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Rima Hassan, l’ambiguë-tragique

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Avec son keffieh palestinien derrière Jean-Luc Mélenchon, Rima Hassan a adressé un nouveau « message subliminal » aux électeurs, dimanche soir. La militante n’a jamais vraiment condamné les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre en Israël, et quand elle prétend revendiquer la création d’un État binational démocratique en résolution au conflit israélo-palestinien, c’est en fait une façon chic de réclamer la destruction de l’État juif. Démonstration.


Le 9 juin, Rima Hassan a été élue députée européenne. Sur le bulletin de vote LFI, la militante pro-palestinienne d’origine syrienne est présentée comme « engagée pour un cessez-le-feu à Gaza ». Or, qu’en est-il exactement ? Un examen de ses prises de paroles depuis son entrée en politique nous permet d’en douter fortement.

Fin novembre 2023, Rima Hassan participe à un entretien avec le média en ligne Le Crayon. Un des principes de l’émission consiste à répondre par « oui » ou par « non » à une série de questions. Rima Hassan répond « oui » quand on lui demande si « le Hamas mène une action légitime » (sic). Quand cet extrait est diffusé sur YouTube au mois de janvier, puis par l’émission Quotidien sur TMC le 11 mars, la polémique éclate. Le site Arrêt sur images prend la défense de Rima Hassan et écrit que « pour elle, l’action politique du Hamas, contrairement à sa branche armée, est légitime ». Le propos est absurde dans la mesure où on ne peut couper le Hamas en deux tant il s’agit d’un seul et même bloc uni par une même idéologie.

Mais que faisait la députée européenne avec son keffieh palestinien, à gauche de Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir ? DR.

« Branche armée » : la plupart des personnes exposées à ses propos ne vont pas faire cette distinction douteuse

Pour Arrêt sur images, qui semble prendre pour argent comptant ce que raconte Rima Hassan, cette dernière parle de la légitimité de l’action du Hamas en dehors de la lutte armée et surtout sans référence aucune à ce qui a été commis le 7 octobre contre les civils israéliens. Pourtant, l’entretien à la chaîne Le Crayon est réalisé moins de deux mois après le 7 octobre. Prétendre, comme Rima Hassan le fait, qu’elle ne se référait pas au 7 octobre quand on la questionne sur la légitimité ou non de l’action du Hamas n’a dès lors aucun sens. Mais surtout, rien n’est plus faux comme on peut le voir à la lecture de ce qu’écrit et publie Rima Hassan sur ses « réseaux sociaux ». Pire encore, la plupart des personnes exposées à ces propos ne vont pas faire cette distinction douteuse. Pour elles – à juste titre par ailleurs – c’est simple : Hamas c’est le 7 octobre et le 7 octobre c’est Hamas.

Cette manière qui consiste à lancer une bombe médiatique qui, grâce à l’outrance des propos, lance une polémique diffusant un message simple (dans ce cas, le 7 octobre est légitime) auprès d’une audience bien ciblée, tout en permettant de proposer une explication à une audience plus exigeante, est la stratégie de communication politique de LFI, décrite et revendiquée par le député Louis Boyard.    

Le Hamas fantasmé comme un mouvement de « résistance »

Dans sa réponse à la polémique née de son entretien à la chaîne Le Crayon, Rima Hassan assure ceci : « Depuis le début, je parle de « crimes de guerre » pour qualifier les attaques du 7 octobre notamment. » Et de préciser qu’elle reconnaît le caractère terroriste de ces attaques. La défense de Rima Hassan est actuellement fausse pour deux raisons.

La première est que le 7 octobre et les jours suivants, sur son compte Twitter, Rima Hassan n’a jamais condamné les actions du Hamas et les a encore moins qualifiées de terroristes. Au contraire, elle a reposté des messages qui exaltaient une action de « résistance ». Le 7 octobre, Rima Hassan publie par exemple le message suivant d’Akram Belkaïd, journaliste algérien au Monde diplomatique : « Les Occidentaux approuvent sans hésitation la « résistance » des Ukrainiens face aux Russes, ils dénient aux Palestiniens qui subissent le joug colonial le droit de résister. Ce n’est plus du « double standard », c’est un racisme crasseux. » (Tweet du 7 octobre 2023)

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Illustré par des combattants du Hamas les bras en l’air en signe de victoire, le message véhiculé ne souffre d’aucune ambiguïté possible : ce 7 octobre 2023, le Hamas a tenu tête au colonialisme. Pour être encore plus claire, Rima Hassan republie, toujours ce 7 octobre, un tweet de Fatima Ouassak, essayiste d’origine marocaine éditée par les éditions La Découverte: « Pendant la guerre anticoloniale en Algérie, Simone de Beauvoir ou Sartre ont pris position (sans trembler) pour la résistance armée algérienne, contre la France. Dans la guerre qui oppose colons et colonisés, il faut soutenir (sans trembler) le camp des colonisés. » Là aussi, le message est limpide : si on peut déplorer les pertes civiles du côté de l’ennemi, on ne saurait pour autant condamner le Hamas qui n’a fait que résister au colonialisme. Toute condamnation d’une violence émanant de la partie palestinienne est d’ailleurs vilipendée. Ainsi, quand le mouvement Europe Ecologie Les Verts (EELV) publie un communiqué qui « condamne l’attaque terroriste du Hamas contre Israël et appelle à des solutions politiques et diplomatiques », Rima Hassan s’indigne: « J’ai lu, pas un mot sur l’apartheid. J’aimerais que nos politiques m’expliquent comment nous, citoyens, pouvons-nous nous saisir politiquement du sujet, si vous, responsables politiques, vous ne faites pas le courageux travail de dire et de nommer l’injustice, le crime d’apartheid. » Le seul problème est que le communiqué ne parle que de ce qui s’est passé le 7 octobre tandis qu’à l’inverse, Rima Hassan ne nomme jamais ce qu’a commis le Hamas, ni « terrorisme », ni « crime de guerre », encore moins « crime contre l’humanité », seulement des messages repostés qui exaltent la « résistance » palestinienne. Et si elle dit déplorer la mort de civils, quels qu’ils soient, pas une fois Rima Hassan ne condamne explicitement, en son nom, le Hamas. On ne peut pas à la fois célébrer la « résistance palestinienne » à l’œuvre le 7 octobre et dire ensuite que l’on condamne ces actes comme terroristes. Entre les deux affirmations, la contradiction est insoluble.

La deuxième raison qui peut faire douter de la bonne foi de Rima Hassan est que le 2 février 2024, sur ses réseaux sociaux toujours, la nouvelle égérie de la cause palestinienne diffuse un clip de la chaîne proche du Hezbollah Al-Mayadeen, réalisé le 25 octobre 2023, qui montre l’État d’Israël pulvérisé par les missiles de l’« axe de la résistance » et sa population qui s’enfuit terrorisée. Rima Hassan a publié cela avec le signe des deux mains serrées l’une contre l’autre comme pour dire « merci » ou comme signe d’espérance de ce qu’elle souhaite voir advenir.

L’État juif, cette « monstruosité sans nom » (sic)

Le 14 novembre 2023, Rima Hassan délivre sur Twitter l’information suivante : « Israël a publié une photo de ses soldats aidant un Palestinien âgé à Gaza. Une fois la comédie terminée, ils lui ont tiré deux balles dans le dos selon le témoignage de sa petite-fille sur Instagram. » En guise d’illustration, deux photos côte à côte. La première nous montre un vieil homme qui s’adresse à un soldat israélien. La seconde nous désigne le même homme qui gît sur le sol, visiblement abattu de plusieurs balles dans le dos. Sur ses canaux de communication, l’armée israélienne publie de son côté les mêmes photos que Rima Hassan mais avec une tout autre histoire : « Hamas killed this Palestinian because he was seen on a picture talking to an Israeli soldier. All he did was asking which way he’s allowed to go. » (Message du 15 novembre 2023) Cet homme aurait demandé à un soldat israélien où il était autorisé à se rendre et pour s’être adressé à l’ennemi, le Hamas l’aurait abattu. À rebours de cette histoire tragique mais qui répond à une certaine « logique » au vu des pratiques du Hamas à l’endroit de sa population civile, le récit de Rima Hassan donne à voir une armée israélienne proprement diabolique. Avec toutefois un « amateurisme » qui laisse pantois: avoir « oublié » d’éliminer les témoins qui, munis de leurs téléphones portables, ont eu tout le loisir de prendre les photos prouvant le crime.

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C’est à cette aune qu’il faut comprendre les déclarations de Rima Hassan qui qualifie l’État d’Israël de « monstruosité sans nom », par ailleurs « pire » que la Russie. Qu’importe qu’Israël soit une société démocratique rythmée par des élections et une opposition vivante dont témoignent les manifestations gigantesques d’avant le 7 octobre pour préserver la Cour suprême. Aussi contraire à la vérité soit-elle, l’affirmation de Rima Hassan vise à dévaluer l’idée de démocratie puisqu’un satrape au pouvoir depuis plus de vingt ans comme Poutine est traité avec davantage d’égards qu’un gouvernement élu, aussi contestable soit-il !

L’État unique de Rima Hassan

Le succès rencontré par Rima Hassan illustre la radicalisation du mouvement pro-palestinien auquel on assiste depuis une vingtaine d’années. Issu des campus américains, le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », que Rima Hassan fait entonner aux étudiants de Sciences-Po, en est l’illustration type. Qu’on se souvienne qu’il y a vingt ans, on pouvait encore entendre dans les manifestations pour la Palestine le slogan suivant : « Non, un peuple qui en occupe un autre ne peut être un peuple libre ». L’habileté de Rima Hassan est de réussir à faire croire que son refus de deux États, israélien et palestinien, côte à côte, est motivé par le désir d’une cohabitation totale entre les deux peuples. Sur ce point aussi, les contradictions de Rima Hassan abondent.

Elle écrit par exemple dans un message que reproduit Arrêt sur images qu’« on peut dire que le Hamas a une légitimité dans un contexte de lutte pour l’autodétermination. C’est un parti politique qui a été élu. Mais quand ils commettent des crimes, ils sont en dehors du cadre prévu par les Nations unies. » Si les mots ont un sens, on est donc fondé à penser que Rima Hassan a pour boussole le « cadre prévu par les Nations unies ». En ce cas, elle doit reconnaître le vote qui, en 1947, établit la constitution d’un État juif à côté d’un État arabe sur l’ancienne Palestine mandataire. Seul problème : Rima Hassan ne cesse de répéter qu’elle refuse deux États côte à côte comme les Nations Unies le prévoyaient en 1947. Là encore, elle ne peut pas dire une chose et son contraire : d’un côté refuser l’existence d’un État juif, reconnu par un vote des Nations unies, et de l’autre jurer la main sur le cœur qu’elle n’a pour seule boussole que les décisions de la « communauté internationale ». Mais à cela aussi Rima Hassan a une réponse, comme elle s’en explique à Arrêt sur images. Si elle refuse la « solution à deux États », c’est, dit-elle, que « cette perspective ne nous fait plus espérer. Si on nous donnait les moyens de croire à une solution à deux États, ce serait différent. Ce n’est pas une posture idéologique mais le sursaut de vie d’une génération qu’on a trop fait désespérer. » Ici aussi, Rima Hassan se contredit. En toute logique, elle ne peut d’un côté dépeindre la partie israélienne comme « monstrueuse » et de l’autre clamer qu’elle ne souhaite que cohabiter en paix avec ces mêmes « monstres ».

Ce qui manque en réalité à beaucoup de ses soutiens naïfs, c’est une perspective historique. Dépourvu de toute originalité, le credo de l’État unique est depuis longtemps la formulation « politiquement correcte » pour dire que l’on ne souhaite pas que l’État d’Israël puisse exister. Grand ami de la dictature Assad en Syrie (avec laquelle Rima Hassan ne semble pas avoir de problèmes particuliers), le secrétaire général de l’Association de solidarité France-Pays Arabes, Lucien Bitterlin, déclarait en 1976 déjà : « Faisons le vœu de nous retrouver dans la capitale de la nouvelle Palestine pour célébrer avec les Palestiniens, qu’ils soient Juifs, Musulmans ou Chrétiens, l’ère des hommes libérés de toute haine et de toute forme de discrimination raciale ou religieuse. Alors l’épreuve de la Palestine aura servi la cause de l’homme. » Proche du ministre de la Défense syrien, le très antisémite général Tlass, auteur d’un ouvrage sur les « crimes rituels » juifs, Lucien Bitterlin était aussi peu crédible dans ses déclarations que Rima Hassan l’est aujourd’hui quand elle parle de cohabitation mais approuve l’action du Hamas.

Petit scarabée en Afrique

Alors que la Chine renforce sa présence en Afrique, le kung-fu émerge comme un puissant outil de soft power pouvant séduire les foules.


La lutte que se livrent les grandes puissances se joue de plus en plus sur le terrain du soft power. La Chine, qui accuse dans ce domaine un train de retard, dispose en Afrique d’un instrument efficace : le kung-fu ! En 2021, la province de Henan et la chaîne de télévision chinoise CGTN ont organisé le « Kung-Fu show sino-africain », un événement multimédia qui a permis notamment aux auteurs des vidéos retenues par le jury de visiter la province organisatrice (et berceau historique du Tai-chi-chuan). La chaîne se réjouissait d’avoir reçu plus de mille vidéos et d’avoir généré plus de 90 millions de vues ; elle a depuis organisé d’autres événements sur place, comme le premier concours de kung-fu africain, en 2023, en Zambie.

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En réalité, le coup de foudre entre l’Afrique et les arts martiaux chinois est très antérieur à la récente activité de la télé chinoise. Un mystérieux Mr Ming, originaire de Taïwan, a commencé à diffuser dans les années 1970 des films de kung-fu dans des cinémas miteux d’Afrique du Sud. La population noire a été très séduite par la figure de Bruce Lee, notamment quand celui-ci retire avec beaucoup d’énergie un panneau « chiens et Chinois interdits » à l’entrée d’un parc dans le film La Fureur de vaincre.

Le cinéma africain a ensuite adapté le genre dans des productions à budget extrêmement réduit. Avec 34 dollars en poche, le Nigérian Mayor Uguseba est parvenu à boucler A Very KungFu Nollywood Movie “The Revenge of Sobei”. Le public africain se dit mordu de kung-fu. Dans une enquête qui date de 2017, 79% des cinéphiles camerounais se disaient fans de ce sport. Quelques figures africaines se sont même imposées aux yeux du public chinois, comme le Béninois Luc Bendza, apparu dans plusieurs films et installé en Chine, où il a hérité du surnom « Chinois Noir de peau ». Une réussite en matière de soft power, à un moment où la Chine s’installe massivement en Afrique, surtout par l’intermédiaire du bon vieux hard power.

États-Unis: méritocratie contre « affirmative action »

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En juin 2023, la Cour suprême des États-Unis bannissait la discrimination positive à l’entrée des universités.


Deux chercheurs du Manhattan Institute, Michael Hartney et Renu Mukherjee, viennent de publier un article[i] visant à faire le point sur ce que pensent vraiment les Américains des politiques préférentielles qui cherchent à favoriser la diversité dans les admissions à l’université. Ces pratiques ont été bannies par l’arrêt de la Cour suprême du 29 juin 2023[ii], mais l’enquête qu’ils ont conduite a été menée avant ce verdict. Avant d’examiner leurs conclusions, il faut dire un mot de la succession récente de procès qui a abouti à l’abolition des politiques préférentielles par la Cour suprême et de sa récente décision. Décision qui a été accueillie défavorablement dans de nombreux médias et mise en pièces par le président Biden qui a prétendu que la grande majorité des Américains y étaient opposés.

Poursuites contre Harvard et l’Université de Caroline du Nord

Des Asiatiques étant manifestement pénalisés pour leurs hautes performances dans les procédures d’admission en raison d’une « prime » raciale accordée aux Noirs et aux Hispaniques, l’association Students For Fair Admission (SFFA)[iii], créée en 2014, a porté l’affaire devant les tribunaux pour violation de l’Article VI des droits civiques et de la clause d’égale protection garantie par le 14ème Amendement[iv]. Si elle a perdu en première instance et en appel, elle a fini par être entendue par la Cour suprême qui lui a donné raison. Cette dernière déclare que « de nombreuses universités ont trop longtemps conclu, à tort, que la pierre de touche de l’identité d’un individu n’était pas les défis relevés, les compétences acquises ou les leçons apprises, mais la couleur de sa peau ». Les buts visés par Harvard et l’université de Californie du Nord ont été jugés invérifiables par la Cour, dans la mesure où il est impossible de relier les politiques préférentielles aux buts recherchés (produire des citoyens engagés et productifs, renforcer l’empathie, former de meilleurs dirigeants…).

