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Un avenir radieux pour la France?

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Il arrive encore qu’on me demande, à l’étranger surtout, quel avenir je vois pour la France. Faute de boule de cristal, j’erre sur Internet et je me fie à mon intuition. Parfois, elle se trouve en accord si total avec l’expérience que relate tel ou telle Français(se) que j’en viens à me convaincre, momentanément rassurez-vous, de la pertinence de mes analyses.

Hier soir, par exemple, sous la plume de Patricia La Mosca, chroniqueuse judiciaire, j’ai lu deux ou trois choses qui ne m’ont pas vraiment surprises, mais qui m’ont semblé mériter d’être répercutées.

Après avoir noté – et là presque tout le monde en convient – qu’en France un ordre basé sur les semblants et la culture du mensonge, au sommet de l’État et dans la presse, est en train de s’effondrer sous nos yeux et qu’une alternance politique, y compris avec le Front National, n’y changerait pas grand-chose (je lui donne volontiers raison), elle en vient au vif du sujet.

Elle habite en banlieue et, quotidiennement, y rencontre des forces de l’ordre, des immigrés récents ou anciens, voire des réfugiés. « Quiconque, écrit-elle, ne voit pas la réalité que je fréquente ne peut pas imaginer l’univers entier qui se cache derrière l’appellation « jeunes » qui figure dans vos journaux et sur vos écrans TV. »

Ce qu’elle observe, c’est une population qui nous hait, qui ne partage aucune de nos valeurs et qui cherche à les détruire. Même les plus « modérés » se sont réjouis après la nuit du 13 novembre et considèrent leurs auteurs comme des héros. Ceux qui s’imaginent que nous allons tous nous retrouver derrière un idéal républicain sont au mieux de doux rêveurs, car, précise-t-elle, « je n’ai pas trouvé de pont, ni même de passerelle entre les deux mondes. Pourtant, j’en ai cherché, parce que je ne hais personne et n’appartiens à aucun courant politique. »

Ce qui n’est pas faux non plus et plus crédible, car moins excessif, c’est que tous les responsables des services de renseignement, de la police et de la gendarmerie sont parfaitement au courant de la situation qu’elle décrit et que leur malaise est incommensurable. Mais on leur demande de se taire et de continuer à jouer la comédie. Faute de quoi ils sont traités de racistes, d’islamophobes, voire de fascistes, et écartés de toute responsabilité. Les témoignages sur ce point ne manquent pas.

Patricia La Mosca soutient également que l’État islamique a bon dos, car il ne pourrait rien contre nous s’il ne jouissait d’un vaste enclos de culture acquis à son idéologie. Nous assisterons sans doute à un affrontement de plus en plus violent entre des populations françaises diverses mais incompatibles, la religion étant le marqueur principal. Il va de soi que le désastre économique dans lequel les Français sont plongés ne fait qu’aviver les tensions. Mais pire encore : c’est toute la société,  son mode opératoire et ses attentes qui ne sont plus en phase avec la réalité. Une forme insidieuse de schizophrénie politique s’est instaurée avec pour seul remède une formule magique, mais totalement inefficace : le vivre-ensemble. Si les Français en attendent un avenir radieux, qu’ils se préparent plutôt à une guerre civile ou à un suicide collectif.

*Photo : SIPA.00607936_000017.

René Girard et la nouvelle comédie des méprises

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René Girard Philippe Muray

Sans préambule, sans précautions, sans préliminaires oratoires, et avec une espèce de brutalité magnifique, René Girard, en 1961, dès la première page de Mensonge romantique et vérité romanesque, précipitait ses lecteurs sur la piste de l’hypothèse mimétique, c’est-à-dire dans l’enfer du désir, dans les pièges de l’amour et les constructions en miroir de la rivalité ; et entreprenait de démontrer que les plus grands chefs-d’œuvre romanesques n’avaient jamais fait, au cours des siècles, que révéler cette hypothèse, sans qu’elle cesse toutefois de constituer le secret le mieux caché, le plus efficacement protégé de l’histoire du genre humain. [..]

Il affirmait, textes à l’appui, que nous désirions intensément mais que nous ne savions pas exactement quoi ; que nous attendions toujours d’un autre, même si nous ne cessions de prétendre le contraire, qu’il nous dise ce qu’il fallait désirer ; et que cette comédie du désir du modèle désignant au sujet, qui ne veut rien savoir de cette désignation, l’objet devenu désirable parce qu’il est désiré, constituait la substance même du Rouge et le Noir comme de Don Quichotte, de la Recherche du temps perdu comme des Démons.

Le roman était la levée perpétuelle de ce secret de Polichinelle, et Mensonge romantique, à son tour, devenait un fabuleux « roman » sur le secret de l’imitation généralisée, constamment divulgué par les grands romans, puis aussitôt recouvert, réenterré, recamouflé sous l’éternel besoin d’illusion des hommes.

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Un peu plus tard encore, dans ses œuvres ultérieures, Girard allait dévoiler les rapports sacrificiels qui constituent le lien social depuis la nuit des temps ; mais il ne quitterait pas vraiment pour autant la question du roman, c’est-à-dire de la réalité humaine et de la succession infinie de ses masques à arracher : car de même qu’au fondement de toute société il y avait un meurtre, et pas un meurtre imaginaire ou fabuleux mais un meurtre réel, de même dans les rapports entre les êtres il y avait un rival précis, un rival vivant et concret, haï et aimé, un obstacle adoré en même temps que détesté, et c’était d’avoir porté leur éclairage sur son existence obstinément déniée que les plus grandes œuvres romanesques puisaient la lumière qui nous est parvenue.

Contre toutes les pensées dominantes des sciences humaines d’alors, structuralisme, lacanisme, derridisme, etc., qui ne cessaient d’ajourner le réel, de le remettre à plus tard, au lendemain, aux calendes, à la Saint-Glinglin, René Girard seul le plaçait au centre de sa réflexion, au cœur de sa recherche, que ce soit sous la forme de la victime oubliée, mythifiée mais constitutive de toute civilisation, que sous l’apparence du rival abhorré autant qu’adoré qui nous désigne l’objet à désirer, et dont nous mettrons ensuite tout le romantisme, tout le lyrisme, toute l’énergie du monde à nier l’existence ; mais que les romanciers géniaux mettront tout leur génie, en revanche, à dévoiler. Parce qu’un grand romancier, disait encore Girard, ne partage jamais intégralement les illusions de ses personnages.[access capability= »lire_inedits »]

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L’expérience romanesque détruisait sans relâche le mythe de la souveraineté personnelle, lui-même construit sur la base déniée de notre dépendance servile à l’égard d’autrui. Les romanciers avaient toujours travaillé dans la même direction : il s’agissait de traverser une illusion. Et puisque cette illusion, la plupart du temps, se retrouvait divinisée par l’esprit romantique, l’illusion que Girard analysait sans relâche était, pour finir, d’essence religieuse. Entre la croyance et le roman, il ne restait plus rien. Rien que ce champ sans limite des mensonges humains qu’on appelle la vie.

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Les thèses girardiennes sont-elles à même de nous faire comprendre ce monde nouveau qui veut passer pour naturel, et donc feint d’ignorer qu’il ne va pas de soi ? Les forces au travail repérées dans des univers aussi hétérogènes que ceux de Proust, Stendhal, Cervantès ou Dostoïevski, sont-elles encore identifiables aujourd’hui ? Par temps post-historique, les schémas girardiens peuvent-ils être éclairants ? Comment apprécier girardiennement une société telle que la nôtre ? Qu’a-t-elle à nous dire ? Que peut-on en apprendre et en révéler à partir de lui ?

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Si notre temps est celui du progressif désinvestissement de la scène du désir, ou de son explosion par saturation ou surexposition, ce qui revient au même, que reste-t-il au juste de ses conclusions ? Et, pour parler franchement, que serait un roman qui se composerait de moments de « lucidité », au sens où Girard ne cesse de les repérer dans les romans d’autrefois, concernant la nouvelle illusion collective de notre temps ? Un roman qui décrirait « à la Girard » la troublante et progressive décomposition de l’humanité en proie à la perte de toutes les différences, et le camouflage délirant de ce désastre par la présentation constamment positive qui en est faite ?

Est-il possible, en somme, de partir du Girard de 1961, pour tenter de soumettre à ses concepts le monde dit réel d’aujourd’hui ? Ou encore de retourner son commentaire des romans d’hier en commentaire romanesque de notre époque ?

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C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. Si les sentiments que Stendhal appelait « modernes » (l’envie, la jalousie et la haine impuissante) fleurissent plus que jamais, ce n’est pas parce que les natures envieuses ou jalouses, Girard le disait déjà très bien, se sont fâcheusement multipliées ; c’est parce que ce qu’il nomme la médiation interne (il y a médiation interne lorsque les sphères du sujet et du médiateur pénètrent si profondément l’une dans l’autre qu’on peut les dissimuler ou les méconnaître sans risque d’être jamais obligé d’en avouer l’existence) triomphe dans un univers où ne cessent de s’écrouler les dernières démarcations entre les individus.

Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). Girard a consacré des centaines de pages à décrire les effets dévastateurs de la « crise indifférenciatrice » sur les sociétés dites primitives. Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper ;

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Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec trois cent cinquante personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches).

C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néofascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé.

Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs.

Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle.

À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines.

[..]

À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’auto-divinisation communautaire débouchant sur une volonté d’auto-destruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée.

Dans tous les cas, quoi qu’il en soit, entre l’hyper-collectif et l’infra-individuel, entre l’infiniment petit des sous-unités humaines qui s’éclatent, au sens propre, et l’infiniment grand du festif global devenu civilisation, c’est toute la mimésis désirante que l’on voit s’accomplir, grandir, enfler, se dilater, s’étendre et disparaître dans le même mouvement.

Commence alors sans doute un « mensonge romantique » d’un nouveau type qui ne ressemble plus que de fort loin à celui que Girard avait étudié.

Mais sans Girard, qui le saurait ?[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

L'atelier du roman, numéro 16, 1998

Prix: 2 000,00 €

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Déchéance de nationalité: la manoeuvre de Hollande

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François Hollande, tout à ses manœuvres en vue de sa réélection en 2017, vient sans aucun scrupule d’ouvrir une boîte de Pandore : il propose d’inscrire dans la Constitution la possibilité de prononcer la déchéance de nationalité des binationaux « condamnés définitivement pour avoir commis un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Le débat furieux qui a suivi démontre à quel point, en ces temps d’insécurité culturelle et d’identité malheureuse, cette question est importante.

Or, primo, pour déchoir les terroristes islamistes de leur nationalité française, la modification de la Constitution n’était absolument pas nécessaire. Secundo, chacun sait bien que cette mesure n’aura aucun effet pratique dans la lutte contre le terrorisme. Pour combattre Daech, il vaut mieux balancer des bombes que signer des décrets.

Quant aux nationaux qui font le choix de l’ennemi, nous devrons leur appliquer le traitement que l’on réserve aux traîtres. Un traitement qui, dans certaines circonstances, peut et doit être expéditif. Et l’on ne doit  d’ailleurs pas avoir peur des mots vengeance ou représailles que l’on n’a pas entendus depuis le 13 novembre. Avons-nous oublié les réactions de Churchill après le premier bombardement de quartiers civils de Londres, et le discours de Roosevelt après Pearl Harbour ?

