Qui a déclaré, en 1989, à propos de l’immigration : « On doit se méfier du discours sur l’identité nationale, même s’il faut avoir le courage de dire que le seuil de tolérance est une réalité. (…) Une fois que vous vous lancez dans le discours sur l’identité, il n y a pas de raison de s’arrêter dans le rejet. Vous commencez par les arabes, puis vous passez aux juifs. Regardez Le Pen. Il me semblerait donc plus juste que nous parlions d’idéal national. » Avant de poursuivre, prudemment : « Il faut aussi renoncer aux fantaisies quasi-idéologiques style vote des étrangers, qui sont autant de provocations… » Posons le décor : Mitterrand est à l’Elysée, Rocard est à Matignon. Jacques Chirac, dans l’opposition, tente d’exploiter la notion d’identité nationale, utilisée par le FN et qui rencontre un franc succès populaire… Alors, qui a protesté à l’époque ? Un certain Philippe Séguin.
Maggie, I love you

Il y a vingt ans, une génération de jeunes Français très vaguement politisés par la lecture de Charlie Hebdo apprenait à détester Margaret Thatcher avec une chanson de Renaud. Les mêmes qui auront entendu les infos à la télé le 31 décembre seront rassurés d’apprendre que l’histoire leur donne raison et qu’en politique, la mode remplace la connaissance pour vous placer dans le bon camp.
Les archives qui viennent d’être ouvertes nous apprennent donc que la Dame de fer était avare mais vous le savez déjà si vous avez lu Jérôme Leroy, féroce et raciste.
Non seulement madame a eu le culot de répondre « chiche ! » aux terroristes emprisonnés qui avaient choisi de mourir de faim pour dénoncer sa politique, ce qui n’était pas très gentil, mais elle annotait les copies de ses ministres avec une sévérité rare (qui vaudrait aujourd’hui à n’importe quel professeur de France une protestation musclée) : « Très mauvais texte » ou « total manque de consistance » ou encore « trop faible » ou plus simplement « non » souligné rageusement plusieurs fois. Pour « rageusement » c’est la presse britannique qui souligne.
Quel mauvais caractère ! Pas de chance pour Maggie, elle n’était que femme politique et n’avait que la tâche de remettre un pays entier sur la voie salvatrice du libéralisme économique. Pas de quoi s’énerver. Si elle avait été cinéaste avec pour seule ambition celle de projeter son égo sur écran géant, toutes les chochottes susceptibles avec qui il faut prendre des gants y auraient sans doute vu l’exigence qui est le signe des grands génies.
Mais cet autoritarisme n’était pas le moindre de ses défauts, Maggie était aussi raciste. Face à l’exode des boat-people fuyant le Vietnam, elle propose de limiter le nombre des réfugiés accueillis sur le sol britannique et avoue avoir « beaucoup moins de réticences vis-à-vis des Rhodésiens (nom des Zimbabwéens avant qu’ils soient libres et affamés), Polonais ou Hongrois, qui peuvent bien mieux s’intégrer à la société britannique ».
Quand on connait l’actualité de l’Angleterre et les problèmes que pose une immigration qui, pour une part, ne s’intègre pas parce qu’elle n’entend pas s’intégrer, on a envie de barrer rageusement les copies des journalistes qui osent intenter à Maggie un procès en racisme.
Le Premier ministre en remettait une couche en déclarant à ses collaborateurs : « On ne peut accorder des logements sociaux à des immigrants alors qu’on les refuse à des citoyens blancs. Il y aurait des révoltes si le gouvernement le faisait. » Depuis, le gouvernement a fait bien plus en faveur de ses citoyens issus de l’immigration mais heureusement, le légendaire flegme, la bonne éducation du peuple Anglais – et peut-être cette fameuse culture des Droits de l’Homme – ont jusqu’à aujourd’hui empêché ces révoltes redoutées. La civilisation anglaise, ça veut encore dire quelque chose.
Margaret Thatcher est aujourd’hui Alzheimer. Devant tant d’ingratitude, c’est tout ce que je lui souhaite !
Dernière Gitane pour la route

La voiture s’était arrêtée sur le bord de la nationale. Dans le matin brumeux de la campagne des Vosges, il avait fouillé ses poches et, comme il n’y avait rien trouvé d’autre qu’un briquet et un paquet de Gitanes vide, il m’en avait demandé une.
– Une blonde ? C’est pas des cigarettes d’homme, ça !…
Il en avait arraché le filtre, puis l’avait allumée dans une moue de dégoût. Chacun a sa manière d’allumer un clope ; il avait la sienne propre. Il joignait ses deux mains, les resserrait autour de sa bouche, moins pour protéger la flamme du vent que pour s’abstenir, un instant, du monde. Ce n’est pas la nicotine – et la mort qu’elle porte en elle – que le fumeur recherche dans la cigarette, mais une fuite, un retrait, un retour sur soi.
C’est drôle les souvenirs qui vous viennent en tête quand un ami s’en va. On voudrait se remémorer les moments héroïques, les pages de gloire, les illustres combats. Il y en eut. On voudrait nécrologiser comme pas un, sortir ses plus beaux mots, ceux qui vous tirent les larmes, vous nettoient en cinq-sec le pavé de la rue Soufflot et ouvrent en grand les portes du Panthéon. Mais on ne le peut pas. La vie s’accroche comme elle peut à la vie. Et l’on retient, vaille que vaille, les masques de l’éphémère, ceux que le prochain printemps aura emportés et qui sont, pour l’heure, plus précieux que tout. Des scènes banales de la vie quotidienne, une voix, un rire, une tape sur l’épaule. Notre mémoire est faillible, tout cela aura vite disparu.
Ce que la postérité retiendra de Philippe Séguin, c’est qu’il fut, dans l’histoire de la République, l’un des derniers hommes d’Etat à placer la France au-dessus de tout : au-dessus des partis, des ambitions personnelles, des clans et de l’actualité immédiate.
Ce que l’on retiendra de lui, c’est qu’il croyait tellement en la République qu’il s’était fixé pour exigence d’élever le débat public au-dessus de son niveau moyen. On se souviendra de ses discours, sur le « Munich social », sur l’exception d’irrecevabilité, ou celui encore qu’il prononça à la mort de Pierre Bérégovoy.
On se souviendra qu’il tenta, sa vie durant, de réconcilier les inconciliables : la vision sociale d’un Guy Mollet et la vision nationale d’un de Gaulle. « Le RPF, c’est le métro aux heures de pointe », avait dit Malraux. Avec Séguin, le RPR, c’était le CNR à tous les étages ! Nous fûmes toute une génération à y avoir cru, à cette « autre politique » qu’il avait voulu incarner, sans toutefois s’en donner les moyens.
