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Pas de Nobel pour Betancourt !

13

Ainsi l’inénarrable présidente chilienne, Michèle Bachelet a-t-elle jugé indispensable que l’on attribuât le prochain Prix Nobel de la Paix à Ingrid Betancourt. Pourquoi pas ? Après tout, c’est moins ridicule que de proposer, par exemple, qu’on lui réserve à l’avance une place au Panthéon. On l’applaudira donc poliment des deux mains, puisque c’est quand même un peu obligatoire, non sans se demander in petto quelle aura été la contribution réelle de la récipiendaire putative « au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix », critères explicitement énoncés par le testament d’Alfred Nobel.

A la décharge des partisans de cette récompense, on a pu se poser les mêmes questions à propos de la plupart des lauréats – dont le CV n’avait souvent qu’un rapport assez vague avec les dernières volontés de l’inventeur de la dynamite. Certes, le jury du Prix a parfois touché juste quand il distinguait d’ex-belligérants plus ou moins réconciliés (Sadate-Begin, Perès-Rabin-Arafat, Le Duc Tho-Kissinger Mandela-De Klerk).

Hélas, le plus souvent, il a mis les dix millions de couronnes suédoises à côté de la plaque : soit en récompensant des militants non pas de la paix mondiale, mais des droits de l’Homme (Albert Schweitzer, Martin Luther King, Mère Teresa, Aung San Suu Kyi…) ; ou pire encore, comme cela semble être la mode ces dernières années, en primant d’improbables responsables associatifs comme le controversial documentariste Al Gore, l’écologiste kenyanne Wangari Muta Maathai ou la féministe iranienne Chirine Ebadi.

On pourra m’objecter que, justement, compte tenu de cette dérive récente, pourquoi pas Ingrid ? Eh bien, parce qu’Ingrid doit uniquement sa notoriété mondiale à son statut de victime. C’est un peu comme si l’on remettait la médaille du Mérite au rescapé de la noyade plutôt qu’au sauveteur. Le jury Nobel a lui aussi le droit d’être dans l’air du temps.

NB : En me documentant, j’ai découvert quelqu’un qui avait réellement mérité son Prix Nobel de la Paix : Andreï Sakharov. Mais peut-être pas, pour les raisons exposées par les jurés en 1975. Si Sakharov est à mes yeux le lauréat idéal, c’est pour avoir, dans les années 1950, doté l’URSS de la bombe H, et donc rétabli l’équilibre de la terreur avec les USA : la Paix mondiale lui doit beaucoup.

Brève reconductible

1

Tollé général à gauche et chez les syndicats après que Nicolas Sarkozy s’est félicité samedi, lors du conseil national de l’UMP, que « désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit ». Il est clair que le plus haut magistrat de l’Etat aurait plus avisé d’éviter cette provocation et de s’en tenir aux faits. Ce qui était fastoche avec une déclaration du genre : « Quand il y a une manif pour les 35 heures, au PS, personne ne s’en aperçoit. »

La belle et les bêtes

3

Pour résumer la dureté des sévices endurés pendant ses six années de captivité, Ingrid Betancourt a eu recours à une formule choc : « Je n’aurais pas donné le traitement que j’ai reçu à un animal. » Ce qui laisse entendre qu’en deçà de certaines limites on peut maltraiter, mais raisonnablement, une pauvre petite bête sans défense… Que fait la SPA ?

Tous orphelins d’Ingrid Betancourt !

13

Cela fait comme un grand vide, semblable à celui que laissent les enfants le jour où ils quittent la maison familiale. Notre martyre binationale Ingrid Betancourt a, elle, retrouvé le sien, de foyer. Oui, mais elle laisse des millions d’orphelin(e)s de sa cause, qui n’ont plus personne à plaindre, le soir, au creux de leur lit quand ils ont le cafard, ni d’argument pour faire manger les enfants rétifs ( « Tu sais, Ingrid, au fond de la jungle, elle aimerait bien avoir ta part de saucisse purée… »).

Cela finit par se savoir : les héros modernes sont les victimes et la France d’aujourd’hui a besoin d’exercer en permanence la compassion, sentiment noble qui vous classe parmi les paladins des droits de l’homme et renforce l’estime de soi. Jadis on célébrait d’autres genres de héros : les guerriers intrépides, les pionniers aventureux, les génies de la science en marche. On se plaisait à jadis admirer, alors qu’aujourd’hui on prend son pied à se lamenter.