La race a été employée de manière négative et viole ainsi la clause d’égale protection. Comme l’a souligné la Cour suprême, l’admission à l’université est à somme nulle. Tout avantage donné à certains candidats se fait au détriment des autres. Harvard a déclaré tout à la fois que sa politique préférentielle avait peu d’impact mais que son abandon pourrait changer de manière significative la composition démographique de ses étudiants. La Cour en a très justement déduit que, sans la prise en compte négative du critère racial, certains groupes raciaux seraient admis en plus grand nombre. « Le processus d’admission à Harvard repose sur le stéréotype pernicieux selon lequel « un étudiant noir peut généralement apporter quelque chose qu’un Blanc ne peut pas offrir ». » Même chose à l’université de Californie du Nord qui soutient que la race « dit quelque chose de ce que vous êtes ». Ce faisant, l’université favorise « les stéréotypes qui traitent les individus comme le produit de leur race, évaluant leurs pensées et leurs efforts – leur valeur même en tant que citoyens – selon un critère interdit au gouvernement par l’histoire et la Constitution ».

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La Cour reproche aux deux institutions de ne pas envisager de mettre un terme à ces politiques préférentielles tant que les admissions ne reflèteront pas fidèlement la démographie des États-Unis. Alors que l’arrêt Grutter de 2003 laissait espérer que les préférences raciales seraient devenues inutiles 25 ans plus tard, Harvard prétend qu’il n’est pas nécessaire de fixer une date, dans la mesure où l’université évalue chaque année ses procédures. La Cour en a conclu que la fin des admissions préférentielles n’était pas en vue si on laissait les universités en décider. Les procédures d’admission de Harvard et de l’université de Californie ont été déclarées inconciliables avec la clause d’égale protection de 14ème Amendement. « Les universités ont trop longtemps pensé que la couleur de la peau, et non les défis relevés, les compétences acquises, était ce qui définissait l’identité d’un individu. » La Cour suprême a décidé d’y mettre fin : « L’étudiant doit être traité en fonction de ses expériences en tant qu’individu et non de sa race ».

MIlitants de « Students for Fair Admissions », opposés à la discrimination positive, devant la Cour suprême américaine, Washington, 29 juin 2023 © Jack Gruber-USA TODAY/Sipa USA/SIPA

Les investigations des chercheurs du Manhattan Institute

Les deux chercheurs considèrent, avec raison, que les réponses aux enquêtes d’opinion dépendent fortement de la manière dont sont formulées les questions. Les répondants ne disposent généralement pas d’informations suffisantes sur la complexité du sujet politique sur lequel on les interroge. La formulation d’une question est donc déterminante et doit apporter assez d’informations pour que le répondant en ait une bonne compréhension. Si les Américains peuvent avoir un avis personnel sur l’Affirmative Action, leurs réponses dépendent aussi de leur compréhension de la manière dont elle fonctionne. Ils peuvent être favorables aux programmes visant à améliorer l’accès des minorités à l’enseignement supérieur, mais l’être moins lorsqu’on leur en explique le fonctionnement et ses conséquences.

Hartney et Mukherjee ont utilisé un échantillon de 1000 personnes tiré de la Cooperative Election Survey (CES), qu’ils ont interrogé en novembre 2022[v].

L’opinion des Américains sur les politiques préférentielles à l’égard des Noirs a été testée par cette question comprenant deux alternatives sur les raisons et deux autres sur les victimes potentielles :

« Certains affirment que [en raison de la discrimination passée / parce qu’il est important d’avoir de la diversité sur les campus universitaires], les Noirs devraient être privilégiés dans les admissions à l’université. D’autres affirment qu’une telle préférence est inacceptable parce qu’elle est discriminatoire à l’égard des [Blancs/Asiatiques]. Quelle est votre opinion ? Êtes-vous pour ou contre les politiques d’admission préférentielle pour les Noirs ? »

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Les enquêtés ont, par ailleurs, été soumis à une expérimentation. On leur a demandé de se prononcer sur des dossiers d’admission aux études de médecine. Les enquêtés avaient à choisir entre un étudiant asiatique et un étudiant noir, pour une même spécialité. Dans une première paire, les performances académiques du premier étaient supérieures à celles du second et reflétaient les écarts réels. Dans la seconde paire, elles étaient beaucoup plus proches, tout en étant légèrement en retrait pour l’étudiant noir. Les autres caractéristiques étaient identiques.

Les 1000 enquêtés étaient répartis en deux groupes. Au premier, était dit que la représentation démographique de la population américaine était assurée dans les écoles de médecine. Au second, était donnée la composition raciale réelle des écoles de médecine.

Les deux chercheurs ont également interrogé les enquêtés sur la fiabilité des tests utilisés pour évaluer les performances[vi] avec une question donnant à trancher entre deux avis :

  • Depuis leur création il y a près d’un siècle, les tests standardisés sont des instruments racistes qui perpétuent les préjugés raciaux dans notre société ;
  • Bien qu’il s’agisse d’instruments imparfaits, les tests standardisés constituent un indicateur objectif des progrès et des aptitudes académiques d’un étudiant.

Ils ont aussi demandé aux enquêtés quels éléments privilégier lors d’une admission à l’université ou dans une école de médecine (race/ethnicité, caractère ou facteurs personnels, tests, résultats scolaires ou universitaires).

Des Américains attachés à la méritocratie

Les raisons invoquées en faveur d’une discrimination positive des Noirs (discrimination passée/diversité) ont peu d’impact sur les réponses des Américains qui sont 70% à la désapprouver. Mais ils sont un peu plus nombreux lorsque les victimes potentielles sont des Asiatiques plutôt que des Blancs. Et cette différence tient essentiellement aux Démocrates qui sont très majoritaires (68%) à approuver une politique préférentielle à l’égard des Noirs lorsque le préjudice atteint les Blancs. Ils ne sont plus que 46% lorsqu’elle touche les Asiatiques. Les Républicains sont pratiquement tous opposés à la discrimination positive en faveur des Noirs, que ce soient les Blancs ou les Asiatiques qui en pâtissent.

Si les Américains ont tendance à soutenir la discrimination positive lorsqu’on leur pose des questions abstraites sur les programmes en faveur de l’égalité des chances pour les minorités, lorsqu’on renonce à l’abstraction, comme l’ont fait Hartney et Mukherjee, en demandant aux enquêtés de sélectionner des candidats sur dossier pour l’admission à une école de médecine, ils ont tendance à privilégier le mérite, surtout lorsque l’écart des qualifications académiques est conséquent. Lorsque celui-ci est plus restreint, ils sont un peu plus nombreux, sans être jamais majoritaires, à choisir le candidat noir.

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Les Américains ont également tendance à rejeter les références à la race et à l’ethnicité comme les fameux scores de personnalité utilisés à Harvard pour handicaper les candidatures d’Asiatiques. Ils sont majoritaires, surtout chez les Républicains, à considérer que la race/l’ethnie ne doit pas être un facteur de sélection lors de l’admission à l’université ou dans une école de médecine. Les Démocrates consentent plus souvent que les Républicains à ce qu’elle joue un rôle, mais mineur. Au total, 89% des Américains souhaitent qu’elle ne joue aucun rôle (64%) ou alors un rôle mineur (25%). C’est le cas de 83% des démocrates (45% aucun rôle ; 38% un rôle mineur). La position des Républicains est plus tranchée : 96% souhaitent que la race/l’ethnie ne joue aucun rôle (84%) ou un rôle mineur (12%).

Ajoutons qu’en Californie, État libéral s’il en est, le référendum de 2020 visant à revenir sur la proposition 209 de 1996 qui interdit toute politique préférentielle à l’université a été retoqué par 57% des votants[vii].

L’arrêt de la Cour suprême va-t-il changer les pratiques ? Pas si sûr…

Les universités ne manquent pas d’ingéniosité lorsqu’il s’agit d’introduire par la bande ce que la Cour suprême interdit. Si l’on en croit les auteurs, l’une des solutions consiste à encourager les étudiants à parler de leur race ou de leur appartenance ethnique dans leur demande d’admission. Harvard semble avoir trouvé la parade en proposant une dissertation supplémentaire lors de l’inscription pour l’année 2023-2024 formulée ainsi : « Harvard a depuis longtemps reconnu l’importance de recruter un corps étudiant diversifié. Comment les expériences de vie qui ont façonné ce que vous êtes aujourd’hui vous permettront-elles de contribuer à Harvard ? » L’initiative d’Harvard va ainsi à l’encontre du verdict de la Cour suprême mais aussi de l’opinion publique qui souhaite que la race ne joue aucun un rôle (ou tout au plus minimal) dans les admissions à l’université et que le mérite l’emporte sur la race.

Par ailleurs, les Démocrates californiens, qui n’ont pas digéré le vote de 2020, sont revenus à la charge en proposant un Assembly Constitutional Amendment 7 (ACA-7) qui donnerait au Gouverneur le pouvoir de faire des exceptions à la proposition 209 si des travaux de chercheurs concluaient au caractère bénéfique de la discrimination positive ! Une pétition contre cette initiative est en ligne[viii]

Source: Blog de Michèle Tribalat.

Statistiques ethniques, une querelle bien française

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[i] Michael Hartney, Renu Mukherjee, Americans for Meritocracy, May 2024, 26 p.  https://manhattan.institute/article/americans-for-meritocracy.

[ii] https://www.supremecourt.gov/opinions/22pdf/20-1199_hgdj.pdf ; https://www.supremecourt.gov/DocketPDF/21/21-707/274256/20230731100920249_EFiling%2021-707%20Rev%20COSTS%20CA4%207.31.pdf.

[iii] Dont l’objectif est de défendre les droits humains et les droits civiques garantis par la loi, y compris celui d’égale protection.

[iv] En deux plaintes séparées, l’une contre Harvard et l’autre contre l’Université de Caroline du Nord.

[v] L’enquête CES est un projet qui permet à des chercheurs de gérer des modules d’enquête distincts dans le cadre d’une enquête plus large réalisée par YouGov. L’échantillon (N=1000) est pondéré pour être représentatif des données démographiques de base de la population américaine. Pour permettre des comparaisons avec une autre enquête les auteurs ont, à contrecœur, accepté d’introduire une option « sans opinion » (29 %), ce qui a réduit évidemment la taille de l’échantillon (709) sur lequel ont été élaborées les statistiques, sauf pour la sélection opérée par les enquêtés pour l’admission en école de médecine.

[vi] SAT pour Scholastic Assessment Test et ACT pour American College Testing.

[vii] https://www.nytimes.com/2023/06/11/us/supreme-court-affirmative-action.html.

[viii] https://www.change.org/p/urge-ca-senators-to-reject-aca-7-keep-discrimination-illegal.

La revanche de la France périphérique

Notre chroniqueur n’est pas vraiment surpris par le refus de Mélenchon de débattre avec Bardella : le lider maximo n’a rien à craindre, rhétoriquement parlant, du petit coq du RN, mais débattre avec lui, ce serait reconnaître la légitimité de son parti, et de tous ceux qui ont voté et voteront pour lui. Or, dans la tête des extrémistes du Camp du Bien, les 11 millions de Français qui ont voté pour cette droite que l’on dit extrême n’existent pas : ils sont rayés de la liste des vivants.


J’ai vécu un quart de siècle à Paris (de 1972 à 1998), j’y ai naturellement gardé quelques amis — du moins le croyais-je. Mais depuis dimanche soir, me voici banni de leurs relations : que je me réjouisse de l’échec (relatif, malheureusement) de ce Front populaire qui n’est jamais qu’un faux-nez de LFI a suffi pour me rayer de la liste de leurs amis d’abord, et des vivants ensuite.

J’ai beau savoir que depuis trente ans (au moins) la gauche est dans le déni, cela fait toujours quelque chose, quand des gens que je croyais intelligents décident de fermer les écoutilles et de se renfermer dans leurs certitudes de bobos dominateurs et sûrs d’eux.

En quittant Paris, je me suis installé dans un village minuscule, Nébian (un millier d’habitants à l’époque), au milieu des vignes de l’Hérault. Déjà dans les années 2000 le FN était le parti préféré de ces agriculteurs pauvres, petites gens qui vivent avec 500 € par mois.

Provinces contre ville irréelle

Il n’y avait qu’un immigré à Nébian, un ouvrier agricole parfaitement intégré, fort apprécié, doté de deux enfants très bien élevés. Ce n’est pas la peur de l’étranger qui hier dimanche a poussé 48,88% de la population de la cinquième circonscription de l’Hérault, jadis partie de la ceinture viticole communisante, à voter RN. Ni la croyance aux lendemains qui chantent : ils savent très bien que les promesses des uns ne valent pas mieux que les mensonges des autres.

Non, ce qui les pousse, eux et tous ceux qui, dans la « France périphérique », selon la belle expression de Christophe Guilluy, à voter droite nationale, à donner leurs suffrages aux représentants d’un parti bien moins extrémiste et antisémite que les gauchistes de Mélenchon, c’est la nécessité de faire entendre, justement, leur voix.

A lire aussi, Vincent Coussedière: «Le RN a des candidats qui ne correspondent pas à la caricature qu’on en fait depuis des années»

Il y a déjà presque une dizaine d’années, j’avais prévenu, d’abord dans les pages du Point, puis sur Causeur, où j’expliquais que Lalbenque (dans le Lot) est une bourgade bien plus réelle que la capitale : Paris est une ville qui n’existe pas. C’est une fiction. Une ville-monde, comme disent les géographes et les petits prétentieux qui l’habitent, et se croient d’une essence supérieure parce qu’ils roulent en trottinette électrique en zigzagant entre les passants. Ô souvenir gracieux de mon poing sur le visage de l’un de ces énergumènes qui m’avait violemment bousculé, il y a un an ou deux ! Ils existent si peu qu’ils ont réélu du premier coup des ectoplasmes notoires comme Aymeric Caron et Sandrine Rousseau, risée de la France entière. La vraie France, qui roule au diésel parce que c’est moins cher et fait des barbecues parce que c’est meilleur.

Opération de communication d’Anne Hidalgo à vélo, juillet 2019 © ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Il y a une France qui mange des grillades au lieu de se consacrer au fooding entre deux cours de yoga, et qui consomme des fromages qui révulsent les commissions européennes. Une France qui se désole de voir, chaque jour, ses enfants revenir de l’école plus ignares qu’ils n’y sont entrés. Une France qui n’a pas cru aux gloussements de pintade de Jack Lang, ni aux réformes de Vallaud-Belkacem, l’initiatrice des cours d’arabe pour les tout-petits. Une France de villages et de clochers qui récuse l’érection de minarets. Une France qui a une fois pour toutes jaugé le PS en entendant Lionel Jospin lancer, en 1990 : « Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse, à moi, que la France s’islamise ? ». Ce même Jospin qui par la loi votée l’année précédente avait institué les pédagogies les plus anti-sociales — car l’élève qui construit lui-même ses propres savoirs, ça ne vaut que lorsque les savoirs familiaux peuvent compenser l’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa.

Démocratie à sens unique

Ce sont des gens de gauche qui ont institué l’école à deux vitesses, tout en feignant de déplorer que tant de petits pauvres restent analphabètes, et, à terme, analphacons — grâce à eux ! Des gens de gauche qui inondent le rectorat de Paris de demandes de dérogation pour que leur HPI de fils aillent à Victor-Duruy plutôt qu’à Maurice-Ravel. Des bien-pensants qui, puisant dans le vieux fond antisémite de la gauche, brandissent des drapeaux palestiniens, se coiffent de keffiehs siglés Louis Vuitton (et qui n’ont été retirés de la vente que sous l’accusation d’appropriation culturelle…) et s’apprêtent à mettre le pays à feu et à sang, par Blacks Blocs interposés, si le résultat du 7 juillet ne leur convient pas… La démocratie est selon eux à sens unique : toute majorité qui ne les encense pas est forcément fautive. Malade. Dégénérée.

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Cette France-là s’était déjà exprimée lors de l’épisode des gilets jaunes, qui avaient été à deux doigts de prendre l’Elysée. Elle appuie désormais un Jordan Bardella à deux doigts de prendre Matignon. Non qu’elle pense qu’il renversera la table : ils savent bien que l’essentiel de la politique française se fait à Bruxelles — ou, à la rigueur, à la Bourse, qui a d’ailleurs accueilli d’une remontée significative des cours le score du RN.

Dimanche prochain, la France moisie de la gauche moisie doit être balayée pour le compte. Il faut montrer à tous ces bobos satisfaits que la démocratie est une épée à deux tranchants. Et, éventuellement, leur rappeler que la République de 1793 risque de renaître des cendres froides d’une histoire que l’on n’apprend plus.

Car enfin, l’épouvantail anti-Le Pen (un parti né de la Waffen SS et de la guerre d’Algérie, tissé de ratonnades et d’OAS, un héritage de Tixier-Vignancour) ne fonctionne pas : grâce à des programmes d’Histoire toujours plus faméliques, plus personne ne connaît ces gens-là. Mais les électeurs de Bardella savent bien qui sont les coqs arrogants, les orateurs vociférants, les antisémites véritables, les suppôts de l’islam et les fourriers des Frères musulmans, tous ces petits prétentieux bouffis d’orgueil qui les prennent pour des imbéciles parce qu’ils habitent la capitale.