Dire aujourd’hui que je dois tout à Philippe Séguin serait loin de la vérité. Il n’y a rien, sur l’histoire, le monde, la politique, que je ne tienne de lui, rien de ce que je sais qu’il ne m’ait enseigné ni incité à apprendre. Ce furent vingt ans de compagnonnage, faits parfois de ruptures et de longs silences, comme le jour où je m’avisai de confier à l’ami Askolovitch que je « redeviendrais séguiniste quand Philippe Séguin le serait redevenu lui aussi ». C’était après l’élection présidentielle de 1995, quand Jacques Chirac avait choisi de conduire une politique diamétralement opposée au discours qui l’avait fait élire. Longtemps Séguin m’en avait voulu. Puis on s’était réconcilié. C’est que vingt ans d’amitié viennent à bout de tout. Aujourd’hui, j’ai perdu mes vingt ans.
Sur une route des Vosges, un homme marche seul sur le bas-côté. Il s’arrête, jette un oeil et devine, au loin, dans la brume pesante, les collines de Barrès et la ligne bleue de Jules Ferry. « La voilà donc ma France. » Il fouille ses poches, en extirpe une Gitane sans filtre et tire une bouffée. La dernière pour la route.
François Miclo a été secrétaire général des « Amis de Philippe Séguin » dès 1990, puis vice-président national du Rassemblement pour une Autre Politique, mouvement des jeunes séguinistes fondé en 1994.
2010, Odyssée des résolutions (6)
Une belle résolution pour 2010 : ne jamais perdre espoir.
Bourdivine surprise !

La « triangulation », cette technique de prise et d’exercice du pouvoir dont Nicolas Sarkozy fait un usage immodéré pour semer le trouble chez l’adversaire s’est à nouveau invitée dans le débat public entre le vaccin en solde et l’identité nationale en promotion. Elle consiste à s’emparer des thèmes et des symboles qui font partie du patrimoine politique et culturel de la gauche, Guy Môquet, par exemple.
Acculé dans le coin droit du ring par des opposants qui l’accusent d’envoyer Eric Besson draguer dans l’égout lepéniste, Sarkozy, aidé de Luc Châtel et Valérie Pécresse, opère un changement de pied audacieux pour se poser en champion de la mobilité sociale.
Ce fameux ascenseur républicain qui doit propulser les filles et filles de prolos vers les hautes sphères est en panne ? Je m’en vais te le réparer vite fait en lançant dans l’arène publique un slogan bien troussé qui va semer la joie dans les HLM et la panique dans les lofts : 30 % de boursiers dans les Grandes écoles !
Les patrons de ces prestigieux établissements font alors valoir qu’ils ne sont pas, certes, opposés par principe à l’admission dans leurs établissements d’étudiants issus des milieux défavorisés, mais qu’il craignent une dévaluation des diplômes si les concours d’entrée sont « aménagés » pour leur faire de la place.
Le piège est parfait. On fait alors donner la garde, en l’espèce le duo de gauchistes patentés formé par Alain Minc et François Pinault pour mener la charge sabre au clair, dans une tribune du Monde contre les « réactionnaires » qui sont chargés de la formation des élites de la nation. L’autodidacte enrichi dans la vente de planches et la spéculation sur le sucre et le major de l’X et de l’ENA, cela a un parfum pré-révolutionnaire, ou alors je n’ai rien compris. On subodore une nuit du 4 août en plein hiver, avec quelques nobles s’alliant au Tiers-Etat pour terrasser les privilèges d’une aristocratie qui s’est insidieusement reconstituée au fil des dans les failles de l’élitisme républicain modèle IIIe République. Après un cours accéléré de sociologie bourdivine, les ministres compétents, Luc Châtel et Valérie Pécresse, menacent d’aller regarder les dessous des concours d’entrée pour y débusquer les chausse-trapes culturels destinés à éliminer les pauvres de Normale Sup, Polytechnique ou HEC.
Voilà comment l’on crée une polémique à la française, c’est-à-dire pesamment idéologique, et dénuée du moindre souci d’aborder le problème avec le minimum de pragmatisme permettant de résoudre le problème suivant :
Le système de reproduction de nos élites, qui favorise indubitablement les enfants issus de milieux économiquement favorisés et ceux des enseignants familiers des arcanes du système n’a pas produit, jusqu’à présent, une dégénérescence de ces dites élites, qui supportent fort bien la comparaison internationale. On vient même de l’étranger pour nous piquer quelques brillants sujets et leur offrir ceinture dorée et labos bien dotés.
Cependant, l’exclusion d’une partie de la population de ces enseignements d’excellence est un facteur de désintégration sociale qui s’ajoute au creusement des inégalités dans les revenus, l’habitat, les modes de consommation.
Comment faire en sorte que le remède administré pour corriger ce dernier inconvénient ne soit pas dommageable à la qualité des formations d’excellence ?
Les Etats-Unis ont créé une classe moyenne et moyenne supérieure noire en appliquant la discrimination positive au détriment de l’égalité formelle de tous devant l’accès au savoir. Ils ont choisi, pour un temps au moins, cette solution pour mettre fin à une situation de révolte violente des ghettos noirs à la fin des années 1960. C’était une décision politique, dont les résultats ont été relativement satisfaisants. Il existe toujours des ghettos noirs d’une pauvreté accablante, mais les leaders potentiels de la révolte en ont été extraits par le haut.
Cette politique est-elle nécessaire chez nous et surtout adaptée à la problématique des ghettos périurbains de la France d’aujourd’hui ?
Elle heurte de front cet élitisme républicain qui rejette toute distinction communautariste au non de la citoyenneté universelle. Il faut donc trouver autre chose et surtout quelque chose qui marche.
Cette idée de 30 % de boursiers dans les Grandes écoles ne restera qu’un slogan creux si on ne va pas voir de plus près ce qui empêche ces derniers d’y entrer. La théorie de la reproduction, développée par Bourdieu et ses disciples n’est pas intrinsèquement perverse, à condition de la compléter par un corollaire : les classes populaires ont aussi un penchant à souhaiter que leur progéniture ne s’éloigne pas trop du milieu dont ils sont issus. Des mentions TB au bac désespèrent leurs profs de terminale en allant se planquer dans un IUT au lieu d’intégrer une prépa de choc. Ma voisine, en dépit de mes encouragements, a préféré faire l’école d’infirmières alors que ses résultats brillants lui ouvraient une perspective de boursière en médecine. On veut bien grimper d’un étage, mais on craint de monter trop haut, donc de changer de monde. Si l’on commençait par inciter tous les bons élèves pas riches à risquer le possible, on aurait déjà fait un bon bout de chemin dans le sens souhaité par nos estimés dirigeants. C’est moins vendeur, en terme de com’ que 30 %, etc., et surtout cela ne permettrait pas à Minc et Pinault de faire les marioles. Impossible donc.
Le « No Sarkozy Day », c’est en mai 2012
Le No Sarkozy Day est une initiative sincère et spontanée. Nous respectons la démarche et l’engagement qui ont amené les organisateurs à entreprendre cette action. Mais, nous blogueurs, nous ne pouvons nous y associer.
