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Halde là !

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Il y a quelques jours, l’exquis causeur Marcel Meyer a attiré mon attention sur un rapport de la Halde concernant les manuels scolaires. La première chose que j’ai faite, cela a été bien sûr de le télécharger, ensuite de le lire puis, au bout de la troisième page, je suis retourné sur le site de la Halde pour voir, à tout hasard, si ce rapport n’avait pas été publié un premier avril. Comme ce n’était pas le cas, j’ai ensuite vérifié que j’étais bien sur le site de la Halde, qu’il ne s’agissait pas d’un pastiche particulièrement sophistiqué dont Basile de Koch m’aurait caché l’existence. Là encore, je confirme, pas de canular possible. La vraie Halde a bien commandité, publié et avalisé un vrai rapport intitulé : Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires. Un rapport qui n’a pas été enfoui au fond d’un tiroir mais, au contraire, a permis à cette « hautoto » de faire une série de recommandations officielles. Un rapport de 200 pages que j’ai lu avec attention et – c’est une litote – incrédulité. Un rapport qui m’a amené à penser que le problème n’est pas tant du côté des manuels scolaires, mais de la Halde elle-même. Mon diagnostic est simple : cette Haute Autorité-là est une maison de fous, qu’il faut faire évacuer immédiatement par la force publique.

Pour ceux qui croient que j’exagère, et qui n’auraient pas le temps ou les nerfs pour s’embourber cet interminable pensum (heureusement égayé par une flopée de barbarismes et de fautes d’orthographe), j’ai pensé que le plus simple était de rester « près de la copie » en sélectionnant sujet par sujet – donc discrimination par discrimination –, les constats et recommandations des experts mandatés par la Halde.

Tout d’abord quel est l’objet exact de ce rapport ? Les auteurs nous l’expliquent dès la première page, avec leurs mots à eux, auxquels, je vous préviens, il faudra bien vous habituer si vous voulez aller au bout de cet article : « Ce document constitue le rapport final de l’étude sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires, commandée par la Halde et réalisée par l’Université Paul Verlaine, de Metz. Cette recherche comprend trois approches : juridique, cognitive et socio-psychologique. Cette dernière approche expose les résultats à propos de la place des femmes, des minorités visibles, des personnes en situation de handicap, des personnes homosexuelles et des seniors, dans les manuels scolaires. Chaque chapitre se conclue (sic) par des recommandations spécifiques à chaque approche et à chaque critère. »

Oui, oui, je sais, comme moi vous avez pensé, « Verlaine, que de crimes commet-on en ton nom ». Mais c’est hors-sujet : vous n’échapperez pas au listage des abominations que recèlent nos livres de classe.

Sans doute par galanterie, les auteurs ont commencé par les femmes. Figurez-vous que ça ne peut plus durer ! Je cite : « Dans les manuels d’histoire-géographie, elles apparaissent comme « icône ou emblème » (Marianne, déesses grecques ou romaines, etc.) ou comme « fille de »
ou « femme de » (Joséphine de Beauharnais) ou « mère de » (Létizia, mère de Napoléon) ou entourées d’enfants en représentation de la famille bourgeoise ou en séductrices. » Et c’est pire en littérature : « Les auteures représentent moins de 10 % du corpus des documents dans les manuels de français. » À mon avis, ce dernier constat est encore en deçà de la vérité, car nombre de ces 10 % d’auteures, à l’instar de la Marquise de Sévigné ou de Madame de Lafayette, se sont contentées de reproduire servilement l’idéologie phallocrate dominante.

Esch bin a Elsaesser

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Pourquoi Obama a-t-il de grandes oreilles ? C’est parce qu’il est alsacien, bien sûr ! C’est en tout cas ce que la commune bas-rhinoise de Bischwiller revendique : le président américain descendrait par sa mère de la famille Gutknescht, qui émigra aux Etats-Unis en 1749. On comprend mieux à présent pourquoi le président Bush a failli être victime d’un bretzel fatal en janvier 2002 : c’était un coup de la grand-mère Obama !

Halte au clientélisme mémoriel !

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L’ennui, avec les rapports commandés par les gouvernements pour les aider à trancher (ou à ne pas trancher) les questions épineuses, ce sont les fuites. Le scénario est connu. Quelques journalistes futés ou manipulés par ceux que les mesures préconisées insupportent publient sous forme de « scoop » quelques extraits habilement choisis du document. Dans l’heure qui suit, avant même d’avoir pris connaissance d’un texte où l’argumentation est aussi importante, sinon plus, que les conclusions, ceux qui s’estiment lésés montent au créneau médiatique pour enjoindre le pouvoir d’ouvrir un tiroir bien profond et d’y enfouir à jamais ces propositions infâmes.

L’étude sur la réforme des commémorations nationales, confiée par l’Elysée à une commission présidée par le professeur André Kaspi, n’a pas échappé à la règle. Alors que le rapport ne devait être rendu public que mercredi 12 novembre, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel, et le président du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, ont enclenché la marche arrière avant même que le débat public ait eu la moindre chance de se développer. Ainsi va, chez nous, la démocratie, que l’on pourra qualifier de plombière, puisque le gouvernement passe son temps à colmater des fuites dont l’origine est aussi variée que mystérieuse.

Cela serait d’autant plus dommage que, pour une fois, une commission de « sages » s’affranchissait de la langue de bois usuelle pour aller droit au but et proposer une ligne claire : « Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre des commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiple les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes, car ce serait affaiblir la conscience nationale », peut-on lire dans la conclusion du rapport. Il dénonce également « le clientélisme ou le communautarisme mémoriel qui provoque des revendications nouvelles et incessantes ». En conséquence, il est proposé de réduire de douze[1. Actuellement, il y a en avril la journée de la déportation (1954), le 8 mai la victoire de 1945 (1981), le 10 mai l’abolition de l’esclavage (2001), le deuxième dimanche de mai la fête nationale de Jeanne d’Arc (1920), le 8 juin l’hommage aux morts d’Indochine (2005), le 17 juin l’hommage à Jean Moulin (c’est un usage), le 18 juin l’appel du général de Gaulle (2006), le 14 juillet la Fête nationale (1880), le 16 juillet l’hommage aux Justes de France (2000), le 25 septembre l’hommage aux harkis (2003), le 11 novembre l’armistice de 1918 (1922), le 5 décembre l’hommage aux morts de la guerre d’Algérie (2003).] à trois – 8 mai, 14 juillet et 11 novembre – les jours où l’ensemble de la nation serait invitée à se rassembler autour de souvenirs partagés et de valeurs communes. André Kaspi et ses commissionnaires parlent d’or et désignent en creux, car ce sont des gens courtois et bien élevés, le principal responsable de cette inflation de journées commémoratrices : Jacques Chirac, qui, entre 2000 et 2006 en a doublé le nombre !