Alors, brandir le chiffon rouge de la déchéance quand l’opinion est sous le coup de l’émotion et de la colère, et proposer, dans les 48 heures qui suivent la tragédie, de changer le texte fondamental de la République pour y inscrire des atteintes à des principes importants, c’est une mauvaise action. Absence de réflexion, proposition faite dans l’urgence, reniement d’engagements précédents : comment, pour François Hollande, mieux faire la démonstration que sa parole ne vaut rien et que son seul souci, en grappillant des voix au Front national et en tentant d’embarrasser l’opposition de droite, n’est que de durer ?

Comme on le voit, de Thévenoud à Bartolone en passant par les ministres chargés de l’ordre et de la protection de la nation, dont la tragédie du 13 novembre a signifié l’échec, sans oublier Christiane Taubira avalant une couleuvre géante, plus personne ne démissionne dans cette République. La responsabilité politique qui impliquerait la démission comme sanction de l’échec, n’existe plus aujourd’hui. Tout le monde souhaite durer, durer encore, garder les postes et les fonctions avec les avantages qui les accompagnent.

Et pourtant, le débat autour de l’appartenance à la nation doit avoir lieu. Je fais partie de ceux qui ont une conception inclusive de la nationalité française. Membre d’une famille qui peut justifier de plus d’un millénaire d’appartenance à la France, je considère malgré tout qu’un Français de papier depuis dix minutes est aussi français que moi. Avec les mêmes droits, et bien sûr les mêmes devoirs. Y compris, si nécessaire, l’impôt du sang. C’était le cas de Dimitri Amilakvari, prince géorgien et Compagnon de la Libération, qui avait dit : « Nous n’avons qu’une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l’accueil qu’elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle ». Il régla sa dette à El-Alamein le 24 octobre 1942. Ce fut aussi le cas d’Imad Ibn Ziaten tué par Merah parce que soldat français. Il y a tant d’exemples.

Alors je sais bien qu’aujourd’hui pratiquer la fraternité est difficile, que nombreux sont ceux qui détestent la France, dont certains prêts à la trahir. Soit en ne respectant pas ses règles, soit  en passant carrément à l’ennemi. Je comprends, bien que je ne la partage pas, la conception exclusive de la nation, cette volonté d’un rassurant « entre-nous ». Mais je crains que cela nous éloigne du combat pour l’assimilation dans les conditions d’aujourd’hui, qui est pourtant la seule solution. Un combat qui doit être mené avec sévérité et exigence, loin de la veulerie de ce pouvoir et de ceux qui le soutiennent.

Je fais aussi partie de ceux qui considèrent que si la symbolique est importante, les principes sur lesquels il ne faut jamais céder le sont encore plus. Comme le disait Margaret Thatcher – que j’ai pourtant exécrée de son vivant- « quand on commence à céder sur les principes, on cède sur tout ». En l’occurrence, le projet de loi constitutionnelle porte clairement atteinte au préambule de la Constitution, qui prévoit qu’il n’y a qu’une sorte de français. Or, qu’on le veuille ou non, s’il est adopté, le nouvel article 34 va en créer deux.

Qu’un politicien sans principes décide sur un coin de table de défigurer notre texte fondamental pour ses petits intérêts me heurte profondément. Cela m’inquiète d’autant plus que les mesures proposées sont liberticides par l’utilisation qui pourra en être faite. C’est une simple loi qui décidera ce qu’est un « crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation » permettant la déchéance. Définition suffisamment large pour faire n’importe quoi.

Je m’étais déjà interrogé dans ces colonnes sur les raisons de la haine que provoquait souvent Nicolas Sarkozy. J’avais conclu que le côté parvenu, la fréquente vulgarité et l’absence visible de réelles convictions avaient amené une partie de l’opinion à considérer qu’il avait abaissé la fonction de Président de la République. Qu’il avait tué le premier corps du roi. Son successeur n’a même pas essayé de le ressusciter ou de relever la fonction. La présidence Hollande n’est qu’une longue et pénible punition scandée par des séquences où est démontrée, au-delà des limites du personnage et de son incompétence à occuper ses fonctions, son absence de principes et de scrupules. Une vision terriblement étroite de son intérêt personnel et de celui de ses amis le conduit à toujours prendre les choses par le bas. Hollande ignore les obligations de son statut qui devraient pourtant l’amener à avoir un peu plus d’égards vis-à-vis des principes et des symboles qu’il malmène en permanence[1. Le dernier avatar vient de consister à décerner la Légion d’honneur aux victimes des attentats de janvier, avant de l’attribuer aux victimes du 13 novembre, retirant à cette institution bicentenaire le peu de sens qui lui restait.].

Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, fut accusé, probablement à juste titre, d’avoir abaissé la fonction. François Hollande, politicien immoral, se verra-t-il reprocher de l’avoir avilie ?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21837322_000001.

La révolution scolaire de Najat Vallaud-Belkacem

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Najat-Vallaud Belkacem est moins flamboyante que Christiane Taubira, moins « clivante » que la Garde des Sceaux, mais elle ne mène pas moins, avec constance et une réelle habileté manœuvrière, une entreprise révolutionnaire, visant à faire table rase du système éducatif français, pour lui substituer un modèle égalitariste intégral sous prétexte de lutte contre les inégalités produites, ou perpétuées, par ce système.

L’année 2016 sera celle de la mise en œuvre de la réforme du collège, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne suscite pas l’enthousiasme des principaux intéressés, enseignants, parents d’élèves, universitaires et chercheurs dans les disciplines torpillées par la réforme (langues anciennes, allemand, enseignements artistiques…). C’est une réforme foncièrement bureaucratique, conçue et imposée du sommet, pétrie d’idéologie post-bourdieusienne, dont les racines conceptuelles plongent plutôt dans feue la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne du grand timonier Mao Zedong, la terreur en moins, que dans les idéaux émancipateurs de Jules Ferry et Ferdinand Buisson.

Il s’agit de forcer la majorité du peuple, dont le souci principal est de donner à ses enfants une éducation de qualité et les armes du savoir pour affronter le monde qui vient, à accepter le principe d’une école où les meilleurs élèves, les plus doués, seront freinés dans leur progression, pour ne pas laisser ceux qui le sont moins sur le bord du chemin. Les « hussards noirs » de la République, qui se faisaient un devoir de faire accéder à l’élite ceux de leurs élèves qui montraient leur capacité à s’approprier la culture dite bourgeoise, en dépit de leur handicap social, seraient aujourd’hui plus près de la porte que de l’augmentation ! Ce que l’on exige d’eux, désormais, c’est de conduire un « groupe classe » hétérogène au maximum de la performance scolaire atteignable par le moins bon de ce groupe. Cela conduit, bien entendu, à abaisser le niveau d’exigence pour atteindre les objectifs du plan quinquennal, comme on faisait jadis dans le monde soviétique, avec les succès que l’on connaît. La dévaluation du baccalauréat, dont le destin est comparable à celui des assignats de la période révolutionnaire, n’a pas suffi à dissuader les bureaucrates et idéologues de persévérer dans leur projet de nivellement généralisé, initié dans les années 70 du siècle dernier, avec l’instauration du collège unique. Le peuple, cette engeance à qui, décidément, on ne peut  jamais se fier, s’est ingénié à utiliser toutes les failles du nouveau système pour saboter la grande idée égalitariste. Il s’est levé en masse, en 1984, pour préserver le reste d’autonomie de l’enseignement privé (recrutement des élèves, enseignements supplémentaires  liés au « caractère propre » de l’établissement). L’instauration insidieuse d’une hiérarchie des lycées et collèges a permis à des parents initiés (dont l’immense majorité des enseignants) à ruser avec la carte scolaire par tous les moyens, licites ou à la limite de la légalité, pour placer leurs rejetons dans les bons établissements.

C’est désormais ces failles béantes du système que Mme Vallaud-Belkacem et ses acolytes ont décidé d’obturer. Dans un premier temps, il s’est agi de traquer impitoyablement l’élitisme qui s’était installé, avec la complicité de nombreux chefs d’établissements, au sein de collèges situés dans des ZUS (zones urbaines sensibles). Mission accomplie, avec l’élimination des classes bilangues dès la sixième, des langues anciennes réduites à n’apparaître que dans le cadre des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) avant d’être complètement abandonnées, comme l’induit la suppression, en 2013, du CAPES de lettres classiques.

Deuxième étape, en préparation, la refonte de la carte scolaire destinée à empêcher la ghettoïsation de certains collèges désertés par les enfants des classes moyennes et supérieures dans les secteurs où coexistent des quartiers populaires (entendez peuplés majoritairement de personnes issues de l’immigration) et des zones pavillonnaires où vivent les classes moyennes. Une louable initiative, qui fait écho à la mobilisation constatée dans certaines localités, où des parents maghrébins et africains réclament un « blanchiment » des collèges pour éviter leur déchéance… Sauf que cette exigence de mixité sociale entre en contradiction avec la philosophie de la réforme du collège, qui donne la primeur à la performance du groupe sur celle des individus. Comment, sauf à pratiquer la coercition, peut-on faire accepter, à des parents aimants et responsables, que leurs enfants soient enrôlés dans une entreprise altruiste (servir, par leur sacrifice, à faire progresser les moins favorisés en capital culturel) au détriment de leur propre éducation ? Najat Vallaud-Belkacem et sa garde rapprochée – la directrice de l’enseignement scolaire Florence Robine, les sociologues Pierre Merle et Agnès Van Zanten – ont beau affirmer péremptoirement que les bons élèves ne perdent rien au change, il existe une limite à l’escroquerie intellectuelle : le bon sens populaire.

Les méthodes employées pour imposer ces réformes n’ont rien à envier au dogmatisme de leur conception. Pour ce que l’on peut en percevoir, car l’éducation nationale est une institution opaque et autoritaire[1. Il est aujourd’hui plus difficile à un journaliste, ou à un élu de la nation, de pénétrer dans un établissement scolaire que dans une prison, un commissariat de police ou une base de commandos de l’Armée de terre.], la mobilisation des acteurs de la réforme sur le terrain  n’est pas optimale. Certes, les moyens classiques de manifester sa grogne, comme l’appel à la grève des syndicats opposés à la réforme n’ont pas eu le succès souhaité par leurs organisateurs. Ceux des enseignants qui ont pu préserver leur pré carré disciplinaire et faire échec aux projets les plus insensés, comme les historiens sauvés par Pierre Nora, ne rejoignent pas les grands blessés des reformes, comme les latinistes et les germanistes. Les parents croient toujours – ils ont tort – que les systèmes de débrouille individuelle, comme la fuite vers le privé, les mettra à l’abri de la tornade égalitariste. Mais la rue de Grenelle doit aujourd’hui faire face à une contestation bien plus dangereuse que celle à laquelle elle est accoutumée : les profs viennent au séances obligatoires de formation en vue de la réforme, mais ils se réfugient dans la passivité, ou dans la révolte verbale, lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils sont, en réalité, soumis à une entreprise de formatage rarement observée dans un régime démocratique. Dans les rectorats, comme celui de Grenoble, on est vite passé de la persuasion à la menace de sanctions contre les enseignants rebelles actifs ou passifs. Lorsque cela éclatera, du côté des parents comme des profs, il y aura du sang sur les murs…

Encercler les villes à partir des banlieues, combattre le capital culturel des dominants au lieu de le proposer, avec les moyens adéquats, à ceux qui en sont dépourvu, tel est le programme que notre souriante ministre des écoles entend mener à son terme, avant de se replier, en 2017, sur sa base rose de Villeurbanne. À moins que, dans un sursaut de lucidité, l’Élysée et Matignon ne viennent, comme dans l’affaire de l’état d’urgence, remettre les pendules à l’heure avant qu’il ne soit trop tard.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734912_000037.