En premier lieu, Nicolas Sarkozy a été élu. Certes la France de Nicolas Sarkozy n’est pas une république irréprochable mais nous sommes attachés au principe démocratique. En tant que Président de la République, il bénéficie de la légitimité des urnes. Réclamer sa démission, c’est ouvrir une boîte de Pandore. Nous ne souhaitons pas jouer aux apprentis sorciers. Au contraire, Nicolas Sarkozy doit rester 5 ans au pouvoir, assumer ses erreurs jusqu’au bout. Le No Sarkozy Day doit avoir lieu le 7 mai 2012 et pas avant.
Ensuite, nous estimons que l’initiative est biaisée dès le départ. Le problème du No Sarkozy Day, c’est que le nom de Sarkozy soit l’unique vecteur de mobilisation. L’antisarkozysme primaire ne fera pas évoluer les mentalités, elle les confortera. Plutôt que de se focaliser sur l’homme, nous préférons nous concentrer sur le bilan désastreux de son action politique. Nous voulons bâtir une véritable alternative politique au sarkozysme qui soit à la fois construite et argumentée.
Nous pensons que cette opération se révélera contre-productive. Nous ne souhaitons pas être associés à cette initiative lancée sans concertation et qui relève plus du buzz marketing que de l’action politique. Le risque d’une instrumentalisation et d’une récupération politique d’un futur fiasco existe…
Texte paru sur Antidote.
Les 26 premiers blogs signataires : Laure Leforestier,Le Monolecte, Bah by CC, Le Volontaire, Partageons mon avis, Les jours et l’ennui de Seb Musset, Peuples, Intox2007.info, Falcon Hill, Disparitus, Sarkofrance, Back2basics, Neuromancien, Edelihan, l’hérétique, Marc Vasseur,Yann Savidan, Le Pavé, Hypos, H16, De tout et de rien, Des pas perdus, Piratages(s), Reversus, Romain Blachier, Antidote.
2010, Odyssée des résolutions (5)
D’accord, il y a les contrôles renforcés aux aéroports, les scanners personnels et toutes ces mesures de sécurité qui vous rendent New York, la plus européenne des villes américaines, plus lointaine. Raison de plus pour prendre la résolution d’y aller en 2010, car, là-bas, même les murs ont la parole.
Vacances, j’oublie tout !

Oui, on le sait, c’est facile de taper sur Cécile Duflot et ses vacances aux Maldives. Surtout dans Causeur. Mais c’est pas pour autant qu’on va s’en priver. Après tout, vu que la dame en question nous tape sur les nerfs depuis des mois avec son humilité en bandoulière, ses couches-culottes lavables et ses admonestations ad nauseam, nous pouvons nous estimer, façon Inspecteur Harry, en état de légitime défense permanente. Quand faut flinguer, faut flinguer !
Donc avec son escapade conjugale aux Maldives à Noël, Cécile s’en est pris plein les dents. On devrait logiquement la défendre. Au nom du droit à la vie privée, à l’amour ou aux bains de mer. Qui sont des droits de l’homme, certes mineurs, mais hautement recommandables. Sauf que non. Et on vous explique pourquoi.
Tout d’abord parce que les Verts sont par excellence le camp du mélange des genres entre sphère publique et privée. Quand, sous l’œil ému des caméras, on se véhicule ostensiblement en vélo, comme Mamère au Palais-Bourbon ou, comme Duflot, en train à Copenhague (dont elle est revenue en avion faut pas exagérer quand même), on ne fait qu’exposer sans trop de décence ses stigmates d’irréprochabilité. Idem quand on met en avant l’apôtre de la transparence absolue qu’est Eva Joly. On nous prouve par l’image qu’on est non seulement plus purs, plus vrais que les autres politiques, mais aussi que la masse des irresponsables qui constituent le corps électoral de ce pays, à l’exception des vertueux 16 % d’Europe-Ecologie.
Les Verts ne cessent de nous répéter qu’ils sont ontologiquement meilleurs que les autres, c’est donc uniquement de leur faute s’ils ont l’air d’être pires quand ils sont tout banalement pareils à leurs collègues. On n’est d’ailleurs pas à l’abri de surprises bien plus déroutantes que ces vacances malvenues le jour ou un juge mal intentionné ira plonger le nez dans les finances subventionnées de certaines associations qui leur sont proches…
Ensuite, il y a la jurisprudence Hortefeux. Certes, faire une boulette de ce type (Auvergnats, Parlement européen, Maldives) n’aurait été qu’un péché véniel dans le monde d’avant. On sourit ou on boude, et puis on oublie. Mais, à notre grand regret, ce monde d’avant est mort (peut-être pas pour toujours, mais c’est une autre histoire). Et ce n’est pas nous qui l’avons tué. En imposant la fusion irréfragable entre politique et communication, les fossoyeurs de droite et de gauche du débat idéologique old school n’ont vu que ce qu’il y avait à gagner. De Nicolas Sarkozy en T-shirt NYPD à Olivier Besancenot déguisé en postier de calendrier en passant par notre chère Cécile vêtue 100 % commerce équitable, tout le monde s’est gavé de « je looke, donc je suis » comme chacun de dinde aux marrons. Grand bien leur fasse, et jusque là, la combine s’est révélée plutôt payante. Mais, de grâce, chéris, faîtes gaffe aux pas de côté ! Je pose avec un reubeu à Seignosse pour faire genre, bravo, 10 points. Mais j’évite de faire le mariole dès que je crois les caméras éteintes, parce que le monde que j’ai souhaité est un monde où les caméras ne sont jamais éteintes. C’est votre règle du jeu, et on ne gagne pas à tous les coups. Sinon, faut changer de boulot. Qui a vécu par la com’ périra par la com’.
Enfin, Cécile Duflot est indéfendable parce que les arguments qu’elle a déployés pour tenter de s’extraire de ce bourbier sont pitoyables. Il fallait l’entendre plaider sa cause chez Elkabbach. Il est bien évident que la seule réponse digne aurait été de demander à son intervieweur si lui-même passait toutes ses vacances dans le Pas-de-Calais et quelle était la couleur de son slip. Mais non, notre dealeuse de moraline est semble-t-il accro à sa propre marchandise. Ce qui donne lieu à des justifications d’abord grotesques (« On ne peut pas y aller en pédalo »), puis carrément hypocrites (« Le réchauffement climatique est une des raisons pour lesquelles je m’intéresse aux Maldives depuis plus de dix ans ») et enfin délirantes quand elle « revendique d’être une femme normale ». T’as raison, Cécile, toutes les femmes normales partent en vacances d’hiver dans les îles de l’hémisphère sud. En été, elles vont skier à Gstaadt et le reste de l’année, elles posent sur la couv’ de Vanity Fair. Et nous, on croyait que les Verts new look de 2009-2010 s’étaient enfin convertis au social…
En vérité, avec cet aller-retour Paris-Malé, Cécile ne vaut pas plus cher que notre Président sur le yacht de Bolloré. Bravo, elle vient d’inventer l’écologie bling-bling. Rigolo, certes, mais pas sûr que ça paye au scrutin de mars prochain. On espère pour nos amis les Verts que d’ici-là, on n’apprendra pas que leur colistier Augustin Legrand a réveillonné au Fouquet’s…
Fait d’Ibère
L’Espagne commence bien sa présidence de l’Union européenne : le site officiel de la présidence espagnole de l’UE (qui coûte, pour six mois, la bagatelle de 6 millions d’euros en maintenance et en sécurité) a été détourné lundi par un hacker. Le plaisantin informatique n’a trouvé rien de mieux à faire que de remplacer la photo du Premier ministre, Jose Luis Zapatero, par celle de Rowan Atkinson, alias Mr Bean. Personnellement, je ne vois aucune ressemblance entre Zapatero et Atkinson, mais, comme dirait l’autre : les Espagnols se ressemblent tous. Contacté par nos soins, le secrétariat de Mme Ségolène Royal n’a pas voulu nous dire si la lettre d’excuse à M. Zapatero qu’elle s’est empressée d’écrire au nom d’Internet avait déjà été affranchie ou si elle était encore à la signature.