Surtout, il a insidieusement introduit dans l’esprit public l’idée qu’il existe un droit des minorités à faire assumer la mémoire des souffrances subies dans un passé plus ou moins lointain par l’ensemble de la communauté française. Quant à ceux qui ne se revendiquent d’aucune autre appartenance que nationale, ils ne sauraient échapper à un incontournable devoir de repentance transgénérationnel. Le repentir collectif ad vitam aeternam est une injonction perverse qui soulage ceux qui ont, individuellement, commis des crimes sous couvert de l’Etat. Le problème est qu’elle impose aux générations qui n’ont rien à voir avec ces agissements un fardeau moral aussi insupportable que le poids de la dette économique contractée par des ascendants jouisseurs.

Il est cependant plus difficile de supprimer l’une de ces journées que d’en créer une : à la première tentative, les groupes concernés, du moins ceux qui s’en prétendent les porte-paroles, ne manqueront pas de pousser les haut-cris, et de menacer les responsables de leurs foudres électorales. Dans la configuration actuelle, il apparaîtrait en outre injuste de fermer le portillon à ceux qui estiment remplir les critères de victimisation suffisante pour l’obtention d’une journée spécifiques : Tsiganes, Vendéens et Occitans héritiers des Cathares ont déjà leur dossier tout prêt…

C’est pourquoi la méthode Kaspi est la seule courageuse et porteuse de clarification créatrice: en redonnant du contenu et du faste aux trois grandes journées nationales, on fera plus pour l’intégration des citoyens de toutes origines qu’en donnant une aumône symbolique à ceux qui gémissent sans cesse. Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent.

Infirmative action

Entre la « race » et la « classe », le nouveau président des Etats-Unis a fait son choix : en matière de lutte contre les discriminations, ce sont les plus pauvres, quelle que soit leur origine, qu’il faut aider. Et eux seuls. Du coup, ses deux filles noires « privilégiées par la vie » (selon lui) ne bénéficieront pas de l’affirmative action version Obama. A l’entrée d’Harvard, par exemple, elles devraient donc logiquement être discriminées en faveur de jeunes blancs défavorisés. Funny, isn’it ?

Chine : vers le grand bond en arrière ?

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Le pire est devant nous. Comme en 1929. Et, au-delà de la récession qui nous est promise, certains pays, à commencer par la Chine, pourraient devenir de véritables poudrières politiques et sociales. En effet, on a tendance à l’oublier mais les plus graves conséquences de l’effondrement financier d’octobre 1929 n’ont pas été économiques mais politiques et géostratégiques. Rappelons que dix ans après le krach à Wall Street, les soldats de la Wehrmacht envahissaient la Pologne et qu’à la même époque leurs alliés japonais étendaient leur emprise sur la Chine.

En plein ralentissement, l’économie chinoise subit déjà les premiers contrecoups de la baisse de la consommation aux Etats-Unis, principal acheteur de ses produits. La chute de la monnaie chinoise par rapport au dollar, effet direct de la crise, a eu pour conséquence la fermeture de plusieurs usines. Comme le rapporte Le Monde, des milliers de fabricants de jouets et de chaussures de la province de Canton ont déjà mis la clé sous la porte. Il y a quelques mois déjà, l’avenir économique de cette province semblait sombre, et l’on estimait que 20.000 des 70.000 usines hongkongaises de la région ne passeraient pas l’année. Ces secteurs à faible valeur ajoutée dont la prospérité est fondée sur une monnaie sous-évaluée et les subventions de l’Etat, sont en train de subir un choc violent. « L’atelier du père Noël » est en panne et l’annonce par Adidas, la marque de sport numéro un en Chine, de son intention de délocaliser la production sous d’autres cieux, montre à quel point le navire prend l’eau. Dans ce climat, même les entrepreneurs qui ne subissent pas – pour le moment – une détérioration de leur environnement anticipent une évolution négative et ralentissent leur investissement. Résultat, entre juin et septembre, le PIB chinois a enregistré une hausse de 9 % en rythme annuel, le plus bas niveau trimestriel depuis 2003.

Beijing, qui dispose grâce à sa trésorerie d’une grande marge de manœuvre, tente de stimuler la consommation intérieure dans l’espoir qu’elle prendra le relais des exportations. Reste à savoir comment réagira le consommateur chinois qui a vu ses économies partir en fumée dans la dégringolade des marchés financiers.

Or, la Chine est politiquement et culturellement mal équipée pour affronter de tels problèmes. Ses coffres sont peut-être mieux garnis que ceux de la France ou des Etats-Unis, mais elle n’a ni les traditions, ni les institutions adaptées à une gestion non violente des rapports sociaux en temps de crise. L’Occident a mis presque deux siècles à développer des « amortisseurs » ; la Chine, qui découvre la nature cyclique de l’économie du marché, peine à s’y mettre. Prenons l’exemple du cadastre : peut-on imaginer une économie saine sans un système fiable d’enregistrement de la propriété foncière et des hypothèques ? Or, non seulement il n’existe pas en Chine de « propriété totalement privée » mais on ne peut pas accéder au cadastre, d’ailleurs récent et imparfait. L’acheteur ne peut devenir propriétaire que des murs et il prend d’énormes risques. En cas d’erreur, il ne peut espérer qu’un dédommagement dérisoire. Si l’on ajoute que, durant les années fastes, le robinet du crédit hypothécaire a été grand ouvert, et que les décisions en matière de crédit obéissent le plus souvent à des critères partisans, on comprend que la crise des subprimes pourrait faire pâle figure à côté de celle qui risque de secouer le secteur en Chine.

Autre point noir, qui empoisonne la vie des investisseurs étrangers depuis des années, le système judiciaire. Comment et devant quelle instance peut-on contester ou faire respecter un contrat ? Tribunaux et barreaux manquent de compétences et de bases jurisprudentielles. La législation sur les sociétés, et surtout sur la faillite, laisse franchement à désirer. Bref, on a le sentiment que le régime chinois n’est pas plus sourcilleux en matière de droit commercial que sur les droits de l’homme. Ainsi est-il impossible d’accéder au China law blog à partir de serveurs chinois. Autant dire que les taux de croissance à deux chiffres dont on s’est tant émerveillé ont maquillé une réalité beaucoup moins chatoyante.