Dans la catégorie victime hors-classe, Ingrid Betancourt avait toutes les caractéristiques d’un bon produit: femme, jeune, moderne (famille recomposée), écologiste, amie des puissants mais n’oubliant jamais les pauvres.

Un temps, Florence Aubenas lui fit quelque ombrage: la journaliste au sourire d’ange était parvenue à mobiliser les affects de ses confrères, qui remuèrent ciel et terre pour que l’opinion publique contraigne le gouvernement à la racheter contre monnaie sonnante et trébuchante. Mais Florence Aubenas a eu l’élégance de se faire discrète, enfouie quelque part dans les locaux du Nouvel Observateur, laissant la martyre sud-américaine s’afficher en majesté sur les frontons de quelques grandes mairies de France.

Il est naturellement hors de propos, grossier voire indigne de se demander s’il était de bonne politique étrangère de faire quelques bonnes manières au dictateur vénézuélien Hugo Chavez pour qu’il aille convaincre ses amis des FARC de rendre l’icône à ses adorateurs. Comme il est impensable, ne serait-ce que de suggérer que la méthode britannique en matière de traitement des affaires d’otages pourrait avoir quelque vertu: on ne négocie jamais, mais on n’oublie jamais non plus de châtier les criminels, dès que l’on en a la possibilité, avec ou sans jugement. Quelques citoyens britanniques y ont, hélas, laissé leur vie, mais cela a fini par se savoir, et les preneurs d’otages moyen-orientaux se sont rabattus sur les Français et les Italiens réputés bankables.

Conscient qu’une nation sans grande cause victimaire risque de se pencher sur ses propres malheurs, voire de lui en faire porter la responsabilité, Nicolas Sarkozy a bien suggéré au peuple de reporter ses affects sur le jeune Gilad Shalit, soldat franco-israélien otage du Hamas depuis plus de deux ans. Quelque chose me dit que cela ne va pas marcher.

Comment surnager avec 600 € par mois

2

Les JT ou la presse écrite, par l’enchaînement des reportages ou la logique de mise en page, conduisent parfois à des rapprochements un peu bizarres. Quoique on en ait pris l’habitude, de temps en temps cela nous fait encore sursauter. C’est ce qui m’est arrivé dimanche 6 juillet. Sur sa une, le Parisien s’attaque sous le titre « 1 million de piscines sous surveillance » au grave problème estival qu’est la sécurité de piscines privées. Quelques centimètres à droite et vers le bas, le journal fait un appel de une vers un autre article : « Les astuces de Rebecca pour vivre avec 600 € par mois. »
Les journalistes du Parisien, qui ont le fait le voyage en Haute-Savoie, ont été parfaitement reçus par Madame Rebecca Ohanian. Certes, elle est pauvre mais, au moins, elle n’a pas peur que ses invités se noient. A 75 ans et avec 600 € par mois, un souci de moins, ce n’est quand même pas rien.

Roméo et Jules

Dis, comment on fait les enfants ? A l’heure du droit à la filiation pour tous, revendiqué dans une admirable tribune publiée dans Le Monde, ça va devenir coton pour les parents de répondre à cette question (qui n’était déjà pas si simple avant). Autant qu’ils le sachent : ils devront faire attention à ce qu’ils disent. Et aussi à ce qu’ils font. Ils doivent cesser d’inculquer de scandaleux préjugés hétéro-centristes à leurs rejetons. Et existe-t-il un environnement plus hétéro-centré qu’un homme et une femme qui décident d’avoir des enfants… ensemble ? Le résultat, on le connaît : au collège, nombre de ces enfants pensent encore (ou déjà) que les humains sont issus de l’accouplement d’un homme et d’une femme. Serge (homo, bi, trans ou lesbienne, on ne saurait trancher car Serge pourrait être une femme qui a choisi un prénom trans, méfions-nous de nos préjugés), Serge donc, 37 ans, prof de sciences éco dans le centre de la France, déplore dans Libération que les préjugés de ses élèves soient très « hétéro-centrés » : « On se marie pour la vie, devant le prêtre, l’union libre ce n’est pas une famille. » Ils sont carrément réacs, ces chers bambins dont on attend qu’ils précèdent le réel en mouvement. Voilà comment une éducation orientée perpétue la domination de l’antique modèle familial et fournit à l’Ecole des contingents d’élèves qui offrent un terrain favorable à l’homophobie.