Délivrez-nous du mâle !

Je suis allé voir au cinéma un documentaire titré La domination masculine. Curieux, je me suis assis dans le noir pour découvrir des spécimens de mâles dominants comme on va au musée ou au zoo. Autant vous le dire tout de suite, je suis sorti déçu.
Depuis que je regarde les couples autour de moi, j’ai du mal à distinguer quoique ce soit qui ressemble à une domination du masculin et parfois même à distinguer quelque chose qui ressemble à du masculin et depuis que je regarde les gens dans la rue, j’ai vu plus d’hommes promenant des chihuahuas que de femmes portant sur le dos des fagots de bois. Dans nos sociétés modernes, je croyais l’espèce pratiquement disparue.
En apercevant ces derniers temps quelques silhouettes bâchées, j’en ai déduit qu’il restait quelques individus sous nos latitudes mais la question n’est pas abordée dans le film. On ne fait pas du cinéma engagé pour sombrer dans l’islamophobie archéo-réac comme on dit aux Inrocks.
Dans sa traque du machisme, l’auteur nous emmène en France, en Belgique et au Canada en omettant de faire apparaitre des mâles issus de minorités visibles. Que fait la HALDE ?
Il est difficile et donc plus méritoire de trouver une aiguille dans une meule de foin. Est-ce pour cela que le documentariste a cantonné son exploration aux sociétés occidentales modernes et aux mâles blancs ? Je l’ignore mais à la fin du film, après avoir vu ces hommes plutôt civilisés, on se demande bien ce qu’ils dominent.
La première scène nous entraine dans le cabinet d’un chirurgien où un patient explique que pour se sentir plus fort, plus fier et plus homme, il a besoin qu’on augmente la taille de son pénis. On peut penser ce qu’on veut de cette entreprise pitoyable, l’auteur ne tire qu’une conclusion: notre société patriarcale et phallocrate impose ses standards, vénère le phallus et lui prête des pouvoirs magiques.
Il me semble portant que dans un contexte vraiment machiste, les hommes ne passent pas sur le billard pour qu’on allonge leur sexe quand il leur suffit d’allonger une torgnole pour imposer le respect à celle qui aura ri devant l’apparition d’un trop petit oiseau.
Le cinéaste se penche ensuite pour étayer sa thèse sur les comportements qui distinguent les hommes des femmes. Le commentaire ironise dans un magasin de jouets que les filles préfèrent les poupées et les garçons les armes de guerre, on filme des hommes qui salivent au spectacle d’un strip-tease, on recueille les confidences de femmes qui préfèrent que dans l’intimité de leur couple, le masculin l’emporte.
Ces attitudes qui caractérisent l’espèce depuis que nous sommes des singes n’ont, d’après la voix off qui nous apprend la vie, rien de naturel. On nous le répète, ces constructions purement culturelles sont la preuve d’une domination d’un sexe sur l’autre.
Il faut échapper à ces archaïsmes et dépasser ces stéréotypes. Certains ne s’en privent pas. Des femmes guerrières j’en connais ! Par ailleurs, les enfants de familles homoparentales qui pourront désormais choisir pour Noël entre le fer à repasser comme papa et le tractopelle comme papa pourraient bien montrer l’exemple. Encore faut-il que des deux papas, l’un ne porte pas une casquette en cuir et l’autre des talons hauts car tout serait à recommencer.
Après sa visite du monde à l’abri du réel, le film aborde la douloureuse question du retour de bâton, backlash aux USA, ressac au Canada. On entend les témoignages d’hommes canadiens, peut être pas assez latins pour avoir su se défendre, qui râlent de se réveiller après des décennies de vent féministe, dans un monde ou John Wayne a été remplacé par les papas pampers au panthéon des modèles masculins. De là, on fourre dans un vaste sac les femmes battues par leur maris, le discours d’Eric Zemmour et un fait divers meurtrier. Sur un campus canadien, un déséquilibré ouvrit le feu sur quatorze femmes en les accusant d’être des féministes après avoir éloigné et épargné les hommes avant de retourner son arme contre lui.
Ce rapprochement entre ces meurtres et l’auteur de La féminisation insinue qu’un vaste mouvement dont l’un serait la fraction armée et l’autre la branche politique travaille au retour de la domination masculine. Si une réaction masculine pointe son nez, personne ne veut supprimer le droit de vote pour les femmes pour les renvoyer derrière les fourneaux. Les acquis de civilisation qui ont étendu l’égalité et la liberté à tous les sexes font les délices des relations entre hommes et femmes de ce côté-ci de la planète. Ils sont gravés dans le marbre de notre identité nationale, européenne et occidentale et ce ne sont pas les petits mâles blancs « revanchards » qui les remettent en cause.
On peut dénoncer les dérives de la féminisation sans caresser des rêves de domination. Nous ne voulons pas régner sans partage sur nos femelles, nous cherchons simplement à ne pas décevoir les femmes qui préfèrent nous voir jouer les « Jean Gabin » plutôt que les « Jean Cocteau ».
Nous ne progresserons pas en faisant table rase du passé, en vidant nos personnages de toute substance masculine. Ne cessons pas de rouler des mécaniques pour raser les murs ou rouler des fesses, appliquons-nous à jouer les hommes avec toute la subtilité que cela exige pour plaire. Ne renonçons pas aux caractères de notre genre, sublimons-les. Pour être plus aimables, éduquons le macho qui sommeille en nous sans lui retirer ses attributs, donnons-lui de la profondeur, de la distance et de l’humour. Ainsi, nous ne serons pas moins hommes, nous le serons autant que nous le pourrons, c’est ainsi que nous serons aimés et récompensés.
Quand aux féministes mâles qui travaillent à l’avènement d’un monde désolé et désolant, en gommant la plus précieuse des différences tout en gardant sur la burqa un silence prudent et assourdissant, qu’ils fassent des films avec des œillères ou des documentaires de science-fiction, on s’en fout. Pendant qu’ils occupent leurs congés paternels à changer des couches, nous nous occuperons des femmes qui ont du goût pour les hommes.