Mais ces déficiences, déjà graves pour une économie en plein ralentissement, sont dérisoires comparées à l’absence presque totale de mécanismes de dialogue social. Ce qui, chez nous, dissuade des employés licenciés de lyncher leur patron, brûler sa voiture et piller ses bureaux, c’est, plus que la menace des forces de l’ordre, le vague sentiment que le système est légitime et, qu’en fin de compte, l’Etat ne les laissera pas tomber. Ils peuvent entamer une épreuve de force par la grève, intenter une action juridique et même donner une dimension politique à leur lutte. Ils peuvent exprimer leur colère dans des manifestations. S’ils ne vont pas trop loin, ils peuvent compter sur une certaine indulgence. Rien de tout cela en Chine. Le droit du travail y est embryonnaire, la presse muselée et, en l’absence de syndicats indépendants et de partis pluralistes, la voie de la résistance légale est quasiment fermée. Comment les Chinois se feront-ils entendre quand arriveront les premières vagues de licenciements massifs ? Comment fera le gouvernement pour canaliser la révolte ? Il leurs restera la bonne vieille recette des années 1930 : désigner un ennemi, marteler un récit dans lequel la Nation est la victime d’une trahison honteuse… Malgré le récent réchauffement de relations entre Beijing et Taipeh, si j’étais taïwanais, je tremblerais. Et si j’étais dirigeant du parti communiste chinois, j’ouvrirais tout de suite un compte à l’UBS.

Patrick Lozès

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Président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) Patrick Lozès s’entretient avec Elisabeth Lévy pour Causeur.fr, Chloë Leprince pour Rue89.com et Samuel Laurent pour LeFigaro.fr. Une émission présentée par David Abiker.

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Ils sont partout

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Ils sont partout, même quand on ne les voit pas. Cette « race » dixit Renan, avec ses écrivains, musiciens, scientifiques et Nobel en tous genres, suscite aussi souvent la haine que la jalousie. Et si jamais un homme – quel que soit son pays ou sa religion – s’élève au-dessus du lot par ses exploits, vous pouvez être sûr que, tôt au tard, quelqu’un suggérera que le sang de cette race-là coule dans ses veines. Dernier exemple en date : à peine élu, on murmure que Barack Obama aurait, lui aussi, des ancêtres français.

Pierre Péan n’est pas raciste !

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Nous apprenons avec soulagement que Pierre Péan et son éditeur Claude Durand viennent d’être relaxés par la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.
L’affaire que nous avions évoquée ici il y a un mois et portait sur Noires fureurs, blancs menteurs (Fayard, 2005), un livre écrit par l’enquêteur sur les massacres inter-ethniques rwandais était à la fois pénible et curieuse.

Pénible parce qu’il n’est jamais agréable de voir des gens aussi insoupçonnables que Péan et Durand traînés devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale. La cour a balayé cette infamie d’une relaxe pure et simple (tout comme l’accusation conjointe de diffamation) et c’est très bien comme ça.

Mais l’affaire était aussi curieuse, et à plus d’un titre. C’est SOS-Racisme qui est à l’origine de la campagne anti-Péan, puis du procès qui s’en est suivi, constamment soutenue et relayée par l’UEJF, l’Union des Etudiants Juifs de France. On se serait attendu à ce que l’Etat rwandais, très attaché à réécrire de façon univoque l’histoire des massacres de 1994 et du rôle supposé de la France dans l’affaire, aurait été partie prenante au procès ou aurait au moins téléguidé, comme cela se fait couramment, une association croupion pour se faire représenter. Cela n’a pas été le cas ou, plutôt, c’est SOS qui tenait ce rôle.

Quant à l’UEJF, on a beau savoir qu’elle entretient des relations plus qu’étroites avec SOS-Racisme, et donc, de fait, avec certains dirigeants du PS, on se demande vraiment ce qu’elle allait faire dans cette aventure. Ou plutôt on se le demandait jusqu’au 2 septembre dernier, date à laquelle son ancien président Benjamin Abtan, s’est livré à un exercice particulièrement abject devant le tribunal. Nous sommes au deuxième jour du procès et Benjamin Abtan pense avoir trouvé l’arme absolue contre Péan et Durand. Il déclare avoir tenté de remplacer le mot « tutsi » par « juif » dans l’ouvrage de Pierre Péan, et n’avoir pu s’empêcher de faire le lien avec Mein Kampf. D’après l’AFP l’ancien président de l’UEJF, a par ailleurs affirmé avoir rencontré des rescapés des massacres rwandais qui étaient saisis de peur à l’évocation du nom de Pierre Péan, « une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler l’effet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah ».

Voilà donc à quoi servait l’UEJF dans ce dispositif : à exciper de sa raison sociale juive pour poser l’équation : Rwanda = Shoah, et donc Péan = négationniste = raciste. Partant de là, la cour savait ce qui lui restait à faire… On sait que le tribunal a préféré ramener ces accusations à de plus justes proportions, c’est-à-dire à néant.

N’empêche, ces procédés inqualifiables, de banalisation, d’instrumentalisation et quasiment de prostitution de la Shoah, en disent long sur la moralité de leurs auteurs et la bêtise ne saurait être une circonstance atténuante. Elles en disent long aussi sur la contre productivité absolue d’une certaine hystérie mémorielle et judiciaire, dont l’extinction n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, dans cette affaire, SOS-Racisme a annoncé son intention de faire appel. Une déclaration un rien imprudente, à mon avis, au vu du dossier, Dominique Sopo et ses amis feraient mieux d’en rester là, et c’est sûrement ce qu’ils feront, même s’ils affirment pour l’instant l’inverse.

Ce ne serait pas la première fois que SOS-Racisme fait l’exact contraire de ce qu’elle dit vouloir faire, comme le prouve amplement son seul nom…

Noires fureurs, blancs menteurs: Rwanda 1990/1994

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Pyrénées atlantistes

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Selon nos confrères de Libération, François Bayrou aurait déclaré : « L’élection de Barack Obama est une porte qui s’ouvre dans un mur. » Le président du Modem devrait se méfier avant de se réjouir : n’est-il pas au courant que le nouveau président américain entend supprimer le programme Echelon, plus connu sous le nom des « Grandes Oreilles » ? Selon Le Figaro, François Bayrou aurait rajouté : « Après le désastre des années Bush, l’élection de Barack Obama fait que le monde respire mieux. » Il a raison, mais ce n’est pas politique qu’il aurait dû faire, le Béarnais déchainé, c’est ORL.

