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Et mourir de jouer…

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C’est à ce genre de choses qu’on mesure à quel point notre époque devient d’une étonnante stupidité et surtout, montre beaucoup moins d’élégance et de grandeur dans des débordements qui ont toujours existé. A part Paul Morand, dans Hécate et ses chiens, peu d’écrivains se sont intéressés à ces femmes attirées par les adolescents.

Le phénomène existe pourtant et l’on se souvient de l’affaire Gabrielle Russier, cette professeur de philo qui se suicida après le scandale provoqué par ses amours avec l’un de ses élèves. Cela donna à André Cayatte l’occasion de faire un solide film à thèse qualité France comme il en avait l’habitude, à Charles Aznavour de chanter l’inoubliable « Mourir d’aimer » et au président Pompidou de citer, de manière improvisée, Paul Eluard pendant une conférence de presse.

Un fait divers semblable vient de se produire quarante ans plus tard entre une femme de trente trois ans et un ado de 15 ans. Ils n’ont pas éprouvé une attirance irrésistible l’un pour l’autre en discutant du Banquet de Platon mais en jouant en ligne à Call of duty, la star des jeux de guerre en vidéo et en chattant sur MSN. Les parents du mineur ont porté plainte. On attend donc le film de Luc Besson, la chanson de Justin Bieber et une citation présidentielle de Luc Ferry sur l’amour. Le pire, sans doute, dans cette histoire, c’est que les deux tourtereaux ne se sont jamais rencontrés dans la vie réelle et que tout s’est limité à quelques photos dénudées. O tempora, o mores !

Mauvais Pastiche à Marseille

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la boutique du campus UMP 2011 (image : UMP Photos)

À écouter les radios et les télés depuis deux jours, on a l’impression que la guerre civile est déclarée à l’UMP et que le « campus » du parti majoritaire, jamboree pour jeunes militants à T-shirts ridicules qui s’est tenu à Marseille ce week-end, s’est mué en bataille de la Marne. Et que Fillon a été plus applaudi que Copé, et que Raffarin a fait du boudin pour une histoire de TVA (finalement mort-née) sur le Futuroscope. Et que Devedjian a dit dans la presse qu’il avait des doutes sur le pré-programme présidentiel, sans oublier Rachida Dati qui ne lâche rien sur la Mairie de Paris, bref, l’enfer en plus chaud.

Un beau bordel à neuf mois de la présidentielle, soulignent donc en chœur les commentateurs avisés. Comme si face au PS qui se serait déchiré à la Rochelle, « en dépit d’une photo de famille avec tous les candidats à la primaire » (dans le texte), il fallait absolument proclamer que la droite est en lambeaux pour les mêmes raisons. Voici donc venu le temps du parallélisme des formes politiques, un peu comme si l’équité prônée par le CSA avait dégénéré en traitement identique pour les deux camps.

Pourtant il y avait mieux à faire à Marseille que ce mauvais pastiche de la Rochelle, car la droite majoritaire est bel et bien balkanisée. Mais pas pour les raisons énoncées dans les médias. Malgré les petites grognasseries qui ne manqueront pas d’apparaître dans les semaines à venir, elle devrait s’aligner comme un seul homme derrière Nicolas Sarkozy, qui même aux tréfonds de la popularité, reste la meilleure chance de victoire à la présidentielle donc l’assurance – ou en tout cas l’espoir raisonnable – pour un paquet d’élus, fussent-ils chafouins, de retrouver un siège de député en juin prochain.

Jean-Pierre, François, Jean-François, Rachida et les autres : combien de divisions ?

Mais passons les divisions en revue. Raffarin, vexé, joue les rebelles car le Président aurait eu des mots durs à son endroit et qu’en plus on voulait taxer son parcs d’attraction. Il aurait même menacé de ne plus aller au petit déjeuner rituel de la majorité – quelle terrible menace ! Avant de revenir sur sa décision et, à Marseille, d’animer comme si de rien sa table ronde sur la crise financière. La belle affaire ! Alors certes, Raffarin, a été Premier ministre de la France (si, si). Il doit peser un peu au Sénat (oui, oui) et dans la Vienne. Mais quelle est la force de frappe réelle de Raffarin? Qui connaît Monsieur Raffarin, à part ses électeurs et poitevins et quelques amis députés des Républicains sociaux (ou un truc approchant) ? Pouvoir de nuisance ? Quasi nul. Pouvoir d’occupation médiatique? Assez grand. Au moins toute la journée du samedi.

Venons-en au cas Patrick Devedjian. Lequel ne cache pas qu’il est en fort mauvais termes avec le chef de l’Etat, surtout depuis que celui-ci s’est mis en tête de faire régner son fils sur les Hauts de Seine. Il critique le non-projet de l’UMP ? C’est un non-événement, il a dit bien pire depuis trois ans, y compris lorsqu’il était ministre de la Relance. Pouvoir de nuisance ? Sans doute non nul, mais autolimité car Devedjian n’a aucune envie de prendre la tête d’une croisade anti-sarkozyste. Pouvoir d’occupation médiatique ? Limité aussi, encore que les journalistes n’hésitent jamais à l’appeler. Quand il décroche, on est sur d’avoir son lot de vacheries, agrémenté de quelques analyses pertinentes.

Copé qui fait la tête à Fillon, c’est plus sérieux. Ils ne s’aiment guère. Un peu comme s’ils se voyaient rivaux pour 2017. Et il est indubitable que les militants ont plus applaudi le Premier ministre que le Secrétaire général de l’UMP. Pas vraiment un scoop, ni même une surprise. Arrogant comme pas deux, Copé ne se laisse pas tellement aimer : même quand il fait des blagues, on a l’impression qu’il vous gifle. Et bien qu’il fasse des efforts, on sent qu’il trouve tout le monde moins intelligent que lui. Pas étonnant qu’à l’applaudimètre, ça rende moins. Je me demande même si le but actuel de Copé est d’être populaire. Il va attendre de lancer sa candidature pour la présidentielle de 2017 pour essayer ça. Pouvoir de nuisance ? Pas nul, après tout, si Copé traîne les pieds ou fait du zèle, la campagne peut mal se passer. Mais a-t-il vraiment envie qu’on dise qu’il est coresponsable de la défaite ? Pouvoir d’occupation médiatique ? Immense, ça fait des jolies images, les sourires crispés.

Enfin, Rachida Dati trépignerait très fort pour être la candidate de l’UMP aux législatives dans le VIIème et aux municipales dans tout Paris. Il parait qu’elle embarrasse l’Elysée. Il semble plutôt qu’elle énerve à en croire les échos dans lesquels ses bons amis laissent entendre anonymement qu’il faut « qu’elle se méfie, à demander tout, tout le temps ». Bien. La presse l’oppose aussi souvent à Fillon qui aurait des vues sur les mêmes territoires, une fois Matignon derrière lui. Ne sont-ce pas pour l’instant purs fantasmes journalistico-militants ? En vérité, personne n’en sait rien. Ce qu’on sait c’est que Dati en veut, et que oui, elle peut être terriblement casse-pieds. Pouvoir de nuisance: je dirai nul, elle a encore moins d’amis et mille fois moins de féaux que Copé. Pouvoir d’occupation médiatique: immense, Dati est super à la télé et sur papier glacé.

Les querelles sont bruyantes à gauche, silencieuses à droite

Alors, combien de divisions ? Rien d’irréparable si on s’en tient aux faits. Mais – et c’est peut-être rassurant – de véritables fractures idéologiques, comme au PS et, tiens tiens, sur les mêmes sujets. Par exemple sur certaines options stratégiques qui arrivent dans deux jours à l’Assemblée, pour combler le déficit de la France et sauver le graal du Triple A. Mais même les députés qui préféreraient autre chose que des ravaudages de dernière minute n’auront pas le courage de gueuler longtemps et s’en tiendront, pour l’essentiel, à quelques petites phrases balancées dans les couloirs.

Bien sûr, Borloo et ses amis monteront au créneau. Et on va criera à la division de la droite, turlututu chapeau pointu. Là encore, relativisons, les centristes vont faire monter les enchères et tenter de se différencier, logique. La vérité, c’est que, hors de l’écime d’un week-end, la division est silencieuse à droite, alors qu’elle est bruyante à gauche. Question de rapport à l’autorité sans doute.

L’année passée, on nous a fait le coup du choc des titans, Bertrand/Copé, qui se passaient dans la douleur les commandes du parti majoritaire. Personne n’ignore qu’ils se sont toujours détestés, mais ça a amusé la galerie pendant trois jours, comme le probable remplacement de Fillon par MAM ou Borloo (encore que dans ce dernier cas, l’insoutenable suspense a traîné, souvenez-vous, c’était il y a un an). Pendant ce temps, on a raté les débuts de l’OPA idéologique de la Droite populaire sur le groupe majoritaire à l’Assemblée, et bien d’autres choses si ça se trouve. Là, je ne sais pas ce qu’on rate, mais on ne devrait pas tarder à le voir apparaître façon Lettre volée lors du débat budgétaire. Peu importe, puisqu’on vous dit que Rachida est à cran et Devedjian pas content.