Je suggère à mes « amis » de méditer cette formule du Cardinal de Retz à propos des peuples : « On les doit compter pour beaucoup, toutes les fois qu’ils se comptent eux-mêmes pour tout. (…) Car on peut dire avec vérité qu’à la différence de toutes les autres sortes de puissance, ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu’ils croient pouvoir. »

Pour demander des comptes à ceux qui n’en rendent jamais, il faut d’abord les balayer.

Soleil noir

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Le navet des beaux jours

Le Medium d’Emmanuel Laskar, un film «100% exception culturelle», mercredi 10 juillet en salles


Long prologue pour un film court – à peine 1h20 ; on s’en contentera. Michael Monge (Emmanuel Laskar, 48 ans, également derrière la caméra, donc, pour son premier long métrage en l’espèce) enterre sa mère Barbara (Noémie Lvovsky). Au cimetière, devant la fosse béante, en plein sermon du curé, Michael reçoit un appel intempestif, son smartphone lui échappe des mains, il se jette à plat ventre pour tenter de le rattraper, au point qu’il manque tomber lui-même dans le caveau. Chance, ses copines – dont Alicia, son ex (Maud Wyler) – sont là pour l’en extraire, en le tirant par le falzar. Vous l’aurez compris : c’est une comédie.

Allo maman bobo

Il se murmure que Michael a hérité des dons de voyante de sa défunte mère. Il s’en défend. Mais l’instinct est plus fort que tout : assume, mon gars, tu es bien medium. Mal dans sa peau, l’orphelin mélancolique qui, pour vivre, enseigne la musique dans un collège, joue perso de la gratte à ses heures (d’ailleurs, le cadrage évite, plutôt maladroitement il faut le dire, de nous dévoiler le manche de la guitare, probablement parce que l’acteur Laskar ignore la pratique de cet instrument). Toujours est-il que ce garçon tourmenté est sollicité par l’ensorcelante Alicia (Louise Bourgoin), appétissante veuve d’architecte, laquelle, déprimée d’avoir perdu, en feu son jules, l’amour de sa vie, se consume, solitaire n’était son gros toutou baptisé Satan qui barbotte dans la piscine de la somptueuse maison bâtie par son regretté mari. NB : pour apprécier l’assonance, subtil clin d’œil, dans le film l’architecte en question (Alexandre Steiger, dans le rôle) a pour fictif patronyme : Rizzi. Or il s’agit d’une maison effectivement construite, dans la réalité, par l’architecte – star Rudy Ricciotti. Car, pour vous situer, nous sommes dans le Var : épicentre de l’action, le village de Collobrières, à 20km du littoral.

Donc, le Michael (campé par notre Laskar, qui est, du début à la fin, pratiquement de tous les plans du film – on n’est jamais mieux servi que par soi-même) fait revenir le fantôme dudit Rizzi, ce qui fait pleurer Alicia, of course. A noter, l’esthétique des apparitions : quasi-réaliste, dans une lumière saturée où les silhouettes spectrales se fondent dans le décor, auréolées d’une aura ectoplasmique. Et voilà que Michael endosse si bien son don de medium, héritage maternel, qu’il ne peut empêcher les apparitions de sa génitrice trépassée, adipeuse érotomane qui, post mortem, s’exhibe sur sa couette, bientôt tringlée au bord du lit, dans d’insistantes crises libidinales, par le fantôme de son jeune amant, sous le nez de son fiston éberlué.

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100% exception culturelle

Les farfadets occupent ainsi la place, provoquant incidemment des chutes de bouquins dans une bibliothèque publique, ou prenant la forme, qui de Salvador Dali, qui d’une Marguerite Duras chaussée de ses fameuses binocles à grosses montures (icone littéraire que l’on sait, pastichée par l’actrice Anne-Elodie Sorlin dans une séquence private joke destinée aux spectateurs durassiens – car nous sommes dans un film 100 % « exception culturelle »)…  Le comble du grotesque (volontaire ?) est atteint avec la scène d’exorcisme où le prêtre (Maxence Tual), crucifix brandi, extirpe Satan (le vrai, pas le chien d’Alicia) des entrailles d’un Michael en transe.   

Vétéran de la compagnie Les Chiens de Navarre, Emmanuel Laskar vient du théâtre. On lui souhaite de retourner sur les planches. Car pour ce qui est du plateau de cinéma… Consternant que la petite boutique de luxe du Septième art français, par nature tellement endogamique, ne soit ici que l’opportunité, pour une brochette alternée de premiers et de seconds couteaux du grand écran hexagonal, de cachetonner dans une pseudo-comédie pathétique et narcissique qui, en somme, ne fait rire que d’elle.     


Le Medium. Film d’Emmanuel Laskar. Avec Louise Bourgoin, Maud Wyler, Noémie Lvosky. France, couleur, 2023. Durée : 1h20.

En salles le 10 juillet.

La gauche est-elle propriétaire de la culture?

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La gauche considère le monde de la culture comme sa chasse-gardée, et craint une « contre-révolution culturelle » si le RN accède aux responsabilités dimanche


Quel que soit le résultat des élections législatives le 7 juillet, les enjeux et les problématiques abordés durant la campagne auront eu de l’importance. Même si, pour la plupart des médias, l’essentiel – en tout cas avant le premier tour – a été de démontrer la nocivité du Rassemblement national (RN). Aussi, quand une analyse suscite réflexion et stimulante controverse, il n’est pas inutile de lui attacher du prix.

Patrimoine contre création

C’est ce que je souhaite faire avec la première partie de « Avec le RN, vers une contre-révolution culturelle » publiée dans Le Monde par Roxana Azimi et Michel Guerrin. Les chroniques de celui-ci sur la culture m’ont toujours intéressé par leur liberté et leur relative neutralité dans un quotidien hostile à la droite et vent debout contre l’extrême droite. L’impression qui se dégage d’abord est la volonté de faire apparaître toute dissidence, différence, nuance par rapport à la conception culturelle dominante – très largement inspirée par la gauche, les créateurs et les artistes étant majoritairement imprégnés de cette vision – comme une contre-révolution. On pourrait seulement les percevoir comme la diversification et l’enrichissement d’une palette estimable, souvent acceptable mais à vivifier, à renouveler.

A lire aussi, Didier Desrimais: Petit tour d’horizon des inquiétudes du «monde de la Culture»

Ainsi le RN, s’il était au pouvoir, « provoquerait une rupture en favorisant notamment le patrimoine au détriment de la création ». Il me semble que ce ne serait pas une absurdité que de maintenir ou de restaurer d’abord l’existant. La création, si elle était moins privilégiée, probablement devrait être plus exigeante dans les richesses qu’elle offre. N’importe qui ne pourrait pas se dire artiste et donc bénéficier d’emblée de subventions qu’il ne serait pas honteux de refuser à des élucubrations ou à des concepts fumeux. Considérer que l’honneur d’être qualifié d’artiste ne pourrait résulter que de promesses certaines ou d’expériences appréciées sur la durée ne relèverait pas d’une offense à la culture. Mais au contraire d’une discrimination ne rendant plus une certaine culture ridicule à force d’une validation systématique de tout ce qui se prétend digne d’intérêt. Il ne s’agirait en aucun cas d’interdire les incongruités ou les provocations, mais de les priver d’un label officiel qui vise à les légitimer quand leur réalité est plus que médiocre…

A lire aussi, Henri Beaumont: La friche bouge

On perçoit, ensuite, l’ambiguïté du procès qui est intenté à une conception conservatrice de l’art. Comme si cette vision était dangereuse par principe alors qu’elle ne représenterait aujourd’hui qu’une bienfaisante complémentarité à la domination d’un progressisme artistique qui n’a plus, dans son dessein, la volonté de servir l’universel, d’être partagé par une multitude mais au contraire de se dispenser d’un aval multiple pour s’engluer dans le bizarre, l’hermétique, l’obscur ou, pire parfois, le sordide. On reproche par ailleurs à la droite un populisme qui la conduirait à mépriser la culture authentique parce que celle-ci serait l’apanage de la gauche, d’élites mondialisées, privilégiées et déconnectées du réel. Cette critique est une caricature qu’on pourrait aisément retourner : ce sont les élites qui globalement, peu ou prou, ont façonné, élaboré, une culture pour elles, qui leur ressemble, avec pour principale caractéristique l’envie d’en éloigner le peuple. Avec son goût vulgaire et sa curiosité élémentaire, il est évidemment incapable d’aller vers les trésors culturels qui, dans tous les arts, imposent d’avoir des dilections raffinées…

Touche pas à ma culture !

Dans l’ensemble de l’analyse que j’évoque, court en effet, en filigrane, ce refrain condescendant que la gauche est propriétaire de la culture, que le simple fait, pour l’extrême droite, de venir s’en mêler serait une usurpation et qu’il s’agit d’activités trop nobles et élevées pour être confiées à ces « ploucs ». À suivre à la lettre cette pente, on a le droit, voire le devoir, de se demander alors si la droite et, peut-être, son extrême droite ne devraient pas chercher à créer un art pour le peuple, une culture accessible à tous, dans le genre qu’affectionnait Jean Vilar – un élitisme populaire -, évidemment aux antipodes de quelque endoctrinement que ce soit. N’est-ce pas ce que laisse entendre Ariane Mnouchkine, référence pour tous les passionnés de culture et dont la pensée à « la carte » :
« Je nous pense, en partie, responsables, nous, gens de gauche, nous, gens de culture. On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient. Ce n’était qu’un sentiment trompeur, leur disait-on. Puis, comme ils insistaient, on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles puis, comme ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds » (Libération).
Ce qu’elle applique à la culture, pour dénoncer un ostracisme, est aussi le ressort fondamental qui, fait de condescendance et de mépris, a créé la politique d’aujourd’hui. La gauche se dit propriétaire de la culture. Il faut la lui contester.

Le Mur des cons

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La France en miettes (Documents)

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LA PAROLE, RIEN QU'ELLE

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La droite va-t-elle continuer d’affluer vers Bardella durant l’entre-deux-tours?

Deux chemins s’offrent à la France. D’un côté l’alliance du pire, de l’autre l’union nationale vantée par Jordan Bardella et Marine Le Pen. Pour beaucoup de citoyens de droite, la victoire de cette union nationale dimanche est la dernière chance de sauver la France qu’ils aiment.


Confirmation: Emmanuel Macron ne comprend rien à la France qu’il préside. Il ne la voit pas dans ses profondeurs provinciales qu’il méprise. En décidant, l’orgueil blessé, de dissoudre l’Assemblée le 9 juin, il était persuadé de retrouver une majorité absolue pour son camp. C’est évidemment une défaite personnelle qu’il a dû encaisser hier soir, à l’issue du premier tour des législatives, avec un Bloc national à 33,15 %, un Nouveau Front populaire à 27,99 % et une coalition macroniste à 20,83 %.

Le loubard du Touquet

Dimanche après-midi, c’est pourtant un Macron déguisé en rocker (blouson, jean, casquette à visière, lunette noire) qui fanfaronnait au bras de son épouse dans les rues du Touquet. De cette image trop travaillée, sans doute faut-il retenir néanmoins son côté voyou frimeur qui-arrive-en-ville. Chez ce narcisse au bord de la noyade, les coups les plus vils sont à attendre pour sauver sa peau. Dès hier soir, les remugles de compromissions avec l’extrême gauche empestaient l’Élysée. Au prétexte de constituer « le plus large rassemblement » face au RN, le chef de l’État n’exclut pas des rapprochements notamment avec La France insoumise, en dépit des flatteries communautaristes et antisémites du mouvement mélenchoniste (voir mon article précédent).

A lire aussi, Isabelle Larmat: Des castors et des hommes

Seize minutes après le verdict des urnes, Jean-Luc Mélenchon s’est d’ailleurs auto-promu chef de file de cette alternance en prenant la parole, flanqué de Rima Hassan, keffieh palestinien sur les épaules. Hassan alimente une propagande anti-juive, appréciée dans les cités, qui va jusqu’à prétendre qu’Israël dresse des chiens à violer des Palestiniens dans les centres de rétention.
Hier soir, cette gauche, fréquentable pour Macron et Gabriel Attal, était Place de la République, sous des drapeaux maghrébins et palestiniens.

Une droite sur plusieurs fronts

La droite anti-Ciotti, qui récolte 10,23 % des suffrages, laissera-t-elle se dérouler ce scénario d’une magouille électorale entre Mélenchon et Macron, qui partagent tous deux la même vision « progressiste » d’une société ouverte et postnationale ? Dès hier soir, Éric Ciotti a invité les Républicains récalcitrants à rejoindre l’union des droites, afin d’assurer d’une solide majorité absolue au Parlement pour sauver la France française. Quelques leaders comme François-Xavier Bellamy ou David Lisnard ont d’ores et déjà assuré qu’ils voteraient FN en cas de duel avec le NFP.

A lire aussi, Aurélien Marq: Des élections post-démocratiques?

Demeure pourtant le risque, chez une partie de cette droite honteuse, de voir certaines personnalités, corruptibles électoralement, rejoindre un « front républicain » destiné à entraver une fois de plus l’expression de la colère des Oubliés. Faut-il, à ces prétendus gaullistes, leur rappeler où ils mettraient les pieds ? Dans un tweet posté à 20h22, la journaliste militante d’Arrêt sur images, Nassira El Moadden, a écrit pour sa part : « Douze millions de votants pour l’extrême droite. Je confirme : pays de racistes dégénérés ». Un choix de société, existentiel, est à faire le 7 juillet. Il dépend des LR qui hésitent encore à faire preuve de courage en soutenant le RN et ses premiers alliés. L’histoire les regarde.

La Guerre Civile Qui Vient

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Les Traîtres

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Un Tour de France de «premières fois»

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Deux Français se sont imposés lors des deux premières étapes.


Du jamais vu depuis 1968. Pour la première fois, deux coureurs français ont remporté les deux premières étapes du Tour de France qui a débuté samedi en Italie : un vétéran de 33 ans, Romain Bardet, dont c’est la 11ème et dernière participation, qui s’est imposé dans la première (Florence-Rimini) à l’issue d’un exploit époustouflant et intrépide, et un néophyte de 23 ans, Kévin Vauquelin, dont lui, au contraire, c’est la toute première participation, et qui a franchi en solitaire le premier la ligne d’arrivée dans la deuxième (Cesenatico-Bologne), faisant déjà preuve d’une grande maturité et d’un flair aigu de la course.

En 1968, deux semaines à peine après la fin la plus longue grève générale de l’histoire de France, c’est un seul et même coureur, Charly Grosskost, un Alsacien de 24 ans, décédé en 2004, qui remporta les deux premières étapes, le 27 juin le prologue à Vittel, et le lendemain l’épreuve en ligne à Esch-sur Alzette (Luxembourg), ce qui lui valu de porter le maillot jaune pendant deux jours.

Regard empreint d’une vague mélancolie, avare en sourires, physique d’ascète, 1,84m de taille pour 65kg, Romain Bardet, l’Auvergnat de l’équipe néerlandaise DSM-Firmenich-Post-NL, n’a pas seulement levé samedi le bras de la victoire mais, pour la première fois de sa carrière, a enfilé le maillot jaune. Jusqu’alors, il avait dû se contenter de places d’honneur au général, notamment 2ème en 2016, 3ème l’année suivante, puis maillot à pois du meilleur grimpeur en 2019. Certes victime de la première passe d’armes entre les deux grands favoris, le flamboyant, le Slovène Tadej Pogačar qui ambitionne de réaliser le doublé Giro (Tour d’Italie) et Tour, et le modeste, vainqueur de deux dernières éditions, le Danois Jonas Vingegaard, il en a été dépossédé le lendemain. Depuis sa création en 1919, seulement deux autres coureurs n’ont été vêtus de jaune qu’un jour, Tony Gallopin en 2014, et Richard Virenque en 1992 et 2003, ce qui n’en demeure pas moins un insigne honneur…

Autre sans précédent dans ce Tour : les quatre premiers du général sont tous dans le même temps. Pour les départager, on a recouru au cumul des places qu’ils ont obtenues lors de ces deux jours. Relégué à la 5ème place, Bardet n’est ainsi qu’à six petites secondes du nouveau maillot jaune de Pogačar. 

Quant à Kevin Vauquelin, barbichette et regard déterminé, pour s’imposer en solitaire, il a décroché dans la dernière montée de la côte à la pente par endroits de 20%, menant au monastère de San Luca sur les hauteurs de Bologne, classé patrimoine de l’humanité, ses deux derniers compagnons de l’échappée matinale, en accélérant progressivement son rythme. Taille 1,76 m pour 69kg, il n’a pas spécialement le physique d’un grimpeur. Pour expliquer sa réussite, il s’est borné à dire : « J’ai su être le plus malin ». De mémoire de chroniqueur, jamais un coureur n’a franchi la ligne d’arrivée en premier dès le deuxième jour de sa première participation au Tour. Pour cela, il ne suffit pas d’être malin. Il faut des qualités physiques propres à un champion.