L’homme sans qualité

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C’est le lot des nations qui se rappellent, en soufflant les bougies du gâteau, qu’un jour elles écrivaient l’histoire : la France aime les anniversaires. On commémore, on se souvient, on évoque, on remémore et on ressasse, on exerce son devoir de remembrance, on se repasse le film et on joue les remake. Les années où l’on n’a pas d’abattis suffisamment présentables à exposer au Panthéon, on se contente d’accrocher un brin de Vergissmeinnicht à sa boutonnière patriotique. L’odeur des chrysanthèmes nous est tellement montée à la tête qu’on ne se demande même plus pourquoi Victor Hugo écrivait dans Quatre-Vingt-Treize ce qui depuis cinq mille ans constitue la sagesse des nations : « Quel bienfaiteur pour l’humanité qu’un distributeur d’oubli ! » Et l’on se reprend de ces mauvaises idées. On se sniffe discretos un stick de naphtaline. Y a pas à dire, ça requinque.

Rien qu’en 2008 – et l’année n’est pas finie –, on aura donc fêté le quarantième anniversaire de mai 68, le cinquantième anniversaire de ce qui reste de la Ve République, le quatre-vingt-dixième anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, sans compter le trentième anniversaire de la mort de Jacques Brel et le quarante-cinquième de celle d’Edith Piaf… Cette effervescence commémorative nous aurait presque fait oublier que 2008 est aussi l’année du quatre-vingt-dixième anniversaire de l’inscription de Gaston Monnerville au barreau de Toulouse. Manquerait plus que ça !

Ah, Gaston Monnerville ! Président du Conseil de la République, devenu le Sénat en 1959, il est resté pendant vingt-deux ans le deuxième personnage de l’Etat. Un record historique ! Un record d’autant plus époustouflant qu’il présida la Haute Assemblée sous les deux septennats du général de Gaulle tout en étant l’un des adversaires les plus acharnés du chef de l’Etat. C’est Monnerville qui en 1962 accusa Georges Pompidou de « forfaiture », avant de dénoncer le « viol de la Constitution » par le général de Gaulle… On connaît la suite et la réponse du général : « On ne viole pas sa femme. » Tante Yvonne, toujours consentante ?

Il n’en reste pas moins qu’alors que François Mitterrand s’essuyait encore le lait qui lui perlait du nez Gaston Monnerville avait une légitimité incontestable. Il était venu à la politique dans les années 1930 avant d’être nommé secrétaire d’Etat sous le Front populaire. Durant la guerre, il avait rejoint les maquis du Cantal, devenant l’une des figures de la résistance auvergnate. C’était l’un des plus brillants orateurs politiques de la République, de la trempe d’un Gambetta ou d’un Jaurès, et, surtout, l’un des tacticiens dont l’habileté à la manœuvre aurait fait passer le cardinal Mazarin pour le premier sciocco venu.

Monnerville avait du talent. Il avait du panache – ce qui jamais ne gâche rien. Il avait du courage – ce qui relève du miracle chez un radical. Et voilà toute la différence entre Gaston Monnerville et Patrick Lozes : le premier avait du cran, le second le préside. Je suis bête et vous prie de m’excuser d’avoir omis de mentionner une chose : Monnerville était noir. Sur l’échelle Gobineau de la diversité, qui s’étend du gris pâle au noir profond, Monnerville était très coloré. Plus coloré en tout cas que Barack Obama. Et, puisque le temps en est à célébrer le culte des origines et de la pigmentation cutanée, Monnerville était guyanais et petit-fils d’esclave. Le voilà outé.

Tandis que chaque jour pendant vingt-deux ans deux huissiers endimanchés d’une queue-de-pie mal ajustée accompagnaient Gaston Monnerville jusqu’au Plateau, tiraient vers l’arrière son fauteuil afin qu’il pût s’asseoir et déclarer d’un ton solennel l’ouverture de la séance, rappelant au règlement ministres et sénateurs, négociant au forceps l’ordre du jour de la Haute Assemblée avec le gouvernement, les Gaston Monnerville états-uniens avaient le choix de baisser la tête quand ils croisaient un white anglo-saxon protestant ou d’exceller en jazz pour se casser des States et émigrer dans les caves germanopratines. Quand le chauffeur de la présidence du Sénat ouvrait la porte de la DS républicaine à notre Gaston national afin qu’il puisse bien se caler au fond des sièges, outre-Atlantique on indiquait à Rosa Parks que sa place était là-bas, au fond du bus.

Ce n’est qu’une différence bien maigre, puisqu’elle tient essentiellement à l’usage des transports collectifs ou privés, mais cela fait toute la différence. Si personne pendant vingt-deux ans ne s’est inquiété, dans cette France moisie, réputée raciste et négrophobe, qu’un homme tel que Gaston Monnerville fût le deuxième personnage de l’Etat, c’est que son talent et sa valeur balayaient à des rangs subsidiaires toute autre forme de considération. Pour résumer d’un point de vue strictement gaulliste : Monnerville était beaucoup plus emmerdeur que noir… N’est-ce pas ce qui compte en politique ?

Je veux bien que Patrick Lozes, président du Cran (Conseil représentatif des associations noires), profite de l’élection de Barack Obama pour réclamer en France un président noir – nous en avons eu quelques-uns de marron, ça ne va pas nous changer beaucoup – et oublie au passage que son propre père Gabriel avait eu, lui, le talent, de se faire élire sénateur sous la IVe République. Les Etats-Unis découvrent seulement aujourd’hui qu’en politique la couleur de la peau ne fait pas tout (et ils vont, dans les prochains mois s’en rendre compte encore davantage). Après avoir abandonné il y a tout juste quarante ans leur odieuse politique ségrégationniste, nos amis américains découvrent ce qu’ici nous connaissons depuis près de quatre siècles, quand ce Rital de Giulio Mazarino conduisait la France de Louis XIII à des succès diplomatiques et militaires dont les effets se font encore sentir aujourd’hui (les traités de Westphalie n’ouvrent-ils pas l’ère de la politique moderne ?).

Malraux, dont la propension à broyer du noir accompagnait au fil des ans sa soif à devenir de plus en plus brun, a établi définitivement le programme de la modernité politique dans Les Noyers de l’Altenburg : « L’homme est ce qu’il fait. » Qu’on nous objecte que les Etats-Unis aient inventé et mis en place l’affirmative action quand la France se contentait de tenter de faire vivre le modèle républicain relève du plus malfaisant révisionnisme historique. D’abord, parce que la France pratique l’affirmative action depuis bien plus longtemps que les Etats-Unis : le système redistributif qu’est, par exemple, la Sécurité sociale est le parangon de toute discrimination positive (on donne plus à ceux qui ont moins)… On peut reprocher beaucoup de choses à notre vieux pays, mais jamais la France n’a pratiqué l’apartheid et n’a fait de la pigmentation cutanée un fait institutionnel : au nom de quoi devrait-elle aujourd’hui réparer une faute dont elle n’est pas entachée mais que les Américains, eux, ont commise ? Catholiste, je suis assez favorable à la repentance et à la correction fraternelle. En tout lieu, en tout temps, mais pas à la place des autres.