Le Brady, dernières séances

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brady mocky thorens

Dans une ville comme Paris chaque jour un peu plus uniformisée par les convenances de la gentrification, il reste encore des lieux. Inutile ici d’ajouter un adjectif comme « pittoresques » ou « oubliés ». Depuis la classification de l’anthropologue Marc Augé, on sait que notre monde se divise en lieux et en non-lieux, la proportion de ces derniers s’accroissant dangereusement. Le non-lieu est, à tous les sens du terme, un lieu sans histoire, sans identité, sans rencontres possibles. Aux non-lieux appartiennent les hall d’aéroports, les guichets de retrait automatique, les nouvelles gares, les résidences sécurisées, les parkings souterrains, les immeubles de bureaux ou même les monuments, les bistrots, les musées, les restaurants aseptisés par le design pour que l’on s’y sente en permanence de passage, pur spectateur nomade jamais mis en danger par la nostalgie, la peur, la beauté. Le non-lieu nous veut à son image, c’est à dire de petites monades néantisées. À l’inverse, le lieu n’est sous le contrôle d’aucune logique marchande, il réchappe miraculeusement, et pour combien de temps, aux réaménagements urbains autoritaires qui chassent les habitants vers les périphéries, loin de toute vie réellement vécue.

Bien entendu, cette entreprise totalitaire a ses ratés. Il reste des îlots et le Brady, à Paris, en fait partie. C’est un cinéma sur le boulevard de Strasbourg, au milieu des salons de coiffures africains et des épiceries pakistanaises. C’est le dernier cinéma de quartier, le dernier cinéma qui a joué longtemps la carte du cinéma permanent, système disparu dans les années 80. Vous rentriez avec un ticket et vous pouviez y passer la journée pour y dormir, y manger et plus si affinités avec la clientèle que l’on pourra qualifier d’interlope, comme dans les romans populaires du temps jadis. Dans Le Brady, le cinéma des damnés, Jacques Thorens se livre à ce qu’il appelle la « biographie d’un lieu ». Il sait de quoi il parle, il a lui-même été caissier-projectionniste-homme de ménage dans ce cinéma au début des années 2000 quand les deux salles appartenaient à Jean-Pierre Mocky depuis 1994 avant qu’il ne les revende en 2011.

Le provincial cinéphage aux goût un peu spéciaux que j’étais aimait bien, lors de ses journées parisiennes, quitter à pied la gare du Nord pour aller jusqu’au Brady et trouver les introuvables DVD de Mocky en vente à la caisse. Peut-être ai-je croisé Jacques Thorens sans le savoir d’ailleurs. Mais quelle importance, même si je connaissais la réputation sulfureuse du Brady, je ne pouvais imaginer l’étrange richesse mélancolique du lieu telle qu’elle apparaît dans ce livre. Qu’on ne se méprenne pas: Le Brady, cinéma des damnés est d’abord un texte littéraire, pas un simple document ou un simple témoignage.

La composition du livre en courtes vignettes amusées, émouvantes, sordides, poignantes, délirantes mais toujours vraies renseigne le lecteur autant qu’il le fait rêver. Il le renseigne sur ces damnés de la terre qui viennent s’échouer sur les banquettes usées avant d’aller se tripoter dans les toilettes, il le renseigne sur la poésie sauvage et déviante de ces films où les robots en carton-pâte fouettent des détenues japonaises lesbiennes. Sans compter ces portraits de Mocky en nabab calamiteux, drôle, cynique mais littéralement possédé par le désir de tourner fut-ce n’importe quoi à n’importe quel prix.

Thorens, osons ce mot un peu démodé, est un humaniste dans sa façon de décrire une clientèle de clodos, de vieux retraités arabes homosexuels, de travailleurs immigrés en rut et aussi de vrais amateurs de cinéma bis capables de vous citer le chef opérateur ou l’ingénieur son (quand il y en avait un) de Vierges pour Santana, La Vampire nue ou Le médecin dément de l’Ile de sang. Entre le petit vieux au RSA qui passe sa retraite au Brady et la journaliste de Canal + lors d’une avant-première d’un film de Mocky qui voit sortir en cohorte freaks tous les pouilleux copulateurs et hésite ensuite à s’asseoir sur les fauteuils tachés, le tout dans une odeur de fauve, on se rappelle la phrase de Saint-François de Sales: « Là où il  y a des hommes, il y a de l’hommerie. » Y compris chez les CRS qui patrouillent à l’occasion du côté de Château d’Eau: « Un CRS en uniforme nous sollicitait régulièrement pour récupérer des affiches de vieux films d’horreur. (…) En examinant une affiche d’un Mocky de 1994, Robin des mers, où l’on voit un CRS le cul à l’air, il s’exclame:

– C’est un collègue, je le reconnais! »

Le Brady, cinéma des damnés de Jacques Thorens (Verticales).

*Photo: wiki commons.

Mes premiers haïkus visuels de 2016

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coco chanel schiffter

*Photo: Ŧhe ₵oincidental Ðandy.

Mes vœux 2016

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kurdes radio latin daech

Vœu #1

Une vraie radio rock sur la FM.

C’est-à-dire une radio où on entendra plus souvent Bijou qu’Indochine, les Hellboys que les BB Brunes et Me First and the Gimme Gimmes que U2.

Et donc une radio rock où le premier animateur qui cite le nom de Cali sera licencié sur le champ pour faute grave.

Vœu #2

Pour le droit de réveillonner au champagne à Gaza.

Et pis après d’avoir aussi le droit d’y regarder South Park à la télé  et pis après d’avoir aussi le droit de s’y faire des papouilles variées entre adultes consentants de tous sexes.

On notera que ce dernier souhait vaut pour la plupart des pays arabes, mais aussi pour pas mal d’autres pays d’Afrique et d’Asie et pour un nombre significatif de comtés américains. L’Axe du mal, le vrai, c’est celui qui relie les wahhabites aux néoprotestants US (ces derniers veulent aussi faire interdire South Park, comme ça la boucle des trouducs est bouclée.)

Vœu #3

Le latin et le grec pour tous!

Pourquoi ? Parce que !

Quiconque ne comprend pas immédiatement pourquoi il est impératif de les enseigner est prié d’aller surfer ailleurs pour lire les vœux de Bernard Tapie, de Jacques Attali, d’Edwy Plenel ou de Cyrille Hanouna !

Et que les germanistes me pardonnent de ne pas ajouter à ce vœu, la défense de l’enseignement de l’allemand, mais contrairement au grec et au latin, c’est déjà une langue morte, faute de civilisation qui aille aujourd’hui avec.

Vœu #4

Que la gauche de la gauche -et plus particulièrement le PCF et la JC, dont je suis un enfant perdu- fassent enfin le ménage dans leur ligne comme dans leurs fréquentations.

Combattre les discriminations, c’est indispensable. Mais remplacer Marx et Gramsci par Bourdieu et Derrida, c’est la cata !

La négation de ce que Laurent Bouvet a si bien cristallisé sous le concept d’«insécurité culturelle» mène ce camp au suicide. Idem pour les concessions répétées aux obscurantistes de banlieue sous prétexte de lutte contre l’islamophobie.

En vœu annexe, j’aimerais que les gens qui comme Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de Gauche, sont allés au meeting de Saint-Denis aux côtés de Frère Tariq et du CCIF cessent de nous donner des leçons de maintien antisexistes.

Vœu #5

On se calme et on boit frais, camarades !

Qu’on puisse recommencer à se causer rude mais calmos sur les sujets qui fâchent (Front républicain aux régionales, Corse, Lois Macron, Déchéance de nationalité…)

Pouvoir dire qu’on soutient (ou pas) le maintien de Masseret sans se faire traiter de groupie de Philippot (ou de godillot de l’UMPS)

Pouvoir dire qu’on est contre (ou pour) la déchéance de nationalité sans qu’on vous colle illico l’étiquette de  défaitiste djihadocompatible (ou de cryptopétainiste)

C’est d’autant plus crispant quand le ton monte brutalement à l’intérieur du camp qui est censé être le mien (la gauche républicaine, ou le marxopopulisme pour aller vite).

Notre parti (au sens où on entendait ce mot à l’époque heureuse du Cardinal de Retz) est bien trop riquiqui pour que le débat dégénère en chicaya (j’aurais pu écrire « vendetta » à la place de « chicaya », mais je vais tâcher d’éviter les accusations de corsophilie benête ou de corsophobie aveugle).

Vœu #6

Que ma redevance télé ne serve plus à financer « Plus belle la vie »,

Ni Stéphane Bern et son histoire obscène,  ni « C à Vous », sans oublier l’ «humour citoyen» en vigueur à France Inter. En démocratie, une radio et une télé d’Etat généralistes n’ont pas de raison d’être.

Qu’on se serve des milliards que pourrait rapporter une cession au privé de France 2, aux régions de France 3 et à kikenveu de France Inter pour augmenter brutalement le salaire des profs de ZEP, des flics et des pompiers en mission dangereuse, des jardiniers municipaux, des infirmières, des facteurs, bref des gens qui font que l’expression « service public » n’est pas un oxymore.

Quant à la redevance, elle pourrait, outre France-Mu, France-Cu et Arte servir à financer entre autres urgences :

–        Une véritable télévision scolaire et éducative, ce qu’aurait dû être la 5 et qu’elle n’est qu’à 5%.

–        Une chaine qui rediffuserait les trésors de l’INA pour faire plaisir aux vieux, mais pas que.

–        Une chaine publique, laïque, et patriotique en direction des familles issues de l’immigration pour faciliter l’assimilation et le partage par le plus grand nombre des valeurs républicaines.

 

En bonus track, ma carte de vœux pour 2016

kurdes radio latin daech

Bonne année à tous les amis de la liberté !

Spéciale dédicace à celles et ceux qui, là-bas ou ici, défendent nos valeurs au péril de leur vie.

Gloire aux filles du PKK, gloire aux gars du Rojava et gloire à nos soldats !

Vengez-vous, vengez-nous, Kill’em all !

Ruin Jonny's Bar Mitzvah

Prix: 20,49 €

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Noire, c’est noir!

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serie noire marcel duhamel

« Il n’y a pas de petite ou de grande littérature, seulement de la bonne ou de la mauvaise ». Ce constat aurait pu servir de frontispice à la Série noire, une collection réservée aux polars, genre plutôt délaissé, voire moqué par l’intelligentsia. À Noël, un beau livre* revient sur les 70 ans du roman sombre, celui qui raconte l’errance du détective privé et plonge le lecteur dans les bas-fonds de la société. Un homme a été à l’origine de cette révolution littéraire. Ce traducteur de Steinbeck et d’Hemingway, ami de Prévert et des Surréalistes, agent chez Gallimard, s’appelle Marcel Duhamel. Il découvre sur les conseils du dramaturge Marcel Achard trois livres décapants (This man is dangerous et Poison Ivy de Peter Cheyney, et No orchids for Miss Blandish de James Hadley Chase) qui répondent à de nouveaux critères esthétiques. En 1948, Marcel Duhamel résumera dans un manifeste l’esprit de sa collection : « les volumes de la « Série noire » ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L’amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes n’y trouvera pas souvent son compte. L’optimiste systématique non plus….L’esprit en est rarement conformiste. On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu’ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois il n’y a pas de mystère. Et quelquefois même, pas de détective du tout. Mais alors ?… Alors il reste de l’action, de l’angoisse, de la violence — sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies — du tabassage et du massacre, etc… ». Jolie mentalité qui aurait plutôt tendance à faire fuir le grand public. Au contraire, six titres paraissent en trois ans et les chiffres de vente sont plus qu’encourageants. Le lecteur français semble fasciné par cette littérature venue d’Amérique.