Le cyclisme est un sport pour grands stratèges…

Cette 111ème édition de la Grande boucle s’impose comme celle des « premières fois ». C’est en effet la première fois en ses 121 ans d’existence (il n’a pas été couru durant les deux Guerres mondiales ; après la Seconde, il n’a été relancé qu’en 1947), que le Tour prend son départ d’Italie, plus exactement de Florence, tout un symbole. La capitale de la Toscane a été la ville du froid Nicolas Machiavel[1] et de l’illuminé fou de Dieu Jérôme Savonarole[2], la ville qui a enfanté, grâce ou à cause d’eux, au XVème siècle la politique moderne, à savoir l’art de la conquête du pouvoir par la ruse, le calcul, l’audace, la roublardise, l’intrigue, en somme tout ce qui fait l’essence du cyclisme. Dès lors, ce singulier sport devrait être obligatoire à Sciences po et à Saint-Cyr de Coëtquidan !

On gagne une course de trois semaines davantage avec sa tête qu’avec ses jambes. Il faut, en effet, à la fois être malin, tacticien, stratège et ambitieux, à l’instar de ces quelques grands politiciens que l’on qualifie de « florentins », dont le prototype français a été certainement François Mitterrand. Et tout directeur sportif d’une équipe cycliste devrait avoir comme livre de chevet Le Prince de Machiavel.

Pourquoi le Tour a boudé l’Italie si longtemps alors qu’il s’est élancé 26 fois de l’étranger ? Le premier départ hors de l’Hexagone remonte à 1954. Il fut donné à Amsterdam. Depuis, les Pays Bas l’ont accueilli six fois, devançant la Belgique, cinq fois, l’Allemagne quatre fois, Espagne, Luxembourg, Angleterre deux fois, Irlande, Danemark et Monaco (mais la principauté, est-ce vraiment l’étranger ?) une fois. Un temps, à l’époque de la mondialisation triomphante, il fut même envisagé de le faire commencer à New York.

Alors pourquoi jamais de l’Italie ? Parce que l’Italie et la France possèdent les deux uniques et plus prestigieux Grands Tours nationaux… Ces deux puissances cyclistes, mues par une sourde rivalité, se sont gardées d’aller rouler sur les plates-bandes de l’autre, de manière à préserver une « coexistence pacifique ». La Vuelta (le Tour d’Espagne), réellement créée qu’en 1954 dans un pays encore meurtri par une cruelle guerre civile, a longtemps fait figure de parent pauvre et, donc, en conséquence ne pouvait contester leur hégémonie cyclopédique.

Autre première fois, anecdotiquement cocasse, et très certainement ultime, lors de cette inaugurale étape outre-alpine, le Tour s’est offert une courte incursion, dans le second plus petit Etat d’Europe et le cinquième du monde, la République de San Marin, qui est aussi le plus ancien du Vieux continent et très certainement de la planète.

Mais, surtout, pour la première fois aussi de son histoire, le Tour ne se terminera pas à Paris. Cette 111ème édition s’achèvera le 21 juillet à Nice, sur un contre-la-montre de 33,7 km au départ de Monaco. S’il déroge à cette tradition séculaire, c’est bien évidemment en raison des J.O. qui se tiendront dans la capitale française de 26 juillet au 11 août.

C’est peut-être lors de cette ultime étape que se jouera la victoire finale, comme en 1989, quand un jeune Américain encore néophyte, Greg LeMond, inconnu du grand public, l’emporta de 8 secondes (la plus faible avance jamais enregistrée), sur le déjà chevronné double vainqueur, Laurent Fignon, l’intellectuel du peloton, qui se voyait déjà en possession d’un troisième titre à l’instar d’un Louison Bobet, le premier à remporter trois Grandes boucles de suite.

Un sport conservateur ?

Bien que réputé très conservateur, voire réac, le petit monde du vélo prouve que, si besoin est, il n’hésite pas à innover, à s’adapter à l’air du temps tout en restant fidèle à lui-même. Depuis sa création en 1903, le Tour n’a cessé de collectionner les « premières fois » en tous genres que nous évoquerons avec gourmandise au fil des 21 étapes et tout au long de ses 3498 km.  En quelque sorte, le Tour est un mélange de conservatisme éclairé et de progressisme pondéré.

Ce Tour 2024 en est l’illustration criante. Il n’est pas du tout semblable aux précédents. Au point qu’on peut se demander, au vu de son itinéraire, s’il mérite encore d’être qualifié « de France ».  Celui-ci se cantonne à un grand sud-est avec une brève escapade jusqu’à Troyes et Orléans et une incursion dans le sud-ouest – car un Tour sans au moins les cols du Tourmalet et de Peyresourde est inconcevable.

Certes, il y a déjà belle lurette que le parcours du Tour n’épouse plus le pourtour de l’Hexagone. C’est à partir de 1971, que la dite Grande boucle ne l’a plus été réellement car délaissant le plus souvent le nord et l’ouest pour se concentrer sur les Alpes et les Pyrénées et découvrir le Massif central qu’elle ignorait jusqu’alors, à cause de la réglementation de l’Union Cycliste internationale, qui, dans un souci « d’humanisation », a limité les trois Grands Tours (France, Italie et Espagne) à 3 500 km maxi, 21 étapes et imposé deux jours de repos.

Conséquence de cette triple contrainte, c’est en 2001 que le Tour est mué en un demi-tour de France, une année privilégiant l’Ouest du pays, l’autre l’Est, une fois dans le sens des aiguilles d’une montre, l’autre fois dans le sens contraire. Continuer à visiter les six coins de l’Hexagone aurait impliqué l’organisation de transferts démesurés… autrement dit matériellement impossibles. Le Tour, c’est l’équivalent d’une ville de près de 5000 habitants qui se déplace, avec ses camions, ses podiums, ses voitures se suiveurs, de 200 km en moyenne par jour.

Donc, après son excursion de trois jours de l’autre côté des Alpes, il regagne ce mardi la mère-patrie pour s’attaquer, d’emblée, à la haute-montage avec au menu deux cols de seconde catégorie, et un de première, le Galibier qui culmine à 2642 m, long de 23 km et une pente moyenne de 5,1%. Il sera très certainement le théâtre de la première sérieuse empoignade entre les deux grands favoris, Pogačar qui a survolé le Giro et Vingegaard, qui entend l’emporter pour la troisième fois consécutive malgré une grave chute au Tour du Pays basque dont les éventuelles séquelles peuvent le handicaper, ce qui au vu de ces deux premières étapes ne le semble pas.

Les duels pour la victoire finale entre deux coureurs aux personnalités antinomiques ont parfois fait le jeu d’un troisième larron : pourquoi celui-ci ne serait-il pas Romain Barret, au tempérament de baroudeur doublé d’un excellent grimpeur ? Un avenir de flibustier l’attend, redonnant à cette édition une saveur d’épopée. Les heurs et malheurs qui ponctuent une épreuve de trois semaines font que les vaincus sont parfois les plus forts.

« Le Tour, c’est la fête d’un été (…) de notre pays, d’une passion singulièrement française, a dit Louis Aragon[3] : tant pis pour ceux qui ne savent pas en partager les passions, les folies, les espoirs… »

A voir ces dernières années les foules qui se sont pressées le long des routes danoises, basques espagnoles, et italiennes, pour voir passer le peloton chamarré du Tour, la France semble ne plus avoir le monopole de « cette passion » singulière. Avec ses vins et spiritueux, c’est cette dernière que la France a su le mieux exporter…


[1] Nicolas Miachavel (1469-1527), Le Prince, L’Art de la Guerre, Le Discours sur la première décade de Tite Live.

[2] Savoranole (1452-1498), prédicateur dominicain qui mit Florence en coupe réglée et a fini par être pendu et brûlé.

[3] Louis Aragon (1897-1982), poète et romancier communiste, après avoir été surréaliste, auteur notamment du Paysan de Paris et Les Beaux quartiers.

L’extrême droite, vous dis-je!

Le RN est arrivé hier largement en tête, devant le Nouveau Front populaire et la majorité présidentielle. Dans les médias, on chante déjà la ritournelle agaçante des heures sombres. Et dans la majorité sortante, on est prêt à ouvrir une crise de régime en bricolant une majorité négative pour empêcher le premier parti de France de gouverner.


J’ai regardé la soirée électorale. C’était comme un voyage dans le temps, pour moi.

Choc spatio-temporel

Plus précisément, c’était le spectacle d’un décalage spatio-temporel. Pendant que Jordan Bardella affirmait qu’il respecterait les institutions et serait le Premier ministre de tous, que sur les plateaux télé défilaient des élus RN qui portent cravate à l’Assemblée nationale et ont marché contre l’antisémitisme, en face d’eux, les représentants de la gauche et de la macronie chantaient avec les journalistes la ritournelle des années 80… On a pu voir Clémentine Autain (LFI) parler de Vichy à Julien Odoul (RN), réélu dans l’Yonne, alors que ce dernier n’avait que 2 ans au moment du « point de détail ».
C’est beau comme du Molière ! Et c’est toujours la même histoire. La France souffre d’une grave maladie : l’extrême droite, vous dis-je. Comme le pays est malade, il faut donc un cordon sanitaire pour isoler les électeurs contaminés. Pour le Premier ministre, Gabriel Attal, oublié le refus des extrêmes, il l’affirme désormais : « Pas une voix au RN ».
D’innombrables variations sur le Front républicain ont suivi. Il faut empêcher le pire de se produire. Pour éviter la peste brune, certains macronistes sont même prêts à favoriser des Insoumis présentables. Voyez-vous, contre Hitler, il a bien fallu hier s’allier avec Staline…

Cette rhétorique est-elle efficace ?

Tous ces antifascistes d’opérette devraient méditer la définition de la folie selon Einstein. Croire que les mêmes causes ne produiront pas les mêmes effets…
Les électeurs se moquent avec constance des leçons de morale. Et ces leçons de morale font en réalité monter le vote RN depuis des années. Et si j’ai bien compté, 10 millions de citoyens au moins ont voté RN hier. C’est ce que voulait le président de la République : le peuple a parlé. Mais, comme malgré 15 jours de prêche, il n’a pas dit ce qu’il fallait, il faut promptement le faire taire ! Museler la démocratie pour la sauver: ce sera la ligne des grands médias qui sermonneront l’électeur toute la semaine – ils étaient déjà en mode mobilisation générale ce week-end. Les corps constitués et les artistes marcheront bien sûr en rangs serrés. Le Festival d’Avignon est entré en Résistance, hier soir. De son côté, la presse abuse d’un lyrisme à deux balles. « Faire front » (L’Humanité). « Le bloc après le choc » (Libération)…
Plus grave, hier soir, Aurore Bergé a affirmé que dimanche prochain, soit il y aura une majorité RN, soit pas de majorité pour personne. Les macronistes préfèrent la deuxième solution ! Ils sont prêts à ouvrir une crise de régime en bricolant une majorité négative pour empêcher le premier parti de France de gouverner. On aurait alors une réédition de 2005, quand les élites dominantes ont décidé que le peuple avait mal voté sur la constitution européenne, ne sachant pas ce qui était bon pour lui… Cette nouvelle manœuvre risque de nouveau de nourrir le même sentiment de dépossession démocratique.
Sauf que cette fois, le peuple pourrait déjouer le piège et adresser un grand bras d’honneur aux prêcheurs. Il arrive que le cave se rebiffe. Surtout qu’une fois de plus, les questions qu’il pose avec insistance sont disqualifiées car « nauséabondes ». Bien sûr, les thèmes de l’immigration ou de l’insécurité, il ne faudrait pas en parler, car ce sont des thèmes d’extrême droite. Comme disait Philippe Muray, le réel est reporté à une date ultérieure. Il finira par nous exploser au visage.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio

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Des castors et des hommes

Hier soir, peu après 20 heures, le leader du Nouveau Front populaire Jean-Luc Mélenchon a appelé au retrait de tous les candidats de gauche arrivés en 3e position, aux côtés d’une Rima Hassan arborant un provocant keffieh palestinien. Il s’est ensuite rendu place de la République, pour haranguer la foule de ses soutiens qui occupait les lieux.


Dimanche 30 mai, premier tour des législatives, 20 heures, les Français ont voté : plus de 2.6 millions de procurations et une participation à 66.7% traduisent l’implication citoyenne. Le Rassemblement national et ses alliés ont obtenu 33% des suffrages, le Nouveau Front populaire 28%, la majorité présidentielle 20%, les Républicains non ralliés à Eric Ciotti ont réuni 6,7 % des voix.

Pas un vote pour l’esstrême droite !

Voici donc le camp macroniste aux fraises ; c’est un moment unique : Emmanuel Macron, en dissolvant l’Assemblée nationale, a poussé les Français à sortir de leur torpeur. Débarrassés du mol édredon de la résignation, ils désavouent enfin la caste présidentielle, un peu mondialiste et carrément hors-sol. Toutefois, entre ceux qui souhaitent conserver une identité particulière française et les sectateurs de la compromission avec l’islamisme, la créolisation et l’égalitarisme arasant, le combat s’annonce rude. La bataille pour le second tour est déjà engagée et les grandes manœuvres commencent. Les adversaires du RN brandissent des lames émoussées. Les mousquets enrayés sont de sortie. On cite finement Lamennais : « Souvenez-vous des castors. Vous êtes dispersés sur les bords du fleuve : assemblez-vous, entendez-vous, et vous aurez bientôt opposé une digue inébranlable à ses eaux rapides et profondes ». Le sempiternel mot d’ordre est lancé : tout sauf l’esstrême droite. Sus à ceux qui menacent les valeurs de la République ! Tous les coups sont permis, toutes les alliances sordides encouragées.

Côté Nouveau Front populaire, les choses vont bon train. Jean-Luc Mélenchon flanqué de son égérie Lady Gaza (Rima Hassan) qui arborait un keffieh – on n’en est pas étonné – a aussitôt exhorté « toustes » à castoriser en vue d’un monde assurément meilleur. Le plastronnant gaillard, en Delmar de L’Éducation sentimentale, a, comme à son habitude, « empoigné » une parole qui n’en demandait pas tant, fait vrombir le verbe. Son préambule posé : « Après sept ans de maltraitance sociale, sept ans d’indifférence écologique sous l’autorité erratique du président et celle méprisante de la République, le pays a été mis tout soudain au défi d’une dissolution précipitée (…) » Le bateleur a alors pris le temps de saluer le Nouveau Front populaire, aussi vite monté et installé dans le paysage politique qu’une tente Quechua ou un hôpital de (mauvaise) fortune : « formé il y a trois semaines et en à peine vingt-quatre heure », avec « des candidatures communes dès le premier tour » et « un programme partagé ». Le tribun en a ensuite appelé à la mobilisation afin d’éviter au pays, confronté au RN, d’aggraver les « pires de ses divisions ». À savoir, « celles des inégalités sociales, celles des différences de religion, de couleurs de peau, d’origines sociales ou géographiques ». Face aux sept plaies d’Égypte, pas d’alternative, seule une solution s’impose au deuxième tour : « Pas une voix, pas un siège pour le RN. »

Les dernières audaces de Mélenchon

« Il s’agit de voter pour un autre futur respectueux de toute personne humaine et du vivant dans son ensemble. » La consigne est claire, simple : « Toute votre énergie pour que le NFP permette de réaliser l’union populaire, celle de la France elle-même. », « Prendre position », « s’engager », « convaincre autour de soi ». « Il y va de la France, il y va de la République, il y va de l’idée que nous nous faisons de la vie en commun » poursuit le drôle, balançant l’anaphore sur son auditoire comme autant de pavés sur les barricades. Avec le NFP, « une nouvelle France peut surgir, faite d’unité, de respect pour chacun et pour le vivant, partout, tout le temps » assure sans sourciller le tartuffe qui n’a de cesse de diviser la population et d’alimenter l’antisémitisme à des fins électoralistes.

L’allocution s’est poursuivie par une célébration de la fraternité et de l’unité qui s’est tenue Place de la République, à Paris.

Des  sympathisants du NFP y ont joyeusement scandé, au nom de la fraternité et du respect, on n’en doute pas une seconde : « Israël casse-toi, la Palestine n’est pas à toi » et autre « Tout le monde déteste la police. » À Lyon, les mêmes thuriféraires du vivre-ensemble ont ravagé le centre-ville, dressé des barricades et tiré des mortiers.

Indubitablement, la démocratie est en marche. 

Rima Hassan, l’ambiguë-tragique

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Rima Hassan en campagne à Paris, 13 mars 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Avec son keffieh palestinien derrière Jean-Luc Mélenchon, Rima Hassan a adressé un nouveau « message subliminal » aux électeurs, dimanche soir. La militante n’a jamais vraiment condamné les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre en Israël, et quand elle prétend revendiquer la création d’un État binational démocratique en résolution au conflit israélo-palestinien, c’est en fait une façon chic de réclamer la destruction de l’État juif. Démonstration.


Le 9 juin, Rima Hassan a été élue députée européenne. Sur le bulletin de vote LFI, la militante pro-palestinienne d’origine syrienne est présentée comme « engagée pour un cessez-le-feu à Gaza ». Or, qu’en est-il exactement ? Un examen de ses prises de paroles depuis son entrée en politique nous permet d’en douter fortement.