Halde là !

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Il y a quelques jours, l’exquis causeur Marcel Meyer a attiré mon attention sur un rapport de la Halde concernant les manuels scolaires. La première chose que j’ai faite, cela a été bien sûr de le télécharger, ensuite de le lire puis, au bout de la troisième page, je suis retourné sur le site de la Halde pour voir, à tout hasard, si ce rapport n’avait pas été publié un premier avril. Comme ce n’était pas le cas, j’ai ensuite vérifié que j’étais bien sur le site de la Halde, qu’il ne s’agissait pas d’un pastiche particulièrement sophistiqué dont Basile de Koch m’aurait caché l’existence. Là encore, je confirme, pas de canular possible. La vraie Halde a bien commandité, publié et avalisé un vrai rapport intitulé : Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires. Un rapport qui n’a pas été enfoui au fond d’un tiroir mais, au contraire, a permis à cette « hautoto » de faire une série de recommandations officielles. Un rapport de 200 pages que j’ai lu avec attention et – c’est une litote – incrédulité. Un rapport qui m’a amené à penser que le problème n’est pas tant du côté des manuels scolaires, mais de la Halde elle-même. Mon diagnostic est simple : cette Haute Autorité-là est une maison de fous, qu’il faut faire évacuer immédiatement par la force publique.

Pour ceux qui croient que j’exagère, et qui n’auraient pas le temps ou les nerfs pour s’embourber cet interminable pensum (heureusement égayé par une flopée de barbarismes et de fautes d’orthographe), j’ai pensé que le plus simple était de rester « près de la copie » en sélectionnant sujet par sujet – donc discrimination par discrimination –, les constats et recommandations des experts mandatés par la Halde.

Tout d’abord quel est l’objet exact de ce rapport ? Les auteurs nous l’expliquent dès la première page, avec leurs mots à eux, auxquels, je vous préviens, il faudra bien vous habituer si vous voulez aller au bout de cet article : « Ce document constitue le rapport final de l’étude sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires, commandée par la Halde et réalisée par l’Université Paul Verlaine, de Metz. Cette recherche comprend trois approches : juridique, cognitive et socio-psychologique. Cette dernière approche expose les résultats à propos de la place des femmes, des minorités visibles, des personnes en situation de handicap, des personnes homosexuelles et des seniors, dans les manuels scolaires. Chaque chapitre se conclue (sic) par des recommandations spécifiques à chaque approche et à chaque critère. »

Oui, oui, je sais, comme moi vous avez pensé, « Verlaine, que de crimes commet-on en ton nom ». Mais c’est hors-sujet : vous n’échapperez pas au listage des abominations que recèlent nos livres de classe.

Sans doute par galanterie, les auteurs ont commencé par les femmes. Figurez-vous que ça ne peut plus durer ! Je cite : « Dans les manuels d’histoire-géographie, elles apparaissent comme « icône ou emblème » (Marianne, déesses grecques ou romaines, etc.) ou comme « fille de »
ou « femme de » (Joséphine de Beauharnais) ou « mère de » (Létizia, mère de Napoléon) ou entourées d’enfants en représentation de la famille bourgeoise ou en séductrices. » Et c’est pire en littérature : « Les auteures représentent moins de 10 % du corpus des documents dans les manuels de français. » À mon avis, ce dernier constat est encore en deçà de la vérité, car nombre de ces 10 % d’auteures, à l’instar de la Marquise de Sévigné ou de Madame de Lafayette, se sont contentées de reproduire servilement l’idéologie phallocrate dominante.

Esch bin a Elsaesser

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Pourquoi Obama a-t-il de grandes oreilles ? C’est parce qu’il est alsacien, bien sûr ! C’est en tout cas ce que la commune bas-rhinoise de Bischwiller revendique : le président américain descendrait par sa mère de la famille Gutknescht, qui émigra aux Etats-Unis en 1749. On comprend mieux à présent pourquoi le président Bush a failli être victime d’un bretzel fatal en janvier 2002 : c’était un coup de la grand-mère Obama !

Halte au clientélisme mémoriel !

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L’ennui, avec les rapports commandés par les gouvernements pour les aider à trancher (ou à ne pas trancher) les questions épineuses, ce sont les fuites. Le scénario est connu. Quelques journalistes futés ou manipulés par ceux que les mesures préconisées insupportent publient sous forme de « scoop » quelques extraits habilement choisis du document. Dans l’heure qui suit, avant même d’avoir pris connaissance d’un texte où l’argumentation est aussi importante, sinon plus, que les conclusions, ceux qui s’estiment lésés montent au créneau médiatique pour enjoindre le pouvoir d’ouvrir un tiroir bien profond et d’y enfouir à jamais ces propositions infâmes.

L’étude sur la réforme des commémorations nationales, confiée par l’Elysée à une commission présidée par le professeur André Kaspi, n’a pas échappé à la règle. Alors que le rapport ne devait être rendu public que mercredi 12 novembre, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel, et le président du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, ont enclenché la marche arrière avant même que le débat public ait eu la moindre chance de se développer. Ainsi va, chez nous, la démocratie, que l’on pourra qualifier de plombière, puisque le gouvernement passe son temps à colmater des fuites dont l’origine est aussi variée que mystérieuse.

Cela serait d’autant plus dommage que, pour une fois, une commission de « sages » s’affranchissait de la langue de bois usuelle pour aller droit au but et proposer une ligne claire : « Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre des commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiple les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes, car ce serait affaiblir la conscience nationale », peut-on lire dans la conclusion du rapport. Il dénonce également « le clientélisme ou le communautarisme mémoriel qui provoque des revendications nouvelles et incessantes ». En conséquence, il est proposé de réduire de douze[1. Actuellement, il y a en avril la journée de la déportation (1954), le 8 mai la victoire de 1945 (1981), le 10 mai l’abolition de l’esclavage (2001), le deuxième dimanche de mai la fête nationale de Jeanne d’Arc (1920), le 8 juin l’hommage aux morts d’Indochine (2005), le 17 juin l’hommage à Jean Moulin (c’est un usage), le 18 juin l’appel du général de Gaulle (2006), le 14 juillet la Fête nationale (1880), le 16 juillet l’hommage aux Justes de France (2000), le 25 septembre l’hommage aux harkis (2003), le 11 novembre l’armistice de 1918 (1922), le 5 décembre l’hommage aux morts de la guerre d’Algérie (2003).] à trois – 8 mai, 14 juillet et 11 novembre – les jours où l’ensemble de la nation serait invitée à se rassembler autour de souvenirs partagés et de valeurs communes. André Kaspi et ses commissionnaires parlent d’or et désignent en creux, car ce sont des gens courtois et bien élevés, le principal responsable de cette inflation de journées commémoratrices : Jacques Chirac, qui, entre 2000 et 2006 en a doublé le nombre !