Lorsqu’en septembre 1945, la maison Gallimard a publié les deux premiers numéros (La Môme vert-de-gris titre choisi pour Poison Ivy et Cet homme est dangereux), elle a parié sur une mode : l’attrait des Etats-Unis et son monde interlope peuplé de gangsters alcoolisés et de vamps diaboliques. Avec une couverture dessinée par Picasso et cette appellation « Série noire » trouvée par Jacques Prévert, le succès ne se fait pas attendre. Cette collection qui compte aujourd’hui près de 3 000 titres (2 896 précisément à ce jour) a été à la croisée de plusieurs phénomènes sociaux et culturels du XXème siècle. La France sort exsangue d’un conflit meurtrier, elle a soif d’aventures exotiques et de liberté. Le décor des polars américains avec ses personnages pittoresques, ses rues éclairées au néon, ses bars où coulent à flots des litres de whisky fait fantasmer une population qui a vécu, cloitrée, la peur au ventre durant l’Occupation. Avec le Débarquement allié, les américains n’ont pas seulement emporté dans leur paquetage une société de consommation à tous crins mais aussi une culture débridée faite de jazz, de cinéma en noir et blanc et de blondes démoniaques. Une imagerie terriblement séduisante pour des jeunes habitués à une littérature lourde et somnolente. Les français s’enivrent donc de ces parfums faits d’interdits et de réalisme social.

Car la Série noire change en profondeur les codes de la littérature traditionnelle. Le style moins ampoulé, plus bref et incisif, mélange l’action à la psychologie. La brutalité des situations à leur érotisme selon la formule de Raymond Queneau, l’un des premiers écrivains à soutenir ce mouvement. La Série noire dépoussière également le roman en lui greffant le langage parlé de la rue. Des mœurs plus légères, un contenu irrévérencieux et cet ingénieux format poche vont la propulser en tête de gondole chez tous les libraires. Les ouvrages sont reconnaissables à leur couverture cartonnée jaune et noire, à leur jaquette noire et blanche et à leur tirage conséquent (20 à 30 000 exemplaires). Il en sort deux chaque mois. Cette production quasi-industrielle implique le service de nombreux traducteurs. Boris Vian et son épouse faisaient partie de ces recrues de choix. Marcel Duhamel sera jusqu’à sa mort en 1977, un infatigable dénicheur de talents. On lui doit la découverte d’auteurs aussi importants que Cheyney ou Chase mais aussi Horace McCoy, Raymond Chandler ou encore Dashiell Hammett. Si la Série noire semble puiser ses racines dans la mythologie américaine, elle ne délaisse pas pour autant le « Made in France ». Dès 1948, Serge Arcouët signe un premier polar sous le pseudonyme de Terry Stewart. Influence yankee oblige. Si l’écrivain est bien français, natif de Nantes, les règles du marketing d’alors imposent qu’il cache son origine. La Série noire accueillera par la suite, dès les années 50 et 60, les grandes pointures de la littérature policière nationale, cette fois-ci, sous leurs vrais noms. Albert Simonin, le chantre de l’argot parisien, le prodigieux conteur de la Porte de la Chapelle, publiera « Touchez pas au grisbi ! » préfacé par Pierre Mac Orlan. L’adaptation cinématographique de Jacques Becker en 1954 avec Jean Gabin et Lino Ventura à l’affiche, le rendit célèbre. De nombreux auteurs français virent ainsi leurs livres passés des caves de la rue Sébastien-Bottin au grand écran : Auguste le Breton (Le Rouge est mis, Razzia sur la chnouf, Du rififi chez les Hommes, etc…), Antoine-Louis Dominique (avec la série des Gorille) ou encore Pierre Lesou (Le Doulos). La Série noire aurait pu rester figée dans la nostalgie des années 40/50 avec des figures quasi-mystiques à la manière de Philip Marlowe, le détective désenchanté de Chandler. Elle réussit toujours à s’adapter à son temps.

Après mai 68, elle laissa de jeunes enragés décrire, sans complaisance, une société à la dérive. Parmi eux, Jean-Patrick Manchette fait figure de tête chercheuse. Sa plume féroce ravit les déçus des années 70. Des polars comme Nada ou Le petit bleu de la côte Ouest sont empreints d’un nihilisme qui, quarante ans plus tard, n’a pas pris une ride et se révèle toujours aussi efficace. Dans un autre registre, A.D.G avec Berry Story ou Je suis un roman noir a tracé une voie plus goguenarde multipliant les jeux de mots et les attaques contre le politiquement correct pour le plus grand plaisir de ses nombreux lecteurs. La force de la Série noire réside dans cette cohabitation entre auteurs au passé et/ou aux idéaux politiques radicalement différents,  partageant cependant une même ambition littéraire. Il ne faut pas s’y tromper, derrière un cadre rigide (les règles du polar), chaque auteur a développé sa propre mélodie en sous-sol. Patrick Raynal qui fut directeur de la collection entre 1991 et 2004 a toujours estimé que la codification du genre offrait, en réalité, une folle liberté de création.

La Série noire a permis l’éclosion au cours des années 80 d’une nouvelle génération d’écrivains comme Didier Daeninckx ou Jean-Bernard Pouy (le créateur du Poulpe) mais aussi de Thierry Jonquet qui eut le privilège de signer le numéro 2 000 de la collection (La Bête et la Belle). Le numéro 1 000 avait été écrit par l’américain Jim Thompson (1275 âmes). La Série noire est devenue, au fil des années, la garantie d’une littérature originale avec des signatures aussi célèbres que Maurice G. Dantec, Jean-Claude Izzo, notre camarade Jérôme Leroy, Nick Tosches ou James Crumley. Depuis 2005, elle a adopté un format plus grand et sous l’autorité d’Aurélien Masson, elle a continué son travail d’évangélisation des terres scandinaves. Les Français ont récemment découvert le norvégien Jo Nesbø, le suédois Lars Pettersson ou encore l’islandais Stefán Máni. Le drapeau de la Noire flotte sur notre littérature depuis 70 ans, et fait souvent de l’ombre à la « blanche ».

C'est l'histoire de la Série Noire: (1945-2015)

Prix: 12,00 €

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Les albums de l’année 2015

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adele dominiquea duran duran

Charlie… Winston ! Mais si, souvenez-vous : « Like a Hobo » ! Son nouvel album, s’inscrivant entre la pop soul de Seal et le blufunk de Keziah Jones, est sorti en janvier dans une indifférence quasi générale malgré la beauté et la douceur de son spleen animal caressant. A écouter : « Lately ».

David Gilmour en est réduit aujourd’hui à recycler le jingle de la SNCF, l’idée lui est sans doute venue sur un quai de gare, pendant l’attente d’un train qui n’arrivait pas, quelque part en France. L’événement avait inspiré à Julien Courbet ce tweet mémorable : « Le pauvre, son nouvel album risque de sortir avec 25 minutes de retard. » A écouter : « Rattle That Lock ».

Julio Iglesias chante Mexico pour son rideau final. Ce n’est pas le Mexico de Mariano, c’est le Mexico de Julio, qui pourrait invariablement être son Milano, son Palermo ou son Bilbao, tant l’hispano excelle dans son numéro immuable de l’innamoramento comme art de vivre. Non vraiment, Julio n’a pas changé, toujours le même parfum léger, porté par l’empreinte fataliste de la Galice. A écouter : « Sway ».

Ibrahim Maalouf a publié un diptyque instrumental remarqué cet automne, deux odes à la femme – à leur façon -, comme l’indique la pochette de Kalthoum, où la part laissée à l’improvisation orientalisante est importante. Plus accessible, Red & Black Light est une célébration de la femme d’aujourd’hui, d’où le son électro-pop de cet album aux polyrythmies riches, à la fois jazz fusion, mariachi, synthétique, psychédélique… charmant, frais et euphorisant comme les femmes d’aujourd’hui (les vraies) ! A écouter : « Free Spirit ».

Duran Duran s’est classé à la 10ème place du Billboard (USA) et 5ème au Royaume-Uni avec son fulgurant nouvel album. En France, on a une Semaine du Goût – officiellement – par an. Il faut croire que le reste de l’année est consacré à la soupe à la grimace culturelle, puisqu’à part Paris Match, Le Monde et Causeur – qui ont salué l’événement à sa juste valeur -, la presse d’ici est passée à côté. A écouter : « The Universe Alone ».

Dominique A a sorti l’album français de l’année et de la consécration, enfin ! Les Victoires de la Musique devraient le plébisciter (devraient…). A écouter : « Par le Canada ».

Maître Gims a déclenché une tempête presque comparable au phénomène Stromae ! Gims a fait sortir le rap conservateur de ses ghettos pour faire vibrer les Zénith au son de ses hymnes en cœur massif et à la séduction intergénérationnelle. Seul JoeyStarr le conchie, raison supplémentaire pour apprécier Gims. La chanson française populaire est aujourd’hui incarnée par une figure issue de la musique urbaine… Le rap, dernier ascenseur (tagué) social ? A écouter : « Brisé ».

Sirba Octet a obtenu le Choc Classica du mois de novembre, distinction amplement méritée pour cette formation classique que l’on pourrait renommer The Grand Budapest Cocktail ! L’album Tantz ! est un monument de « Classic World », sculpté dans les souvenirs du pont Charles de Prague et dans les légendes mordorées des Carpates, chantourné par les B.O. des films de Woody Allen. A écouter : « Fantaisie Roumaine ».

Noel Gallagher a reçu l’Award du meilleur album 2015, distinction attribuée par Q Magazine, le mensuel britannique de référence. La guéguerre « Blur vs Oasis » aura finalement tourné à l’avantage des seconds à travers le combat des chefs des deux formations, se soldant par la victoire de Noel Gallagher sur Damon Albarn ! On a attendu moins longtemps pour constater la supériorité évidente de Lennon sur McCartney ! A écouter : « Ballad of the Mighty ».

 

Neil Young a sorti son 36ème album studio, The Monsanto Years, disque de country rock pépère à laquelle les puristes préfèreront Bluenote café, sorti des archives de la tournée 87/88 du Loner avec son groupe de jump blues d’alors, le bien nommé The Bluenotes. Swing et notes bleues à tous les étages old school ! A écouter : « Twilight ».

 

Mais quitte à choisir le 36ème album studio d’un artiste sorti cette année, autant prendre celui de Bob Dylan, hommage intimiste au répertoire de Frank Sinatra. A écouter : « Autumn Leaves ».

A-ha et Coldplay ont sorti chacun de leur côté un nouvel album lumineux, pluie de lueurs norvégiennes pour les premiers et feu de Bengale océanien pour les seconds. A écouter : « Door Ajar » (A-ha) et « Hymn for the Weekend » (Coldplay).

Adele, la Whitney Houston des années 2000, a cassé la baraque avec son nouvel album – dont les ventes atteignent des records (6 millions d’exemplaires écoulés dans le monde en quinze jours) – porté par le tube « Hello », aux 700 millions de vues YouTube… Non mais hello, quoi ! A écouter : « I Miss You ».