Fin novembre 2023, Rima Hassan participe à un entretien avec le média en ligne Le Crayon. Un des principes de l’émission consiste à répondre par « oui » ou par « non » à une série de questions. Rima Hassan répond « oui » quand on lui demande si « le Hamas mène une action légitime » (sic). Quand cet extrait est diffusé sur YouTube au mois de janvier, puis par l’émission Quotidien sur TMC le 11 mars, la polémique éclate. Le site Arrêt sur images prend la défense de Rima Hassan et écrit que « pour elle, l’action politique du Hamas, contrairement à sa branche armée, est légitime ». Le propos est absurde dans la mesure où on ne peut couper le Hamas en deux tant il s’agit d’un seul et même bloc uni par une même idéologie.

Mais que faisait la députée européenne avec son keffieh palestinien, à gauche de Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir ? DR.

« Branche armée » : la plupart des personnes exposées à ses propos ne vont pas faire cette distinction douteuse

Pour Arrêt sur images, qui semble prendre pour argent comptant ce que raconte Rima Hassan, cette dernière parle de la légitimité de l’action du Hamas en dehors de la lutte armée et surtout sans référence aucune à ce qui a été commis le 7 octobre contre les civils israéliens. Pourtant, l’entretien à la chaîne Le Crayon est réalisé moins de deux mois après le 7 octobre. Prétendre, comme Rima Hassan le fait, qu’elle ne se référait pas au 7 octobre quand on la questionne sur la légitimité ou non de l’action du Hamas n’a dès lors aucun sens. Mais surtout, rien n’est plus faux comme on peut le voir à la lecture de ce qu’écrit et publie Rima Hassan sur ses « réseaux sociaux ». Pire encore, la plupart des personnes exposées à ces propos ne vont pas faire cette distinction douteuse. Pour elles – à juste titre par ailleurs – c’est simple : Hamas c’est le 7 octobre et le 7 octobre c’est Hamas.

Cette manière qui consiste à lancer une bombe médiatique qui, grâce à l’outrance des propos, lance une polémique diffusant un message simple (dans ce cas, le 7 octobre est légitime) auprès d’une audience bien ciblée, tout en permettant de proposer une explication à une audience plus exigeante, est la stratégie de communication politique de LFI, décrite et revendiquée par le député Louis Boyard.    

Le Hamas fantasmé comme un mouvement de « résistance »

Dans sa réponse à la polémique née de son entretien à la chaîne Le Crayon, Rima Hassan assure ceci : « Depuis le début, je parle de « crimes de guerre » pour qualifier les attaques du 7 octobre notamment. » Et de préciser qu’elle reconnaît le caractère terroriste de ces attaques. La défense de Rima Hassan est actuellement fausse pour deux raisons.

La première est que le 7 octobre et les jours suivants, sur son compte Twitter, Rima Hassan n’a jamais condamné les actions du Hamas et les a encore moins qualifiées de terroristes. Au contraire, elle a reposté des messages qui exaltaient une action de « résistance ». Le 7 octobre, Rima Hassan publie par exemple le message suivant d’Akram Belkaïd, journaliste algérien au Monde diplomatique : « Les Occidentaux approuvent sans hésitation la « résistance » des Ukrainiens face aux Russes, ils dénient aux Palestiniens qui subissent le joug colonial le droit de résister. Ce n’est plus du « double standard », c’est un racisme crasseux. » (Tweet du 7 octobre 2023)

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Illustré par des combattants du Hamas les bras en l’air en signe de victoire, le message véhiculé ne souffre d’aucune ambiguïté possible : ce 7 octobre 2023, le Hamas a tenu tête au colonialisme. Pour être encore plus claire, Rima Hassan republie, toujours ce 7 octobre, un tweet de Fatima Ouassak, essayiste d’origine marocaine éditée par les éditions La Découverte: « Pendant la guerre anticoloniale en Algérie, Simone de Beauvoir ou Sartre ont pris position (sans trembler) pour la résistance armée algérienne, contre la France. Dans la guerre qui oppose colons et colonisés, il faut soutenir (sans trembler) le camp des colonisés. » Là aussi, le message est limpide : si on peut déplorer les pertes civiles du côté de l’ennemi, on ne saurait pour autant condamner le Hamas qui n’a fait que résister au colonialisme. Toute condamnation d’une violence émanant de la partie palestinienne est d’ailleurs vilipendée. Ainsi, quand le mouvement Europe Ecologie Les Verts (EELV) publie un communiqué qui « condamne l’attaque terroriste du Hamas contre Israël et appelle à des solutions politiques et diplomatiques », Rima Hassan s’indigne: « J’ai lu, pas un mot sur l’apartheid. J’aimerais que nos politiques m’expliquent comment nous, citoyens, pouvons-nous nous saisir politiquement du sujet, si vous, responsables politiques, vous ne faites pas le courageux travail de dire et de nommer l’injustice, le crime d’apartheid. » Le seul problème est que le communiqué ne parle que de ce qui s’est passé le 7 octobre tandis qu’à l’inverse, Rima Hassan ne nomme jamais ce qu’a commis le Hamas, ni « terrorisme », ni « crime de guerre », encore moins « crime contre l’humanité », seulement des messages repostés qui exaltent la « résistance » palestinienne. Et si elle dit déplorer la mort de civils, quels qu’ils soient, pas une fois Rima Hassan ne condamne explicitement, en son nom, le Hamas. On ne peut pas à la fois célébrer la « résistance palestinienne » à l’œuvre le 7 octobre et dire ensuite que l’on condamne ces actes comme terroristes. Entre les deux affirmations, la contradiction est insoluble.

La deuxième raison qui peut faire douter de la bonne foi de Rima Hassan est que le 2 février 2024, sur ses réseaux sociaux toujours, la nouvelle égérie de la cause palestinienne diffuse un clip de la chaîne proche du Hezbollah Al-Mayadeen, réalisé le 25 octobre 2023, qui montre l’État d’Israël pulvérisé par les missiles de l’« axe de la résistance » et sa population qui s’enfuit terrorisée. Rima Hassan a publié cela avec le signe des deux mains serrées l’une contre l’autre comme pour dire « merci » ou comme signe d’espérance de ce qu’elle souhaite voir advenir.

L’État juif, cette « monstruosité sans nom » (sic)

Le 14 novembre 2023, Rima Hassan délivre sur Twitter l’information suivante : « Israël a publié une photo de ses soldats aidant un Palestinien âgé à Gaza. Une fois la comédie terminée, ils lui ont tiré deux balles dans le dos selon le témoignage de sa petite-fille sur Instagram. » En guise d’illustration, deux photos côte à côte. La première nous montre un vieil homme qui s’adresse à un soldat israélien. La seconde nous désigne le même homme qui gît sur le sol, visiblement abattu de plusieurs balles dans le dos. Sur ses canaux de communication, l’armée israélienne publie de son côté les mêmes photos que Rima Hassan mais avec une tout autre histoire : « Hamas killed this Palestinian because he was seen on a picture talking to an Israeli soldier. All he did was asking which way he’s allowed to go. » (Message du 15 novembre 2023) Cet homme aurait demandé à un soldat israélien où il était autorisé à se rendre et pour s’être adressé à l’ennemi, le Hamas l’aurait abattu. À rebours de cette histoire tragique mais qui répond à une certaine « logique » au vu des pratiques du Hamas à l’endroit de sa population civile, le récit de Rima Hassan donne à voir une armée israélienne proprement diabolique. Avec toutefois un « amateurisme » qui laisse pantois: avoir « oublié » d’éliminer les témoins qui, munis de leurs téléphones portables, ont eu tout le loisir de prendre les photos prouvant le crime.

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C’est à cette aune qu’il faut comprendre les déclarations de Rima Hassan qui qualifie l’État d’Israël de « monstruosité sans nom », par ailleurs « pire » que la Russie. Qu’importe qu’Israël soit une société démocratique rythmée par des élections et une opposition vivante dont témoignent les manifestations gigantesques d’avant le 7 octobre pour préserver la Cour suprême. Aussi contraire à la vérité soit-elle, l’affirmation de Rima Hassan vise à dévaluer l’idée de démocratie puisqu’un satrape au pouvoir depuis plus de vingt ans comme Poutine est traité avec davantage d’égards qu’un gouvernement élu, aussi contestable soit-il !

L’État unique de Rima Hassan

Le succès rencontré par Rima Hassan illustre la radicalisation du mouvement pro-palestinien auquel on assiste depuis une vingtaine d’années. Issu des campus américains, le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », que Rima Hassan fait entonner aux étudiants de Sciences-Po, en est l’illustration type. Qu’on se souvienne qu’il y a vingt ans, on pouvait encore entendre dans les manifestations pour la Palestine le slogan suivant : « Non, un peuple qui en occupe un autre ne peut être un peuple libre ». L’habileté de Rima Hassan est de réussir à faire croire que son refus de deux États, israélien et palestinien, côte à côte, est motivé par le désir d’une cohabitation totale entre les deux peuples. Sur ce point aussi, les contradictions de Rima Hassan abondent.

Elle écrit par exemple dans un message que reproduit Arrêt sur images qu’« on peut dire que le Hamas a une légitimité dans un contexte de lutte pour l’autodétermination. C’est un parti politique qui a été élu. Mais quand ils commettent des crimes, ils sont en dehors du cadre prévu par les Nations unies. » Si les mots ont un sens, on est donc fondé à penser que Rima Hassan a pour boussole le « cadre prévu par les Nations unies ». En ce cas, elle doit reconnaître le vote qui, en 1947, établit la constitution d’un État juif à côté d’un État arabe sur l’ancienne Palestine mandataire. Seul problème : Rima Hassan ne cesse de répéter qu’elle refuse deux États côte à côte comme les Nations Unies le prévoyaient en 1947. Là encore, elle ne peut pas dire une chose et son contraire : d’un côté refuser l’existence d’un État juif, reconnu par un vote des Nations unies, et de l’autre jurer la main sur le cœur qu’elle n’a pour seule boussole que les décisions de la « communauté internationale ». Mais à cela aussi Rima Hassan a une réponse, comme elle s’en explique à Arrêt sur images. Si elle refuse la « solution à deux États », c’est, dit-elle, que « cette perspective ne nous fait plus espérer. Si on nous donnait les moyens de croire à une solution à deux États, ce serait différent. Ce n’est pas une posture idéologique mais le sursaut de vie d’une génération qu’on a trop fait désespérer. » Ici aussi, Rima Hassan se contredit. En toute logique, elle ne peut d’un côté dépeindre la partie israélienne comme « monstrueuse » et de l’autre clamer qu’elle ne souhaite que cohabiter en paix avec ces mêmes « monstres ».

Ce qui manque en réalité à beaucoup de ses soutiens naïfs, c’est une perspective historique. Dépourvu de toute originalité, le credo de l’État unique est depuis longtemps la formulation « politiquement correcte » pour dire que l’on ne souhaite pas que l’État d’Israël puisse exister. Grand ami de la dictature Assad en Syrie (avec laquelle Rima Hassan ne semble pas avoir de problèmes particuliers), le secrétaire général de l’Association de solidarité France-Pays Arabes, Lucien Bitterlin, déclarait en 1976 déjà : « Faisons le vœu de nous retrouver dans la capitale de la nouvelle Palestine pour célébrer avec les Palestiniens, qu’ils soient Juifs, Musulmans ou Chrétiens, l’ère des hommes libérés de toute haine et de toute forme de discrimination raciale ou religieuse. Alors l’épreuve de la Palestine aura servi la cause de l’homme. » Proche du ministre de la Défense syrien, le très antisémite général Tlass, auteur d’un ouvrage sur les « crimes rituels » juifs, Lucien Bitterlin était aussi peu crédible dans ses déclarations que Rima Hassan l’est aujourd’hui quand elle parle de cohabitation mais approuve l’action du Hamas.

Petit scarabée en Afrique

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Capture d'écran d'une vidéo de promotion du "Kung-Fu Show sino-africain", publiée le 25 novembre 2021. © Capture d'écran /CGTN Français (China Media Group)

Alors que la Chine renforce sa présence en Afrique, le kung-fu émerge comme un puissant outil de soft power pouvant séduire les foules.


La lutte que se livrent les grandes puissances se joue de plus en plus sur le terrain du soft power. La Chine, qui accuse dans ce domaine un train de retard, dispose en Afrique d’un instrument efficace : le kung-fu ! En 2021, la province de Henan et la chaîne de télévision chinoise CGTN ont organisé le « Kung-Fu show sino-africain », un événement multimédia qui a permis notamment aux auteurs des vidéos retenues par le jury de visiter la province organisatrice (et berceau historique du Tai-chi-chuan). La chaîne se réjouissait d’avoir reçu plus de mille vidéos et d’avoir généré plus de 90 millions de vues ; elle a depuis organisé d’autres événements sur place, comme le premier concours de kung-fu africain, en 2023, en Zambie.

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En réalité, le coup de foudre entre l’Afrique et les arts martiaux chinois est très antérieur à la récente activité de la télé chinoise. Un mystérieux Mr Ming, originaire de Taïwan, a commencé à diffuser dans les années 1970 des films de kung-fu dans des cinémas miteux d’Afrique du Sud. La population noire a été très séduite par la figure de Bruce Lee, notamment quand celui-ci retire avec beaucoup d’énergie un panneau « chiens et Chinois interdits » à l’entrée d’un parc dans le film La Fureur de vaincre.

Le cinéma africain a ensuite adapté le genre dans des productions à budget extrêmement réduit. Avec 34 dollars en poche, le Nigérian Mayor Uguseba est parvenu à boucler A Very KungFu Nollywood Movie “The Revenge of Sobei”. Le public africain se dit mordu de kung-fu. Dans une enquête qui date de 2017, 79% des cinéphiles camerounais se disaient fans de ce sport. Quelques figures africaines se sont même imposées aux yeux du public chinois, comme le Béninois Luc Bendza, apparu dans plusieurs films et installé en Chine, où il a hérité du surnom « Chinois Noir de peau ». Une réussite en matière de soft power, à un moment où la Chine s’installe massivement en Afrique, surtout par l’intermédiaire du bon vieux hard power.

États-Unis: méritocratie contre « affirmative action »

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Deux femmes brandissent un fanion palestinien lors de la "Commencement ceremony" à l'université de Californie à Los Angeles, le 14 juin 2024 © Damian Dovarganes/AP/SIPA

En juin 2023, la Cour suprême des États-Unis bannissait la discrimination positive à l’entrée des universités.


Deux chercheurs du Manhattan Institute, Michael Hartney et Renu Mukherjee, viennent de publier un article[i] visant à faire le point sur ce que pensent vraiment les Américains des politiques préférentielles qui cherchent à favoriser la diversité dans les admissions à l’université. Ces pratiques ont été bannies par l’arrêt de la Cour suprême du 29 juin 2023[ii], mais l’enquête qu’ils ont conduite a été menée avant ce verdict. Avant d’examiner leurs conclusions, il faut dire un mot de la succession récente de procès qui a abouti à l’abolition des politiques préférentielles par la Cour suprême et de sa récente décision. Décision qui a été accueillie défavorablement dans de nombreux médias et mise en pièces par le président Biden qui a prétendu que la grande majorité des Américains y étaient opposés.

Poursuites contre Harvard et l’Université de Caroline du Nord

Des Asiatiques étant manifestement pénalisés pour leurs hautes performances dans les procédures d’admission en raison d’une « prime » raciale accordée aux Noirs et aux Hispaniques, l’association Students For Fair Admission (SFFA)[iii], créée en 2014, a porté l’affaire devant les tribunaux pour violation de l’Article VI des droits civiques et de la clause d’égale protection garantie par le 14ème Amendement[iv]. Si elle a perdu en première instance et en appel, elle a fini par être entendue par la Cour suprême qui lui a donné raison. Cette dernière déclare que « de nombreuses universités ont trop longtemps conclu, à tort, que la pierre de touche de l’identité d’un individu n’était pas les défis relevés, les compétences acquises ou les leçons apprises, mais la couleur de sa peau ». Les buts visés par Harvard et l’université de Californie du Nord ont été jugés invérifiables par la Cour, dans la mesure où il est impossible de relier les politiques préférentielles aux buts recherchés (produire des citoyens engagés et productifs, renforcer l’empathie, former de meilleurs dirigeants…).

La race a été employée de manière négative et viole ainsi la clause d’égale protection. Comme l’a souligné la Cour suprême, l’admission à l’université est à somme nulle. Tout avantage donné à certains candidats se fait au détriment des autres. Harvard a déclaré tout à la fois que sa politique préférentielle avait peu d’impact mais que son abandon pourrait changer de manière significative la composition démographique de ses étudiants. La Cour en a très justement déduit que, sans la prise en compte négative du critère racial, certains groupes raciaux seraient admis en plus grand nombre. « Le processus d’admission à Harvard repose sur le stéréotype pernicieux selon lequel « un étudiant noir peut généralement apporter quelque chose qu’un Blanc ne peut pas offrir ». » Même chose à l’université de Californie du Nord qui soutient que la race « dit quelque chose de ce que vous êtes ». Ce faisant, l’université favorise « les stéréotypes qui traitent les individus comme le produit de leur race, évaluant leurs pensées et leurs efforts – leur valeur même en tant que citoyens – selon un critère interdit au gouvernement par l’histoire et la Constitution ».