Surtout, il a insidieusement introduit dans l’esprit public l’idée qu’il existe un droit des minorités à faire assumer la mémoire des souffrances subies dans un passé plus ou moins lointain par l’ensemble de la communauté française. Quant à ceux qui ne se revendiquent d’aucune autre appartenance que nationale, ils ne sauraient échapper à un incontournable devoir de repentance transgénérationnel. Le repentir collectif ad vitam aeternam est une injonction perverse qui soulage ceux qui ont, individuellement, commis des crimes sous couvert de l’Etat. Le problème est qu’elle impose aux générations qui n’ont rien à voir avec ces agissements un fardeau moral aussi insupportable que le poids de la dette économique contractée par des ascendants jouisseurs.

Il est cependant plus difficile de supprimer l’une de ces journées que d’en créer une : à la première tentative, les groupes concernés, du moins ceux qui s’en prétendent les porte-paroles, ne manqueront pas de pousser les haut-cris, et de menacer les responsables de leurs foudres électorales. Dans la configuration actuelle, il apparaîtrait en outre injuste de fermer le portillon à ceux qui estiment remplir les critères de victimisation suffisante pour l’obtention d’une journée spécifiques : Tsiganes, Vendéens et Occitans héritiers des Cathares ont déjà leur dossier tout prêt…

C’est pourquoi la méthode Kaspi est la seule courageuse et porteuse de clarification créatrice: en redonnant du contenu et du faste aux trois grandes journées nationales, on fera plus pour l’intégration des citoyens de toutes origines qu’en donnant une aumône symbolique à ceux qui gémissent sans cesse. Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent.

Infirmative action

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Entre la « race » et la « classe », le nouveau président des Etats-Unis a fait son choix : en matière de lutte contre les discriminations, ce sont les plus pauvres, quelle que soit leur origine, qu’il faut aider. Et eux seuls. Du coup, ses deux filles noires « privilégiées par la vie » (selon lui) ne bénéficieront pas de l’affirmative action version Obama. A l’entrée d’Harvard, par exemple, elles devraient donc logiquement être discriminées en faveur de jeunes blancs défavorisés. Funny, isn’it ?

Chine : vers le grand bond en arrière ?

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Le pire est devant nous. Comme en 1929. Et, au-delà de la récession qui nous est promise, certains pays, à commencer par la Chine, pourraient devenir de véritables poudrières politiques et sociales. En effet, on a tendance à l’oublier mais les plus graves conséquences de l’effondrement financier d’octobre 1929 n’ont pas été économiques mais politiques et géostratégiques. Rappelons que dix ans après le krach à Wall Street, les soldats de la Wehrmacht envahissaient la Pologne et qu’à la même époque leurs alliés japonais étendaient leur emprise sur la Chine.

En plein ralentissement, l’économie chinoise subit déjà les premiers contrecoups de la baisse de la consommation aux Etats-Unis, principal acheteur de ses produits. La chute de la monnaie chinoise par rapport au dollar, effet direct de la crise, a eu pour conséquence la fermeture de plusieurs usines. Comme le rapporte Le Monde, des milliers de fabricants de jouets et de chaussures de la province de Canton ont déjà mis la clé sous la porte. Il y a quelques mois déjà, l’avenir économique de cette province semblait sombre, et l’on estimait que 20.000 des 70.000 usines hongkongaises de la région ne passeraient pas l’année. Ces secteurs à faible valeur ajoutée dont la prospérité est fondée sur une monnaie sous-évaluée et les subventions de l’Etat, sont en train de subir un choc violent. « L’atelier du père Noël » est en panne et l’annonce par Adidas, la marque de sport numéro un en Chine, de son intention de délocaliser la production sous d’autres cieux, montre à quel point le navire prend l’eau. Dans ce climat, même les entrepreneurs qui ne subissent pas – pour le moment – une détérioration de leur environnement anticipent une évolution négative et ralentissent leur investissement. Résultat, entre juin et septembre, le PIB chinois a enregistré une hausse de 9 % en rythme annuel, le plus bas niveau trimestriel depuis 2003.

Beijing, qui dispose grâce à sa trésorerie d’une grande marge de manœuvre, tente de stimuler la consommation intérieure dans l’espoir qu’elle prendra le relais des exportations. Reste à savoir comment réagira le consommateur chinois qui a vu ses économies partir en fumée dans la dégringolade des marchés financiers.

Or, la Chine est politiquement et culturellement mal équipée pour affronter de tels problèmes. Ses coffres sont peut-être mieux garnis que ceux de la France ou des Etats-Unis, mais elle n’a ni les traditions, ni les institutions adaptées à une gestion non violente des rapports sociaux en temps de crise. L’Occident a mis presque deux siècles à développer des « amortisseurs » ; la Chine, qui découvre la nature cyclique de l’économie du marché, peine à s’y mettre. Prenons l’exemple du cadastre : peut-on imaginer une économie saine sans un système fiable d’enregistrement de la propriété foncière et des hypothèques ? Or, non seulement il n’existe pas en Chine de « propriété totalement privée » mais on ne peut pas accéder au cadastre, d’ailleurs récent et imparfait. L’acheteur ne peut devenir propriétaire que des murs et il prend d’énormes risques. En cas d’erreur, il ne peut espérer qu’un dédommagement dérisoire. Si l’on ajoute que, durant les années fastes, le robinet du crédit hypothécaire a été grand ouvert, et que les décisions en matière de crédit obéissent le plus souvent à des critères partisans, on comprend que la crise des subprimes pourrait faire pâle figure à côté de celle qui risque de secouer le secteur en Chine.

Autre point noir, qui empoisonne la vie des investisseurs étrangers depuis des années, le système judiciaire. Comment et devant quelle instance peut-on contester ou faire respecter un contrat ? Tribunaux et barreaux manquent de compétences et de bases jurisprudentielles. La législation sur les sociétés, et surtout sur la faillite, laisse franchement à désirer. Bref, on a le sentiment que le régime chinois n’est pas plus sourcilleux en matière de droit commercial que sur les droits de l’homme. Ainsi est-il impossible d’accéder au China law blog à partir de serveurs chinois. Autant dire que les taux de croissance à deux chiffres dont on s’est tant émerveillé ont maquillé une réalité beaucoup moins chatoyante.