USA : les statisticiens ne chôment pas

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Suite aux très mauvais chiffres du marché du travail américain, le site Business Insider a recensé quelques faits majeurs, qui corroborent un état de lieux plutôt sombre, jugez par vous-même :

Deux millions de chômeurs sont déjà en fin de droits après avoir bénéficié d’allocations pendant 99 semaines. Aux Etats-Unis, il n’y pas de RMI…

Le nombre d’emplois dans l’économie américaine est identique à celui d’il y a dix ans: en une décennie le marché du travail affiche donc une croissance zéro, du jamais vu depuis que ces statistiques existent.

Dans le scénario le plus optimiste, le marché du travail ne retrouvera pas son niveau de 2008 – début de la crise – avant 2013. Or, à ce moment-là, la population américaine aura augmenté de 5%.

En 2010, un poste sur quatre créé aux Etats-Unis était temporaire.

Ramené au taux de participation au marché du travail de 2000, le chômage aujourd’hui serait de 13% et non pas 9.1%.

En trois ans de crise, le nombre d’employés âgé de plus de 55 ans a augmenté de 8%.

Depuis 1998 L’industrie américaine a perdu 3 millions de postes.

L’industrie automobile perdrait 10% de ses postes d’ici 2020. Dans le textile, ce serait encore pire : 57% des emplois seraient amenés à s’évaporer…

C’est un bien triste « labor day » (« fête du travail ») que les Américains célèbrent aujourd’hui…

Neuillygate contre Marseillegate

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Jacques Chirac, lorsqu’il n’était pas encore sous la tutelle implacable de son épouse, avait parfois quelques bonnes formules pour décrire les événements de la vie politique française. Il constatait ainsi, non sans pertinence, que si l’on jette de la merde dans un ventilateur, beaucoup de gens risquent d’être éclaboussés, même parmi ceux qui n’étaient pas directement visés par ce nauséabond attentat aux bonne mœurs.
Or, il semble que cette rentrée politique, éditoriale et médiatique nous incite à nous mettre à couvert car le volume de matière fécale disponible et le diamètre du ventilateur sont de taille XXL.

Au Monde, à Libération et dans la bobo-gauchosphère, on s’indigne à grand bruit des mauvaises manières de la DCRI (le contre-espionnage français), qui a espionné le relevé de communications téléphoniques (les dites « fadettes ») du journaliste du Monde Gérard Davet, qui enquêtait en 2010 sur l’affaire Woerth-Bettencourt. C’est par ce biais que les pandores sont remontés jusqu’à la gorge profonde de Davet, David Sénat, membre du cabinet de Michèle Alliot-Marie, alors Garde des Sceaux.

Disons-le d’emblée : cette pratique est non seulement illégale, mais détestable. La protection des sources reste la principale garantie d’une presse libre, sans laquelle plus personne ne prendrait le risque de révéler aux médias des faits délictueux ou immoraux dont il ou elle aurait eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions.

Néanmoins, le pouvoir politique est parfaitement dans son droit lorsqu’il lance des investigations pour identifier le, ou les auteurs de fuites intempestives. Aucun pouvoir, aussi démocratique soit-il, ne peut tolérer de déloyauté de la part de ceux qui ont pour vocation de le servir (hauts fonctionnaires, membres des cabinets ministériels, militaires). S’ils sont en désaccord avec les pratiques de ce pouvoir, il leur est toujours loisible de démissionner, avec ou sans bruit, pour se mettre en phase avec leur conscience. Ils ne risquent pas grand chose, sinon de perdre des primes et l’ivresse quotidienne de la proximité du pouvoir. En France, le goulag s’appelle Limoges ou la Guyane (pas le bagne, la préfecture !) avec maintien intégral du salaire et des avantages sociaux.

Par conséquent, autant la traque de David Sénat était légitime, autant le raccourci consistant à le faire aux pattes en allant fouiner dans les poubelles téléphoniques de Gérard Davet relève d’une coupable paresse flicarde. La DCRI a franchi la ligne rouge en remontant, via un journaliste, jusqu’à un informateur, et cela doit être sanctionné, administrativement, et politiquement s’il y a lieu.
Faut-il pour autant se lancer tête baissée dans une vision manichéenne de cette histoire, dont le contexte est opportunément passé sous silence par ceux qui veulent en faire une machine à tronçonner Nicolas Sarkozy ? Rappelons, pour ceux dont la mémoire est lacunaire, que le « Neuillygate », sous-produit des bisbilles internes de la famille Bettencourt, doit beaucoup à la publication, par Mediapart, puis par Le Monde d’enregistrements de conversations téléphoniques de Liliane Bettencourt, volés par un maître d’hôtel indélicat qui les a transmis à des journalistes. Ces conversations relevaient, pour partie, du secret garanti aux entretiens d’un avocat avec sa cliente. On peut comprendre, sans l’excuser, que la hiérarchie policière ait pris quelque ombrage de ces méthodes de voyous, utilisées par des gens qui se drapent constamment dans la toge de la vertu journalistique. Ils ont répondu à cette provocation par la pire des méthodes, celle consistant à calquer son comportement sur celui des délinquants à carte de presse.

Cela est d’autant plus regrettable que ce faux-pas valide les élucubrations insensées de la juge Isabelle Prévost-Desprez qui s’épanche, dans le livre à scandale de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, sur les dessous de l’affaire Bettencourt. Même un vieux compagnon d’armes d’Edwy Plenel en matière d’investigation musclée, Hervé Gattegno estime que cette juge s’est conduite, en l’occurrence, comme la pire des concierges qui n’a rien vu, mais qui sait tout par ouï-dire.

Mais ce n’est pas tout. La semaine prochaine, Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône devrait être mis en examen pour divers délits allant de la prise d’illégales d’intérêts à l’association de malfaiteurs dans le cadre de ses fonctions électives. Pour le coup, le ventilateur à matière fécale va s’orienter du côté gauche, éclaboussant la plupart des candidats à la primaire socialiste. Ces derniers, à l’exception notable d’Arnaud Montebourg, ont tous, à un moment ou à un autre de leur parcours politique, bénéficié des faveurs du patron des socialistes rhodanibucaux. Cette fédération du parti est mûre comme un furoncle : le pus ne demande qu’à sortir…

Si l’on ajoute à cela le prochain retour de DSK, et la vindicte de son épouse pour tous ceux qui ont « manqué » à l’ex-directeur du FMI, nous voilà partis pour un automne de rêve.

La burqa fait sa rentrée à Paris

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« Les lois sont faites pour être transgressées », dit-on parfois. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le soit celle interdisant la burqa, si j’en crois la triste vision qui me tire parfois de mes rêveries au détour d’une promenade dans le quartier cosmopolite où j’ai élu domicile, et où, quoiqu’on imagine, il ne se passe habituellement jamais rien.

La représentation nationale avait pourtant bien fait les choses. En votant, le 11 octobre 2010, la loi n° 2010-1192 portant « interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public », elle évitait le piège consistant à ne proscrire que le voile intégral. Las, il y aura toujours des contrevenantes qui, non contentes de se voiler la face ont aussi décidé de se boucher les oreilles et de ne pas entendre que « la République se vit à visage découvert ».

J’ai donc croisé l’une de celles-ci. Une femme, accompagnée d’enfants souriants, mais qui elle, ne sourit pas. Entièrement drapée dans un niqab noir dont l’étoffe faciale a été soigneusement retirée, elle dissimule désormais sa figure derrière…un masque chirurgical.

Nous nous regardons longuement et je me sens mille fois humiliée.
En tant que citoyenne, j’ai mal pour la loi de mon pays qu’on bafoue sous mes yeux, quand bien même elle a été soigneusement libellée pour ne « stigmatiser » personne.

En tant que femme, je suis humiliée de constater que certaines, y compris jeunes, peut-être même belles, ont honte de l’être aussi.
J’ai mal pour celui qui m’accompagne et dont le regard est par avance supposé impur, ce regard d’homme que je sais si bienveillant, et qui se voit sans raison déclarer suspect.

Je suis humiliée, enfin, en tant que personne. Car, alors que nous nous observons, et que je lui offre mon visage tout entier, elle me dénie le droit de voir le sien. Et, cependant que ses yeux m’accusent de je ne sais quel crime, elle me voit sans doute pâlir un peu, sans m’octroyer le droit au constat réciproque.

A ce moment, j’ai totalement oublié la « religion » du spectre noir, et ne me rappelle que cette phrase d’Elisabeth Badinter : « Dans cette possibilité d’être regardée sans être vue et de regarder l’autre sans qu’il puisse vous voir, je perçois la satisfaction d’une triple jouissance perverse. La jouissance de la toute-puissance sur l’autre, la jouissance de l’exhibitionnisme, et la jouissance du voyeurisme ».