Ce scandale doit cesser. En conséquence, le problème de l’Ecole aujourd’hui n’est ni la violence, ni le niveau, ni la destitution des professeurs (et des bons élèves qualifiés au mieux de bouffons), mais la survivance du vieil ordre hétéro-centré homophobe dont les Français, consultés par sondage, réclament massivement la disparition, mais qui, ne nous voilons pas la face, subsiste encore sous forme d’injure de cours de récré. C’est dire si les organisateurs de la « Marche des fiertés » lesbienne, homo, trans et bi, comme on dit désormais sans rigoler, ont vu juste en plaçant la dernière édition sous le signe de l’homophobie à l’Ecole. Faut dire qu’il n’y a pas de quoi rire : alors que l’homosexualité doit encore se cacher en France, on ne se plaindra pas qu’un jour par an, elle ose descendre dans la rue.

On ne peut que se féliciter que cette grande cause mobilise les grands médias et même le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos qui a accordé un entretien à Libération. Comme chaque année, le quotidien a accompagné la Gay Pride en publiant, toute la semaine précédant l’événement, des analyses de cet inquiétant phénomène (pas la Gay Pride, bande d’ânes, l’homophobie). Certes, à en croire Darcos, les violences homophobes représentent moins de 1 % du total. « Mais il s’agit de signalements, non de la réalité, précise-t-il. L’homophobie est une attitude, elle crée un climat et ne s’exprime pas forcément par des violences. Il est en outre toujours un peu compliqué de la dénoncer. L’omerta sur tout cela est toujours présente. » On imagine combien Darcos doit se sentir mal à l’aise au sein d’un gouvernement qui, selon les signataires du texte déjà cité, pratique une « homophobie d’Etat », pendant naturel de la xénophobie d’Etat que l’on sait. Ils savent que le projet d’union civile du chef de l’Etat est un leurre destiné, en fait, à interdire aux homosexuels « l’accès à la filiation ». Quant à ceux qui osent émettre des doutes sur l’homoparentalité, non pas au sot prétexte que deux hommes ou deux femmes (ou deux trans) seraient incapables d’élever un enfant, mais parce que dire à un enfant qu’il a deux pères serait un mensonge et un mensonge anthropologique, ils ne font que tenter de camoufler leur homophobie primaire.

L’une des solutions qui, malheureusement n’a pas été retenue, tant sur ces questions la frilosité est de mise dans la France sarkozyste, serait de retirer aux parents les plus dangereusement hétéro-centrés l’éducation de leurs enfants pour la confier à des couples insoupçonnables de tels penchants. Et certains de ces derniers sont très demandeurs.

Euro 2008 : on est les champions

1

Selon Eurostat, l’inflation dans la zone euro s’élèverait à 4 % sur un an en juin 2008, après avoir connu un record en mai à 3,7 %. La tendance inflationniste est la plus forte depuis 1999, année de création de la zone euro. Pire encore, elle n’avait jamais été aussi élevée depuis vingt ans dans l’ensemble des pays de la zone. Heureusement, Jean-Claude Trichet veille et l’on sait qu’à moins de 2 % d’inflation et avec un euro fort tout va bien !

La Douairière aux valeurs

13

Ce tableau de Jacques de Lohr est représentatif de ce que fut l’école de Lille au XVe siècle. Premier cas avéré de socialisme historique en peinture, la Douairière aux valeurs est tenue pour être la Mona Lisa des Ch’tis. Le sourire en moins.
Nous remercions M. Bertrand Delanoë (Paris Plage) de nous avoir confié ce tableau, pièce maîtresse de la rétrospective Jacques de Lhor qui se tiendra à l’Hôtel de Ville de Paris en janvier 2009 (salon Grace Kelly).

Jacques de Lohr, La Douairière aux valeurs. Huile sur toile, 1535, Musée de la barquette de frites, Euralille.

Google rend-il gogol ?

The Atlantic Monthly, la prestigieuse revue de la côte Est, s’interroge en Une : « Google rend-il stupide ? » Et de s’interroger sur la place croissante, chez les analystes comme chez les jeunes journalistes, que tient désormais le moteur de recherche dans « l’exploration de la réalité ». Dans les écoles de journalisme, de Paris à Lille, on sait en effet que le premier réflexe des jeunes diplômés sortant d’une conférence de rédaction est d’aller immédiatement googoliser leur sujet.