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La Cour reproche aux deux institutions de ne pas envisager de mettre un terme à ces politiques préférentielles tant que les admissions ne reflèteront pas fidèlement la démographie des États-Unis. Alors que l’arrêt Grutter de 2003 laissait espérer que les préférences raciales seraient devenues inutiles 25 ans plus tard, Harvard prétend qu’il n’est pas nécessaire de fixer une date, dans la mesure où l’université évalue chaque année ses procédures. La Cour en a conclu que la fin des admissions préférentielles n’était pas en vue si on laissait les universités en décider. Les procédures d’admission de Harvard et de l’université de Californie ont été déclarées inconciliables avec la clause d’égale protection de 14ème Amendement. « Les universités ont trop longtemps pensé que la couleur de la peau, et non les défis relevés, les compétences acquises, était ce qui définissait l’identité d’un individu. » La Cour suprême a décidé d’y mettre fin : « L’étudiant doit être traité en fonction de ses expériences en tant qu’individu et non de sa race ».

MIlitants de « Students for Fair Admissions », opposés à la discrimination positive, devant la Cour suprême américaine, Washington, 29 juin 2023 © Jack Gruber-USA TODAY/Sipa USA/SIPA

Les investigations des chercheurs du Manhattan Institute

Les deux chercheurs considèrent, avec raison, que les réponses aux enquêtes d’opinion dépendent fortement de la manière dont sont formulées les questions. Les répondants ne disposent généralement pas d’informations suffisantes sur la complexité du sujet politique sur lequel on les interroge. La formulation d’une question est donc déterminante et doit apporter assez d’informations pour que le répondant en ait une bonne compréhension. Si les Américains peuvent avoir un avis personnel sur l’Affirmative Action, leurs réponses dépendent aussi de leur compréhension de la manière dont elle fonctionne. Ils peuvent être favorables aux programmes visant à améliorer l’accès des minorités à l’enseignement supérieur, mais l’être moins lorsqu’on leur en explique le fonctionnement et ses conséquences.

Hartney et Mukherjee ont utilisé un échantillon de 1000 personnes tiré de la Cooperative Election Survey (CES), qu’ils ont interrogé en novembre 2022[v].

L’opinion des Américains sur les politiques préférentielles à l’égard des Noirs a été testée par cette question comprenant deux alternatives sur les raisons et deux autres sur les victimes potentielles :

« Certains affirment que [en raison de la discrimination passée / parce qu’il est important d’avoir de la diversité sur les campus universitaires], les Noirs devraient être privilégiés dans les admissions à l’université. D’autres affirment qu’une telle préférence est inacceptable parce qu’elle est discriminatoire à l’égard des [Blancs/Asiatiques]. Quelle est votre opinion ? Êtes-vous pour ou contre les politiques d’admission préférentielle pour les Noirs ? »

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Les enquêtés ont, par ailleurs, été soumis à une expérimentation. On leur a demandé de se prononcer sur des dossiers d’admission aux études de médecine. Les enquêtés avaient à choisir entre un étudiant asiatique et un étudiant noir, pour une même spécialité. Dans une première paire, les performances académiques du premier étaient supérieures à celles du second et reflétaient les écarts réels. Dans la seconde paire, elles étaient beaucoup plus proches, tout en étant légèrement en retrait pour l’étudiant noir. Les autres caractéristiques étaient identiques.

Les 1000 enquêtés étaient répartis en deux groupes. Au premier, était dit que la représentation démographique de la population américaine était assurée dans les écoles de médecine. Au second, était donnée la composition raciale réelle des écoles de médecine.

Les deux chercheurs ont également interrogé les enquêtés sur la fiabilité des tests utilisés pour évaluer les performances[vi] avec une question donnant à trancher entre deux avis :

  • Depuis leur création il y a près d’un siècle, les tests standardisés sont des instruments racistes qui perpétuent les préjugés raciaux dans notre société ;
  • Bien qu’il s’agisse d’instruments imparfaits, les tests standardisés constituent un indicateur objectif des progrès et des aptitudes académiques d’un étudiant.

Ils ont aussi demandé aux enquêtés quels éléments privilégier lors d’une admission à l’université ou dans une école de médecine (race/ethnicité, caractère ou facteurs personnels, tests, résultats scolaires ou universitaires).

Des Américains attachés à la méritocratie

Les raisons invoquées en faveur d’une discrimination positive des Noirs (discrimination passée/diversité) ont peu d’impact sur les réponses des Américains qui sont 70% à la désapprouver. Mais ils sont un peu plus nombreux lorsque les victimes potentielles sont des Asiatiques plutôt que des Blancs. Et cette différence tient essentiellement aux Démocrates qui sont très majoritaires (68%) à approuver une politique préférentielle à l’égard des Noirs lorsque le préjudice atteint les Blancs. Ils ne sont plus que 46% lorsqu’elle touche les Asiatiques. Les Républicains sont pratiquement tous opposés à la discrimination positive en faveur des Noirs, que ce soient les Blancs ou les Asiatiques qui en pâtissent.

Si les Américains ont tendance à soutenir la discrimination positive lorsqu’on leur pose des questions abstraites sur les programmes en faveur de l’égalité des chances pour les minorités, lorsqu’on renonce à l’abstraction, comme l’ont fait Hartney et Mukherjee, en demandant aux enquêtés de sélectionner des candidats sur dossier pour l’admission à une école de médecine, ils ont tendance à privilégier le mérite, surtout lorsque l’écart des qualifications académiques est conséquent. Lorsque celui-ci est plus restreint, ils sont un peu plus nombreux, sans être jamais majoritaires, à choisir le candidat noir.

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Les Américains ont également tendance à rejeter les références à la race et à l’ethnicité comme les fameux scores de personnalité utilisés à Harvard pour handicaper les candidatures d’Asiatiques. Ils sont majoritaires, surtout chez les Républicains, à considérer que la race/l’ethnie ne doit pas être un facteur de sélection lors de l’admission à l’université ou dans une école de médecine. Les Démocrates consentent plus souvent que les Républicains à ce qu’elle joue un rôle, mais mineur. Au total, 89% des Américains souhaitent qu’elle ne joue aucun rôle (64%) ou alors un rôle mineur (25%). C’est le cas de 83% des démocrates (45% aucun rôle ; 38% un rôle mineur). La position des Républicains est plus tranchée : 96% souhaitent que la race/l’ethnie ne joue aucun rôle (84%) ou un rôle mineur (12%).

Ajoutons qu’en Californie, État libéral s’il en est, le référendum de 2020 visant à revenir sur la proposition 209 de 1996 qui interdit toute politique préférentielle à l’université a été retoqué par 57% des votants[vii].

L’arrêt de la Cour suprême va-t-il changer les pratiques ? Pas si sûr…

Les universités ne manquent pas d’ingéniosité lorsqu’il s’agit d’introduire par la bande ce que la Cour suprême interdit. Si l’on en croit les auteurs, l’une des solutions consiste à encourager les étudiants à parler de leur race ou de leur appartenance ethnique dans leur demande d’admission. Harvard semble avoir trouvé la parade en proposant une dissertation supplémentaire lors de l’inscription pour l’année 2023-2024 formulée ainsi : « Harvard a depuis longtemps reconnu l’importance de recruter un corps étudiant diversifié. Comment les expériences de vie qui ont façonné ce que vous êtes aujourd’hui vous permettront-elles de contribuer à Harvard ? » L’initiative d’Harvard va ainsi à l’encontre du verdict de la Cour suprême mais aussi de l’opinion publique qui souhaite que la race ne joue aucun un rôle (ou tout au plus minimal) dans les admissions à l’université et que le mérite l’emporte sur la race.

Par ailleurs, les Démocrates californiens, qui n’ont pas digéré le vote de 2020, sont revenus à la charge en proposant un Assembly Constitutional Amendment 7 (ACA-7) qui donnerait au Gouverneur le pouvoir de faire des exceptions à la proposition 209 si des travaux de chercheurs concluaient au caractère bénéfique de la discrimination positive ! Une pétition contre cette initiative est en ligne[viii]

Source: Blog de Michèle Tribalat.

Statistiques ethniques, une querelle bien française

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[i] Michael Hartney, Renu Mukherjee, Americans for Meritocracy, May 2024, 26 p.  https://manhattan.institute/article/americans-for-meritocracy.

[ii] https://www.supremecourt.gov/opinions/22pdf/20-1199_hgdj.pdf ; https://www.supremecourt.gov/DocketPDF/21/21-707/274256/20230731100920249_EFiling%2021-707%20Rev%20COSTS%20CA4%207.31.pdf.

[iii] Dont l’objectif est de défendre les droits humains et les droits civiques garantis par la loi, y compris celui d’égale protection.

[iv] En deux plaintes séparées, l’une contre Harvard et l’autre contre l’Université de Caroline du Nord.

[v] L’enquête CES est un projet qui permet à des chercheurs de gérer des modules d’enquête distincts dans le cadre d’une enquête plus large réalisée par YouGov. L’échantillon (N=1000) est pondéré pour être représentatif des données démographiques de base de la population américaine. Pour permettre des comparaisons avec une autre enquête les auteurs ont, à contrecœur, accepté d’introduire une option « sans opinion » (29 %), ce qui a réduit évidemment la taille de l’échantillon (709) sur lequel ont été élaborées les statistiques, sauf pour la sélection opérée par les enquêtés pour l’admission en école de médecine.

[vi] SAT pour Scholastic Assessment Test et ACT pour American College Testing.

[vii] https://www.nytimes.com/2023/06/11/us/supreme-court-affirmative-action.html.

[viii] https://www.change.org/p/urge-ca-senators-to-reject-aca-7-keep-discrimination-illegal.

La revanche de la France périphérique

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Jordan Bardella visite une ferme à Chuelles (45), 14 juin 2024 © Vincent Loison/SIPA

Notre chroniqueur n’est pas vraiment surpris par le refus de Mélenchon de débattre avec Bardella : le lider maximo n’a rien à craindre, rhétoriquement parlant, du petit coq du RN, mais débattre avec lui, ce serait reconnaître la légitimité de son parti, et de tous ceux qui ont voté et voteront pour lui. Or, dans la tête des extrémistes du Camp du Bien, les 11 millions de Français qui ont voté pour cette droite que l’on dit extrême n’existent pas : ils sont rayés de la liste des vivants.


J’ai vécu un quart de siècle à Paris (de 1972 à 1998), j’y ai naturellement gardé quelques amis — du moins le croyais-je. Mais depuis dimanche soir, me voici banni de leurs relations : que je me réjouisse de l’échec (relatif, malheureusement) de ce Front populaire qui n’est jamais qu’un faux-nez de LFI a suffi pour me rayer de la liste de leurs amis d’abord, et des vivants ensuite.

J’ai beau savoir que depuis trente ans (au moins) la gauche est dans le déni, cela fait toujours quelque chose, quand des gens que je croyais intelligents décident de fermer les écoutilles et de se renfermer dans leurs certitudes de bobos dominateurs et sûrs d’eux.

En quittant Paris, je me suis installé dans un village minuscule, Nébian (un millier d’habitants à l’époque), au milieu des vignes de l’Hérault. Déjà dans les années 2000 le FN était le parti préféré de ces agriculteurs pauvres, petites gens qui vivent avec 500 € par mois.

Provinces contre ville irréelle

Il n’y avait qu’un immigré à Nébian, un ouvrier agricole parfaitement intégré, fort apprécié, doté de deux enfants très bien élevés. Ce n’est pas la peur de l’étranger qui hier dimanche a poussé 48,88% de la population de la cinquième circonscription de l’Hérault, jadis partie de la ceinture viticole communisante, à voter RN. Ni la croyance aux lendemains qui chantent : ils savent très bien que les promesses des uns ne valent pas mieux que les mensonges des autres.

Non, ce qui les pousse, eux et tous ceux qui, dans la « France périphérique », selon la belle expression de Christophe Guilluy, à voter droite nationale, à donner leurs suffrages aux représentants d’un parti bien moins extrémiste et antisémite que les gauchistes de Mélenchon, c’est la nécessité de faire entendre, justement, leur voix.

A lire aussi, Vincent Coussedière: «Le RN a des candidats qui ne correspondent pas à la caricature qu’on en fait depuis des années»

Il y a déjà presque une dizaine d’années, j’avais prévenu, d’abord dans les pages du Point, puis sur Causeur, où j’expliquais que Lalbenque (dans le Lot) est une bourgade bien plus réelle que la capitale : Paris est une ville qui n’existe pas. C’est une fiction. Une ville-monde, comme disent les géographes et les petits prétentieux qui l’habitent, et se croient d’une essence supérieure parce qu’ils roulent en trottinette électrique en zigzagant entre les passants. Ô souvenir gracieux de mon poing sur le visage de l’un de ces énergumènes qui m’avait violemment bousculé, il y a un an ou deux ! Ils existent si peu qu’ils ont réélu du premier coup des ectoplasmes notoires comme Aymeric Caron et Sandrine Rousseau, risée de la France entière. La vraie France, qui roule au diésel parce que c’est moins cher et fait des barbecues parce que c’est meilleur.

Opération de communication d’Anne Hidalgo à vélo, juillet 2019 © ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Il y a une France qui mange des grillades au lieu de se consacrer au fooding entre deux cours de yoga, et qui consomme des fromages qui révulsent les commissions européennes. Une France qui se désole de voir, chaque jour, ses enfants revenir de l’école plus ignares qu’ils n’y sont entrés. Une France qui n’a pas cru aux gloussements de pintade de Jack Lang, ni aux réformes de Vallaud-Belkacem, l’initiatrice des cours d’arabe pour les tout-petits. Une France de villages et de clochers qui récuse l’érection de minarets. Une France qui a une fois pour toutes jaugé le PS en entendant Lionel Jospin lancer, en 1990 : « Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse, à moi, que la France s’islamise ? ». Ce même Jospin qui par la loi votée l’année précédente avait institué les pédagogies les plus anti-sociales — car l’élève qui construit lui-même ses propres savoirs, ça ne vaut que lorsque les savoirs familiaux peuvent compenser l’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa.

Démocratie à sens unique

Ce sont des gens de gauche qui ont institué l’école à deux vitesses, tout en feignant de déplorer que tant de petits pauvres restent analphabètes, et, à terme, analphacons — grâce à eux ! Des gens de gauche qui inondent le rectorat de Paris de demandes de dérogation pour que leur HPI de fils aillent à Victor-Duruy plutôt qu’à Maurice-Ravel. Des bien-pensants qui, puisant dans le vieux fond antisémite de la gauche, brandissent des drapeaux palestiniens, se coiffent de keffiehs siglés Louis Vuitton (et qui n’ont été retirés de la vente que sous l’accusation d’appropriation culturelle…) et s’apprêtent à mettre le pays à feu et à sang, par Blacks Blocs interposés, si le résultat du 7 juillet ne leur convient pas… La démocratie est selon eux à sens unique : toute majorité qui ne les encense pas est forcément fautive. Malade. Dégénérée.

A lire aussi: Judéophobie mondialisée

Cette France-là s’était déjà exprimée lors de l’épisode des gilets jaunes, qui avaient été à deux doigts de prendre l’Elysée. Elle appuie désormais un Jordan Bardella à deux doigts de prendre Matignon. Non qu’elle pense qu’il renversera la table : ils savent bien que l’essentiel de la politique française se fait à Bruxelles — ou, à la rigueur, à la Bourse, qui a d’ailleurs accueilli d’une remontée significative des cours le score du RN.

Dimanche prochain, la France moisie de la gauche moisie doit être balayée pour le compte. Il faut montrer à tous ces bobos satisfaits que la démocratie est une épée à deux tranchants. Et, éventuellement, leur rappeler que la République de 1793 risque de renaître des cendres froides d’une histoire que l’on n’apprend plus.

Car enfin, l’épouvantail anti-Le Pen (un parti né de la Waffen SS et de la guerre d’Algérie, tissé de ratonnades et d’OAS, un héritage de Tixier-Vignancour) ne fonctionne pas : grâce à des programmes d’Histoire toujours plus faméliques, plus personne ne connaît ces gens-là. Mais les électeurs de Bardella savent bien qui sont les coqs arrogants, les orateurs vociférants, les antisémites véritables, les suppôts de l’islam et les fourriers des Frères musulmans, tous ces petits prétentieux bouffis d’orgueil qui les prennent pour des imbéciles parce qu’ils habitent la capitale.

Je suggère à mes « amis » de méditer cette formule du Cardinal de Retz à propos des peuples : « On les doit compter pour beaucoup, toutes les fois qu’ils se comptent eux-mêmes pour tout. (…) Car on peut dire avec vérité qu’à la différence de toutes les autres sortes de puissance, ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu’ils croient pouvoir. »

Pour demander des comptes à ceux qui n’en rendent jamais, il faut d’abord les balayer.