Mais ces déficiences, déjà graves pour une économie en plein ralentissement, sont dérisoires comparées à l’absence presque totale de mécanismes de dialogue social. Ce qui, chez nous, dissuade des employés licenciés de lyncher leur patron, brûler sa voiture et piller ses bureaux, c’est, plus que la menace des forces de l’ordre, le vague sentiment que le système est légitime et, qu’en fin de compte, l’Etat ne les laissera pas tomber. Ils peuvent entamer une épreuve de force par la grève, intenter une action juridique et même donner une dimension politique à leur lutte. Ils peuvent exprimer leur colère dans des manifestations. S’ils ne vont pas trop loin, ils peuvent compter sur une certaine indulgence. Rien de tout cela en Chine. Le droit du travail y est embryonnaire, la presse muselée et, en l’absence de syndicats indépendants et de partis pluralistes, la voie de la résistance légale est quasiment fermée. Comment les Chinois se feront-ils entendre quand arriveront les premières vagues de licenciements massifs ? Comment fera le gouvernement pour canaliser la révolte ? Il leurs restera la bonne vieille recette des années 1930 : désigner un ennemi, marteler un récit dans lequel la Nation est la victime d’une trahison honteuse… Malgré le récent réchauffement de relations entre Beijing et Taipeh, si j’étais taïwanais, je tremblerais. Et si j’étais dirigeant du parti communiste chinois, j’ouvrirais tout de suite un compte à l’UBS.

Patrick Lozès

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Président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) Patrick Lozès s’entretient avec Elisabeth Lévy pour Causeur.fr, Chloë Leprince pour Rue89.com et Samuel Laurent pour LeFigaro.fr. Une émission présentée par David Abiker.

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Ils sont partout

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Ils sont partout, même quand on ne les voit pas. Cette « race » dixit Renan, avec ses écrivains, musiciens, scientifiques et Nobel en tous genres, suscite aussi souvent la haine que la jalousie. Et si jamais un homme – quel que soit son pays ou sa religion – s’élève au-dessus du lot par ses exploits, vous pouvez être sûr que, tôt au tard, quelqu’un suggérera que le sang de cette race-là coule dans ses veines. Dernier exemple en date : à peine élu, on murmure que Barack Obama aurait, lui aussi, des ancêtres français.

Pierre Péan n’est pas raciste !

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Nous apprenons avec soulagement que Pierre Péan et son éditeur Claude Durand viennent d’être relaxés par la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.
L’affaire que nous avions évoquée ici il y a un mois et portait sur Noires fureurs, blancs menteurs (Fayard, 2005), un livre écrit par l’enquêteur sur les massacres inter-ethniques rwandais était à la fois pénible et curieuse.

Pénible parce qu’il n’est jamais agréable de voir des gens aussi insoupçonnables que Péan et Durand traînés devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale. La cour a balayé cette infamie d’une relaxe pure et simple (tout comme l’accusation conjointe de diffamation) et c’est très bien comme ça.

Mais l’affaire était aussi curieuse, et à plus d’un titre. C’est SOS-Racisme qui est à l’origine de la campagne anti-Péan, puis du procès qui s’en est suivi, constamment soutenue et relayée par l’UEJF, l’Union des Etudiants Juifs de France. On se serait attendu à ce que l’Etat rwandais, très attaché à réécrire de façon univoque l’histoire des massacres de 1994 et du rôle supposé de la France dans l’affaire, aurait été partie prenante au procès ou aurait au moins téléguidé, comme cela se fait couramment, une association croupion pour se faire représenter. Cela n’a pas été le cas ou, plutôt, c’est SOS qui tenait ce rôle.

Quant à l’UEJF, on a beau savoir qu’elle entretient des relations plus qu’étroites avec SOS-Racisme, et donc, de fait, avec certains dirigeants du PS, on se demande vraiment ce qu’elle allait faire dans cette aventure. Ou plutôt on se le demandait jusqu’au 2 septembre dernier, date à laquelle son ancien président Benjamin Abtan, s’est livré à un exercice particulièrement abject devant le tribunal. Nous sommes au deuxième jour du procès et Benjamin Abtan pense avoir trouvé l’arme absolue contre Péan et Durand. Il déclare avoir tenté de remplacer le mot « tutsi » par « juif » dans l’ouvrage de Pierre Péan, et n’avoir pu s’empêcher de faire le lien avec Mein Kampf. D’après l’AFP l’ancien président de l’UEJF, a par ailleurs affirmé avoir rencontré des rescapés des massacres rwandais qui étaient saisis de peur à l’évocation du nom de Pierre Péan, « une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler l’effet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah ».

Voilà donc à quoi servait l’UEJF dans ce dispositif : à exciper de sa raison sociale juive pour poser l’équation : Rwanda = Shoah, et donc Péan = négationniste = raciste. Partant de là, la cour savait ce qui lui restait à faire… On sait que le tribunal a préféré ramener ces accusations à de plus justes proportions, c’est-à-dire à néant.

N’empêche, ces procédés inqualifiables, de banalisation, d’instrumentalisation et quasiment de prostitution de la Shoah, en disent long sur la moralité de leurs auteurs et la bêtise ne saurait être une circonstance atténuante. Elles en disent long aussi sur la contre productivité absolue d’une certaine hystérie mémorielle et judiciaire, dont l’extinction n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, dans cette affaire, SOS-Racisme a annoncé son intention de faire appel. Une déclaration un rien imprudente, à mon avis, au vu du dossier, Dominique Sopo et ses amis feraient mieux d’en rester là, et c’est sûrement ce qu’ils feront, même s’ils affirment pour l’instant l’inverse.

Ce ne serait pas la première fois que SOS-Racisme fait l’exact contraire de ce qu’elle dit vouloir faire, comme le prouve amplement son seul nom…

Noires fureurs, blancs menteurs: Rwanda 1990/1994

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Pyrénées atlantistes

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Selon nos confrères de Libération, François Bayrou aurait déclaré : « L’élection de Barack Obama est une porte qui s’ouvre dans un mur. » Le président du Modem devrait se méfier avant de se réjouir : n’est-il pas au courant que le nouveau président américain entend supprimer le programme Echelon, plus connu sous le nom des « Grandes Oreilles » ? Selon Le Figaro, François Bayrou aurait rajouté : « Après le désastre des années Bush, l’élection de Barack Obama fait que le monde respire mieux. » Il a raison, mais ce n’est pas politique qu’il aurait dû faire, le Béarnais déchainé, c’est ORL.