Eagles of Death Metal sera à jamais associé à l’horreur des attentats du 13 novembre à Paris : le groupe jouait au Bataclan ce maudit soir. Les terroristes ont fait irruption pendant la chanson « Kiss the Devil ». Impossible de ne pas faire le lien avec le drame d’Altamont, festival rock pendant lequel, en 1969, un spectateur fut assassiné au moment où les Rolling Stones entonnaient « Sympathy for the Devil »… Mais le procès en satanisme ne tient pas : les Stones ne sont pas plus satanistes que les Eagles of Death Metal ne sont un groupe de metal. La panoplie rock regorge de ce genre d’élucubrations potaches, couchées sur papier après quelques verres de bières : de la provoc’ à deux balles de mecs bourrés ou défoncés. Les sources d’inspiration sulfureuses font partie du genre. L’album des Eagles of Death Metal et sa pochette hédoniste incarnent désormais une forme de résistance culturelle, politique et spirituelle à l’obscurantisme le plus barbare. A écouter : « Save a Prayer » (reprise d’un titre de Duran Duran).

Trois jours après les attentats, Manuel Valls a parlé de « génération Bataclan »… Encore une formule déplacée et vaine, symptomatique de la génération des politicards communicants. Une chose est sûre : il y a bien une « génération Golf Drouot », le club mythique où sont passées toutes les vedettes de la chanson française des années 60 à 80. Un coffret Golf Drouot célébrant le 60ème anniversaire de la naissance du temple parisien, en 5 CDs, vient de sortir ! Des Yé-yé au post-punk, l’objet nous permet de revivre 20 ans de rock français canal historique (de 1961 à 1981) ! A écouter parmi cette anthologie de 115 titres (versions originales studio) : « Tout feu, tout flamme » de Ange.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : REX40409594_000033.

Golf Drouot-Le Temple du Rock

Prix: ---

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Il était une fois 2015 (3/3)

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todd sarkozy migrants

Retrouvez les deux premières parties de cette rétrospective ici et là.

Perdre (se). Il est dans la nature de l’humain de se perdre. On peut se perdre dans un discours de Michel Rocard. Se perdre dans les yeux de celle que l’on aime. Se perdre en conjectures. On peut aussi, évidemment, se perdre dans les rues d’une grande ville… Le New York Times nous rapportait en novembre l’histoire extraordinaire d’un italien d’une trentaine d’années venu à New-York pour participer au légendaire marathon, qui s’est perdu deux jours dans la « Grosse pomme »… bien après que les derniers concurrents aient franchi la ligne d’arrivée. Gianclaudio Marengo, qui tentait cette expérience sportive en compagnie d’un groupe d’anciens toxicomanes, n’a jamais trouvé la sortie. Perdant de vue ses camarades, perdant ses papiers, perdant les documents lui permettant de s’orienter (comme de retrouver son hôtel dans le Queens), ne parlant pas un mot de la langue de Donald Trump, il a erré dans les rues, arpenté les couloirs du métro, dormi dans un parc – toujours dans sa tenue de marathon-man… – avant qu’un policier, averti de la disparition mystérieuse d’un italien en goguette, ne le raccompagne à son ambassade. Déshydraté, désorienté, le malheureux a été hospitalisé puis embarqué sur un avion. Retour en Europe. Ce qu’il a fait, ce qu’il a vu, ce qu’il a tenté durant ces quelques jours, il l’a gardé pour lui. « Allo, passez-moi Fellini, c’est pour une idée de scénario… »

Sarkozy (Dynastie). Dans la famille Sarkozy vous connaissez le père, cycliste amateur et joggeur professionnel, toujours hyperactif et dilettante, à moins que ce ne soit le contraire ; Pierre le fils rappeur (sous le pseudonyme de DJ Mosey !), Jean le fils politicien à cheveux longs, qui nous avait bien fait rire dans son rôle de candidat surprise à la présidence de l’établissement d’aménagement de La Défense… Il faudra désormais compter avec le petit Louis. On était resté sur l’image d’un gamin d’apparence sage, mais espiègle, qui semblait s’amuser beaucoup du décorum et des ors de l’Elysée. Mais Louis a bien changé. Il a pris du muscle. Il a pris de la masse. Il a même pris du gallon, puisque Paris Match l’a retrouvé – cette année – dans une académie militaire de Pennsylvanie ! Le fils de Cécilia a fait toute une partie de sa scolarité aux Etats-Unis et a envisagé un temps d’entrer dans les Marines US. Le jeune-homme nous apprend que dans cette académie il a été « co-instructeur de tir. (Je tirais) entre 150 et 300 cartouches par semaine. ». Revenant sur sa vie de gamin dans les jupes de son père Président, il se remémore quelques bons souvenirs : « J’ai eu la chance de rencontrer Obama, le Pape m’a béni, quant à George W. Bush, il m’a tout simplement fait un câlin ! » Gare au baiser de Judas ! Quitte à choisir je crois que j’aurais préféré mourir plus tôt et n’avoir jamais à lire une interview de Louis Sarkozy. Il se pourrait pourtant que l’on parle à nouveau beaucoup de cette dynastie dans les années à venir…

Youkounkoun. 2015 a été marquée par l’afflux massif de migrants venus en Europe par les Balkans ou la mer Méditerranée. Cela fait certes des années que des bateaux de migrants, venus d’Afrique ou du Proche-Orient s’échouent, chavirent ou accostent vaille que vaille sur les côtes espagnoles, italiennes ou françaises… mais cette année le mouvement s’est accentué, en raison naturellement de la situation dramatique en Syrie, en Afghanistan et (on l’oublie parfois) dans cette Corée du Nord africaine qu’est l’Érythrée… En 2015, pour le grand public, les flux de migrants sont devenus la « crise migratoire ». Moment fort après des dizaines de chavirages de navires de fortune, et des milliers de morts perdus en mer, l’image du petit Aylan Kurdi, garçonnet syrien d’origine Kurde dont la famille fuyait la guerre civile par bateau, allongé sans vie sur une plage Turque bouleverse la planète entière… La mer a rendu cruellement le corps sur plage. La position de l’enfant, la tête dans le sable, fait en elle-même toute la photo. L’image devient symbole. L’engouement de la presse est immédiat (la photo est publiée massivement en Une des principaux quotidiens mondiaux, alors que l’on en savait bien peu sur l’origine de cette image et les intentions du photographe). L’image devient symbole, et le symbole devient emballement ? Naturellement, le petit Aylan enterré, l’émotion s’est dissipée sur les réseaux sociaux, et partout ailleurs. Cette question des migrants a dominé l’année dans les discussions de bistrots, dans les réunions familiales autour du gigot dominical, a alimenté la campagne des régionales, a nourri le racisme et des peurs diverses (notamment celle, qui s’est avérée hélas justifiée de la présence d’islamistes parmi ces nouveaux arrivants…) Cette crise migratoire a surtout alimenté la connerie humaine, qui d’année en année ne se dément pas. Ainsi, au Danemark, a émergé l’idée d’une confiscation automatique des principaux « biens » de valeur des migrants afin de financer leur accueil – et aussi de dissuader, certainement, de nouvelles arrivées…  Des « biens » incluant l’argent, les objets divers, mais aussi les… bijoux… On ne parle pas là du Youkounkoun ou des bijoux de la Castafiore, mais de simples bijoux de famille… Sans manifestement songer aux relents immondes de spoliation de cette mesure, le gouvernement danois l’a défendu sans complexe, soutenu par le Parti populaire, dont l’un des leaders a déclaré : « C’est juste une petite proposition dans le but de protéger notre démocratie, notre pays et notre culture ». J’sens comme un vide, remets-moi Johnny Kidd…

Zombies (catholiques). Le 10 et le 11 janvier de grandes « marches républicaines » ont réuni dans Paris, et d’innombrables villes françaises, des millions de citoyens révoltés par les attaques terroristes du début d’année contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher. Le slogan « Je suis Charlie » a émergé. La Marseillaise a fusé. Les cœurs ont été gros. Les mines fermées. Les sanglots longs des violons de l’hiver ont blessé nos cœurs d’une langueur monotone. Des millions de français se sont dressés contre la barbarie islamiste, contre la violence, contre la bêtise gorgée du pire des ressentiments des faiseurs de morts d’Allah. Il n’en fallait pas moins pour que le petit personnel intellectuel hexagonal s’agite, s’interroge, voire s’insurge… Le cartographe d’extrême-centre-gauche Emmanuel Todd a tiré de ses rêves névrotiques l’idée que les indignés de ces jours-là étaient des catholiques, petit bourgeois, issus de petites villes provinciales moisies…voire islamophobes… Des « Catholiques zombies »©… Le concept est épais comme un sandwich SNCF…  Depuis il y a eu d’autres attaques. Depuis il y a eu le 13 novembre… Les dons de sang ont afflué, massivement – de toute la France. Toute la France. Et Emmanuel Todd a disparu.

Mais il est possible qu’il revienne, au vent mauvais, en 2016…

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00656862_000011.

Un avenir radieux pour la France?

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banlieues islamisme immigration

Il arrive encore qu’on me demande, à l’étranger surtout, quel avenir je vois pour la France. Faute de boule de cristal, j’erre sur Internet et je me fie à mon intuition. Parfois, elle se trouve en accord si total avec l’expérience que relate tel ou telle Français(se) que j’en viens à me convaincre, momentanément rassurez-vous, de la pertinence de mes analyses.

Hier soir, par exemple, sous la plume de Patricia La Mosca, chroniqueuse judiciaire, j’ai lu deux ou trois choses qui ne m’ont pas vraiment surprises, mais qui m’ont semblé mériter d’être répercutées.

Après avoir noté – et là presque tout le monde en convient – qu’en France un ordre basé sur les semblants et la culture du mensonge, au sommet de l’État et dans la presse, est en train de s’effondrer sous nos yeux et qu’une alternance politique, y compris avec le Front National, n’y changerait pas grand-chose (je lui donne volontiers raison), elle en vient au vif du sujet.

Elle habite en banlieue et, quotidiennement, y rencontre des forces de l’ordre, des immigrés récents ou anciens, voire des réfugiés. « Quiconque, écrit-elle, ne voit pas la réalité que je fréquente ne peut pas imaginer l’univers entier qui se cache derrière l’appellation « jeunes » qui figure dans vos journaux et sur vos écrans TV. »

Ce qu’elle observe, c’est une population qui nous hait, qui ne partage aucune de nos valeurs et qui cherche à les détruire. Même les plus « modérés » se sont réjouis après la nuit du 13 novembre et considèrent leurs auteurs comme des héros. Ceux qui s’imaginent que nous allons tous nous retrouver derrière un idéal républicain sont au mieux de doux rêveurs, car, précise-t-elle, « je n’ai pas trouvé de pont, ni même de passerelle entre les deux mondes. Pourtant, j’en ai cherché, parce que je ne hais personne et n’appartiens à aucun courant politique. »

Ce qui n’est pas faux non plus et plus crédible, car moins excessif, c’est que tous les responsables des services de renseignement, de la police et de la gendarmerie sont parfaitement au courant de la situation qu’elle décrit et que leur malaise est incommensurable. Mais on leur demande de se taire et de continuer à jouer la comédie. Faute de quoi ils sont traités de racistes, d’islamophobes, voire de fascistes, et écartés de toute responsabilité. Les témoignages sur ce point ne manquent pas.