Un Américain en colère à Paris

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De toutes les immigrations, celle qui nous vient d’Amérique du nord et particulièrement des États-Unis, est la plus francophile. R-J. Berg publie Péril en la demeure, sous titré Regards d’un américain sur la langue française[1. Péril en la demeure de R-J. Berg (Défense de la langue française / France Univers – 166 pages – 25 euros). Il manque un index ce qui n’empêche pas de le commander à france.univers@wanadoo.fr.]. Attention : je n’utiliserai pas cette sotte expression : « je ne suis pas d’accord avec tout, mais… ». Rien n’oblige à être d’accord avec tout et tout le monde. Ce qui compte, c’est le ravissement devant un étranger qui nous appelle à mieux défendre notre langue. Seulement Berg n’est pas un étranger, c’est un Français. Il l’est consubstantiellement ; son érudition nous émerveille et sa critique des défenseurs maladroits du français nous, comment dit-on, déjà ?, nous interpelle.

En gros, Berg pense que la langue française n’a pas à se prévaloir de « valeurs », comme le dit encore Druon ; qu’elle ne représente pas une arme « antilibérale » comme le pense sans doute toujours Hagège. Á cela, rétorque Berg, dans une belle envolée : « le français est la langue des droits de l’homme et de la Terreur, de la Résistance et de la collaboration, de l’État-gendarme et de l’État-nounou, de l’existentialisme et de Salut les copains et de tant d’autres choses encore », Berg tape sur beaucoup de doigts, y compris des présidents de la République et même de notre cher et vieux Jean Dutourd (1920-2011) chez qui il relève une contradiction de taille. Dutourd voulait qu’on taxât « lourdement » les enseignes commerciales en anglais ce qui, pour Berg est une manière de les accepter. En fait, Dutourd, gaulliste et partisan de la dissuasion nucléaire, voulait dissuader. Il ne sollicita pas le ministre des Finances, comme il est dit, ce fut le ministre Beregovoy qui le sollicita et bien mal prit à ce dernier car le Conseil des ministres haussa les épaules avec dédain, le Savonarole en chef en tête.

Pour Berg, la langue française n’a pas pour ennemi principal le « sabir américano-commercial » comme nous disons, mais l’anglais (pour ma part, West side story ne me gêne pas. La langue française ne gagnera pas la partie et si le film s’intitule Une histoire du quartier de l’ouest. De même un week end n’est pas une fin de semaine, demandez la différence aux dames qui grognent pour qu’on les y emmène.)

L’intérêt subtil du livre de Berg c’est qu’il nous parle de l’auteur. En révélant ses lectures, ses colères, ses combats, ses goûts, il donne envie d’en savoir plus sur l’homme qui, chic suprême, ne vit ni à Big apple, ni à « L.A. ». C’est un cousin, et même un frère en littérature qui nous rappelle d’où nous venons et c’est très bien. Un écrivain qui, en biais, par jeu de miroir se révèle à nous, c’est émouvant. C’est une forme de l’autobiographie. C’est peut-être sa forme achevée enfin trouvée.

L’indignation pour les nuls

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Les quelques averses qui ont obscurci mes vacances m’ont fait jeter un œil sur le désormais célèbre Indignez-vous de Stéphane Hessel. Et si mon œil fut d’abord jeté distraitement, je dois reconnaître que je fus très vite subjuguée. Admirative ! Convertie ! Indignée à mon tour, j’entends moi aussi lutter contre les systèmes qui nous enferment.

Ceci dit, une lutte de cette envergure nécessite une action coordonnée. Point de franc-tireurs ! Seuls des groupes de phalangistes résolus, disciplinés et regroupés autour d’un chef pourront mener le combat !

La première phalange sera placée sous le commandement de ma benjamine. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas de népotisme. Car ce régiment affrontera l’un des systèmes les plus avilissants pour l’humanité : le système métrique. On pourra toujours m’accuser de manquer d’objectivité, mais les faits sont là : depuis ses premiers pas dans l’enseignement, ma petite puce a lutté avec une opiniâtreté exemplaire contre l’oppressant système métrique. Malgré les doutes, les menaces et la fatigue, elle oppose toujours un « non » ferme aux tenants pervers du système métrique ! Dans quelques années, lorsque vous utiliserez la coudée, le pied, le muid ou la solive, vous aurez une pensée pour ma petite fille. Mais sachez qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Pourquoi, je vous le demande, pourquoi n’y aurait-il qu’un seul pied ou une seule coudée ? Pourquoi le pied ou la coudée d’untel devrait-il être mon étalon ? N’y voyez-vous pas un exemple patent d’oppression et de négation des libertés individuelles si durement acquises ? Je fais entièrement confiance à ma petite chérie pour mettre un terme définitif à cette dictature métrique particulièrement machiavélique. Vous aussi soutenez-la, elle le mérite !

La seconde phalange sera confiée à Maria, ma femme de ménage portugaise, qui se chargera de la périlleuse lutte contre le système pileux. Ce dernier réclame en effet des méthodes sans pitié, son anéantissement n’étant jamais définitif. Autant vous le dire, Maria et ses phalangistes devront user d’armes de destruction massive (cire chaude, rasoir, laser) qui entraîneront d’inévitables dégâts collatéraux- brûlures, irritations, dépigmentations, abcès… Bien sûr, nous tenterons de cibler nos attaques par des frappes chirurgicales. Il n’empêche, et Maria l’assume avec la farouche détermination qui vaut depuis toujours aux Lusitaniens et Lusitaniennes l’admiration des peuples, il y aura des victimes innocentes. Même si de frileuses ONG la culpabiliseront, Maria ne fléchira pas car, comme elle le dit elle-même quand elle brise un bibelot en dépoussiérant de ma commode régence : « On ne fait pas de tortillas chans cacher des œufs ! ».

Quant à moi, je me réserve la lutte contre l’insidieux Système D qui, honteusement promu par Mac Gyver, tend à s’insinuer dans chaque chaumière de la République, gangrenant les bases mêmes de notre civilisation en cette période de crise et d’insécurité financière. Pas plus tard qu’hier, n’ai-je pas vu un brave homme imprégné des meilleures intentions et certainement inconscient de son asservissement au système, remplacer le flotteur défectueux de sa chasse d’eau par un bouchon de deuxième côte de Blaye ?! Regardons la réalité en face, le système D est partout. Et que je te cale un pied de chaise avec un bouquin à 3 euros, et que je me fabrique un éventail avec une brochure, et que j’allume le barbecue avec mes verres de lunettes ! Pourquoi pas frapper deux silex, tant qu’on y est ? Pour venir à bout de ce système oppressant, il me faudra une vigilance de chaque instant. Bien sûr, des moments de découragement surgiront. Mais j’aurai toujours sur moi, doré sur tranche, le fameux manifeste de Stéphane Hessel où j’irai ressourcer ma volonté.

C’est pourquoi je vous demande de rejoindre nos troupes de phalangistes en lutte afin que demain se lève un jour nouveau, débarrassé de tous les systèmes oppresseurs et dégradants.

Indignez-vous !

Indignez vous !

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Benoît XVI, reviens ! Ils sont devenus fous !

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« In cauda venenum », ou si vous préférez « dans la queue, le venin ». Ce proverbe latin ne nous est pas revenu en mémoire parce que l’industrie pornographique vient de stopper provisoirement ses activités après la découverte d’un acteur contaminé par le VIH, mais en apprenant que José Manuel Zapatero avait fait adopter la fameuse « règle d’or » de stabilité budgétaire et l’avait inscrite dans la constitution.

On rappellera que Zapatero est socialiste, qu’il est tellement impopulaire qu’il a anticipé les élections en novembre et qu’il a fait passer cette loi avec l’accord du Parti Populaire, la principale force d’opposition pratiquement certaine de gagner les prochaines législatives comme elle a gagné les précédentes élections intermédiaires, c’est à dire dans une indifférence dégoutée qui se traduit par des taux d’abstention record. Pour le reste, la constante historique qui veut que les marchés préfèrent en Europe des socialistes libérés du socialisme à des libéraux qui ont encore des scrupules vaguement étatistes se confirme.

Zapatero a cependant attendu le départ du pape Benoit XVI pour annoncer cette ultime mesure. Il a bien fait. Avec ce gauchiste ensoutané qui ne cesse de parler, à longueur d’encyclique, de mettre « l’économie au service de l’homme » et non de faire l’inverse tout en dénonçant une génération sacrifiée dans la précarité, on ne sait jamais…

La maman et la cougar

Qu’on se figure La femme de trente ans, typologie balzacienne des plus séduisantes, égérie de la presse féminine, épanouie et désirée par tous, puissant vecteur de bien-être récupéré avec science et cynisme par les requins de la publicité, les idéologues du féminisme, les adorateurs du bio qui la hissent en emblème de la fertilité. Celle qui ressemble à la Vierge Marie autant qu’à la Princesse Diana, celle grâce à qui les Barbie ont envahi la planète. « Cherchez la femme », c’est elle et personne d’autre.