Les « trahisons » d’Ingrid Betancourt

Mais qu’allait-elle s’extraire de cette galère ? Libre, Ingrid Betancourt est en train de tout gâcher. Ses adorateurs les plus éclairés ont été profondément désorientés par ses déclarations. Pour l’heure, un flot de communiqués submerge encore écrans et kiosques. Mais passées les festivités de la Libération (la sienne, pas la blague de 1944…), la question ne manquera pas d’être posée : l’icône a-t-elle trahi ses fidèles ?

Il était tard dans la nuit et dans la jungle – colombienne qui plus est. On pouvait donc, on devait même, mettre sur le compte d’une joie pour le moins hallucinée ses premiers mots : « Accompagnez-moi d’abord pour remercier Dieu et la Vierge ! » Ce qui fut fait, amen. Radieuse et déterminée, l’otage la plus célèbre au monde voulu dire ensuite toute sa gratitude aux militaires : « Merci à l’armée de ma patrie ! » Après le goupillon, le sabre… Nul doute que, de Libération à Charlie Hebdo, la « victoire » aura pris, cette nuit-là, un goût quelque peu saumâtre.

Mais le meilleur, c’est-à-dire le pire, était encore à venir. Bien vite, en effet, l’aile alter mondialiste de l’église voyait, à son tour, le calice présenté à ses lèvres : non seulement le gouvernement colombien avait invité le candidat John McCain, afin qu’il fût aux premières loges au moment de la libération des otages (dont trois Américains), mais de surcroît on apprenait que des experts yankees – et peut-être même israéliens ! – avaient participé aux préparatifs de l’opération. Ainsi donc, celle qui sur l’autel de « la gauche de la gauche » se logeait gracilement entre Michael Moore, Mumia Abu-Jamal et le Che, était libérée au plus grand profit du candidat de la famille Bush. « Doux Jésus ! », s’est-on étranglé dans les rangs du NPA.

Au siège du Parti socialiste, on peut au contraire imaginer un silence assourdissant quand « Ingrid » remercia le Diable avec la même ferveur qu’elle avait remercié le bon Dieu : « Je veux dire merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi… » Et ce dernier, entourés des enfants de « Maman » et de ses proches de triompher modestement, en soulignant le rôle qu’il estimait avoir tenu, « au nom de la France », dans cet heureux dénouement. Puis, toujours « au nom des Français », il embrassait par satellite la belle captive dont toute la nation attendait le retour. Satisfaction supplémentaire pour le chef de l’Etat mû en chef d’orchestre : il s’offrait le luxe de saluer les efforts de Hugo Chavez – et pan ! pour Le Monde Diplo –, du chanteur Renaud, et du ci-devant french doctor et ministre d’ouverture, Bernard Kouchner. Après avoir difficilement dégluti, car de Colombie ne nous viennent pas des couleuvres mais des boas, la direction du PS sacrifia cependant au rituel du communiqué : chacun alla donc de sa déclaration, disant sa tantôt « joie », tantôt sa « fierté ». Mais le coup (médiatique) était fichtrement rude. Trop pour Ségolène Royale : « Tout le monde le sait, c’est une opération colombienne rondement menée. (…) En l’occurrence, Nicolas Sarkozy n’a été absolument pour rien dans cette libération. » Inutile. Et trop tard. Rien n’empêcherait le Président d’accueillir « Ingrid » à son arrivée à Paris, ni cette dernière de lui tomber dans les bras devant les caméras. Embrassons-nous, Libreville !

Grâces à Dieu, à l’armée et au bien-aimé Sarkozy ? En vérité, je vous le dis, la libération d’Ingrid Betancourt ne pouvait être plus proche du cauchemar pour la gauche. Enfin, à bien y réfléchir, si : elle pourrait maintenant accepter une mission internationale à la demande du Président. Ou entrer dans son gouvernement. Bref, camarades, il va falloir chercher ailleurs des raisons de rêver et d’espérer. Et se trouver une autre icône. Voyons… Barack Obama ? Pourquoi pas. Le temps que les médias se souviennent qu’il n’a jamais cessé d’échanger des compliments admiratifs avec un certain Nicolas Sarkozy.