Quizz « Identité nationale »
Qui a déclaré, en 1989, à propos de l’immigration : « On doit se méfier du discours sur l’identité nationale, même s’il faut avoir le courage de dire que le seuil de tolérance est une réalité. (…) Une fois que vous vous lancez dans le discours sur l’identité, il n y a pas de raison de s’arrêter dans le rejet. Vous commencez par les arabes, puis vous passez aux juifs. Regardez Le Pen. Il me semblerait donc plus juste que nous parlions d’idéal national. » Avant de poursuivre, prudemment : « Il faut aussi renoncer aux fantaisies quasi-idéologiques style vote des étrangers, qui sont autant de provocations… » Posons le décor : Mitterrand est à l’Elysée, Rocard est à Matignon. Jacques Chirac, dans l’opposition, tente d’exploiter la notion d’identité nationale, utilisée par le FN et qui rencontre un franc succès populaire… Alors, qui a protesté à l’époque ? Un certain Philippe Séguin.
Maggie, I love you

Il y a vingt ans, une génération de jeunes Français très vaguement politisés par la lecture de Charlie Hebdo apprenait à détester Margaret Thatcher avec une chanson de Renaud. Les mêmes qui auront entendu les infos à la télé le 31 décembre seront rassurés d’apprendre que l’histoire leur donne raison et qu’en politique, la mode remplace la connaissance pour vous placer dans le bon camp.
Les archives qui viennent d’être ouvertes nous apprennent donc que la Dame de fer était avare mais vous le savez déjà si vous avez lu Jérôme Leroy, féroce et raciste.
Non seulement madame a eu le culot de répondre « chiche ! » aux terroristes emprisonnés qui avaient choisi de mourir de faim pour dénoncer sa politique, ce qui n’était pas très gentil, mais elle annotait les copies de ses ministres avec une sévérité rare (qui vaudrait aujourd’hui à n’importe quel professeur de France une protestation musclée) : « Très mauvais texte » ou « total manque de consistance » ou encore « trop faible » ou plus simplement « non » souligné rageusement plusieurs fois. Pour « rageusement » c’est la presse britannique qui souligne.
Quel mauvais caractère ! Pas de chance pour Maggie, elle n’était que femme politique et n’avait que la tâche de remettre un pays entier sur la voie salvatrice du libéralisme économique. Pas de quoi s’énerver. Si elle avait été cinéaste avec pour seule ambition celle de projeter son égo sur écran géant, toutes les chochottes susceptibles avec qui il faut prendre des gants y auraient sans doute vu l’exigence qui est le signe des grands génies.
Mais cet autoritarisme n’était pas le moindre de ses défauts, Maggie était aussi raciste. Face à l’exode des boat-people fuyant le Vietnam, elle propose de limiter le nombre des réfugiés accueillis sur le sol britannique et avoue avoir « beaucoup moins de réticences vis-à-vis des Rhodésiens (nom des Zimbabwéens avant qu’ils soient libres et affamés), Polonais ou Hongrois, qui peuvent bien mieux s’intégrer à la société britannique ».
Quand on connait l’actualité de l’Angleterre et les problèmes que pose une immigration qui, pour une part, ne s’intègre pas parce qu’elle n’entend pas s’intégrer, on a envie de barrer rageusement les copies des journalistes qui osent intenter à Maggie un procès en racisme.
Le Premier ministre en remettait une couche en déclarant à ses collaborateurs : « On ne peut accorder des logements sociaux à des immigrants alors qu’on les refuse à des citoyens blancs. Il y aurait des révoltes si le gouvernement le faisait. » Depuis, le gouvernement a fait bien plus en faveur de ses citoyens issus de l’immigration mais heureusement, le légendaire flegme, la bonne éducation du peuple Anglais – et peut-être cette fameuse culture des Droits de l’Homme – ont jusqu’à aujourd’hui empêché ces révoltes redoutées. La civilisation anglaise, ça veut encore dire quelque chose.
Margaret Thatcher est aujourd’hui Alzheimer. Devant tant d’ingratitude, c’est tout ce que je lui souhaite !
Dernière Gitane pour la route

La voiture s’était arrêtée sur le bord de la nationale. Dans le matin brumeux de la campagne des Vosges, il avait fouillé ses poches et, comme il n’y avait rien trouvé d’autre qu’un briquet et un paquet de Gitanes vide, il m’en avait demandé une.
– Une blonde ? C’est pas des cigarettes d’homme, ça !…
Il en avait arraché le filtre, puis l’avait allumée dans une moue de dégoût. Chacun a sa manière d’allumer un clope ; il avait la sienne propre. Il joignait ses deux mains, les resserrait autour de sa bouche, moins pour protéger la flamme du vent que pour s’abstenir, un instant, du monde. Ce n’est pas la nicotine – et la mort qu’elle porte en elle – que le fumeur recherche dans la cigarette, mais une fuite, un retrait, un retour sur soi.
C’est drôle les souvenirs qui vous viennent en tête quand un ami s’en va. On voudrait se remémorer les moments héroïques, les pages de gloire, les illustres combats. Il y en eut. On voudrait nécrologiser comme pas un, sortir ses plus beaux mots, ceux qui vous tirent les larmes, vous nettoient en cinq-sec le pavé de la rue Soufflot et ouvrent en grand les portes du Panthéon. Mais on ne le peut pas. La vie s’accroche comme elle peut à la vie. Et l’on retient, vaille que vaille, les masques de l’éphémère, ceux que le prochain printemps aura emportés et qui sont, pour l’heure, plus précieux que tout. Des scènes banales de la vie quotidienne, une voix, un rire, une tape sur l’épaule. Notre mémoire est faillible, tout cela aura vite disparu.
Ce que la postérité retiendra de Philippe Séguin, c’est qu’il fut, dans l’histoire de la République, l’un des derniers hommes d’Etat à placer la France au-dessus de tout : au-dessus des partis, des ambitions personnelles, des clans et de l’actualité immédiate.
Ce que l’on retiendra de lui, c’est qu’il croyait tellement en la République qu’il s’était fixé pour exigence d’élever le débat public au-dessus de son niveau moyen. On se souviendra de ses discours, sur le « Munich social », sur l’exception d’irrecevabilité, ou celui encore qu’il prononça à la mort de Pierre Bérégovoy.
On se souviendra qu’il tenta, sa vie durant, de réconcilier les inconciliables : la vision sociale d’un Guy Mollet et la vision nationale d’un de Gaulle. « Le RPF, c’est le métro aux heures de pointe », avait dit Malraux. Avec Séguin, le RPR, c’était le CNR à tous les étages ! Nous fûmes toute une génération à y avoir cru, à cette « autre politique » qu’il avait voulu incarner, sans toutefois s’en donner les moyens.