C’est Nathalie Dumont, quarante-deux ans, personnage principal du dernier roman de Matthieu Jung, Vous êtes nés à la bonne époque. Elle a réussi dans la vie, c’est sûr. Matériellement tout le prouve : une carrière d’ophtalmologiste sans faute et quatre-vingt-quinze mètres carrés dans le quartier de la Bastille où elle a élevé sa fille Charlotte, partie vivre à Los Angeles. Mais Nathalie sent sur elle, à chaque seconde qui passe, s’abattre un peu plus le poids de la décrépitude. Pourquoi ? Parce qu’elle vient de se séparer de son compagnon et qu’elle ne voit donc plus comment avoir ce second enfant qu’elle désire tant. Au beau milieu de cette destinée dépressive, une comète surgit et illumine de tous ses feux l’étoile en déclin. C’est le jeune Arno Genic, artiste brillant, fort et respectueux, un homme, un vrai. Mais Arno a vingt ans, Arno est un enfant, et Nathalie veut un enfant.

Depuis La vague à l’âme et Principe de précaution, Matthieu Jung est le peintre de la vie moderne. Voici une société schizophrène dans laquelle les femmes veulent réussir professionnellement aux dépens de leur vie personnelle mais où, pourtant, être une femme, c’est plus que jamais pouvoir porter la vie.
Il est d’ailleurs effrayant d’observer tous les moyens qu’on déploie pour rester les mêmes. Vous êtes nés à la bonne époque énumère dans ses pages ceux qu’une femme tient aujourd’hui à sa disposition pour tomber enceinte. Il est question de fécondation in vitro, de mère porteuse, d’élever un enfant seule, conçu au hasard d’une rencontre. Il faut démasquer le bon géniteur, s’ébahir devant la grossesse d’Isabelle Carré filmée par Ozon, vaincre la loi naturelle qui s’appelle ménopause.

Nathalie Dumont est, jusqu’en sa mélancolie, terriblement femme. Avec son désir de grossesse, c’est la quête d’un amour durable et sincère qu’elle exprime. Et cette femme, qui en dépit des fortunes qu’elle engloutit chez son psy comportementaliste, n’a rien oublié de la joie, sait instinctivement où elle se trouve. « Le besoin primordial d’une femme, c’est d’être remplie. Au niveau de son vagin comme de son utérus […]. Malgré la civilisation, on reste des animaux, voilà ». Comme ça, c’est clair.

La grande réussite de Matthieu Jung, c’est surtout le style. Comment parler, penser, souffrir comme une femme ? Sens du détail, nom des boutiques qu’elle fréquente, euphémismes et antiphrases, frivolités adverbiales à foison pour ajuster sa pensée. Il faut écrire comme elle est, comme elle se déploie, parvenir à embrasser minauderies et contorsions cérébrales propres à la psyché féminine, forger l’identification et la compassion.

Pour ce faire, il faut sortir de soi. Un écrivain n’est pas plus un homme qu’une femme, c’est quelqu’un capable d’étreindre la condition de son personnage, fût-il un animal domestique, un camion, un continent. Il ne juge pas sa vie digne d’être partagée, mais d’être utilisée. La fin de son œuvre ce n’est pas lui-même, c’est l’œuvre. L’écrivain étreint, aussi, la condition de son temps et ses figures sacrificielles. De Madame Bovary, où Flaubert revêt robes et rêves délavés d’une souffreteuse dupée par le romantisme à Thérèse Desqueyroux de Mauriac, qui se bat avec la bourgeoisie provinciale étriquée. Matthieu Jung, qui campe une victime contemporaine des libertés chéries, s’inscrit parfaitement dans cette lignée.

VOUS ETES NES A LA BONNE EPOQUE

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Le comique féerique d’Olivier Maulin

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Mes amis, oubliez tous les romans de la rentrée littéraire 2011 ! Allez, sans hésiter, à l’essentiel et au meilleur ! Lisez sans plus tarder Les lumières du ciel d’Olivier Maulin. Partez à l’air libre. Là où remue encore la vie. Vers la joie. En route !

Tous les romans de Maulin sont des voyages imprévisibles, burlesques et foireux : qu’il s’agisse d’En attendant le roi du monde (2006), des Evangiles du lac (2008) ou de Petit monarque et catacombes (2009) (gloire à toi, inoubliable Bois-Bois !). À chaque fois, Maulin vous fait traverser sur les chapeaux de roues une multitude d’espaces géographiques, sociaux, existentiels, dont chacun est décrit avec le même humour, le même amour, la même minutie. Et à chaque fois, comme chez Manchette, il y a là, inexplicablement, saisi sur la page, le mouvement même de la vie.

Les romans de Maulin sont de magiques pièges à cons. Ils commencent sans tambours ni trompettes, dans la plus humble et éberluante simplicité. Maulin est un prestidigitateur romanesque qui dissimule avec la dernière rouerie la finesse extrême de son art, sa profondeur politique et historique, son ampleur métaphysique et spirituelle. Et comme un con, vous vous dites : Bon, ça se lit tout seul, d’accord. C’est très agréable à lire. C’est du roman populaire bien foutu, honnête mais pas très raffiné. Ça pisse dru, OK, mais ça va pas pisser très loin. Avec Maulin, les canards à trois pattes n’ont pas de soucis à se faire pour leurs guibolles.

En puis voilà, vous êtes embarqués. Maulin fait comme le réel : il exagère. Tout ça devient décidément de plus en plus savoureux et étrange. C’était très marrant, mais voilà que ça devient absolument hilarant. Vous écoutez pérorer son petit peuple romanesque de minables, de ratés, de fainéants, de menteurs et de salopards. Et vous vous apercevez soudain que vous les aimez tous sans exception. Que tous ces fous, ces crétins, ces roublards et ces lâches en savent plus long sur votre âme et sur l’existence que les savants et les philosophes.
Et lentement, très lentement, par touches délicates, infiniment discrètes, vous vous apercevez que, pendant que vous vous marrez, ces putains de clodos célestes sont en train d’allumer subrepticement dans votre cœur Les lumières du ciel. Ces pochtrons miteux vous montent sur le ventre comme des rustres. Et vous sentez en vous quelque chose de rayonnant. Des lumières fragiles qui se répondent. Quelque chose de trop doux, qui vous donne envie de chialer. C’est que leurs discussions ineptes et magnifiques sont un feu de joie qui consume toute la saloperie moderne. C’est qu’ils sont en train de brûler toute la laideur du monde.

Maulin vous faisait marcher sur une montagne réaliste de détritus modernes et vous n’avez pas remarqué que des brèches microscopiques s’ouvraient lentement entre les immondices. Vous n’avez pas vu que là, dans ces interstices, à nouveau, on pourrait vivre. Avançant d’un pas brutal et aveugle, vous n’avez pas soupçonné les myriades de fleurs minuscules et presque invisibles, délicates et gracieuses, qui poussaient dans ces brèches de liberté. Ces fleurs ne vont pourtant cesser de grandir et d’envahir l’espace du roman, le réalisme se métamorphosant insensiblement en féérie burlesque.
Oui, vous avez vu scintiller des lumières dans les cœurs des dégueulasses. Vous avez appris la sagesse de la bouche des fous. Vous avez vu ces lucioles, ci et là, s’allumer et disparaître, puis se rallumer parfois toutes ensemble. Vous avez vu le monde moderne s’ébrécher et s’effondrer sous les valeureux assauts des gueux. Vous avez vu les fleurs de la grâce pousser dans l’humus le plus trivial. Vous avez senti dans vos cœurs l’invisible remontée du Moyen-Âge, la brûlure du merveilleux chrétien, la morsure du merveilleux païen.

Les lumières du ciel lanceront d’abord à vos trousses un hippopotame écumant de colère. Vous y apprendrez ensuite à faire la différence entre un nordmann et un épicéa et à vendre les « sapins hallal » à la pelle. Si vous vous sentez toujours bien dans la peau de Paul-Emile Bramont, le narrateur de cette folle épopée, vous aurez droit ensuite à une rencontre du troisième type avec le chirurgien que vous cocufiez et vous n’hésiterez pas à lui proposer l’affaire du siècle. Et puis, quand même, puisque tout le monde à Paris a maintenant envie de vous tuer, il sera temps de prendre vraiment le large. Alors, comme par hasard, vous arriverez à Jérusalem.

Les trois séquences les plus éblouissantes des Lumières du ciel ? L’arrivée à Jérusalem, dans une douce, envoûtante, bucolique et fraternelle communauté anticapitaliste et antimoderne (salut à toi, Anakin, auprès de qui Wilhelm Reich est un homme d’un cartésianisme étriqué !). La rencontre, ensuite, un pas au-delà, avec le prince de la radicalité antimoderne, le Natoufien en personne, chasseur-cueilleur de son état et adversaire impitoyable de la barbarie que représentent à ses yeux l’élevage et l’agriculture, vivant dans une grotte avec sa colossale et tyrannique épouse. La troisième scène la plus magistrale enfin, dont l’horreur et la profondeur eussent fait les délices de Philippe Muray, est celle où le narrateur et son ami Momo découvrent à Nice le monde terrifiant du troisième âge hyperfestif et tombent entre les griffes de Miss Amandine et de Madame Belatoff, deux octogénaires liftées et libidineuses. Il faut bien aussi que par moments vacillent Les lumières du ciel.