Patricia La Mosca soutient également que l’État islamique a bon dos, car il ne pourrait rien contre nous s’il ne jouissait d’un vaste enclos de culture acquis à son idéologie. Nous assisterons sans doute à un affrontement de plus en plus violent entre des populations françaises diverses mais incompatibles, la religion étant le marqueur principal. Il va de soi que le désastre économique dans lequel les Français sont plongés ne fait qu’aviver les tensions. Mais pire encore : c’est toute la société,  son mode opératoire et ses attentes qui ne sont plus en phase avec la réalité. Une forme insidieuse de schizophrénie politique s’est instaurée avec pour seul remède une formule magique, mais totalement inefficace : le vivre-ensemble. Si les Français en attendent un avenir radieux, qu’ils se préparent plutôt à une guerre civile ou à un suicide collectif.

*Photo : SIPA.00607936_000017.

René Girard et la nouvelle comédie des méprises

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René Girard Philippe Muray

René Girard Philippe Muray

Sans préambule, sans précautions, sans préliminaires oratoires, et avec une espèce de brutalité magnifique, René Girard, en 1961, dès la première page de Mensonge romantique et vérité romanesque, précipitait ses lecteurs sur la piste de l’hypothèse mimétique, c’est-à-dire dans l’enfer du désir, dans les pièges de l’amour et les constructions en miroir de la rivalité ; et entreprenait de démontrer que les plus grands chefs-d’œuvre romanesques n’avaient jamais fait, au cours des siècles, que révéler cette hypothèse, sans qu’elle cesse toutefois de constituer le secret le mieux caché, le plus efficacement protégé de l’histoire du genre humain. [..]

Il affirmait, textes à l’appui, que nous désirions intensément mais que nous ne savions pas exactement quoi ; que nous attendions toujours d’un autre, même si nous ne cessions de prétendre le contraire, qu’il nous dise ce qu’il fallait désirer ; et que cette comédie du désir du modèle désignant au sujet, qui ne veut rien savoir de cette désignation, l’objet devenu désirable parce qu’il est désiré, constituait la substance même du Rouge et le Noir comme de Don Quichotte, de la Recherche du temps perdu comme des Démons.

Le roman était la levée perpétuelle de ce secret de Polichinelle, et Mensonge romantique, à son tour, devenait un fabuleux « roman » sur le secret de l’imitation généralisée, constamment divulgué par les grands romans, puis aussitôt recouvert, réenterré, recamouflé sous l’éternel besoin d’illusion des hommes.

[..]

Un peu plus tard encore, dans ses œuvres ultérieures, Girard allait dévoiler les rapports sacrificiels qui constituent le lien social depuis la nuit des temps ; mais il ne quitterait pas vraiment pour autant la question du roman, c’est-à-dire de la réalité humaine et de la succession infinie de ses masques à arracher : car de même qu’au fondement de toute société il y avait un meurtre, et pas un meurtre imaginaire ou fabuleux mais un meurtre réel, de même dans les rapports entre les êtres il y avait un rival précis, un rival vivant et concret, haï et aimé, un obstacle adoré en même temps que détesté, et c’était d’avoir porté leur éclairage sur son existence obstinément déniée que les plus grandes œuvres romanesques puisaient la lumière qui nous est parvenue.

Contre toutes les pensées dominantes des sciences humaines d’alors, structuralisme, lacanisme, derridisme, etc., qui ne cessaient d’ajourner le réel, de le remettre à plus tard, au lendemain, aux calendes, à la Saint-Glinglin, René Girard seul le plaçait au centre de sa réflexion, au cœur de sa recherche, que ce soit sous la forme de la victime oubliée, mythifiée mais constitutive de toute civilisation, que sous l’apparence du rival abhorré autant qu’adoré qui nous désigne l’objet à désirer, et dont nous mettrons ensuite tout le romantisme, tout le lyrisme, toute l’énergie du monde à nier l’existence ; mais que les romanciers géniaux mettront tout leur génie, en revanche, à dévoiler. Parce qu’un grand romancier, disait encore Girard, ne partage jamais intégralement les illusions de ses personnages.[access capability= »lire_inedits »]

[..]

L’expérience romanesque détruisait sans relâche le mythe de la souveraineté personnelle, lui-même construit sur la base déniée de notre dépendance servile à l’égard d’autrui. Les romanciers avaient toujours travaillé dans la même direction : il s’agissait de traverser une illusion. Et puisque cette illusion, la plupart du temps, se retrouvait divinisée par l’esprit romantique, l’illusion que Girard analysait sans relâche était, pour finir, d’essence religieuse. Entre la croyance et le roman, il ne restait plus rien. Rien que ce champ sans limite des mensonges humains qu’on appelle la vie.

[..]

Les thèses girardiennes sont-elles à même de nous faire comprendre ce monde nouveau qui veut passer pour naturel, et donc feint d’ignorer qu’il ne va pas de soi ? Les forces au travail repérées dans des univers aussi hétérogènes que ceux de Proust, Stendhal, Cervantès ou Dostoïevski, sont-elles encore identifiables aujourd’hui ? Par temps post-historique, les schémas girardiens peuvent-ils être éclairants ? Comment apprécier girardiennement une société telle que la nôtre ? Qu’a-t-elle à nous dire ? Que peut-on en apprendre et en révéler à partir de lui ?

[..]

Si notre temps est celui du progressif désinvestissement de la scène du désir, ou de son explosion par saturation ou surexposition, ce qui revient au même, que reste-t-il au juste de ses conclusions ? Et, pour parler franchement, que serait un roman qui se composerait de moments de « lucidité », au sens où Girard ne cesse de les repérer dans les romans d’autrefois, concernant la nouvelle illusion collective de notre temps ? Un roman qui décrirait « à la Girard » la troublante et progressive décomposition de l’humanité en proie à la perte de toutes les différences, et le camouflage délirant de ce désastre par la présentation constamment positive qui en est faite ?

Est-il possible, en somme, de partir du Girard de 1961, pour tenter de soumettre à ses concepts le monde dit réel d’aujourd’hui ? Ou encore de retourner son commentaire des romans d’hier en commentaire romanesque de notre époque ?

[..]

C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. Si les sentiments que Stendhal appelait « modernes » (l’envie, la jalousie et la haine impuissante) fleurissent plus que jamais, ce n’est pas parce que les natures envieuses ou jalouses, Girard le disait déjà très bien, se sont fâcheusement multipliées ; c’est parce que ce qu’il nomme la médiation interne (il y a médiation interne lorsque les sphères du sujet et du médiateur pénètrent si profondément l’une dans l’autre qu’on peut les dissimuler ou les méconnaître sans risque d’être jamais obligé d’en avouer l’existence) triomphe dans un univers où ne cessent de s’écrouler les dernières démarcations entre les individus.

Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). Girard a consacré des centaines de pages à décrire les effets dévastateurs de la « crise indifférenciatrice » sur les sociétés dites primitives. Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper ;

[..]

Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec trois cent cinquante personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches).

C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néofascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé.

Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs.

Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle.

À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines.

[..]

À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’auto-divinisation communautaire débouchant sur une volonté d’auto-destruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée.

Dans tous les cas, quoi qu’il en soit, entre l’hyper-collectif et l’infra-individuel, entre l’infiniment petit des sous-unités humaines qui s’éclatent, au sens propre, et l’infiniment grand du festif global devenu civilisation, c’est toute la mimésis désirante que l’on voit s’accomplir, grandir, enfler, se dilater, s’étendre et disparaître dans le même mouvement.

Commence alors sans doute un « mensonge romantique » d’un nouveau type qui ne ressemble plus que de fort loin à celui que Girard avait étudié.

Mais sans Girard, qui le saurait ?[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

L'atelier du roman, numéro 16, 1998

Prix: 2 000,00 €

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Déchéance de nationalité: la manoeuvre de Hollande

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hollande sarkozy decheance nationalite

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François Hollande, tout à ses manœuvres en vue de sa réélection en 2017, vient sans aucun scrupule d’ouvrir une boîte de Pandore : il propose d’inscrire dans la Constitution la possibilité de prononcer la déchéance de nationalité des binationaux « condamnés définitivement pour avoir commis un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Le débat furieux qui a suivi démontre à quel point, en ces temps d’insécurité culturelle et d’identité malheureuse, cette question est importante.

Or, primo, pour déchoir les terroristes islamistes de leur nationalité française, la modification de la Constitution n’était absolument pas nécessaire. Secundo, chacun sait bien que cette mesure n’aura aucun effet pratique dans la lutte contre le terrorisme. Pour combattre Daech, il vaut mieux balancer des bombes que signer des décrets.

Quant aux nationaux qui font le choix de l’ennemi, nous devrons leur appliquer le traitement que l’on réserve aux traîtres. Un traitement qui, dans certaines circonstances, peut et doit être expéditif. Et l’on ne doit  d’ailleurs pas avoir peur des mots vengeance ou représailles que l’on n’a pas entendus depuis le 13 novembre. Avons-nous oublié les réactions de Churchill après le premier bombardement de quartiers civils de Londres, et le discours de Roosevelt après Pearl Harbour ?

Alors, brandir le chiffon rouge de la déchéance quand l’opinion est sous le coup de l’émotion et de la colère, et proposer, dans les 48 heures qui suivent la tragédie, de changer le texte fondamental de la République pour y inscrire des atteintes à des principes importants, c’est une mauvaise action. Absence de réflexion, proposition faite dans l’urgence, reniement d’engagements précédents : comment, pour François Hollande, mieux faire la démonstration que sa parole ne vaut rien et que son seul souci, en grappillant des voix au Front national et en tentant d’embarrasser l’opposition de droite, n’est que de durer ?

Comme on le voit, de Thévenoud à Bartolone en passant par les ministres chargés de l’ordre et de la protection de la nation, dont la tragédie du 13 novembre a signifié l’échec, sans oublier Christiane Taubira avalant une couleuvre géante, plus personne ne démissionne dans cette République. La responsabilité politique qui impliquerait la démission comme sanction de l’échec, n’existe plus aujourd’hui. Tout le monde souhaite durer, durer encore, garder les postes et les fonctions avec les avantages qui les accompagnent.

Et pourtant, le débat autour de l’appartenance à la nation doit avoir lieu. Je fais partie de ceux qui ont une conception inclusive de la nationalité française. Membre d’une famille qui peut justifier de plus d’un millénaire d’appartenance à la France, je considère malgré tout qu’un Français de papier depuis dix minutes est aussi français que moi. Avec les mêmes droits, et bien sûr les mêmes devoirs. Y compris, si nécessaire, l’impôt du sang. C’était le cas de Dimitri Amilakvari, prince géorgien et Compagnon de la Libération, qui avait dit : « Nous n’avons qu’une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l’accueil qu’elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle ». Il régla sa dette à El-Alamein le 24 octobre 1942. Ce fut aussi le cas d’Imad Ibn Ziaten tué par Merah parce que soldat français. Il y a tant d’exemples.

Alors je sais bien qu’aujourd’hui pratiquer la fraternité est difficile, que nombreux sont ceux qui détestent la France, dont certains prêts à la trahir. Soit en ne respectant pas ses règles, soit  en passant carrément à l’ennemi. Je comprends, bien que je ne la partage pas, la conception exclusive de la nation, cette volonté d’un rassurant « entre-nous ». Mais je crains que cela nous éloigne du combat pour l’assimilation dans les conditions d’aujourd’hui, qui est pourtant la seule solution. Un combat qui doit être mené avec sévérité et exigence, loin de la veulerie de ce pouvoir et de ceux qui le soutiennent.

