l’administration libanaise n’octroie pas facilement. Et, pour être sûr que leurs départs soient définitifs, des procédés administratifs, empêchant leurs retours, ont été instaurés. Résultat : en quelques décennies, environ 100 000 Palestiniens, sortis du Liban, s’en sont retrouvés exclus.

Camps insalubres

Afin de saisir la situation de ces réfugiés, voici quelques exemples de mesures prises à l’encontre de ceux-ci. 

Pour commencer, ils ont été regroupés dans des camps, avec interdiction, inscrite dans le préambule de la Constitution libanaise en 1990[2], de « s’implanter » dans le pays de façon définitive. Défense d’accéder à la propriété immobilière, et même d’hériter de biens immobiliers acquis antérieurement par leurs géniteurs, et cela en dépit de l’atteinte à la propriété privée[3] et des problèmes humanitaires que cette restriction pouvait générer.

Interdiction de toute réédification des camps détruits durant la guerre civile libanaise (1975-1990). Certes, de nouveaux camps ont été bâtis sous le contrôle de l’UNRWA, cependant l’augmentation de leur nombre n’a pas suivi l’accroissement de celui des habitants[4]. En outre, des camps sont dans un état catastrophique : des réseaux d’eau, de plus en plus insuffisants, voisinent avec des égouts non couverts, provoquant de nombreuses maladies.

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Impossibilité de développer les camps situés à Beyrouth. Pire, il a été ordonné à l’UNRWA d’arrêter tous les projets d’amélioration d’infrastructure de ces camps, y compris la réfection des rues. Résultat : l’énergie électrique y est souvent indisponible, et la quantité d’eau distribuée, insuffisante. Et comme la gestion publique de l’eau entraîne des frais, l’entretien des canalisations a été négligé. Tout ceci ne semble guère tracasser l’UNRWA : au lieu de s’insurger, celle-ci s’est abstenue d’effectuer tout travail de restauration des systèmes de canalisation d’eau, de même que ceux de l’électricité[5].

Empêchement de devenir propriétaires de leurs logements. Bien que ceux-ci soient à la fois exigus et incommodes, l’interdiction de faire entrer dans les camps des matériaux de construction, fait que les réfugiés n’ont pas la possibilité d’en améliorer le confort, voire dans certains cas de les réhabiliter.

Droits élémentaires bafoués

Du point de vue juridique, les droits collectifs des Palestiniens sont bafoués. Non seulement ils sont empêchés d’acquérir la citoyenneté, mais leur identité n’est pas reconnue, ce qui les prive de représentation locale. Refus de toute possibilité de participation aux décisions administratives, y compris celles qui les concernent directement, et aucun droit à l’auto-administration.

La loi libanaise qui permet aux étrangers de constituer des associations, refuse ce droit aux Palestiniens. Défense de constituer des syndicats, ou même de se syndiquer (pour adhérer à un syndicat, il faut être de nationalité libanaise). Inutile de préciser que les Palestiniens ne disposent d’aucun droit de vote, et que, a fortiori, toute constitution de parti politique leur est interdite[6].

C’est peu dire que les Palestiniens ne s’épanouissent pas par le travail : faute de passeport libanais, il ne leur est pas possible de travailler dans le secteur public. Et pour ce qui est du secteur privé, les lois libanaises exigent une autorisation spéciale du ministère du Travail, ce qui n’encourage guère les entreprises à embaucher des Palestiniens. Et quand ceux-ci le sont, c’est généralement à des salaires bien inférieurs à ceux octroyés aux Libanais. Les réfugiés se retrouvent, dès lors, employés comme main-d’œuvre peu ou pas qualifiée. En résumé, les « métiers » que les réfugiés peuvent pratiquer sont la culture de la terre, comme journaliers, la maçonnerie, les travaux mécaniques, et ceux des réparations[7]. Et cela sans qu’ils puissent bénéficier de quelque avantage que ce soit de la part de la Sécurité sociale, encore et toujours parce qu’ils ne sont pas libanais. Conséquences : plus de 60% des Palestiniens ne dépassent pas le seuil de pauvreté défini par l’ONU.

De plus, ces réfugiés sont victimes d’un « véritable désastre sanitaire » (selon l’avocat palestinien Souheil El-Natour) : empêchés d’accéder aux hôpitaux publics, c’est l’UNRWA qui les prend en charge ; cependant, comme le budget de l’agence réservé à l’hospitalisation est dérisoire, les malades doivent participer aux frais à hauteur de 50 à 75% des charges. Cette insuffisance de budget a pour effet la multiplication de maladies.

Concernant la lutte contre les épidémies : estimant que la vaccination des enfants incombe à l’UNRWA et à l’UNICEF, le ministère de la Santé ne délivre aucun médicament. En même temps, une malnutrition généralisée des femmes enceintes et des enfants engendre une mortalité infantile à hauteur 40‰, souvent due, également, aux accouchements prématurés[8].

À part ça, tout va bien au pays du cèdre. La preuve, Amnesty International semble n’avoir pas trouvé grand-chose à redire quant à la situation des réfugiés demeurant sur son territoire.

J’ai choisi de parler de l’apartheid au Liban, plutôt que de m’étendre sur celui qui règne en Syrie, ou en Libye (États sur lesquels plus personne ne se fait d’illusions), parce que cette situation témoigne, d’une part, de l’absence de réelle solidarité des États arabes avec les Palestiniens, et d’autre part de l’insoutenable superficialité des « pro-palestiniens » qui ont toujours et délibérément choisi d’ignorer la misérable réalité de la situation des Palestiniens dans les États arabes, réservant leurs dénonciations uniquement à Israël. À la partialité et l’aveuglement d’Amnesty International, il faut ajouter l’incapacité de l’UNRWA qui, en plus de 70 ans, n’est toujours pas parvenue à sortir les Palestiniens de leur situation de réfugiés dans les pays arabes (hors la Jordanie), ni même à les protéger contre les gouvernements arabes.

Pour en venir à Israël, il est indubitable que les Palestiniens de Cisjordanie vivent dans une condition de colonisés et sont souvent victimes d’attaques et de méfaits de la part des colons, parfois ou souvent avec la complicité de l’armée israélienne. En revanche, cet État, à l’intérieur des frontières de 1967, est une démocratie qui ne pratique nullement l’apartheid : les Palestiniens restés dans le pays après la guerre de 1948-1949, sont devenus israéliens et jouissent donc, dans le pays, des mêmes droits, y compris politiques, et sont soumis aux mêmes devoirs que les Juifs – à l’exception du service militaire, ce dont il ne semble pas qu’ils se soient jamais plaints.


[1] Arrêté 487 émanant du ministre de l’Intérieur libanais.

[2] Souheil El-Natour, « Les réfugiés palestiniens », dans Confluences Méditerranée, 2023.

[3] Loi n°296 publiée au Journal officiel n°15 du 5 avril 2001.

[4] 400% selon Souheil El-Natour.

[5] Mahmoud Abbas, « Les réfugiés palestiniens au Liban : problèmes d’habitation », dans Al-Hourriah hebdo, 19 novembre 1996, Beyrouth.

[6] Souheil El-Natour, « Les Palestiniens au Liban : un étranger ». Les quotidiens Al-Quds, Al-Arabi, 12/2/1999, Londres.

[7] Souheil El-Natour, « Les réfugiés palestiniens », dans Confluences Méditerranée, 2023.

[8] Souheil El-Natour, « Les réfugiés palestiniens », dans Confluences Méditerranée, 2023.