Les lumières du ciel

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Et mourir de jouer…

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C’est à ce genre de choses qu’on mesure à quel point notre époque devient d’une étonnante stupidité et surtout, montre beaucoup moins d’élégance et de grandeur dans des débordements qui ont toujours existé. A part Paul Morand, dans Hécate et ses chiens, peu d’écrivains se sont intéressés à ces femmes attirées par les adolescents.

Le phénomène existe pourtant et l’on se souvient de l’affaire Gabrielle Russier, cette professeur de philo qui se suicida après le scandale provoqué par ses amours avec l’un de ses élèves. Cela donna à André Cayatte l’occasion de faire un solide film à thèse qualité France comme il en avait l’habitude, à Charles Aznavour de chanter l’inoubliable « Mourir d’aimer » et au président Pompidou de citer, de manière improvisée, Paul Eluard pendant une conférence de presse.

Un fait divers semblable vient de se produire quarante ans plus tard entre une femme de trente trois ans et un ado de 15 ans. Ils n’ont pas éprouvé une attirance irrésistible l’un pour l’autre en discutant du Banquet de Platon mais en jouant en ligne à Call of duty, la star des jeux de guerre en vidéo et en chattant sur MSN. Les parents du mineur ont porté plainte. On attend donc le film de Luc Besson, la chanson de Justin Bieber et une citation présidentielle de Luc Ferry sur l’amour. Le pire, sans doute, dans cette histoire, c’est que les deux tourtereaux ne se sont jamais rencontrés dans la vie réelle et que tout s’est limité à quelques photos dénudées. O tempora, o mores !

Mauvais Pastiche à Marseille

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la boutique du campus UMP 2011 (image : UMP Photos)

À écouter les radios et les télés depuis deux jours, on a l’impression que la guerre civile est déclarée à l’UMP et que le « campus » du parti majoritaire, jamboree pour jeunes militants à T-shirts ridicules qui s’est tenu à Marseille ce week-end, s’est mué en bataille de la Marne. Et que Fillon a été plus applaudi que Copé, et que Raffarin a fait du boudin pour une histoire de TVA (finalement mort-née) sur le Futuroscope. Et que Devedjian a dit dans la presse qu’il avait des doutes sur le pré-programme présidentiel, sans oublier Rachida Dati qui ne lâche rien sur la Mairie de Paris, bref, l’enfer en plus chaud.

Un beau bordel à neuf mois de la présidentielle, soulignent donc en chœur les commentateurs avisés. Comme si face au PS qui se serait déchiré à la Rochelle, « en dépit d’une photo de famille avec tous les candidats à la primaire » (dans le texte), il fallait absolument proclamer que la droite est en lambeaux pour les mêmes raisons. Voici donc venu le temps du parallélisme des formes politiques, un peu comme si l’équité prônée par le CSA avait dégénéré en traitement identique pour les deux camps.

Pourtant il y avait mieux à faire à Marseille que ce mauvais pastiche de la Rochelle, car la droite majoritaire est bel et bien balkanisée. Mais pas pour les raisons énoncées dans les médias. Malgré les petites grognasseries qui ne manqueront pas d’apparaître dans les semaines à venir, elle devrait s’aligner comme un seul homme derrière Nicolas Sarkozy, qui même aux tréfonds de la popularité, reste la meilleure chance de victoire à la présidentielle donc l’assurance – ou en tout cas l’espoir raisonnable – pour un paquet d’élus, fussent-ils chafouins, de retrouver un siège de député en juin prochain.

Jean-Pierre, François, Jean-François, Rachida et les autres : combien de divisions ?

Mais passons les divisions en revue. Raffarin, vexé, joue les rebelles car le Président aurait eu des mots durs à son endroit et qu’en plus on voulait taxer son parcs d’attraction. Il aurait même menacé de ne plus aller au petit déjeuner rituel de la majorité – quelle terrible menace ! Avant de revenir sur sa décision et, à Marseille, d’animer comme si de rien sa table ronde sur la crise financière. La belle affaire ! Alors certes, Raffarin, a été Premier ministre de la France (si, si). Il doit peser un peu au Sénat (oui, oui) et dans la Vienne. Mais quelle est la force de frappe réelle de Raffarin? Qui connaît Monsieur Raffarin, à part ses électeurs et poitevins et quelques amis députés des Républicains sociaux (ou un truc approchant) ? Pouvoir de nuisance ? Quasi nul. Pouvoir d’occupation médiatique? Assez grand. Au moins toute la journée du samedi.

Venons-en au cas Patrick Devedjian. Lequel ne cache pas qu’il est en fort mauvais termes avec le chef de l’Etat, surtout depuis que celui-ci s’est mis en tête de faire régner son fils sur les Hauts de Seine. Il critique le non-projet de l’UMP ? C’est un non-événement, il a dit bien pire depuis trois ans, y compris lorsqu’il était ministre de la Relance. Pouvoir de nuisance ? Sans doute non nul, mais autolimité car Devedjian n’a aucune envie de prendre la tête d’une croisade anti-sarkozyste. Pouvoir d’occupation médiatique ? Limité aussi, encore que les journalistes n’hésitent jamais à l’appeler. Quand il décroche, on est sur d’avoir son lot de vacheries, agrémenté de quelques analyses pertinentes.

Copé qui fait la tête à Fillon, c’est plus sérieux. Ils ne s’aiment guère. Un peu comme s’ils se voyaient rivaux pour 2017. Et il est indubitable que les militants ont plus applaudi le Premier ministre que le Secrétaire général de l’UMP. Pas vraiment un scoop, ni même une surprise. Arrogant comme pas deux, Copé ne se laisse pas tellement aimer : même quand il fait des blagues, on a l’impression qu’il vous gifle. Et bien qu’il fasse des efforts, on sent qu’il trouve tout le monde moins intelligent que lui. Pas étonnant qu’à l’applaudimètre, ça rende moins. Je me demande même si le but actuel de Copé est d’être populaire. Il va attendre de lancer sa candidature pour la présidentielle de 2017 pour essayer ça. Pouvoir de nuisance ? Pas nul, après tout, si Copé traîne les pieds ou fait du zèle, la campagne peut mal se passer. Mais a-t-il vraiment envie qu’on dise qu’il est coresponsable de la défaite ? Pouvoir d’occupation médiatique ? Immense, ça fait des jolies images, les sourires crispés.

Enfin, Rachida Dati trépignerait très fort pour être la candidate de l’UMP aux législatives dans le VIIème et aux municipales dans tout Paris. Il parait qu’elle embarrasse l’Elysée. Il semble plutôt qu’elle énerve à en croire les échos dans lesquels ses bons amis laissent entendre anonymement qu’il faut « qu’elle se méfie, à demander tout, tout le temps ». Bien. La presse l’oppose aussi souvent à Fillon qui aurait des vues sur les mêmes territoires, une fois Matignon derrière lui. Ne sont-ce pas pour l’instant purs fantasmes journalistico-militants ? En vérité, personne n’en sait rien. Ce qu’on sait c’est que Dati en veut, et que oui, elle peut être terriblement casse-pieds. Pouvoir de nuisance: je dirai nul, elle a encore moins d’amis et mille fois moins de féaux que Copé. Pouvoir d’occupation médiatique: immense, Dati est super à la télé et sur papier glacé.

Les querelles sont bruyantes à gauche, silencieuses à droite

Alors, combien de divisions ? Rien d’irréparable si on s’en tient aux faits. Mais – et c’est peut-être rassurant – de véritables fractures idéologiques, comme au PS et, tiens tiens, sur les mêmes sujets. Par exemple sur certaines options stratégiques qui arrivent dans deux jours à l’Assemblée, pour combler le déficit de la France et sauver le graal du Triple A. Mais même les députés qui préféreraient autre chose que des ravaudages de dernière minute n’auront pas le courage de gueuler longtemps et s’en tiendront, pour l’essentiel, à quelques petites phrases balancées dans les couloirs.

Bien sûr, Borloo et ses amis monteront au créneau. Et on va criera à la division de la droite, turlututu chapeau pointu. Là encore, relativisons, les centristes vont faire monter les enchères et tenter de se différencier, logique. La vérité, c’est que, hors de l’écime d’un week-end, la division est silencieuse à droite, alors qu’elle est bruyante à gauche. Question de rapport à l’autorité sans doute.

L’année passée, on nous a fait le coup du choc des titans, Bertrand/Copé, qui se passaient dans la douleur les commandes du parti majoritaire. Personne n’ignore qu’ils se sont toujours détestés, mais ça a amusé la galerie pendant trois jours, comme le probable remplacement de Fillon par MAM ou Borloo (encore que dans ce dernier cas, l’insoutenable suspense a traîné, souvenez-vous, c’était il y a un an). Pendant ce temps, on a raté les débuts de l’OPA idéologique de la Droite populaire sur le groupe majoritaire à l’Assemblée, et bien d’autres choses si ça se trouve. Là, je ne sais pas ce qu’on rate, mais on ne devrait pas tarder à le voir apparaître façon Lettre volée lors du débat budgétaire. Peu importe, puisqu’on vous dit que Rachida est à cran et Devedjian pas content.