Soleil noir

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Le navet des beaux jours

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Louise Bourgouin et Emmanuel Laskar dans "Le medium" (2024) © Magali Bragard / Ad Vitam

Le Medium d’Emmanuel Laskar, un film «100% exception culturelle», mercredi 10 juillet en salles


Long prologue pour un film court – à peine 1h20 ; on s’en contentera. Michael Monge (Emmanuel Laskar, 48 ans, également derrière la caméra, donc, pour son premier long métrage en l’espèce) enterre sa mère Barbara (Noémie Lvovsky). Au cimetière, devant la fosse béante, en plein sermon du curé, Michael reçoit un appel intempestif, son smartphone lui échappe des mains, il se jette à plat ventre pour tenter de le rattraper, au point qu’il manque tomber lui-même dans le caveau. Chance, ses copines – dont Alicia, son ex (Maud Wyler) – sont là pour l’en extraire, en le tirant par le falzar. Vous l’aurez compris : c’est une comédie.

Allo maman bobo

Il se murmure que Michael a hérité des dons de voyante de sa défunte mère. Il s’en défend. Mais l’instinct est plus fort que tout : assume, mon gars, tu es bien medium. Mal dans sa peau, l’orphelin mélancolique qui, pour vivre, enseigne la musique dans un collège, joue perso de la gratte à ses heures (d’ailleurs, le cadrage évite, plutôt maladroitement il faut le dire, de nous dévoiler le manche de la guitare, probablement parce que l’acteur Laskar ignore la pratique de cet instrument). Toujours est-il que ce garçon tourmenté est sollicité par l’ensorcelante Alicia (Louise Bourgoin), appétissante veuve d’architecte, laquelle, déprimée d’avoir perdu, en feu son jules, l’amour de sa vie, se consume, solitaire n’était son gros toutou baptisé Satan qui barbotte dans la piscine de la somptueuse maison bâtie par son regretté mari. NB : pour apprécier l’assonance, subtil clin d’œil, dans le film l’architecte en question (Alexandre Steiger, dans le rôle) a pour fictif patronyme : Rizzi. Or il s’agit d’une maison effectivement construite, dans la réalité, par l’architecte – star Rudy Ricciotti. Car, pour vous situer, nous sommes dans le Var : épicentre de l’action, le village de Collobrières, à 20km du littoral.

Donc, le Michael (campé par notre Laskar, qui est, du début à la fin, pratiquement de tous les plans du film – on n’est jamais mieux servi que par soi-même) fait revenir le fantôme dudit Rizzi, ce qui fait pleurer Alicia, of course. A noter, l’esthétique des apparitions : quasi-réaliste, dans une lumière saturée où les silhouettes spectrales se fondent dans le décor, auréolées d’une aura ectoplasmique. Et voilà que Michael endosse si bien son don de medium, héritage maternel, qu’il ne peut empêcher les apparitions de sa génitrice trépassée, adipeuse érotomane qui, post mortem, s’exhibe sur sa couette, bientôt tringlée au bord du lit, dans d’insistantes crises libidinales, par le fantôme de son jeune amant, sous le nez de son fiston éberlué.

A lire aussi: «Le Comte de Monte-Cristo»: un malheur de plus pour Alexandre Dumas

100% exception culturelle

Les farfadets occupent ainsi la place, provoquant incidemment des chutes de bouquins dans une bibliothèque publique, ou prenant la forme, qui de Salvador Dali, qui d’une Marguerite Duras chaussée de ses fameuses binocles à grosses montures (icone littéraire que l’on sait, pastichée par l’actrice Anne-Elodie Sorlin dans une séquence private joke destinée aux spectateurs durassiens – car nous sommes dans un film 100 % « exception culturelle »)…  Le comble du grotesque (volontaire ?) est atteint avec la scène d’exorcisme où le prêtre (Maxence Tual), crucifix brandi, extirpe Satan (le vrai, pas le chien d’Alicia) des entrailles d’un Michael en transe.   

Vétéran de la compagnie Les Chiens de Navarre, Emmanuel Laskar vient du théâtre. On lui souhaite de retourner sur les planches. Car pour ce qui est du plateau de cinéma… Consternant que la petite boutique de luxe du Septième art français, par nature tellement endogamique, ne soit ici que l’opportunité, pour une brochette alternée de premiers et de seconds couteaux du grand écran hexagonal, de cachetonner dans une pseudo-comédie pathétique et narcissique qui, en somme, ne fait rire que d’elle.     


Le Medium. Film d’Emmanuel Laskar. Avec Louise Bourgoin, Maud Wyler, Noémie Lvosky. France, couleur, 2023. Durée : 1h20.

En salles le 10 juillet.

La gauche est-elle propriétaire de la culture?

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Ariane Mnouchkine, fondatrice du Théâtre du Soleil, à une manifestation contre la reforme des retraites, le 16 février 2023, Paris © MASTAR/SIPA

La gauche considère le monde de la culture comme sa chasse-gardée, et craint une « contre-révolution culturelle » si le RN accède aux responsabilités dimanche


Quel que soit le résultat des élections législatives le 7 juillet, les enjeux et les problématiques abordés durant la campagne auront eu de l’importance. Même si, pour la plupart des médias, l’essentiel – en tout cas avant le premier tour – a été de démontrer la nocivité du Rassemblement national (RN). Aussi, quand une analyse suscite réflexion et stimulante controverse, il n’est pas inutile de lui attacher du prix.

Patrimoine contre création

C’est ce que je souhaite faire avec la première partie de « Avec le RN, vers une contre-révolution culturelle » publiée dans Le Monde par Roxana Azimi et Michel Guerrin. Les chroniques de celui-ci sur la culture m’ont toujours intéressé par leur liberté et leur relative neutralité dans un quotidien hostile à la droite et vent debout contre l’extrême droite. L’impression qui se dégage d’abord est la volonté de faire apparaître toute dissidence, différence, nuance par rapport à la conception culturelle dominante – très largement inspirée par la gauche, les créateurs et les artistes étant majoritairement imprégnés de cette vision – comme une contre-révolution. On pourrait seulement les percevoir comme la diversification et l’enrichissement d’une palette estimable, souvent acceptable mais à vivifier, à renouveler.

A lire aussi, Didier Desrimais: Petit tour d’horizon des inquiétudes du «monde de la Culture»

Ainsi le RN, s’il était au pouvoir, « provoquerait une rupture en favorisant notamment le patrimoine au détriment de la création ». Il me semble que ce ne serait pas une absurdité que de maintenir ou de restaurer d’abord l’existant. La création, si elle était moins privilégiée, probablement devrait être plus exigeante dans les richesses qu’elle offre. N’importe qui ne pourrait pas se dire artiste et donc bénéficier d’emblée de subventions qu’il ne serait pas honteux de refuser à des élucubrations ou à des concepts fumeux. Considérer que l’honneur d’être qualifié d’artiste ne pourrait résulter que de promesses certaines ou d’expériences appréciées sur la durée ne relèverait pas d’une offense à la culture. Mais au contraire d’une discrimination ne rendant plus une certaine culture ridicule à force d’une validation systématique de tout ce qui se prétend digne d’intérêt. Il ne s’agirait en aucun cas d’interdire les incongruités ou les provocations, mais de les priver d’un label officiel qui vise à les légitimer quand leur réalité est plus que médiocre…

A lire aussi, Henri Beaumont: La friche bouge

On perçoit, ensuite, l’ambiguïté du procès qui est intenté à une conception conservatrice de l’art. Comme si cette vision était dangereuse par principe alors qu’elle ne représenterait aujourd’hui qu’une bienfaisante complémentarité à la domination d’un progressisme artistique qui n’a plus, dans son dessein, la volonté de servir l’universel, d’être partagé par une multitude mais au contraire de se dispenser d’un aval multiple pour s’engluer dans le bizarre, l’hermétique, l’obscur ou, pire parfois, le sordide. On reproche par ailleurs à la droite un populisme qui la conduirait à mépriser la culture authentique parce que celle-ci serait l’apanage de la gauche, d’élites mondialisées, privilégiées et déconnectées du réel. Cette critique est une caricature qu’on pourrait aisément retourner : ce sont les élites qui globalement, peu ou prou, ont façonné, élaboré, une culture pour elles, qui leur ressemble, avec pour principale caractéristique l’envie d’en éloigner le peuple. Avec son goût vulgaire et sa curiosité élémentaire, il est évidemment incapable d’aller vers les trésors culturels qui, dans tous les arts, imposent d’avoir des dilections raffinées…

Touche pas à ma culture !

Dans l’ensemble de l’analyse que j’évoque, court en effet, en filigrane, ce refrain condescendant que la gauche est propriétaire de la culture, que le simple fait, pour l’extrême droite, de venir s’en mêler serait une usurpation et qu’il s’agit d’activités trop nobles et élevées pour être confiées à ces « ploucs ». À suivre à la lettre cette pente, on a le droit, voire le devoir, de se demander alors si la droite et, peut-être, son extrême droite ne devraient pas chercher à créer un art pour le peuple, une culture accessible à tous, dans le genre qu’affectionnait Jean Vilar – un élitisme populaire -, évidemment aux antipodes de quelque endoctrinement que ce soit. N’est-ce pas ce que laisse entendre Ariane Mnouchkine, référence pour tous les passionnés de culture et dont la pensée à « la carte » :
« Je nous pense, en partie, responsables, nous, gens de gauche, nous, gens de culture. On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient. Ce n’était qu’un sentiment trompeur, leur disait-on. Puis, comme ils insistaient, on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles puis, comme ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds » (Libération).
Ce qu’elle applique à la culture, pour dénoncer un ostracisme, est aussi le ressort fondamental qui, fait de condescendance et de mépris, a créé la politique d’aujourd’hui. La gauche se dit propriétaire de la culture. Il faut la lui contester.

Le Mur des cons

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La France en miettes (Documents)

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LA PAROLE, RIEN QU'ELLE

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La droite va-t-elle continuer d’affluer vers Bardella durant l’entre-deux-tours?

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Éric Ciotti et Jordan Bardella, audition du Medef avant les élections législatives, le 20 juin 2024, Paris © J.E.E/SIPA

Deux chemins s’offrent à la France. D’un côté l’alliance du pire, de l’autre l’union nationale vantée par Jordan Bardella et Marine Le Pen. Pour beaucoup de citoyens de droite, la victoire de cette union nationale dimanche est la dernière chance de sauver la France qu’ils aiment.


Confirmation: Emmanuel Macron ne comprend rien à la France qu’il préside. Il ne la voit pas dans ses profondeurs provinciales qu’il méprise. En décidant, l’orgueil blessé, de dissoudre l’Assemblée le 9 juin, il était persuadé de retrouver une majorité absolue pour son camp. C’est évidemment une défaite personnelle qu’il a dû encaisser hier soir, à l’issue du premier tour des législatives, avec un Bloc national à 33,15 %, un Nouveau Front populaire à 27,99 % et une coalition macroniste à 20,83 %.

Le loubard du Touquet

Dimanche après-midi, c’est pourtant un Macron déguisé en rocker (blouson, jean, casquette à visière, lunette noire) qui fanfaronnait au bras de son épouse dans les rues du Touquet. De cette image trop travaillée, sans doute faut-il retenir néanmoins son côté voyou frimeur qui-arrive-en-ville. Chez ce narcisse au bord de la noyade, les coups les plus vils sont à attendre pour sauver sa peau. Dès hier soir, les remugles de compromissions avec l’extrême gauche empestaient l’Élysée. Au prétexte de constituer « le plus large rassemblement » face au RN, le chef de l’État n’exclut pas des rapprochements notamment avec La France insoumise, en dépit des flatteries communautaristes et antisémites du mouvement mélenchoniste (voir mon article précédent).

A lire aussi, Isabelle Larmat: Des castors et des hommes

Seize minutes après le verdict des urnes, Jean-Luc Mélenchon s’est d’ailleurs auto-promu chef de file de cette alternance en prenant la parole, flanqué de Rima Hassan, keffieh palestinien sur les épaules. Hassan alimente une propagande anti-juive, appréciée dans les cités, qui va jusqu’à prétendre qu’Israël dresse des chiens à violer des Palestiniens dans les centres de rétention.
Hier soir, cette gauche, fréquentable pour Macron et Gabriel Attal, était Place de la République, sous des drapeaux maghrébins et palestiniens.

Une droite sur plusieurs fronts

La droite anti-Ciotti, qui récolte 10,23 % des suffrages, laissera-t-elle se dérouler ce scénario d’une magouille électorale entre Mélenchon et Macron, qui partagent tous deux la même vision « progressiste » d’une société ouverte et postnationale ? Dès hier soir, Éric Ciotti a invité les Républicains récalcitrants à rejoindre l’union des droites, afin d’assurer d’une solide majorité absolue au Parlement pour sauver la France française. Quelques leaders comme François-Xavier Bellamy ou David Lisnard ont d’ores et déjà assuré qu’ils voteraient FN en cas de duel avec le NFP.

A lire aussi, Aurélien Marq: Des élections post-démocratiques?

Demeure pourtant le risque, chez une partie de cette droite honteuse, de voir certaines personnalités, corruptibles électoralement, rejoindre un « front républicain » destiné à entraver une fois de plus l’expression de la colère des Oubliés. Faut-il, à ces prétendus gaullistes, leur rappeler où ils mettraient les pieds ? Dans un tweet posté à 20h22, la journaliste militante d’Arrêt sur images, Nassira El Moadden, a écrit pour sa part : « Douze millions de votants pour l’extrême droite. Je confirme : pays de racistes dégénérés ». Un choix de société, existentiel, est à faire le 7 juillet. Il dépend des LR qui hésitent encore à faire preuve de courage en soutenant le RN et ses premiers alliés. L’histoire les regarde.

La Guerre Civile Qui Vient

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Les Traîtres

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Un Tour de France de «premières fois»

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Le Français Kévin Vauquelin, vainqueur de la deuxième étape du Tour de France 2024, Bologne (Italie), 30 juin © Etienne Garnier/AP/SIPA

Deux Français se sont imposés lors des deux premières étapes.


Du jamais vu depuis 1968. Pour la première fois, deux coureurs français ont remporté les deux premières étapes du Tour de France qui a débuté samedi en Italie : un vétéran de 33 ans, Romain Bardet, dont c’est la 11ème et dernière participation, qui s’est imposé dans la première (Florence-Rimini) à l’issue d’un exploit époustouflant et intrépide, et un néophyte de 23 ans, Kévin Vauquelin, dont lui, au contraire, c’est la toute première participation, et qui a franchi en solitaire le premier la ligne d’arrivée dans la deuxième (Cesenatico-Bologne), faisant déjà preuve d’une grande maturité et d’un flair aigu de la course.

En 1968, deux semaines à peine après la fin la plus longue grève générale de l’histoire de France, c’est un seul et même coureur, Charly Grosskost, un Alsacien de 24 ans, décédé en 2004, qui remporta les deux premières étapes, le 27 juin le prologue à Vittel, et le lendemain l’épreuve en ligne à Esch-sur Alzette (Luxembourg), ce qui lui valu de porter le maillot jaune pendant deux jours.

Regard empreint d’une vague mélancolie, avare en sourires, physique d’ascète, 1,84m de taille pour 65kg, Romain Bardet, l’Auvergnat de l’équipe néerlandaise DSM-Firmenich-Post-NL, n’a pas seulement levé samedi le bras de la victoire mais, pour la première fois de sa carrière, a enfilé le maillot jaune. Jusqu’alors, il avait dû se contenter de places d’honneur au général, notamment 2ème en 2016, 3ème l’année suivante, puis maillot à pois du meilleur grimpeur en 2019. Certes victime de la première passe d’armes entre les deux grands favoris, le flamboyant, le Slovène Tadej Pogačar qui ambitionne de réaliser le doublé Giro (Tour d’Italie) et Tour, et le modeste, vainqueur de deux dernières éditions, le Danois Jonas Vingegaard, il en a été dépossédé le lendemain. Depuis sa création en 1919, seulement deux autres coureurs n’ont été vêtus de jaune qu’un jour, Tony Gallopin en 2014, et Richard Virenque en 1992 et 2003, ce qui n’en demeure pas moins un insigne honneur…

Autre sans précédent dans ce Tour : les quatre premiers du général sont tous dans le même temps. Pour les départager, on a recouru au cumul des places qu’ils ont obtenues lors de ces deux jours. Relégué à la 5ème place, Bardet n’est ainsi qu’à six petites secondes du nouveau maillot jaune de Pogačar. 

Quant à Kevin Vauquelin, barbichette et regard déterminé, pour s’imposer en solitaire, il a décroché dans la dernière montée de la côte à la pente par endroits de 20%, menant au monastère de San Luca sur les hauteurs de Bologne, classé patrimoine de l’humanité, ses deux derniers compagnons de l’échappée matinale, en accélérant progressivement son rythme. Taille 1,76 m pour 69kg, il n’a pas spécialement le physique d’un grimpeur. Pour expliquer sa réussite, il s’est borné à dire : « J’ai su être le plus malin ». De mémoire de chroniqueur, jamais un coureur n’a franchi la ligne d’arrivée en premier dès le deuxième jour de sa première participation au Tour. Pour cela, il ne suffit pas d’être malin. Il faut des qualités physiques propres à un champion.