Je fais aussi partie de ceux qui considèrent que si la symbolique est importante, les principes sur lesquels il ne faut jamais céder le sont encore plus. Comme le disait Margaret Thatcher – que j’ai pourtant exécrée de son vivant- « quand on commence à céder sur les principes, on cède sur tout ». En l’occurrence, le projet de loi constitutionnelle porte clairement atteinte au préambule de la Constitution, qui prévoit qu’il n’y a qu’une sorte de français. Or, qu’on le veuille ou non, s’il est adopté, le nouvel article 34 va en créer deux.

Qu’un politicien sans principes décide sur un coin de table de défigurer notre texte fondamental pour ses petits intérêts me heurte profondément. Cela m’inquiète d’autant plus que les mesures proposées sont liberticides par l’utilisation qui pourra en être faite. C’est une simple loi qui décidera ce qu’est un « crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation » permettant la déchéance. Définition suffisamment large pour faire n’importe quoi.

Je m’étais déjà interrogé dans ces colonnes sur les raisons de la haine que provoquait souvent Nicolas Sarkozy. J’avais conclu que le côté parvenu, la fréquente vulgarité et l’absence visible de réelles convictions avaient amené une partie de l’opinion à considérer qu’il avait abaissé la fonction de Président de la République. Qu’il avait tué le premier corps du roi. Son successeur n’a même pas essayé de le ressusciter ou de relever la fonction. La présidence Hollande n’est qu’une longue et pénible punition scandée par des séquences où est démontrée, au-delà des limites du personnage et de son incompétence à occuper ses fonctions, son absence de principes et de scrupules. Une vision terriblement étroite de son intérêt personnel et de celui de ses amis le conduit à toujours prendre les choses par le bas. Hollande ignore les obligations de son statut qui devraient pourtant l’amener à avoir un peu plus d’égards vis-à-vis des principes et des symboles qu’il malmène en permanence[1. Le dernier avatar vient de consister à décerner la Légion d’honneur aux victimes des attentats de janvier, avant de l’attribuer aux victimes du 13 novembre, retirant à cette institution bicentenaire le peu de sens qui lui restait.].

Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, fut accusé, probablement à juste titre, d’avoir abaissé la fonction. François Hollande, politicien immoral, se verra-t-il reprocher de l’avoir avilie ?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21837322_000001.

La révolution scolaire de Najat Vallaud-Belkacem

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najat ecole mao vallaud

najat ecole mao vallaud

Najat-Vallaud Belkacem est moins flamboyante que Christiane Taubira, moins « clivante » que la Garde des Sceaux, mais elle ne mène pas moins, avec constance et une réelle habileté manœuvrière, une entreprise révolutionnaire, visant à faire table rase du système éducatif français, pour lui substituer un modèle égalitariste intégral sous prétexte de lutte contre les inégalités produites, ou perpétuées, par ce système.

L’année 2016 sera celle de la mise en œuvre de la réforme du collège, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne suscite pas l’enthousiasme des principaux intéressés, enseignants, parents d’élèves, universitaires et chercheurs dans les disciplines torpillées par la réforme (langues anciennes, allemand, enseignements artistiques…). C’est une réforme foncièrement bureaucratique, conçue et imposée du sommet, pétrie d’idéologie post-bourdieusienne, dont les racines conceptuelles plongent plutôt dans feue la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne du grand timonier Mao Zedong, la terreur en moins, que dans les idéaux émancipateurs de Jules Ferry et Ferdinand Buisson.

Il s’agit de forcer la majorité du peuple, dont le souci principal est de donner à ses enfants une éducation de qualité et les armes du savoir pour affronter le monde qui vient, à accepter le principe d’une école où les meilleurs élèves, les plus doués, seront freinés dans leur progression, pour ne pas laisser ceux qui le sont moins sur le bord du chemin. Les « hussards noirs » de la République, qui se faisaient un devoir de faire accéder à l’élite ceux de leurs élèves qui montraient leur capacité à s’approprier la culture dite bourgeoise, en dépit de leur handicap social, seraient aujourd’hui plus près de la porte que de l’augmentation ! Ce que l’on exige d’eux, désormais, c’est de conduire un « groupe classe » hétérogène au maximum de la performance scolaire atteignable par le moins bon de ce groupe. Cela conduit, bien entendu, à abaisser le niveau d’exigence pour atteindre les objectifs du plan quinquennal, comme on faisait jadis dans le monde soviétique, avec les succès que l’on connaît. La dévaluation du baccalauréat, dont le destin est comparable à celui des assignats de la période révolutionnaire, n’a pas suffi à dissuader les bureaucrates et idéologues de persévérer dans leur projet de nivellement généralisé, initié dans les années 70 du siècle dernier, avec l’instauration du collège unique. Le peuple, cette engeance à qui, décidément, on ne peut  jamais se fier, s’est ingénié à utiliser toutes les failles du nouveau système pour saboter la grande idée égalitariste. Il s’est levé en masse, en 1984, pour préserver le reste d’autonomie de l’enseignement privé (recrutement des élèves, enseignements supplémentaires  liés au « caractère propre » de l’établissement). L’instauration insidieuse d’une hiérarchie des lycées et collèges a permis à des parents initiés (dont l’immense majorité des enseignants) à ruser avec la carte scolaire par tous les moyens, licites ou à la limite de la légalité, pour placer leurs rejetons dans les bons établissements.

C’est désormais ces failles béantes du système que Mme Vallaud-Belkacem et ses acolytes ont décidé d’obturer. Dans un premier temps, il s’est agi de traquer impitoyablement l’élitisme qui s’était installé, avec la complicité de nombreux chefs d’établissements, au sein de collèges situés dans des ZUS (zones urbaines sensibles). Mission accomplie, avec l’élimination des classes bilangues dès la sixième, des langues anciennes réduites à n’apparaître que dans le cadre des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) avant d’être complètement abandonnées, comme l’induit la suppression, en 2013, du CAPES de lettres classiques.

Deuxième étape, en préparation, la refonte de la carte scolaire destinée à empêcher la ghettoïsation de certains collèges désertés par les enfants des classes moyennes et supérieures dans les secteurs où coexistent des quartiers populaires (entendez peuplés majoritairement de personnes issues de l’immigration) et des zones pavillonnaires où vivent les classes moyennes. Une louable initiative, qui fait écho à la mobilisation constatée dans certaines localités, où des parents maghrébins et africains réclament un « blanchiment » des collèges pour éviter leur déchéance… Sauf que cette exigence de mixité sociale entre en contradiction avec la philosophie de la réforme du collège, qui donne la primeur à la performance du groupe sur celle des individus. Comment, sauf à pratiquer la coercition, peut-on faire accepter, à des parents aimants et responsables, que leurs enfants soient enrôlés dans une entreprise altruiste (servir, par leur sacrifice, à faire progresser les moins favorisés en capital culturel) au détriment de leur propre éducation ? Najat Vallaud-Belkacem et sa garde rapprochée – la directrice de l’enseignement scolaire Florence Robine, les sociologues Pierre Merle et Agnès Van Zanten – ont beau affirmer péremptoirement que les bons élèves ne perdent rien au change, il existe une limite à l’escroquerie intellectuelle : le bon sens populaire.

Les méthodes employées pour imposer ces réformes n’ont rien à envier au dogmatisme de leur conception. Pour ce que l’on peut en percevoir, car l’éducation nationale est une institution opaque et autoritaire[1. Il est aujourd’hui plus difficile à un journaliste, ou à un élu de la nation, de pénétrer dans un établissement scolaire que dans une prison, un commissariat de police ou une base de commandos de l’Armée de terre.], la mobilisation des acteurs de la réforme sur le terrain  n’est pas optimale. Certes, les moyens classiques de manifester sa grogne, comme l’appel à la grève des syndicats opposés à la réforme n’ont pas eu le succès souhaité par leurs organisateurs. Ceux des enseignants qui ont pu préserver leur pré carré disciplinaire et faire échec aux projets les plus insensés, comme les historiens sauvés par Pierre Nora, ne rejoignent pas les grands blessés des reformes, comme les latinistes et les germanistes. Les parents croient toujours – ils ont tort – que les systèmes de débrouille individuelle, comme la fuite vers le privé, les mettra à l’abri de la tornade égalitariste. Mais la rue de Grenelle doit aujourd’hui faire face à une contestation bien plus dangereuse que celle à laquelle elle est accoutumée : les profs viennent au séances obligatoires de formation en vue de la réforme, mais ils se réfugient dans la passivité, ou dans la révolte verbale, lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils sont, en réalité, soumis à une entreprise de formatage rarement observée dans un régime démocratique. Dans les rectorats, comme celui de Grenoble, on est vite passé de la persuasion à la menace de sanctions contre les enseignants rebelles actifs ou passifs. Lorsque cela éclatera, du côté des parents comme des profs, il y aura du sang sur les murs…

Encercler les villes à partir des banlieues, combattre le capital culturel des dominants au lieu de le proposer, avec les moyens adéquats, à ceux qui en sont dépourvu, tel est le programme que notre souriante ministre des écoles entend mener à son terme, avant de se replier, en 2017, sur sa base rose de Villeurbanne. À moins que, dans un sursaut de lucidité, l’Élysée et Matignon ne viennent, comme dans l’affaire de l’état d’urgence, remettre les pendules à l’heure avant qu’il ne soit trop tard.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00734912_000037.

Le Brady, dernières séances

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brady mocky thorens

brady mocky thorens

Dans une ville comme Paris chaque jour un peu plus uniformisée par les convenances de la gentrification, il reste encore des lieux. Inutile ici d’ajouter un adjectif comme « pittoresques » ou « oubliés ». Depuis la classification de l’anthropologue Marc Augé, on sait que notre monde se divise en lieux et en non-lieux, la proportion de ces derniers s’accroissant dangereusement. Le non-lieu est, à tous les sens du terme, un lieu sans histoire, sans identité, sans rencontres possibles. Aux non-lieux appartiennent les hall d’aéroports, les guichets de retrait automatique, les nouvelles gares, les résidences sécurisées, les parkings souterrains, les immeubles de bureaux ou même les monuments, les bistrots, les musées, les restaurants aseptisés par le design pour que l’on s’y sente en permanence de passage, pur spectateur nomade jamais mis en danger par la nostalgie, la peur, la beauté. Le non-lieu nous veut à son image, c’est à dire de petites monades néantisées. À l’inverse, le lieu n’est sous le contrôle d’aucune logique marchande, il réchappe miraculeusement, et pour combien de temps, aux réaménagements urbains autoritaires qui chassent les habitants vers les périphéries, loin de toute vie réellement vécue.

Bien entendu, cette entreprise totalitaire a ses ratés. Il reste des îlots et le Brady, à Paris, en fait partie. C’est un cinéma sur le boulevard de Strasbourg, au milieu des salons de coiffures africains et des épiceries pakistanaises. C’est le dernier cinéma de quartier, le dernier cinéma qui a joué longtemps la carte du cinéma permanent, système disparu dans les années 80. Vous rentriez avec un ticket et vous pouviez y passer la journée pour y dormir, y manger et plus si affinités avec la clientèle que l’on pourra qualifier d’interlope, comme dans les romans populaires du temps jadis. Dans Le Brady, le cinéma des damnés, Jacques Thorens se livre à ce qu’il appelle la « biographie d’un lieu ». Il sait de quoi il parle, il a lui-même été caissier-projectionniste-homme de ménage dans ce cinéma au début des années 2000 quand les deux salles appartenaient à Jean-Pierre Mocky depuis 1994 avant qu’il ne les revende en 2011.