USA : les statisticiens ne chôment pas

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Suite aux très mauvais chiffres du marché du travail américain, le site Business Insider a recensé quelques faits majeurs, qui corroborent un état de lieux plutôt sombre, jugez par vous-même :

Deux millions de chômeurs sont déjà en fin de droits après avoir bénéficié d’allocations pendant 99 semaines. Aux Etats-Unis, il n’y pas de RMI…

Le nombre d’emplois dans l’économie américaine est identique à celui d’il y a dix ans: en une décennie le marché du travail affiche donc une croissance zéro, du jamais vu depuis que ces statistiques existent.

Dans le scénario le plus optimiste, le marché du travail ne retrouvera pas son niveau de 2008 – début de la crise – avant 2013. Or, à ce moment-là, la population américaine aura augmenté de 5%.

En 2010, un poste sur quatre créé aux Etats-Unis était temporaire.

Ramené au taux de participation au marché du travail de 2000, le chômage aujourd’hui serait de 13% et non pas 9.1%.

En trois ans de crise, le nombre d’employés âgé de plus de 55 ans a augmenté de 8%.

Depuis 1998 L’industrie américaine a perdu 3 millions de postes.

L’industrie automobile perdrait 10% de ses postes d’ici 2020. Dans le textile, ce serait encore pire : 57% des emplois seraient amenés à s’évaporer…

C’est un bien triste « labor day » (« fête du travail ») que les Américains célèbrent aujourd’hui…

Neuillygate contre Marseillegate

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Jacques Chirac, lorsqu’il n’était pas encore sous la tutelle implacable de son épouse, avait parfois quelques bonnes formules pour décrire les événements de la vie politique française. Il constatait ainsi, non sans pertinence, que si l’on jette de la merde dans un ventilateur, beaucoup de gens risquent d’être éclaboussés, même parmi ceux qui n’étaient pas directement visés par ce nauséabond attentat aux bonne mœurs.
Or, il semble que cette rentrée politique, éditoriale et médiatique nous incite à nous mettre à couvert car le volume de matière fécale disponible et le diamètre du ventilateur sont de taille XXL.

Au Monde, à Libération et dans la bobo-gauchosphère, on s’indigne à grand bruit des mauvaises manières de la DCRI (le contre-espionnage français), qui a espionné le relevé de communications téléphoniques (les dites « fadettes ») du journaliste du Monde Gérard Davet, qui enquêtait en 2010 sur l’affaire Woerth-Bettencourt. C’est par ce biais que les pandores sont remontés jusqu’à la gorge profonde de Davet, David Sénat, membre du cabinet de Michèle Alliot-Marie, alors Garde des Sceaux.

Disons-le d’emblée : cette pratique est non seulement illégale, mais détestable. La protection des sources reste la principale garantie d’une presse libre, sans laquelle plus personne ne prendrait le risque de révéler aux médias des faits délictueux ou immoraux dont il ou elle aurait eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions.

Néanmoins, le pouvoir politique est parfaitement dans son droit lorsqu’il lance des investigations pour identifier le, ou les auteurs de fuites intempestives. Aucun pouvoir, aussi démocratique soit-il, ne peut tolérer de déloyauté de la part de ceux qui ont pour vocation de le servir (hauts fonctionnaires, membres des cabinets ministériels, militaires). S’ils sont en désaccord avec les pratiques de ce pouvoir, il leur est toujours loisible de démissionner, avec ou sans bruit, pour se mettre en phase avec leur conscience. Ils ne risquent pas grand chose, sinon de perdre des primes et l’ivresse quotidienne de la proximité du pouvoir. En France, le goulag s’appelle Limoges ou la Guyane (pas le bagne, la préfecture !) avec maintien intégral du salaire et des avantages sociaux.

Par conséquent, autant la traque de David Sénat était légitime, autant le raccourci consistant à le faire aux pattes en allant fouiner dans les poubelles téléphoniques de Gérard Davet relève d’une coupable paresse flicarde. La DCRI a franchi la ligne rouge en remontant, via un journaliste, jusqu’à un informateur, et cela doit être sanctionné, administrativement, et politiquement s’il y a lieu.
Faut-il pour autant se lancer tête baissée dans une vision manichéenne de cette histoire, dont le contexte est opportunément passé sous silence par ceux qui veulent en faire une machine à tronçonner Nicolas Sarkozy ? Rappelons, pour ceux dont la mémoire est lacunaire, que le « Neuillygate », sous-produit des bisbilles internes de la famille Bettencourt, doit beaucoup à la publication, par Mediapart, puis par Le Monde d’enregistrements de conversations téléphoniques de Liliane Bettencourt, volés par un maître d’hôtel indélicat qui les a transmis à des journalistes. Ces conversations relevaient, pour partie, du secret garanti aux entretiens d’un avocat avec sa cliente. On peut comprendre, sans l’excuser, que la hiérarchie policière ait pris quelque ombrage de ces méthodes de voyous, utilisées par des gens qui se drapent constamment dans la toge de la vertu journalistique. Ils ont répondu à cette provocation par la pire des méthodes, celle consistant à calquer son comportement sur celui des délinquants à carte de presse.

Cela est d’autant plus regrettable que ce faux-pas valide les élucubrations insensées de la juge Isabelle Prévost-Desprez qui s’épanche, dans le livre à scandale de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, sur les dessous de l’affaire Bettencourt. Même un vieux compagnon d’armes d’Edwy Plenel en matière d’investigation musclée, Hervé Gattegno estime que cette juge s’est conduite, en l’occurrence, comme la pire des concierges qui n’a rien vu, mais qui sait tout par ouï-dire.

Mais ce n’est pas tout. La semaine prochaine, Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône devrait être mis en examen pour divers délits allant de la prise d’illégales d’intérêts à l’association de malfaiteurs dans le cadre de ses fonctions électives. Pour le coup, le ventilateur à matière fécale va s’orienter du côté gauche, éclaboussant la plupart des candidats à la primaire socialiste. Ces derniers, à l’exception notable d’Arnaud Montebourg, ont tous, à un moment ou à un autre de leur parcours politique, bénéficié des faveurs du patron des socialistes rhodanibucaux. Cette fédération du parti est mûre comme un furoncle : le pus ne demande qu’à sortir…

Si l’on ajoute à cela le prochain retour de DSK, et la vindicte de son épouse pour tous ceux qui ont « manqué » à l’ex-directeur du FMI, nous voilà partis pour un automne de rêve.

La burqa fait sa rentrée à Paris

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« Les lois sont faites pour être transgressées », dit-on parfois. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le soit celle interdisant la burqa, si j’en crois la triste vision qui me tire parfois de mes rêveries au détour d’une promenade dans le quartier cosmopolite où j’ai élu domicile, et où, quoiqu’on imagine, il ne se passe habituellement jamais rien.

La représentation nationale avait pourtant bien fait les choses. En votant, le 11 octobre 2010, la loi n° 2010-1192 portant « interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public », elle évitait le piège consistant à ne proscrire que le voile intégral. Las, il y aura toujours des contrevenantes qui, non contentes de se voiler la face ont aussi décidé de se boucher les oreilles et de ne pas entendre que « la République se vit à visage découvert ».

J’ai donc croisé l’une de celles-ci. Une femme, accompagnée d’enfants souriants, mais qui elle, ne sourit pas. Entièrement drapée dans un niqab noir dont l’étoffe faciale a été soigneusement retirée, elle dissimule désormais sa figure derrière…un masque chirurgical.

Nous nous regardons longuement et je me sens mille fois humiliée.
En tant que citoyenne, j’ai mal pour la loi de mon pays qu’on bafoue sous mes yeux, quand bien même elle a été soigneusement libellée pour ne « stigmatiser » personne.

En tant que femme, je suis humiliée de constater que certaines, y compris jeunes, peut-être même belles, ont honte de l’être aussi.
J’ai mal pour celui qui m’accompagne et dont le regard est par avance supposé impur, ce regard d’homme que je sais si bienveillant, et qui se voit sans raison déclarer suspect.

Je suis humiliée, enfin, en tant que personne. Car, alors que nous nous observons, et que je lui offre mon visage tout entier, elle me dénie le droit de voir le sien. Et, cependant que ses yeux m’accusent de je ne sais quel crime, elle me voit sans doute pâlir un peu, sans m’octroyer le droit au constat réciproque.

A ce moment, j’ai totalement oublié la « religion » du spectre noir, et ne me rappelle que cette phrase d’Elisabeth Badinter : « Dans cette possibilité d’être regardée sans être vue et de regarder l’autre sans qu’il puisse vous voir, je perçois la satisfaction d’une triple jouissance perverse. La jouissance de la toute-puissance sur l’autre, la jouissance de l’exhibitionnisme, et la jouissance du voyeurisme ».