Le cyclisme est un sport pour grands stratèges…

Cette 111ème édition de la Grande boucle s’impose comme celle des « premières fois ». C’est en effet la première fois en ses 121 ans d’existence (il n’a pas été couru durant les deux Guerres mondiales ; après la Seconde, il n’a été relancé qu’en 1947), que le Tour prend son départ d’Italie, plus exactement de Florence, tout un symbole. La capitale de la Toscane a été la ville du froid Nicolas Machiavel[1] et de l’illuminé fou de Dieu Jérôme Savonarole[2], la ville qui a enfanté, grâce ou à cause d’eux, au XVème siècle la politique moderne, à savoir l’art de la conquête du pouvoir par la ruse, le calcul, l’audace, la roublardise, l’intrigue, en somme tout ce qui fait l’essence du cyclisme. Dès lors, ce singulier sport devrait être obligatoire à Sciences po et à Saint-Cyr de Coëtquidan !

On gagne une course de trois semaines davantage avec sa tête qu’avec ses jambes. Il faut, en effet, à la fois être malin, tacticien, stratège et ambitieux, à l’instar de ces quelques grands politiciens que l’on qualifie de « florentins », dont le prototype français a été certainement François Mitterrand. Et tout directeur sportif d’une équipe cycliste devrait avoir comme livre de chevet Le Prince de Machiavel.

Pourquoi le Tour a boudé l’Italie si longtemps alors qu’il s’est élancé 26 fois de l’étranger ? Le premier départ hors de l’Hexagone remonte à 1954. Il fut donné à Amsterdam. Depuis, les Pays Bas l’ont accueilli six fois, devançant la Belgique, cinq fois, l’Allemagne quatre fois, Espagne, Luxembourg, Angleterre deux fois, Irlande, Danemark et Monaco (mais la principauté, est-ce vraiment l’étranger ?) une fois. Un temps, à l’époque de la mondialisation triomphante, il fut même envisagé de le faire commencer à New York.

Alors pourquoi jamais de l’Italie ? Parce que l’Italie et la France possèdent les deux uniques et plus prestigieux Grands Tours nationaux… Ces deux puissances cyclistes, mues par une sourde rivalité, se sont gardées d’aller rouler sur les plates-bandes de l’autre, de manière à préserver une « coexistence pacifique ». La Vuelta (le Tour d’Espagne), réellement créée qu’en 1954 dans un pays encore meurtri par une cruelle guerre civile, a longtemps fait figure de parent pauvre et, donc, en conséquence ne pouvait contester leur hégémonie cyclopédique.

Autre première fois, anecdotiquement cocasse, et très certainement ultime, lors de cette inaugurale étape outre-alpine, le Tour s’est offert une courte incursion, dans le second plus petit Etat d’Europe et le cinquième du monde, la République de San Marin, qui est aussi le plus ancien du Vieux continent et très certainement de la planète.

Mais, surtout, pour la première fois aussi de son histoire, le Tour ne se terminera pas à Paris. Cette 111ème édition s’achèvera le 21 juillet à Nice, sur un contre-la-montre de 33,7 km au départ de Monaco. S’il déroge à cette tradition séculaire, c’est bien évidemment en raison des J.O. qui se tiendront dans la capitale française de 26 juillet au 11 août.

C’est peut-être lors de cette ultime étape que se jouera la victoire finale, comme en 1989, quand un jeune Américain encore néophyte, Greg LeMond, inconnu du grand public, l’emporta de 8 secondes (la plus faible avance jamais enregistrée), sur le déjà chevronné double vainqueur, Laurent Fignon, l’intellectuel du peloton, qui se voyait déjà en possession d’un troisième titre à l’instar d’un Louison Bobet, le premier à remporter trois Grandes boucles de suite.

Un sport conservateur ?

Bien que réputé très conservateur, voire réac, le petit monde du vélo prouve que, si besoin est, il n’hésite pas à innover, à s’adapter à l’air du temps tout en restant fidèle à lui-même. Depuis sa création en 1903, le Tour n’a cessé de collectionner les « premières fois » en tous genres que nous évoquerons avec gourmandise au fil des 21 étapes et tout au long de ses 3498 km.  En quelque sorte, le Tour est un mélange de conservatisme éclairé et de progressisme pondéré.

Ce Tour 2024 en est l’illustration criante. Il n’est pas du tout semblable aux précédents. Au point qu’on peut se demander, au vu de son itinéraire, s’il mérite encore d’être qualifié « de France ».  Celui-ci se cantonne à un grand sud-est avec une brève escapade jusqu’à Troyes et Orléans et une incursion dans le sud-ouest – car un Tour sans au moins les cols du Tourmalet et de Peyresourde est inconcevable.

Certes, il y a déjà belle lurette que le parcours du Tour n’épouse plus le pourtour de l’Hexagone. C’est à partir de 1971, que la dite Grande boucle ne l’a plus été réellement car délaissant le plus souvent le nord et l’ouest pour se concentrer sur les Alpes et les Pyrénées et découvrir le Massif central qu’elle ignorait jusqu’alors, à cause de la réglementation de l’Union Cycliste internationale, qui, dans un souci « d’humanisation », a limité les trois Grands Tours (France, Italie et Espagne) à 3 500 km maxi, 21 étapes et imposé deux jours de repos.

Conséquence de cette triple contrainte, c’est en 2001 que le Tour est mué en un demi-tour de France, une année privilégiant l’Ouest du pays, l’autre l’Est, une fois dans le sens des aiguilles d’une montre, l’autre fois dans le sens contraire. Continuer à visiter les six coins de l’Hexagone aurait impliqué l’organisation de transferts démesurés… autrement dit matériellement impossibles. Le Tour, c’est l’équivalent d’une ville de près de 5000 habitants qui se déplace, avec ses camions, ses podiums, ses voitures se suiveurs, de 200 km en moyenne par jour.

Donc, après son excursion de trois jours de l’autre côté des Alpes, il regagne ce mardi la mère-patrie pour s’attaquer, d’emblée, à la haute-montage avec au menu deux cols de seconde catégorie, et un de première, le Galibier qui culmine à 2642 m, long de 23 km et une pente moyenne de 5,1%. Il sera très certainement le théâtre de la première sérieuse empoignade entre les deux grands favoris, Pogačar qui a survolé le Giro et Vingegaard, qui entend l’emporter pour la troisième fois consécutive malgré une grave chute au Tour du Pays basque dont les éventuelles séquelles peuvent le handicaper, ce qui au vu de ces deux premières étapes ne le semble pas.

Les duels pour la victoire finale entre deux coureurs aux personnalités antinomiques ont parfois fait le jeu d’un troisième larron : pourquoi celui-ci ne serait-il pas Romain Barret, au tempérament de baroudeur doublé d’un excellent grimpeur ? Un avenir de flibustier l’attend, redonnant à cette édition une saveur d’épopée. Les heurs et malheurs qui ponctuent une épreuve de trois semaines font que les vaincus sont parfois les plus forts.

« Le Tour, c’est la fête d’un été (…) de notre pays, d’une passion singulièrement française, a dit Louis Aragon[3] : tant pis pour ceux qui ne savent pas en partager les passions, les folies, les espoirs… »

A voir ces dernières années les foules qui se sont pressées le long des routes danoises, basques espagnoles, et italiennes, pour voir passer le peloton chamarré du Tour, la France semble ne plus avoir le monopole de « cette passion » singulière. Avec ses vins et spiritueux, c’est cette dernière que la France a su le mieux exporter…


[1] Nicolas Miachavel (1469-1527), Le Prince, L’Art de la Guerre, Le Discours sur la première décade de Tite Live.

[2] Savoranole (1452-1498), prédicateur dominicain qui mit Florence en coupe réglée et a fini par être pendu et brûlé.

[3] Louis Aragon (1897-1982), poète et romancier communiste, après avoir été surréaliste, auteur notamment du Paysan de Paris et Les Beaux quartiers.

L’extrême droite, vous dis-je!

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Paris, 1er juillet 2024 © ISA HARSIN/SIPA

Le RN est arrivé hier largement en tête, devant le Nouveau Front populaire et la majorité présidentielle. Dans les médias, on chante déjà la ritournelle agaçante des heures sombres. Et dans la majorité sortante, on est prêt à ouvrir une crise de régime en bricolant une majorité négative pour empêcher le premier parti de France de gouverner.


J’ai regardé la soirée électorale. C’était comme un voyage dans le temps, pour moi.

Choc spatio-temporel

Plus précisément, c’était le spectacle d’un décalage spatio-temporel. Pendant que Jordan Bardella affirmait qu’il respecterait les institutions et serait le Premier ministre de tous, que sur les plateaux télé défilaient des élus RN qui portent cravate à l’Assemblée nationale et ont marché contre l’antisémitisme, en face d’eux, les représentants de la gauche et de la macronie chantaient avec les journalistes la ritournelle des années 80… On a pu voir Clémentine Autain (LFI) parler de Vichy à Julien Odoul (RN), réélu dans l’Yonne, alors que ce dernier n’avait que 2 ans au moment du « point de détail ».
C’est beau comme du Molière ! Et c’est toujours la même histoire. La France souffre d’une grave maladie : l’extrême droite, vous dis-je. Comme le pays est malade, il faut donc un cordon sanitaire pour isoler les électeurs contaminés. Pour le Premier ministre, Gabriel Attal, oublié le refus des extrêmes, il l’affirme désormais : « Pas une voix au RN ».
D’innombrables variations sur le Front républicain ont suivi. Il faut empêcher le pire de se produire. Pour éviter la peste brune, certains macronistes sont même prêts à favoriser des Insoumis présentables. Voyez-vous, contre Hitler, il a bien fallu hier s’allier avec Staline…

Cette rhétorique est-elle efficace ?

Tous ces antifascistes d’opérette devraient méditer la définition de la folie selon Einstein. Croire que les mêmes causes ne produiront pas les mêmes effets…
Les électeurs se moquent avec constance des leçons de morale. Et ces leçons de morale font en réalité monter le vote RN depuis des années. Et si j’ai bien compté, 10 millions de citoyens au moins ont voté RN hier. C’est ce que voulait le président de la République : le peuple a parlé. Mais, comme malgré 15 jours de prêche, il n’a pas dit ce qu’il fallait, il faut promptement le faire taire ! Museler la démocratie pour la sauver: ce sera la ligne des grands médias qui sermonneront l’électeur toute la semaine – ils étaient déjà en mode mobilisation générale ce week-end. Les corps constitués et les artistes marcheront bien sûr en rangs serrés. Le Festival d’Avignon est entré en Résistance, hier soir. De son côté, la presse abuse d’un lyrisme à deux balles. « Faire front » (L’Humanité). « Le bloc après le choc » (Libération)…
Plus grave, hier soir, Aurore Bergé a affirmé que dimanche prochain, soit il y aura une majorité RN, soit pas de majorité pour personne. Les macronistes préfèrent la deuxième solution ! Ils sont prêts à ouvrir une crise de régime en bricolant une majorité négative pour empêcher le premier parti de France de gouverner. On aurait alors une réédition de 2005, quand les élites dominantes ont décidé que le peuple avait mal voté sur la constitution européenne, ne sachant pas ce qui était bon pour lui… Cette nouvelle manœuvre risque de nouveau de nourrir le même sentiment de dépossession démocratique.
Sauf que cette fois, le peuple pourrait déjouer le piège et adresser un grand bras d’honneur aux prêcheurs. Il arrive que le cave se rebiffe. Surtout qu’une fois de plus, les questions qu’il pose avec insistance sont disqualifiées car « nauséabondes ». Bien sûr, les thèmes de l’immigration ou de l’insécurité, il ne faudrait pas en parler, car ce sont des thèmes d’extrême droite. Comme disait Philippe Muray, le réel est reporté à une date ultérieure. Il finira par nous exploser au visage.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio

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Des castors et des hommes

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Jean-Luc Mélenchon prend la parole après les résultats du premier tour des élections législatives anticipées, Paris, 30 juin 2024. La coalition de gauche qu'il domine est arrivée en 2e position © ISA HARSIN/SIPA

Hier soir, peu après 20 heures, le leader du Nouveau Front populaire Jean-Luc Mélenchon a appelé au retrait de tous les candidats de gauche arrivés en 3e position, aux côtés d’une Rima Hassan arborant un provocant keffieh palestinien. Il s’est ensuite rendu place de la République, pour haranguer la foule de ses soutiens qui occupait les lieux.


Dimanche 30 mai, premier tour des législatives, 20 heures, les Français ont voté : plus de 2.6 millions de procurations et une participation à 66.7% traduisent l’implication citoyenne. Le Rassemblement national et ses alliés ont obtenu 33% des suffrages, le Nouveau Front populaire 28%, la majorité présidentielle 20%, les Républicains non ralliés à Eric Ciotti ont réuni 6,7 % des voix.

Pas un vote pour l’esstrême droite !

Voici donc le camp macroniste aux fraises ; c’est un moment unique : Emmanuel Macron, en dissolvant l’Assemblée nationale, a poussé les Français à sortir de leur torpeur. Débarrassés du mol édredon de la résignation, ils désavouent enfin la caste présidentielle, un peu mondialiste et carrément hors-sol. Toutefois, entre ceux qui souhaitent conserver une identité particulière française et les sectateurs de la compromission avec l’islamisme, la créolisation et l’égalitarisme arasant, le combat s’annonce rude. La bataille pour le second tour est déjà engagée et les grandes manœuvres commencent. Les adversaires du RN brandissent des lames émoussées. Les mousquets enrayés sont de sortie. On cite finement Lamennais : « Souvenez-vous des castors. Vous êtes dispersés sur les bords du fleuve : assemblez-vous, entendez-vous, et vous aurez bientôt opposé une digue inébranlable à ses eaux rapides et profondes ». Le sempiternel mot d’ordre est lancé : tout sauf l’esstrême droite. Sus à ceux qui menacent les valeurs de la République ! Tous les coups sont permis, toutes les alliances sordides encouragées.

Côté Nouveau Front populaire, les choses vont bon train. Jean-Luc Mélenchon flanqué de son égérie Lady Gaza (Rima Hassan) qui arborait un keffieh – on n’en est pas étonné – a aussitôt exhorté « toustes » à castoriser en vue d’un monde assurément meilleur. Le plastronnant gaillard, en Delmar de L’Éducation sentimentale, a, comme à son habitude, « empoigné » une parole qui n’en demandait pas tant, fait vrombir le verbe. Son préambule posé : « Après sept ans de maltraitance sociale, sept ans d’indifférence écologique sous l’autorité erratique du président et celle méprisante de la République, le pays a été mis tout soudain au défi d’une dissolution précipitée (…) » Le bateleur a alors pris le temps de saluer le Nouveau Front populaire, aussi vite monté et installé dans le paysage politique qu’une tente Quechua ou un hôpital de (mauvaise) fortune : « formé il y a trois semaines et en à peine vingt-quatre heure », avec « des candidatures communes dès le premier tour » et « un programme partagé ». Le tribun en a ensuite appelé à la mobilisation afin d’éviter au pays, confronté au RN, d’aggraver les « pires de ses divisions ». À savoir, « celles des inégalités sociales, celles des différences de religion, de couleurs de peau, d’origines sociales ou géographiques ». Face aux sept plaies d’Égypte, pas d’alternative, seule une solution s’impose au deuxième tour : « Pas une voix, pas un siège pour le RN. »

Les dernières audaces de Mélenchon

« Il s’agit de voter pour un autre futur respectueux de toute personne humaine et du vivant dans son ensemble. » La consigne est claire, simple : « Toute votre énergie pour que le NFP permette de réaliser l’union populaire, celle de la France elle-même. », « Prendre position », « s’engager », « convaincre autour de soi ». « Il y va de la France, il y va de la République, il y va de l’idée que nous nous faisons de la vie en commun » poursuit le drôle, balançant l’anaphore sur son auditoire comme autant de pavés sur les barricades. Avec le NFP, « une nouvelle France peut surgir, faite d’unité, de respect pour chacun et pour le vivant, partout, tout le temps » assure sans sourciller le tartuffe qui n’a de cesse de diviser la population et d’alimenter l’antisémitisme à des fins électoralistes.

L’allocution s’est poursuivie par une célébration de la fraternité et de l’unité qui s’est tenue Place de la République, à Paris.

Des  sympathisants du NFP y ont joyeusement scandé, au nom de la fraternité et du respect, on n’en doute pas une seconde : « Israël casse-toi, la Palestine n’est pas à toi » et autre « Tout le monde déteste la police. » À Lyon, les mêmes thuriféraires du vivre-ensemble ont ravagé le centre-ville, dressé des barricades et tiré des mortiers.

Indubitablement, la démocratie est en marche.