Pas de Nobel pour Betancourt !

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Ainsi l’inénarrable présidente chilienne, Michèle Bachelet a-t-elle jugé indispensable que l’on attribuât le prochain Prix Nobel de la Paix à Ingrid Betancourt. Pourquoi pas ? Après tout, c’est moins ridicule que de proposer, par exemple, qu’on lui réserve à l’avance une place au Panthéon. On l’applaudira donc poliment des deux mains, puisque c’est quand même un peu obligatoire, non sans se demander in petto quelle aura été la contribution réelle de la récipiendaire putative « au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix », critères explicitement énoncés par le testament d’Alfred Nobel.

A la décharge des partisans de cette récompense, on a pu se poser les mêmes questions à propos de la plupart des lauréats – dont le CV n’avait souvent qu’un rapport assez vague avec les dernières volontés de l’inventeur de la dynamite. Certes, le jury du Prix a parfois touché juste quand il distinguait d’ex-belligérants plus ou moins réconciliés (Sadate-Begin, Perès-Rabin-Arafat, Le Duc Tho-Kissinger Mandela-De Klerk).

Hélas, le plus souvent, il a mis les dix millions de couronnes suédoises à côté de la plaque : soit en récompensant des militants non pas de la paix mondiale, mais des droits de l’Homme (Albert Schweitzer, Martin Luther King, Mère Teresa, Aung San Suu Kyi…) ; ou pire encore, comme cela semble être la mode ces dernières années, en primant d’improbables responsables associatifs comme le controversial documentariste Al Gore, l’écologiste kenyanne Wangari Muta Maathai ou la féministe iranienne Chirine Ebadi.

On pourra m’objecter que, justement, compte tenu de cette dérive récente, pourquoi pas Ingrid ? Eh bien, parce qu’Ingrid doit uniquement sa notoriété mondiale à son statut de victime. C’est un peu comme si l’on remettait la médaille du Mérite au rescapé de la noyade plutôt qu’au sauveteur. Le jury Nobel a lui aussi le droit d’être dans l’air du temps.

NB : En me documentant, j’ai découvert quelqu’un qui avait réellement mérité son Prix Nobel de la Paix : Andreï Sakharov. Mais peut-être pas, pour les raisons exposées par les jurés en 1975. Si Sakharov est à mes yeux le lauréat idéal, c’est pour avoir, dans les années 1950, doté l’URSS de la bombe H, et donc rétabli l’équilibre de la terreur avec les USA : la Paix mondiale lui doit beaucoup.

Brève reconductible

1

Tollé général à gauche et chez les syndicats après que Nicolas Sarkozy s’est félicité samedi, lors du conseil national de l’UMP, que « désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit ». Il est clair que le plus haut magistrat de l’Etat aurait plus avisé d’éviter cette provocation et de s’en tenir aux faits. Ce qui était fastoche avec une déclaration du genre : « Quand il y a une manif pour les 35 heures, au PS, personne ne s’en aperçoit. »

La belle et les bêtes

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Pour résumer la dureté des sévices endurés pendant ses six années de captivité, Ingrid Betancourt a eu recours à une formule choc : « Je n’aurais pas donné le traitement que j’ai reçu à un animal. » Ce qui laisse entendre qu’en deçà de certaines limites on peut maltraiter, mais raisonnablement, une pauvre petite bête sans défense… Que fait la SPA ?

Tous orphelins d’Ingrid Betancourt !

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Cela fait comme un grand vide, semblable à celui que laissent les enfants le jour où ils quittent la maison familiale. Notre martyre binationale Ingrid Betancourt a, elle, retrouvé le sien, de foyer. Oui, mais elle laisse des millions d’orphelin(e)s de sa cause, qui n’ont plus personne à plaindre, le soir, au creux de leur lit quand ils ont le cafard, ni d’argument pour faire manger les enfants rétifs ( « Tu sais, Ingrid, au fond de la jungle, elle aimerait bien avoir ta part de saucisse purée… »).

Cela finit par se savoir : les héros modernes sont les victimes et la France d’aujourd’hui a besoin d’exercer en permanence la compassion, sentiment noble qui vous classe parmi les paladins des droits de l’homme et renforce l’estime de soi. Jadis on célébrait d’autres genres de héros : les guerriers intrépides, les pionniers aventureux, les génies de la science en marche. On se plaisait à jadis admirer, alors qu’aujourd’hui on prend son pied à se lamenter.