Dire aujourd’hui que je dois tout à Philippe Séguin serait loin de la vérité. Il n’y a rien, sur l’histoire, le monde, la politique, que je ne tienne de lui, rien de ce que je sais qu’il ne m’ait enseigné ni incité à apprendre. Ce furent vingt ans de compagnonnage, faits parfois de ruptures et de longs silences, comme le jour où je m’avisai de confier à l’ami Askolovitch que je « redeviendrais séguiniste quand Philippe Séguin le serait redevenu lui aussi ». C’était après l’élection présidentielle de 1995, quand Jacques Chirac avait choisi de conduire une politique diamétralement opposée au discours qui l’avait fait élire. Longtemps Séguin m’en avait voulu. Puis on s’était réconcilié. C’est que vingt ans d’amitié viennent à bout de tout. Aujourd’hui, j’ai perdu mes vingt ans.
Sur une route des Vosges, un homme marche seul sur le bas-côté. Il s’arrête, jette un oeil et devine, au loin, dans la brume pesante, les collines de Barrès et la ligne bleue de Jules Ferry. « La voilà donc ma France. » Il fouille ses poches, en extirpe une Gitane sans filtre et tire une bouffée. La dernière pour la route.
François Miclo a été secrétaire général des « Amis de Philippe Séguin » dès 1990, puis vice-président national du Rassemblement pour une Autre Politique, mouvement des jeunes séguinistes fondé en 1994.
2010, Odyssée des résolutions (6)
Une belle résolution pour 2010 : ne jamais perdre espoir.
Bourdivine surprise !

La « triangulation », cette technique de prise et d’exercice du pouvoir dont Nicolas Sarkozy fait un usage immodéré pour semer le trouble chez l’adversaire s’est à nouveau invitée dans le débat public entre le vaccin en solde et l’identité nationale en promotion. Elle consiste à s’emparer des thèmes et des symboles qui font partie du patrimoine politique et culturel de la gauche, Guy Môquet, par exemple.
Acculé dans le coin droit du ring par des opposants qui l’accusent d’envoyer Eric Besson draguer dans l’égout lepéniste, Sarkozy, aidé de Luc Châtel et Valérie Pécresse, opère un changement de pied audacieux pour se poser en champion de la mobilité sociale.
Ce fameux ascenseur républicain qui doit propulser les filles et filles de prolos vers les hautes sphères est en panne ? Je m’en vais te le réparer vite fait en lançant dans l’arène publique un slogan bien troussé qui va semer la joie dans les HLM et la panique dans les lofts : 30 % de boursiers dans les Grandes écoles !
Les patrons de ces prestigieux établissements font alors valoir qu’ils ne sont pas, certes, opposés par principe à l’admission dans leurs établissements d’étudiants issus des milieux défavorisés, mais qu’il craignent une dévaluation des diplômes si les concours d’entrée sont « aménagés » pour leur faire de la place.
Le piège est parfait. On fait alors donner la garde, en l’espèce le duo de gauchistes patentés formé par Alain Minc et François Pinault pour mener la charge sabre au clair, dans une tribune du Monde contre les « réactionnaires » qui sont chargés de la formation des élites de la nation. L’autodidacte enrichi dans la vente de planches et la spéculation sur le sucre et le major de l’X et de l’ENA, cela a un parfum pré-révolutionnaire, ou alors je n’ai rien compris. On subodore une nuit du 4 août en plein hiver, avec quelques nobles s’alliant au Tiers-Etat pour terrasser les privilèges d’une aristocratie qui s’est insidieusement reconstituée au fil des dans les failles de l’élitisme républicain modèle IIIe République. Après un cours accéléré de sociologie bourdivine, les ministres compétents, Luc Châtel et Valérie Pécresse, menacent d’aller regarder les dessous des concours d’entrée pour y débusquer les chausse-trapes culturels destinés à éliminer les pauvres de Normale Sup, Polytechnique ou HEC.
Voilà comment l’on crée une polémique à la française, c’est-à-dire pesamment idéologique, et dénuée du moindre souci d’aborder le problème avec le minimum de pragmatisme permettant de résoudre le problème suivant :
Le système de reproduction de nos élites, qui favorise indubitablement les enfants issus de milieux économiquement favorisés et ceux des enseignants familiers des arcanes du système n’a pas produit, jusqu’à présent, une dégénérescence de ces dites élites, qui supportent fort bien la comparaison internationale. On vient même de l’étranger pour nous piquer quelques brillants sujets et leur offrir ceinture dorée et labos bien dotés.
Cependant, l’exclusion d’une partie de la population de ces enseignements d’excellence est un facteur de désintégration sociale qui s’ajoute au creusement des inégalités dans les revenus, l’habitat, les modes de consommation.
Comment faire en sorte que le remède administré pour corriger ce dernier inconvénient ne soit pas dommageable à la qualité des formations d’excellence ?
Les Etats-Unis ont créé une classe moyenne et moyenne supérieure noire en appliquant la discrimination positive au détriment de l’égalité formelle de tous devant l’accès au savoir. Ils ont choisi, pour un temps au moins, cette solution pour mettre fin à une situation de révolte violente des ghettos noirs à la fin des années 1960. C’était une décision politique, dont les résultats ont été relativement satisfaisants. Il existe toujours des ghettos noirs d’une pauvreté accablante, mais les leaders potentiels de la révolte en ont été extraits par le haut.
Cette politique est-elle nécessaire chez nous et surtout adaptée à la problématique des ghettos périurbains de la France d’aujourd’hui ?
Elle heurte de front cet élitisme républicain qui rejette toute distinction communautariste au non de la citoyenneté universelle. Il faut donc trouver autre chose et surtout quelque chose qui marche.
Cette idée de 30 % de boursiers dans les Grandes écoles ne restera qu’un slogan creux si on ne va pas voir de plus près ce qui empêche ces derniers d’y entrer. La théorie de la reproduction, développée par Bourdieu et ses disciples n’est pas intrinsèquement perverse, à condition de la compléter par un corollaire : les classes populaires ont aussi un penchant à souhaiter que leur progéniture ne s’éloigne pas trop du milieu dont ils sont issus. Des mentions TB au bac désespèrent leurs profs de terminale en allant se planquer dans un IUT au lieu d’intégrer une prépa de choc. Ma voisine, en dépit de mes encouragements, a préféré faire l’école d’infirmières alors que ses résultats brillants lui ouvraient une perspective de boursière en médecine. On veut bien grimper d’un étage, mais on craint de monter trop haut, donc de changer de monde. Si l’on commençait par inciter tous les bons élèves pas riches à risquer le possible, on aurait déjà fait un bon bout de chemin dans le sens souhaité par nos estimés dirigeants. C’est moins vendeur, en terme de com’ que 30 %, etc., et surtout cela ne permettrait pas à Minc et Pinault de faire les marioles. Impossible donc.
Le « No Sarkozy Day », c’est en mai 2012
Le No Sarkozy Day est une initiative sincère et spontanée. Nous respectons la démarche et l’engagement qui ont amené les organisateurs à entreprendre cette action. Mais, nous blogueurs, nous ne pouvons nous y associer.