Un Américain en colère à Paris

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De toutes les immigrations, celle qui nous vient d’Amérique du nord et particulièrement des États-Unis, est la plus francophile. R-J. Berg publie Péril en la demeure, sous titré Regards d’un américain sur la langue française[1. Péril en la demeure de R-J. Berg (Défense de la langue française / France Univers – 166 pages – 25 euros). Il manque un index ce qui n’empêche pas de le commander à france.univers@wanadoo.fr.]. Attention : je n’utiliserai pas cette sotte expression : « je ne suis pas d’accord avec tout, mais… ». Rien n’oblige à être d’accord avec tout et tout le monde. Ce qui compte, c’est le ravissement devant un étranger qui nous appelle à mieux défendre notre langue. Seulement Berg n’est pas un étranger, c’est un Français. Il l’est consubstantiellement ; son érudition nous émerveille et sa critique des défenseurs maladroits du français nous, comment dit-on, déjà ?, nous interpelle.

En gros, Berg pense que la langue française n’a pas à se prévaloir de « valeurs », comme le dit encore Druon ; qu’elle ne représente pas une arme « antilibérale » comme le pense sans doute toujours Hagège. Á cela, rétorque Berg, dans une belle envolée : « le français est la langue des droits de l’homme et de la Terreur, de la Résistance et de la collaboration, de l’État-gendarme et de l’État-nounou, de l’existentialisme et de Salut les copains et de tant d’autres choses encore », Berg tape sur beaucoup de doigts, y compris des présidents de la République et même de notre cher et vieux Jean Dutourd (1920-2011) chez qui il relève une contradiction de taille. Dutourd voulait qu’on taxât « lourdement » les enseignes commerciales en anglais ce qui, pour Berg est une manière de les accepter. En fait, Dutourd, gaulliste et partisan de la dissuasion nucléaire, voulait dissuader. Il ne sollicita pas le ministre des Finances, comme il est dit, ce fut le ministre Beregovoy qui le sollicita et bien mal prit à ce dernier car le Conseil des ministres haussa les épaules avec dédain, le Savonarole en chef en tête.

Pour Berg, la langue française n’a pas pour ennemi principal le « sabir américano-commercial » comme nous disons, mais l’anglais (pour ma part, West side story ne me gêne pas. La langue française ne gagnera pas la partie et si le film s’intitule Une histoire du quartier de l’ouest. De même un week end n’est pas une fin de semaine, demandez la différence aux dames qui grognent pour qu’on les y emmène.)

L’intérêt subtil du livre de Berg c’est qu’il nous parle de l’auteur. En révélant ses lectures, ses colères, ses combats, ses goûts, il donne envie d’en savoir plus sur l’homme qui, chic suprême, ne vit ni à Big apple, ni à « L.A. ». C’est un cousin, et même un frère en littérature qui nous rappelle d’où nous venons et c’est très bien. Un écrivain qui, en biais, par jeu de miroir se révèle à nous, c’est émouvant. C’est une forme de l’autobiographie. C’est peut-être sa forme achevée enfin trouvée.

L’indignation pour les nuls

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Les quelques averses qui ont obscurci mes vacances m’ont fait jeter un œil sur le désormais célèbre Indignez-vous de Stéphane Hessel. Et si mon œil fut d’abord jeté distraitement, je dois reconnaître que je fus très vite subjuguée. Admirative ! Convertie ! Indignée à mon tour, j’entends moi aussi lutter contre les systèmes qui nous enferment.

Ceci dit, une lutte de cette envergure nécessite une action coordonnée. Point de franc-tireurs ! Seuls des groupes de phalangistes résolus, disciplinés et regroupés autour d’un chef pourront mener le combat !

La première phalange sera placée sous le commandement de ma benjamine. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas de népotisme. Car ce régiment affrontera l’un des systèmes les plus avilissants pour l’humanité : le système métrique. On pourra toujours m’accuser de manquer d’objectivité, mais les faits sont là : depuis ses premiers pas dans l’enseignement, ma petite puce a lutté avec une opiniâtreté exemplaire contre l’oppressant système métrique. Malgré les doutes, les menaces et la fatigue, elle oppose toujours un « non » ferme aux tenants pervers du système métrique ! Dans quelques années, lorsque vous utiliserez la coudée, le pied, le muid ou la solive, vous aurez une pensée pour ma petite fille. Mais sachez qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Pourquoi, je vous le demande, pourquoi n’y aurait-il qu’un seul pied ou une seule coudée ? Pourquoi le pied ou la coudée d’untel devrait-il être mon étalon ? N’y voyez-vous pas un exemple patent d’oppression et de négation des libertés individuelles si durement acquises ? Je fais entièrement confiance à ma petite chérie pour mettre un terme définitif à cette dictature métrique particulièrement machiavélique. Vous aussi soutenez-la, elle le mérite !

La seconde phalange sera confiée à Maria, ma femme de ménage portugaise, qui se chargera de la périlleuse lutte contre le système pileux. Ce dernier réclame en effet des méthodes sans pitié, son anéantissement n’étant jamais définitif. Autant vous le dire, Maria et ses phalangistes devront user d’armes de destruction massive (cire chaude, rasoir, laser) qui entraîneront d’inévitables dégâts collatéraux- brûlures, irritations, dépigmentations, abcès… Bien sûr, nous tenterons de cibler nos attaques par des frappes chirurgicales. Il n’empêche, et Maria l’assume avec la farouche détermination qui vaut depuis toujours aux Lusitaniens et Lusitaniennes l’admiration des peuples, il y aura des victimes innocentes. Même si de frileuses ONG la culpabiliseront, Maria ne fléchira pas car, comme elle le dit elle-même quand elle brise un bibelot en dépoussiérant de ma commode régence : « On ne fait pas de tortillas chans cacher des œufs ! ».

Quant à moi, je me réserve la lutte contre l’insidieux Système D qui, honteusement promu par Mac Gyver, tend à s’insinuer dans chaque chaumière de la République, gangrenant les bases mêmes de notre civilisation en cette période de crise et d’insécurité financière. Pas plus tard qu’hier, n’ai-je pas vu un brave homme imprégné des meilleures intentions et certainement inconscient de son asservissement au système, remplacer le flotteur défectueux de sa chasse d’eau par un bouchon de deuxième côte de Blaye ?! Regardons la réalité en face, le système D est partout. Et que je te cale un pied de chaise avec un bouquin à 3 euros, et que je me fabrique un éventail avec une brochure, et que j’allume le barbecue avec mes verres de lunettes ! Pourquoi pas frapper deux silex, tant qu’on y est ? Pour venir à bout de ce système oppressant, il me faudra une vigilance de chaque instant. Bien sûr, des moments de découragement surgiront. Mais j’aurai toujours sur moi, doré sur tranche, le fameux manifeste de Stéphane Hessel où j’irai ressourcer ma volonté.

C’est pourquoi je vous demande de rejoindre nos troupes de phalangistes en lutte afin que demain se lève un jour nouveau, débarrassé de tous les systèmes oppresseurs et dégradants.

Indignez-vous !

Indignez vous !

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Benoît XVI, reviens ! Ils sont devenus fous !

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« In cauda venenum », ou si vous préférez « dans la queue, le venin ». Ce proverbe latin ne nous est pas revenu en mémoire parce que l’industrie pornographique vient de stopper provisoirement ses activités après la découverte d’un acteur contaminé par le VIH, mais en apprenant que José Manuel Zapatero avait fait adopter la fameuse « règle d’or » de stabilité budgétaire et l’avait inscrite dans la constitution.

On rappellera que Zapatero est socialiste, qu’il est tellement impopulaire qu’il a anticipé les élections en novembre et qu’il a fait passer cette loi avec l’accord du Parti Populaire, la principale force d’opposition pratiquement certaine de gagner les prochaines législatives comme elle a gagné les précédentes élections intermédiaires, c’est à dire dans une indifférence dégoutée qui se traduit par des taux d’abstention record. Pour le reste, la constante historique qui veut que les marchés préfèrent en Europe des socialistes libérés du socialisme à des libéraux qui ont encore des scrupules vaguement étatistes se confirme.

Zapatero a cependant attendu le départ du pape Benoit XVI pour annoncer cette ultime mesure. Il a bien fait. Avec ce gauchiste ensoutané qui ne cesse de parler, à longueur d’encyclique, de mettre « l’économie au service de l’homme » et non de faire l’inverse tout en dénonçant une génération sacrifiée dans la précarité, on ne sait jamais…

La maman et la cougar

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Qu’on se figure La femme de trente ans, typologie balzacienne des plus séduisantes, égérie de la presse féminine, épanouie et désirée par tous, puissant vecteur de bien-être récupéré avec science et cynisme par les requins de la publicité, les idéologues du féminisme, les adorateurs du bio qui la hissent en emblème de la fertilité. Celle qui ressemble à la Vierge Marie autant qu’à la Princesse Diana, celle grâce à qui les Barbie ont envahi la planète. « Cherchez la femme », c’est elle et personne d’autre.