Dans la catégorie victime hors-classe, Ingrid Betancourt avait toutes les caractéristiques d’un bon produit: femme, jeune, moderne (famille recomposée), écologiste, amie des puissants mais n’oubliant jamais les pauvres.

Un temps, Florence Aubenas lui fit quelque ombrage: la journaliste au sourire d’ange était parvenue à mobiliser les affects de ses confrères, qui remuèrent ciel et terre pour que l’opinion publique contraigne le gouvernement à la racheter contre monnaie sonnante et trébuchante. Mais Florence Aubenas a eu l’élégance de se faire discrète, enfouie quelque part dans les locaux du Nouvel Observateur, laissant la martyre sud-américaine s’afficher en majesté sur les frontons de quelques grandes mairies de France.

Il est naturellement hors de propos, grossier voire indigne de se demander s’il était de bonne politique étrangère de faire quelques bonnes manières au dictateur vénézuélien Hugo Chavez pour qu’il aille convaincre ses amis des FARC de rendre l’icône à ses adorateurs. Comme il est impensable, ne serait-ce que de suggérer que la méthode britannique en matière de traitement des affaires d’otages pourrait avoir quelque vertu: on ne négocie jamais, mais on n’oublie jamais non plus de châtier les criminels, dès que l’on en a la possibilité, avec ou sans jugement. Quelques citoyens britanniques y ont, hélas, laissé leur vie, mais cela a fini par se savoir, et les preneurs d’otages moyen-orientaux se sont rabattus sur les Français et les Italiens réputés bankables.

Conscient qu’une nation sans grande cause victimaire risque de se pencher sur ses propres malheurs, voire de lui en faire porter la responsabilité, Nicolas Sarkozy a bien suggéré au peuple de reporter ses affects sur le jeune Gilad Shalit, soldat franco-israélien otage du Hamas depuis plus de deux ans. Quelque chose me dit que cela ne va pas marcher.

Comment surnager avec 600 € par mois

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Les JT ou la presse écrite, par l’enchaînement des reportages ou la logique de mise en page, conduisent parfois à des rapprochements un peu bizarres. Quoique on en ait pris l’habitude, de temps en temps cela nous fait encore sursauter. C’est ce qui m’est arrivé dimanche 6 juillet. Sur sa une, le Parisien s’attaque sous le titre « 1 million de piscines sous surveillance » au grave problème estival qu’est la sécurité de piscines privées. Quelques centimètres à droite et vers le bas, le journal fait un appel de une vers un autre article : « Les astuces de Rebecca pour vivre avec 600 € par mois. »
Les journalistes du Parisien, qui ont le fait le voyage en Haute-Savoie, ont été parfaitement reçus par Madame Rebecca Ohanian. Certes, elle est pauvre mais, au moins, elle n’a pas peur que ses invités se noient. A 75 ans et avec 600 € par mois, un souci de moins, ce n’est quand même pas rien.

Roméo et Jules

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Dis, comment on fait les enfants ? A l’heure du droit à la filiation pour tous, revendiqué dans une admirable tribune publiée dans Le Monde, ça va devenir coton pour les parents de répondre à cette question (qui n’était déjà pas si simple avant). Autant qu’ils le sachent : ils devront faire attention à ce qu’ils disent. Et aussi à ce qu’ils font. Ils doivent cesser d’inculquer de scandaleux préjugés hétéro-centristes à leurs rejetons. Et existe-t-il un environnement plus hétéro-centré qu’un homme et une femme qui décident d’avoir des enfants… ensemble ? Le résultat, on le connaît : au collège, nombre de ces enfants pensent encore (ou déjà) que les humains sont issus de l’accouplement d’un homme et d’une femme. Serge (homo, bi, trans ou lesbienne, on ne saurait trancher car Serge pourrait être une femme qui a choisi un prénom trans, méfions-nous de nos préjugés), Serge donc, 37 ans, prof de sciences éco dans le centre de la France, déplore dans Libération que les préjugés de ses élèves soient très « hétéro-centrés » : « On se marie pour la vie, devant le prêtre, l’union libre ce n’est pas une famille. » Ils sont carrément réacs, ces chers bambins dont on attend qu’ils précèdent le réel en mouvement. Voilà comment une éducation orientée perpétue la domination de l’antique modèle familial et fournit à l’Ecole des contingents d’élèves qui offrent un terrain favorable à l’homophobie.