En premier lieu, Nicolas Sarkozy a été élu. Certes la France de Nicolas Sarkozy n’est pas une république irréprochable mais nous sommes attachés au principe démocratique. En tant que Président de la République, il bénéficie de la légitimité des urnes. Réclamer sa démission, c’est ouvrir une boîte de Pandore. Nous ne souhaitons pas jouer aux apprentis sorciers. Au contraire, Nicolas Sarkozy doit rester 5 ans au pouvoir, assumer ses erreurs jusqu’au bout. Le No Sarkozy Day doit avoir lieu le 7 mai 2012 et pas avant.
Ensuite, nous estimons que l’initiative est biaisée dès le départ. Le problème du No Sarkozy Day, c’est que le nom de Sarkozy soit l’unique vecteur de mobilisation. L’antisarkozysme primaire ne fera pas évoluer les mentalités, elle les confortera. Plutôt que de se focaliser sur l’homme, nous préférons nous concentrer sur le bilan désastreux de son action politique. Nous voulons bâtir une véritable alternative politique au sarkozysme qui soit à la fois construite et argumentée.
Nous pensons que cette opération se révélera contre-productive. Nous ne souhaitons pas être associés à cette initiative lancée sans concertation et qui relève plus du buzz marketing que de l’action politique. Le risque d’une instrumentalisation et d’une récupération politique d’un futur fiasco existe…
Texte paru sur Antidote.
Les 26 premiers blogs signataires : Laure Leforestier,Le Monolecte, Bah by CC, Le Volontaire, Partageons mon avis, Les jours et l’ennui de Seb Musset, Peuples, Intox2007.info, Falcon Hill, Disparitus, Sarkofrance, Back2basics, Neuromancien, Edelihan, l’hérétique, Marc Vasseur,Yann Savidan, Le Pavé, Hypos, H16, De tout et de rien, Des pas perdus, Piratages(s), Reversus, Romain Blachier, Antidote.
2010, Odyssée des résolutions (5)
D’accord, il y a les contrôles renforcés aux aéroports, les scanners personnels et toutes ces mesures de sécurité qui vous rendent New York, la plus européenne des villes américaines, plus lointaine. Raison de plus pour prendre la résolution d’y aller en 2010, car, là-bas, même les murs ont la parole.
Vacances, j’oublie tout !

Oui, on le sait, c’est facile de taper sur Cécile Duflot et ses vacances aux Maldives. Surtout dans Causeur. Mais c’est pas pour autant qu’on va s’en priver. Après tout, vu que la dame en question nous tape sur les nerfs depuis des mois avec son humilité en bandoulière, ses couches-culottes lavables et ses admonestations ad nauseam, nous pouvons nous estimer, façon Inspecteur Harry, en état de légitime défense permanente. Quand faut flinguer, faut flinguer !
Donc avec son escapade conjugale aux Maldives à Noël, Cécile s’en est pris plein les dents. On devrait logiquement la défendre. Au nom du droit à la vie privée, à l’amour ou aux bains de mer. Qui sont des droits de l’homme, certes mineurs, mais hautement recommandables. Sauf que non. Et on vous explique pourquoi.
Tout d’abord parce que les Verts sont par excellence le camp du mélange des genres entre sphère publique et privée. Quand, sous l’œil ému des caméras, on se véhicule ostensiblement en vélo, comme Mamère au Palais-Bourbon ou, comme Duflot, en train à Copenhague (dont elle est revenue en avion faut pas exagérer quand même), on ne fait qu’exposer sans trop de décence ses stigmates d’irréprochabilité. Idem quand on met en avant l’apôtre de la transparence absolue qu’est Eva Joly. On nous prouve par l’image qu’on est non seulement plus purs, plus vrais que les autres politiques, mais aussi que la masse des irresponsables qui constituent le corps électoral de ce pays, à l’exception des vertueux 16 % d’Europe-Ecologie.
Les Verts ne cessent de nous répéter qu’ils sont ontologiquement meilleurs que les autres, c’est donc uniquement de leur faute s’ils ont l’air d’être pires quand ils sont tout banalement pareils à leurs collègues. On n’est d’ailleurs pas à l’abri de surprises bien plus déroutantes que ces vacances malvenues le jour ou un juge mal intentionné ira plonger le nez dans les finances subventionnées de certaines associations qui leur sont proches…
Ensuite, il y a la jurisprudence Hortefeux. Certes, faire une boulette de ce type (Auvergnats, Parlement européen, Maldives) n’aurait été qu’un péché véniel dans le monde d’avant. On sourit ou on boude, et puis on oublie. Mais, à notre grand regret, ce monde d’avant est mort (peut-être pas pour toujours, mais c’est une autre histoire). Et ce n’est pas nous qui l’avons tué. En imposant la fusion irréfragable entre politique et communication, les fossoyeurs de droite et de gauche du débat idéologique old school n’ont vu que ce qu’il y avait à gagner. De Nicolas Sarkozy en T-shirt NYPD à Olivier Besancenot déguisé en postier de calendrier en passant par notre chère Cécile vêtue 100 % commerce équitable, tout le monde s’est gavé de « je looke, donc je suis » comme chacun de dinde aux marrons. Grand bien leur fasse, et jusque là, la combine s’est révélée plutôt payante. Mais, de grâce, chéris, faîtes gaffe aux pas de côté ! Je pose avec un reubeu à Seignosse pour faire genre, bravo, 10 points. Mais j’évite de faire le mariole dès que je crois les caméras éteintes, parce que le monde que j’ai souhaité est un monde où les caméras ne sont jamais éteintes. C’est votre règle du jeu, et on ne gagne pas à tous les coups. Sinon, faut changer de boulot. Qui a vécu par la com’ périra par la com’.
Enfin, Cécile Duflot est indéfendable parce que les arguments qu’elle a déployés pour tenter de s’extraire de ce bourbier sont pitoyables. Il fallait l’entendre plaider sa cause chez Elkabbach. Il est bien évident que la seule réponse digne aurait été de demander à son intervieweur si lui-même passait toutes ses vacances dans le Pas-de-Calais et quelle était la couleur de son slip. Mais non, notre dealeuse de moraline est semble-t-il accro à sa propre marchandise. Ce qui donne lieu à des justifications d’abord grotesques (« On ne peut pas y aller en pédalo »), puis carrément hypocrites (« Le réchauffement climatique est une des raisons pour lesquelles je m’intéresse aux Maldives depuis plus de dix ans ») et enfin délirantes quand elle « revendique d’être une femme normale ». T’as raison, Cécile, toutes les femmes normales partent en vacances d’hiver dans les îles de l’hémisphère sud. En été, elles vont skier à Gstaadt et le reste de l’année, elles posent sur la couv’ de Vanity Fair. Et nous, on croyait que les Verts new look de 2009-2010 s’étaient enfin convertis au social…
En vérité, avec cet aller-retour Paris-Malé, Cécile ne vaut pas plus cher que notre Président sur le yacht de Bolloré. Bravo, elle vient d’inventer l’écologie bling-bling. Rigolo, certes, mais pas sûr que ça paye au scrutin de mars prochain. On espère pour nos amis les Verts que d’ici-là, on n’apprendra pas que leur colistier Augustin Legrand a réveillonné au Fouquet’s…
Fait d’Ibère
L’Espagne commence bien sa présidence de l’Union européenne : le site officiel de la présidence espagnole de l’UE (qui coûte, pour six mois, la bagatelle de 6 millions d’euros en maintenance et en sécurité) a été détourné lundi par un hacker. Le plaisantin informatique n’a trouvé rien de mieux à faire que de remplacer la photo du Premier ministre, Jose Luis Zapatero, par celle de Rowan Atkinson, alias Mr Bean. Personnellement, je ne vois aucune ressemblance entre Zapatero et Atkinson, mais, comme dirait l’autre : les Espagnols se ressemblent tous. Contacté par nos soins, le secrétariat de Mme Ségolène Royal n’a pas voulu nous dire si la lettre d’excuse à M. Zapatero qu’elle s’est empressée d’écrire au nom d’Internet avait déjà été affranchie ou si elle était encore à la signature.