C’est Nathalie Dumont, quarante-deux ans, personnage principal du dernier roman de Matthieu Jung, Vous êtes nés à la bonne époque. Elle a réussi dans la vie, c’est sûr. Matériellement tout le prouve : une carrière d’ophtalmologiste sans faute et quatre-vingt-quinze mètres carrés dans le quartier de la Bastille où elle a élevé sa fille Charlotte, partie vivre à Los Angeles. Mais Nathalie sent sur elle, à chaque seconde qui passe, s’abattre un peu plus le poids de la décrépitude. Pourquoi ? Parce qu’elle vient de se séparer de son compagnon et qu’elle ne voit donc plus comment avoir ce second enfant qu’elle désire tant. Au beau milieu de cette destinée dépressive, une comète surgit et illumine de tous ses feux l’étoile en déclin. C’est le jeune Arno Genic, artiste brillant, fort et respectueux, un homme, un vrai. Mais Arno a vingt ans, Arno est un enfant, et Nathalie veut un enfant.

Depuis La vague à l’âme et Principe de précaution, Matthieu Jung est le peintre de la vie moderne. Voici une société schizophrène dans laquelle les femmes veulent réussir professionnellement aux dépens de leur vie personnelle mais où, pourtant, être une femme, c’est plus que jamais pouvoir porter la vie.
Il est d’ailleurs effrayant d’observer tous les moyens qu’on déploie pour rester les mêmes. Vous êtes nés à la bonne époque énumère dans ses pages ceux qu’une femme tient aujourd’hui à sa disposition pour tomber enceinte. Il est question de fécondation in vitro, de mère porteuse, d’élever un enfant seule, conçu au hasard d’une rencontre. Il faut démasquer le bon géniteur, s’ébahir devant la grossesse d’Isabelle Carré filmée par Ozon, vaincre la loi naturelle qui s’appelle ménopause.

Nathalie Dumont est, jusqu’en sa mélancolie, terriblement femme. Avec son désir de grossesse, c’est la quête d’un amour durable et sincère qu’elle exprime. Et cette femme, qui en dépit des fortunes qu’elle engloutit chez son psy comportementaliste, n’a rien oublié de la joie, sait instinctivement où elle se trouve. « Le besoin primordial d’une femme, c’est d’être remplie. Au niveau de son vagin comme de son utérus […]. Malgré la civilisation, on reste des animaux, voilà ». Comme ça, c’est clair.

La grande réussite de Matthieu Jung, c’est surtout le style. Comment parler, penser, souffrir comme une femme ? Sens du détail, nom des boutiques qu’elle fréquente, euphémismes et antiphrases, frivolités adverbiales à foison pour ajuster sa pensée. Il faut écrire comme elle est, comme elle se déploie, parvenir à embrasser minauderies et contorsions cérébrales propres à la psyché féminine, forger l’identification et la compassion.

Pour ce faire, il faut sortir de soi. Un écrivain n’est pas plus un homme qu’une femme, c’est quelqu’un capable d’étreindre la condition de son personnage, fût-il un animal domestique, un camion, un continent. Il ne juge pas sa vie digne d’être partagée, mais d’être utilisée. La fin de son œuvre ce n’est pas lui-même, c’est l’œuvre. L’écrivain étreint, aussi, la condition de son temps et ses figures sacrificielles. De Madame Bovary, où Flaubert revêt robes et rêves délavés d’une souffreteuse dupée par le romantisme à Thérèse Desqueyroux de Mauriac, qui se bat avec la bourgeoisie provinciale étriquée. Matthieu Jung, qui campe une victime contemporaine des libertés chéries, s’inscrit parfaitement dans cette lignée.

VOUS ETES NES A LA BONNE EPOQUE

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Le comique féerique d’Olivier Maulin

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Mes amis, oubliez tous les romans de la rentrée littéraire 2011 ! Allez, sans hésiter, à l’essentiel et au meilleur ! Lisez sans plus tarder Les lumières du ciel d’Olivier Maulin. Partez à l’air libre. Là où remue encore la vie. Vers la joie. En route !

Tous les romans de Maulin sont des voyages imprévisibles, burlesques et foireux : qu’il s’agisse d’En attendant le roi du monde (2006), des Evangiles du lac (2008) ou de Petit monarque et catacombes (2009) (gloire à toi, inoubliable Bois-Bois !). À chaque fois, Maulin vous fait traverser sur les chapeaux de roues une multitude d’espaces géographiques, sociaux, existentiels, dont chacun est décrit avec le même humour, le même amour, la même minutie. Et à chaque fois, comme chez Manchette, il y a là, inexplicablement, saisi sur la page, le mouvement même de la vie.

Les romans de Maulin sont de magiques pièges à cons. Ils commencent sans tambours ni trompettes, dans la plus humble et éberluante simplicité. Maulin est un prestidigitateur romanesque qui dissimule avec la dernière rouerie la finesse extrême de son art, sa profondeur politique et historique, son ampleur métaphysique et spirituelle. Et comme un con, vous vous dites : Bon, ça se lit tout seul, d’accord. C’est très agréable à lire. C’est du roman populaire bien foutu, honnête mais pas très raffiné. Ça pisse dru, OK, mais ça va pas pisser très loin. Avec Maulin, les canards à trois pattes n’ont pas de soucis à se faire pour leurs guibolles.

En puis voilà, vous êtes embarqués. Maulin fait comme le réel : il exagère. Tout ça devient décidément de plus en plus savoureux et étrange. C’était très marrant, mais voilà que ça devient absolument hilarant. Vous écoutez pérorer son petit peuple romanesque de minables, de ratés, de fainéants, de menteurs et de salopards. Et vous vous apercevez soudain que vous les aimez tous sans exception. Que tous ces fous, ces crétins, ces roublards et ces lâches en savent plus long sur votre âme et sur l’existence que les savants et les philosophes.
Et lentement, très lentement, par touches délicates, infiniment discrètes, vous vous apercevez que, pendant que vous vous marrez, ces putains de clodos célestes sont en train d’allumer subrepticement dans votre cœur Les lumières du ciel. Ces pochtrons miteux vous montent sur le ventre comme des rustres. Et vous sentez en vous quelque chose de rayonnant. Des lumières fragiles qui se répondent. Quelque chose de trop doux, qui vous donne envie de chialer. C’est que leurs discussions ineptes et magnifiques sont un feu de joie qui consume toute la saloperie moderne. C’est qu’ils sont en train de brûler toute la laideur du monde.

Maulin vous faisait marcher sur une montagne réaliste de détritus modernes et vous n’avez pas remarqué que des brèches microscopiques s’ouvraient lentement entre les immondices. Vous n’avez pas vu que là, dans ces interstices, à nouveau, on pourrait vivre. Avançant d’un pas brutal et aveugle, vous n’avez pas soupçonné les myriades de fleurs minuscules et presque invisibles, délicates et gracieuses, qui poussaient dans ces brèches de liberté. Ces fleurs ne vont pourtant cesser de grandir et d’envahir l’espace du roman, le réalisme se métamorphosant insensiblement en féérie burlesque.
Oui, vous avez vu scintiller des lumières dans les cœurs des dégueulasses. Vous avez appris la sagesse de la bouche des fous. Vous avez vu ces lucioles, ci et là, s’allumer et disparaître, puis se rallumer parfois toutes ensemble. Vous avez vu le monde moderne s’ébrécher et s’effondrer sous les valeureux assauts des gueux. Vous avez vu les fleurs de la grâce pousser dans l’humus le plus trivial. Vous avez senti dans vos cœurs l’invisible remontée du Moyen-Âge, la brûlure du merveilleux chrétien, la morsure du merveilleux païen.

Les lumières du ciel lanceront d’abord à vos trousses un hippopotame écumant de colère. Vous y apprendrez ensuite à faire la différence entre un nordmann et un épicéa et à vendre les « sapins hallal » à la pelle. Si vous vous sentez toujours bien dans la peau de Paul-Emile Bramont, le narrateur de cette folle épopée, vous aurez droit ensuite à une rencontre du troisième type avec le chirurgien que vous cocufiez et vous n’hésiterez pas à lui proposer l’affaire du siècle. Et puis, quand même, puisque tout le monde à Paris a maintenant envie de vous tuer, il sera temps de prendre vraiment le large. Alors, comme par hasard, vous arriverez à Jérusalem.

Les trois séquences les plus éblouissantes des Lumières du ciel ? L’arrivée à Jérusalem, dans une douce, envoûtante, bucolique et fraternelle communauté anticapitaliste et antimoderne (salut à toi, Anakin, auprès de qui Wilhelm Reich est un homme d’un cartésianisme étriqué !). La rencontre, ensuite, un pas au-delà, avec le prince de la radicalité antimoderne, le Natoufien en personne, chasseur-cueilleur de son état et adversaire impitoyable de la barbarie que représentent à ses yeux l’élevage et l’agriculture, vivant dans une grotte avec sa colossale et tyrannique épouse. La troisième scène la plus magistrale enfin, dont l’horreur et la profondeur eussent fait les délices de Philippe Muray, est celle où le narrateur et son ami Momo découvrent à Nice le monde terrifiant du troisième âge hyperfestif et tombent entre les griffes de Miss Amandine et de Madame Belatoff, deux octogénaires liftées et libidineuses. Il faut bien aussi que par moments vacillent Les lumières du ciel.

Les lumières du ciel

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