Ce scandale doit cesser. En conséquence, le problème de l’Ecole aujourd’hui n’est ni la violence, ni le niveau, ni la destitution des professeurs (et des bons élèves qualifiés au mieux de bouffons), mais la survivance du vieil ordre hétéro-centré homophobe dont les Français, consultés par sondage, réclament massivement la disparition, mais qui, ne nous voilons pas la face, subsiste encore sous forme d’injure de cours de récré. C’est dire si les organisateurs de la « Marche des fiertés » lesbienne, homo, trans et bi, comme on dit désormais sans rigoler, ont vu juste en plaçant la dernière édition sous le signe de l’homophobie à l’Ecole. Faut dire qu’il n’y a pas de quoi rire : alors que l’homosexualité doit encore se cacher en France, on ne se plaindra pas qu’un jour par an, elle ose descendre dans la rue.

On ne peut que se féliciter que cette grande cause mobilise les grands médias et même le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos qui a accordé un entretien à Libération. Comme chaque année, le quotidien a accompagné la Gay Pride en publiant, toute la semaine précédant l’événement, des analyses de cet inquiétant phénomène (pas la Gay Pride, bande d’ânes, l’homophobie). Certes, à en croire Darcos, les violences homophobes représentent moins de 1 % du total. « Mais il s’agit de signalements, non de la réalité, précise-t-il. L’homophobie est une attitude, elle crée un climat et ne s’exprime pas forcément par des violences. Il est en outre toujours un peu compliqué de la dénoncer. L’omerta sur tout cela est toujours présente. » On imagine combien Darcos doit se sentir mal à l’aise au sein d’un gouvernement qui, selon les signataires du texte déjà cité, pratique une « homophobie d’Etat », pendant naturel de la xénophobie d’Etat que l’on sait. Ils savent que le projet d’union civile du chef de l’Etat est un leurre destiné, en fait, à interdire aux homosexuels « l’accès à la filiation ». Quant à ceux qui osent émettre des doutes sur l’homoparentalité, non pas au sot prétexte que deux hommes ou deux femmes (ou deux trans) seraient incapables d’élever un enfant, mais parce que dire à un enfant qu’il a deux pères serait un mensonge et un mensonge anthropologique, ils ne font que tenter de camoufler leur homophobie primaire.

L’une des solutions qui, malheureusement n’a pas été retenue, tant sur ces questions la frilosité est de mise dans la France sarkozyste, serait de retirer aux parents les plus dangereusement hétéro-centrés l’éducation de leurs enfants pour la confier à des couples insoupçonnables de tels penchants. Et certains de ces derniers sont très demandeurs.

Euro 2008 : on est les champions

1

Selon Eurostat, l’inflation dans la zone euro s’élèverait à 4 % sur un an en juin 2008, après avoir connu un record en mai à 3,7 %. La tendance inflationniste est la plus forte depuis 1999, année de création de la zone euro. Pire encore, elle n’avait jamais été aussi élevée depuis vingt ans dans l’ensemble des pays de la zone. Heureusement, Jean-Claude Trichet veille et l’on sait qu’à moins de 2 % d’inflation et avec un euro fort tout va bien !

La Douairière aux valeurs

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Ce tableau de Jacques de Lohr est représentatif de ce que fut l’école de Lille au XVe siècle. Premier cas avéré de socialisme historique en peinture, la Douairière aux valeurs est tenue pour être la Mona Lisa des Ch’tis. Le sourire en moins.
Nous remercions M. Bertrand Delanoë (Paris Plage) de nous avoir confié ce tableau, pièce maîtresse de la rétrospective Jacques de Lhor qui se tiendra à l’Hôtel de Ville de Paris en janvier 2009 (salon Grace Kelly).

Jacques de Lohr, La Douairière aux valeurs. Huile sur toile, 1535, Musée de la barquette de frites, Euralille.

Google rend-il gogol ?

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The Atlantic Monthly, la prestigieuse revue de la côte Est, s’interroge en Une : « Google rend-il stupide ? » Et de s’interroger sur la place croissante, chez les analystes comme chez les jeunes journalistes, que tient désormais le moteur de recherche dans « l’exploration de la réalité ». Dans les écoles de journalisme, de Paris à Lille, on sait en effet que le premier réflexe des jeunes diplômés sortant d’une conférence de rédaction est d’aller immédiatement googoliser leur sujet.