Délivrez-nous du mâle !

Je suis allé voir au cinéma un documentaire titré La domination masculine. Curieux, je me suis assis dans le noir pour découvrir des spécimens de mâles dominants comme on va au musée ou au zoo. Autant vous le dire tout de suite, je suis sorti déçu.
Depuis que je regarde les couples autour de moi, j’ai du mal à distinguer quoique ce soit qui ressemble à une domination du masculin et parfois même à distinguer quelque chose qui ressemble à du masculin et depuis que je regarde les gens dans la rue, j’ai vu plus d’hommes promenant des chihuahuas que de femmes portant sur le dos des fagots de bois. Dans nos sociétés modernes, je croyais l’espèce pratiquement disparue.
En apercevant ces derniers temps quelques silhouettes bâchées, j’en ai déduit qu’il restait quelques individus sous nos latitudes mais la question n’est pas abordée dans le film. On ne fait pas du cinéma engagé pour sombrer dans l’islamophobie archéo-réac comme on dit aux Inrocks.
Dans sa traque du machisme, l’auteur nous emmène en France, en Belgique et au Canada en omettant de faire apparaitre des mâles issus de minorités visibles. Que fait la HALDE ?
Il est difficile et donc plus méritoire de trouver une aiguille dans une meule de foin. Est-ce pour cela que le documentariste a cantonné son exploration aux sociétés occidentales modernes et aux mâles blancs ? Je l’ignore mais à la fin du film, après avoir vu ces hommes plutôt civilisés, on se demande bien ce qu’ils dominent.
La première scène nous entraine dans le cabinet d’un chirurgien où un patient explique que pour se sentir plus fort, plus fier et plus homme, il a besoin qu’on augmente la taille de son pénis. On peut penser ce qu’on veut de cette entreprise pitoyable, l’auteur ne tire qu’une conclusion: notre société patriarcale et phallocrate impose ses standards, vénère le phallus et lui prête des pouvoirs magiques.
Il me semble portant que dans un contexte vraiment machiste, les hommes ne passent pas sur le billard pour qu’on allonge leur sexe quand il leur suffit d’allonger une torgnole pour imposer le respect à celle qui aura ri devant l’apparition d’un trop petit oiseau.
Le cinéaste se penche ensuite pour étayer sa thèse sur les comportements qui distinguent les hommes des femmes. Le commentaire ironise dans un magasin de jouets que les filles préfèrent les poupées et les garçons les armes de guerre, on filme des hommes qui salivent au spectacle d’un strip-tease, on recueille les confidences de femmes qui préfèrent que dans l’intimité de leur couple, le masculin l’emporte.
Ces attitudes qui caractérisent l’espèce depuis que nous sommes des singes n’ont, d’après la voix off qui nous apprend la vie, rien de naturel. On nous le répète, ces constructions purement culturelles sont la preuve d’une domination d’un sexe sur l’autre.
Il faut échapper à ces archaïsmes et dépasser ces stéréotypes. Certains ne s’en privent pas. Des femmes guerrières j’en connais ! Par ailleurs, les enfants de familles homoparentales qui pourront désormais choisir pour Noël entre le fer à repasser comme papa et le tractopelle comme papa pourraient bien montrer l’exemple. Encore faut-il que des deux papas, l’un ne porte pas une casquette en cuir et l’autre des talons hauts car tout serait à recommencer.
Après sa visite du monde à l’abri du réel, le film aborde la douloureuse question du retour de bâton, backlash aux USA, ressac au Canada. On entend les témoignages d’hommes canadiens, peut être pas assez latins pour avoir su se défendre, qui râlent de se réveiller après des décennies de vent féministe, dans un monde ou John Wayne a été remplacé par les papas pampers au panthéon des modèles masculins. De là, on fourre dans un vaste sac les femmes battues par leur maris, le discours d’Eric Zemmour et un fait divers meurtrier. Sur un campus canadien, un déséquilibré ouvrit le feu sur quatorze femmes en les accusant d’être des féministes après avoir éloigné et épargné les hommes avant de retourner son arme contre lui.
Ce rapprochement entre ces meurtres et l’auteur de La féminisation insinue qu’un vaste mouvement dont l’un serait la fraction armée et l’autre la branche politique travaille au retour de la domination masculine. Si une réaction masculine pointe son nez, personne ne veut supprimer le droit de vote pour les femmes pour les renvoyer derrière les fourneaux. Les acquis de civilisation qui ont étendu l’égalité et la liberté à tous les sexes font les délices des relations entre hommes et femmes de ce côté-ci de la planète. Ils sont gravés dans le marbre de notre identité nationale, européenne et occidentale et ce ne sont pas les petits mâles blancs « revanchards » qui les remettent en cause.
On peut dénoncer les dérives de la féminisation sans caresser des rêves de domination. Nous ne voulons pas régner sans partage sur nos femelles, nous cherchons simplement à ne pas décevoir les femmes qui préfèrent nous voir jouer les « Jean Gabin » plutôt que les « Jean Cocteau ».
Nous ne progresserons pas en faisant table rase du passé, en vidant nos personnages de toute substance masculine. Ne cessons pas de rouler des mécaniques pour raser les murs ou rouler des fesses, appliquons-nous à jouer les hommes avec toute la subtilité que cela exige pour plaire. Ne renonçons pas aux caractères de notre genre, sublimons-les. Pour être plus aimables, éduquons le macho qui sommeille en nous sans lui retirer ses attributs, donnons-lui de la profondeur, de la distance et de l’humour. Ainsi, nous ne serons pas moins hommes, nous le serons autant que nous le pourrons, c’est ainsi que nous serons aimés et récompensés.
Quand aux féministes mâles qui travaillent à l’avènement d’un monde désolé et désolant, en gommant la plus précieuse des différences tout en gardant sur la burqa un silence prudent et assourdissant, qu’ils fassent des films avec des œillères ou des documentaires de science-fiction, on s’en fout. Pendant qu’ils occupent leurs congés paternels à changer des couches, nous nous occuperons des femmes qui ont du goût pour les hommes.