L’homme sans qualité

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C’est le lot des nations qui se rappellent, en soufflant les bougies du gâteau, qu’un jour elles écrivaient l’histoire : la France aime les anniversaires. On commémore, on se souvient, on évoque, on remémore et on ressasse, on exerce son devoir de remembrance, on se repasse le film et on joue les remake. Les années où l’on n’a pas d’abattis suffisamment présentables à exposer au Panthéon, on se contente d’accrocher un brin de Vergissmeinnicht à sa boutonnière patriotique. L’odeur des chrysanthèmes nous est tellement montée à la tête qu’on ne se demande même plus pourquoi Victor Hugo écrivait dans Quatre-Vingt-Treize ce qui depuis cinq mille ans constitue la sagesse des nations : « Quel bienfaiteur pour l’humanité qu’un distributeur d’oubli ! » Et l’on se reprend de ces mauvaises idées. On se sniffe discretos un stick de naphtaline. Y a pas à dire, ça requinque.

Rien qu’en 2008 – et l’année n’est pas finie –, on aura donc fêté le quarantième anniversaire de mai 68, le cinquantième anniversaire de ce qui reste de la Ve République, le quatre-vingt-dixième anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, sans compter le trentième anniversaire de la mort de Jacques Brel et le quarante-cinquième de celle d’Edith Piaf… Cette effervescence commémorative nous aurait presque fait oublier que 2008 est aussi l’année du quatre-vingt-dixième anniversaire de l’inscription de Gaston Monnerville au barreau de Toulouse. Manquerait plus que ça !

Ah, Gaston Monnerville ! Président du Conseil de la République, devenu le Sénat en 1959, il est resté pendant vingt-deux ans le deuxième personnage de l’Etat. Un record historique ! Un record d’autant plus époustouflant qu’il présida la Haute Assemblée sous les deux septennats du général de Gaulle tout en étant l’un des adversaires les plus acharnés du chef de l’Etat. C’est Monnerville qui en 1962 accusa Georges Pompidou de « forfaiture », avant de dénoncer le « viol de la Constitution » par le général de Gaulle… On connaît la suite et la réponse du général : « On ne viole pas sa femme. » Tante Yvonne, toujours consentante ?

Il n’en reste pas moins qu’alors que François Mitterrand s’essuyait encore le lait qui lui perlait du nez Gaston Monnerville avait une légitimité incontestable. Il était venu à la politique dans les années 1930 avant d’être nommé secrétaire d’Etat sous le Front populaire. Durant la guerre, il avait rejoint les maquis du Cantal, devenant l’une des figures de la résistance auvergnate. C’était l’un des plus brillants orateurs politiques de la République, de la trempe d’un Gambetta ou d’un Jaurès, et, surtout, l’un des tacticiens dont l’habileté à la manœuvre aurait fait passer le cardinal Mazarin pour le premier sciocco venu.

Monnerville avait du talent. Il avait du panache – ce qui jamais ne gâche rien. Il avait du courage – ce qui relève du miracle chez un radical. Et voilà toute la différence entre Gaston Monnerville et Patrick Lozes : le premier avait du cran, le second le préside. Je suis bête et vous prie de m’excuser d’avoir omis de mentionner une chose : Monnerville était noir. Sur l’échelle Gobineau de la diversité, qui s’étend du gris pâle au noir profond, Monnerville était très coloré. Plus coloré en tout cas que Barack Obama. Et, puisque le temps en est à célébrer le culte des origines et de la pigmentation cutanée, Monnerville était guyanais et petit-fils d’esclave. Le voilà outé.

Tandis que chaque jour pendant vingt-deux ans deux huissiers endimanchés d’une queue-de-pie mal ajustée accompagnaient Gaston Monnerville jusqu’au Plateau, tiraient vers l’arrière son fauteuil afin qu’il pût s’asseoir et déclarer d’un ton solennel l’ouverture de la séance, rappelant au règlement ministres et sénateurs, négociant au forceps l’ordre du jour de la Haute Assemblée avec le gouvernement, les Gaston Monnerville états-uniens avaient le choix de baisser la tête quand ils croisaient un white anglo-saxon protestant ou d’exceller en jazz pour se casser des States et émigrer dans les caves germanopratines. Quand le chauffeur de la présidence du Sénat ouvrait la porte de la DS républicaine à notre Gaston national afin qu’il puisse bien se caler au fond des sièges, outre-Atlantique on indiquait à Rosa Parks que sa place était là-bas, au fond du bus.

Ce n’est qu’une différence bien maigre, puisqu’elle tient essentiellement à l’usage des transports collectifs ou privés, mais cela fait toute la différence. Si personne pendant vingt-deux ans ne s’est inquiété, dans cette France moisie, réputée raciste et négrophobe, qu’un homme tel que Gaston Monnerville fût le deuxième personnage de l’Etat, c’est que son talent et sa valeur balayaient à des rangs subsidiaires toute autre forme de considération. Pour résumer d’un point de vue strictement gaulliste : Monnerville était beaucoup plus emmerdeur que noir… N’est-ce pas ce qui compte en politique ?

Je veux bien que Patrick Lozes, président du Cran (Conseil représentatif des associations noires), profite de l’élection de Barack Obama pour réclamer en France un président noir – nous en avons eu quelques-uns de marron, ça ne va pas nous changer beaucoup – et oublie au passage que son propre père Gabriel avait eu, lui, le talent, de se faire élire sénateur sous la IVe République. Les Etats-Unis découvrent seulement aujourd’hui qu’en politique la couleur de la peau ne fait pas tout (et ils vont, dans les prochains mois s’en rendre compte encore davantage). Après avoir abandonné il y a tout juste quarante ans leur odieuse politique ségrégationniste, nos amis américains découvrent ce qu’ici nous connaissons depuis près de quatre siècles, quand ce Rital de Giulio Mazarino conduisait la France de Louis XIII à des succès diplomatiques et militaires dont les effets se font encore sentir aujourd’hui (les traités de Westphalie n’ouvrent-ils pas l’ère de la politique moderne ?).

Malraux, dont la propension à broyer du noir accompagnait au fil des ans sa soif à devenir de plus en plus brun, a établi définitivement le programme de la modernité politique dans Les Noyers de l’Altenburg : « L’homme est ce qu’il fait. » Qu’on nous objecte que les Etats-Unis aient inventé et mis en place l’affirmative action quand la France se contentait de tenter de faire vivre le modèle républicain relève du plus malfaisant révisionnisme historique. D’abord, parce que la France pratique l’affirmative action depuis bien plus longtemps que les Etats-Unis : le système redistributif qu’est, par exemple, la Sécurité sociale est le parangon de toute discrimination positive (on donne plus à ceux qui ont moins)… On peut reprocher beaucoup de choses à notre vieux pays, mais jamais la France n’a pratiqué l’apartheid et n’a fait de la pigmentation cutanée un fait institutionnel : au nom de quoi devrait-elle aujourd’hui réparer une faute dont elle n’est pas entachée mais que les Américains, eux, ont commise ? Catholiste, je suis assez favorable à la repentance et à la correction fraternelle. En tout lieu, en tout temps, mais pas à la place des autres.