Les « trahisons » d’Ingrid Betancourt

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Mais qu’allait-elle s’extraire de cette galère ? Libre, Ingrid Betancourt est en train de tout gâcher. Ses adorateurs les plus éclairés ont été profondément désorientés par ses déclarations. Pour l’heure, un flot de communiqués submerge encore écrans et kiosques. Mais passées les festivités de la Libération (la sienne, pas la blague de 1944…), la question ne manquera pas d’être posée : l’icône a-t-elle trahi ses fidèles ?

Il était tard dans la nuit et dans la jungle – colombienne qui plus est. On pouvait donc, on devait même, mettre sur le compte d’une joie pour le moins hallucinée ses premiers mots : « Accompagnez-moi d’abord pour remercier Dieu et la Vierge ! » Ce qui fut fait, amen. Radieuse et déterminée, l’otage la plus célèbre au monde voulu dire ensuite toute sa gratitude aux militaires : « Merci à l’armée de ma patrie ! » Après le goupillon, le sabre… Nul doute que, de Libération à Charlie Hebdo, la « victoire » aura pris, cette nuit-là, un goût quelque peu saumâtre.

Mais le meilleur, c’est-à-dire le pire, était encore à venir. Bien vite, en effet, l’aile alter mondialiste de l’église voyait, à son tour, le calice présenté à ses lèvres : non seulement le gouvernement colombien avait invité le candidat John McCain, afin qu’il fût aux premières loges au moment de la libération des otages (dont trois Américains), mais de surcroît on apprenait que des experts yankees – et peut-être même israéliens ! – avaient participé aux préparatifs de l’opération. Ainsi donc, celle qui sur l’autel de « la gauche de la gauche » se logeait gracilement entre Michael Moore, Mumia Abu-Jamal et le Che, était libérée au plus grand profit du candidat de la famille Bush. « Doux Jésus ! », s’est-on étranglé dans les rangs du NPA.

Au siège du Parti socialiste, on peut au contraire imaginer un silence assourdissant quand « Ingrid » remercia le Diable avec la même ferveur qu’elle avait remercié le bon Dieu : « Je veux dire merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi… » Et ce dernier, entourés des enfants de « Maman » et de ses proches de triompher modestement, en soulignant le rôle qu’il estimait avoir tenu, « au nom de la France », dans cet heureux dénouement. Puis, toujours « au nom des Français », il embrassait par satellite la belle captive dont toute la nation attendait le retour. Satisfaction supplémentaire pour le chef de l’Etat mû en chef d’orchestre : il s’offrait le luxe de saluer les efforts de Hugo Chavez – et pan ! pour Le Monde Diplo –, du chanteur Renaud, et du ci-devant french doctor et ministre d’ouverture, Bernard Kouchner. Après avoir difficilement dégluti, car de Colombie ne nous viennent pas des couleuvres mais des boas, la direction du PS sacrifia cependant au rituel du communiqué : chacun alla donc de sa déclaration, disant sa tantôt « joie », tantôt sa « fierté ». Mais le coup (médiatique) était fichtrement rude. Trop pour Ségolène Royale : « Tout le monde le sait, c’est une opération colombienne rondement menée. (…) En l’occurrence, Nicolas Sarkozy n’a été absolument pour rien dans cette libération. » Inutile. Et trop tard. Rien n’empêcherait le Président d’accueillir « Ingrid » à son arrivée à Paris, ni cette dernière de lui tomber dans les bras devant les caméras. Embrassons-nous, Libreville !

Grâces à Dieu, à l’armée et au bien-aimé Sarkozy ? En vérité, je vous le dis, la libération d’Ingrid Betancourt ne pouvait être plus proche du cauchemar pour la gauche. Enfin, à bien y réfléchir, si : elle pourrait maintenant accepter une mission internationale à la demande du Président. Ou entrer dans son gouvernement. Bref, camarades, il va falloir chercher ailleurs des raisons de rêver et d’espérer. Et se trouver une autre icône. Voyons… Barack Obama ? Pourquoi pas. Le temps que les médias se souviennent qu’il n’a jamais cessé d’échanger des compliments admiratifs avec un certain Nicolas Sarkozy.