Le provincial cinéphage aux goût un peu spéciaux que j’étais aimait bien, lors de ses journées parisiennes, quitter à pied la gare du Nord pour aller jusqu’au Brady et trouver les introuvables DVD de Mocky en vente à la caisse. Peut-être ai-je croisé Jacques Thorens sans le savoir d’ailleurs. Mais quelle importance, même si je connaissais la réputation sulfureuse du Brady, je ne pouvais imaginer l’étrange richesse mélancolique du lieu telle qu’elle apparaît dans ce livre. Qu’on ne se méprenne pas: Le Brady, cinéma des damnés est d’abord un texte littéraire, pas un simple document ou un simple témoignage.

La composition du livre en courtes vignettes amusées, émouvantes, sordides, poignantes, délirantes mais toujours vraies renseigne le lecteur autant qu’il le fait rêver. Il le renseigne sur ces damnés de la terre qui viennent s’échouer sur les banquettes usées avant d’aller se tripoter dans les toilettes, il le renseigne sur la poésie sauvage et déviante de ces films où les robots en carton-pâte fouettent des détenues japonaises lesbiennes. Sans compter ces portraits de Mocky en nabab calamiteux, drôle, cynique mais littéralement possédé par le désir de tourner fut-ce n’importe quoi à n’importe quel prix.

Thorens, osons ce mot un peu démodé, est un humaniste dans sa façon de décrire une clientèle de clodos, de vieux retraités arabes homosexuels, de travailleurs immigrés en rut et aussi de vrais amateurs de cinéma bis capables de vous citer le chef opérateur ou l’ingénieur son (quand il y en avait un) de Vierges pour Santana, La Vampire nue ou Le médecin dément de l’Ile de sang. Entre le petit vieux au RSA qui passe sa retraite au Brady et la journaliste de Canal + lors d’une avant-première d’un film de Mocky qui voit sortir en cohorte freaks tous les pouilleux copulateurs et hésite ensuite à s’asseoir sur les fauteuils tachés, le tout dans une odeur de fauve, on se rappelle la phrase de Saint-François de Sales: « Là où il  y a des hommes, il y a de l’hommerie. » Y compris chez les CRS qui patrouillent à l’occasion du côté de Château d’Eau: « Un CRS en uniforme nous sollicitait régulièrement pour récupérer des affiches de vieux films d’horreur. (…) En examinant une affiche d’un Mocky de 1994, Robin des mers, où l’on voit un CRS le cul à l’air, il s’exclame:

– C’est un collègue, je le reconnais! »

Le Brady, cinéma des damnés de Jacques Thorens (Verticales).

Le Brady: Cinéma des damnés

Prix: 21,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,81 €

*Photo: wiki commons.

Mes premiers haïkus visuels de 2016

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coco chanel schiffter

coco chanel schiffter

*Photo: Ŧhe ₵oincidental Ðandy.

Mes vœux 2016

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kurdes radio latin daech

kurdes radio latin daech

Vœu #1

Une vraie radio rock sur la FM.

C’est-à-dire une radio où on entendra plus souvent Bijou qu’Indochine, les Hellboys que les BB Brunes et Me First and the Gimme Gimmes que U2.

Et donc une radio rock où le premier animateur qui cite le nom de Cali sera licencié sur le champ pour faute grave.

Vœu #2

Pour le droit de réveillonner au champagne à Gaza.

Et pis après d’avoir aussi le droit d’y regarder South Park à la télé  et pis après d’avoir aussi le droit de s’y faire des papouilles variées entre adultes consentants de tous sexes.

On notera que ce dernier souhait vaut pour la plupart des pays arabes, mais aussi pour pas mal d’autres pays d’Afrique et d’Asie et pour un nombre significatif de comtés américains. L’Axe du mal, le vrai, c’est celui qui relie les wahhabites aux néoprotestants US (ces derniers veulent aussi faire interdire South Park, comme ça la boucle des trouducs est bouclée.)

Vœu #3

Le latin et le grec pour tous!

Pourquoi ? Parce que !

Quiconque ne comprend pas immédiatement pourquoi il est impératif de les enseigner est prié d’aller surfer ailleurs pour lire les vœux de Bernard Tapie, de Jacques Attali, d’Edwy Plenel ou de Cyrille Hanouna !

Et que les germanistes me pardonnent de ne pas ajouter à ce vœu, la défense de l’enseignement de l’allemand, mais contrairement au grec et au latin, c’est déjà une langue morte, faute de civilisation qui aille aujourd’hui avec.

Vœu #4

Que la gauche de la gauche -et plus particulièrement le PCF et la JC, dont je suis un enfant perdu- fassent enfin le ménage dans leur ligne comme dans leurs fréquentations.

Combattre les discriminations, c’est indispensable. Mais remplacer Marx et Gramsci par Bourdieu et Derrida, c’est la cata !

La négation de ce que Laurent Bouvet a si bien cristallisé sous le concept d’«insécurité culturelle» mène ce camp au suicide. Idem pour les concessions répétées aux obscurantistes de banlieue sous prétexte de lutte contre l’islamophobie.

En vœu annexe, j’aimerais que les gens qui comme Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de Gauche, sont allés au meeting de Saint-Denis aux côtés de Frère Tariq et du CCIF cessent de nous donner des leçons de maintien antisexistes.

Vœu #5

On se calme et on boit frais, camarades !

Qu’on puisse recommencer à se causer rude mais calmos sur les sujets qui fâchent (Front républicain aux régionales, Corse, Lois Macron, Déchéance de nationalité…)

Pouvoir dire qu’on soutient (ou pas) le maintien de Masseret sans se faire traiter de groupie de Philippot (ou de godillot de l’UMPS)

Pouvoir dire qu’on est contre (ou pour) la déchéance de nationalité sans qu’on vous colle illico l’étiquette de  défaitiste djihadocompatible (ou de cryptopétainiste)

C’est d’autant plus crispant quand le ton monte brutalement à l’intérieur du camp qui est censé être le mien (la gauche républicaine, ou le marxopopulisme pour aller vite).

Notre parti (au sens où on entendait ce mot à l’époque heureuse du Cardinal de Retz) est bien trop riquiqui pour que le débat dégénère en chicaya (j’aurais pu écrire « vendetta » à la place de « chicaya », mais je vais tâcher d’éviter les accusations de corsophilie benête ou de corsophobie aveugle).

Vœu #6

Que ma redevance télé ne serve plus à financer « Plus belle la vie »,

Ni Stéphane Bern et son histoire obscène,  ni « C à Vous », sans oublier l’ «humour citoyen» en vigueur à France Inter. En démocratie, une radio et une télé d’Etat généralistes n’ont pas de raison d’être.

Qu’on se serve des milliards que pourrait rapporter une cession au privé de France 2, aux régions de France 3 et à kikenveu de France Inter pour augmenter brutalement le salaire des profs de ZEP, des flics et des pompiers en mission dangereuse, des jardiniers municipaux, des infirmières, des facteurs, bref des gens qui font que l’expression « service public » n’est pas un oxymore.

Quant à la redevance, elle pourrait, outre France-Mu, France-Cu et Arte servir à financer entre autres urgences :

–        Une véritable télévision scolaire et éducative, ce qu’aurait dû être la 5 et qu’elle n’est qu’à 5%.

–        Une chaine qui rediffuserait les trésors de l’INA pour faire plaisir aux vieux, mais pas que.

–        Une chaine publique, laïque, et patriotique en direction des familles issues de l’immigration pour faciliter l’assimilation et le partage par le plus grand nombre des valeurs républicaines.

 

En bonus track, ma carte de vœux pour 2016

kurdes radio latin daech

Bonne année à tous les amis de la liberté !

Spéciale dédicace à celles et ceux qui, là-bas ou ici, défendent nos valeurs au péril de leur vie.

Gloire aux filles du PKK, gloire aux gars du Rojava et gloire à nos soldats !

Vengez-vous, vengez-nous, Kill’em all !

Ruin Jonny's Bar Mitzvah

Prix: 20,49 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 6,35 €

Noire, c’est noir!

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serie noire marcel duhamel

serie noire marcel duhamel

« Il n’y a pas de petite ou de grande littérature, seulement de la bonne ou de la mauvaise ». Ce constat aurait pu servir de frontispice à la Série noire, une collection réservée aux polars, genre plutôt délaissé, voire moqué par l’intelligentsia. À Noël, un beau livre* revient sur les 70 ans du roman sombre, celui qui raconte l’errance du détective privé et plonge le lecteur dans les bas-fonds de la société. Un homme a été à l’origine de cette révolution littéraire. Ce traducteur de Steinbeck et d’Hemingway, ami de Prévert et des Surréalistes, agent chez Gallimard, s’appelle Marcel Duhamel. Il découvre sur les conseils du dramaturge Marcel Achard trois livres décapants (This man is dangerous et Poison Ivy de Peter Cheyney, et No orchids for Miss Blandish de James Hadley Chase) qui répondent à de nouveaux critères esthétiques. En 1948, Marcel Duhamel résumera dans un manifeste l’esprit de sa collection : « les volumes de la « Série noire » ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L’amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes n’y trouvera pas souvent son compte. L’optimiste systématique non plus….L’esprit en est rarement conformiste. On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu’ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois il n’y a pas de mystère. Et quelquefois même, pas de détective du tout. Mais alors ?… Alors il reste de l’action, de l’angoisse, de la violence — sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies — du tabassage et du massacre, etc… ». Jolie mentalité qui aurait plutôt tendance à faire fuir le grand public. Au contraire, six titres paraissent en trois ans et les chiffres de vente sont plus qu’encourageants. Le lecteur français semble fasciné par cette littérature venue d’Amérique.

Lorsqu’en septembre 1945, la maison Gallimard a publié les deux premiers numéros (La Môme vert-de-gris titre choisi pour Poison Ivy et Cet homme est dangereux), elle a parié sur une mode : l’attrait des Etats-Unis et son monde interlope peuplé de gangsters alcoolisés et de vamps diaboliques. Avec une couverture dessinée par Picasso et cette appellation « Série noire » trouvée par Jacques Prévert, le succès ne se fait pas attendre. Cette collection qui compte aujourd’hui près de 3 000 titres (2 896 précisément à ce jour) a été à la croisée de plusieurs phénomènes sociaux et culturels du XXème siècle. La France sort exsangue d’un conflit meurtrier, elle a soif d’aventures exotiques et de liberté. Le décor des polars américains avec ses personnages pittoresques, ses rues éclairées au néon, ses bars où coulent à flots des litres de whisky fait fantasmer une population qui a vécu, cloitrée, la peur au ventre durant l’Occupation. Avec le Débarquement allié, les américains n’ont pas seulement emporté dans leur paquetage une société de consommation à tous crins mais aussi une culture débridée faite de jazz, de cinéma en noir et blanc et de blondes démoniaques. Une imagerie terriblement séduisante pour des jeunes habitués à une littérature lourde et somnolente. Les français s’enivrent donc de ces parfums faits d’interdits et de réalisme social.

Car la Série noire change en profondeur les codes de la littérature traditionnelle. Le style moins ampoulé, plus bref et incisif, mélange l’action à la psychologie. La brutalité des situations à leur érotisme selon la formule de Raymond Queneau, l’un des premiers écrivains à soutenir ce mouvement. La Série noire dépoussière également le roman en lui greffant le langage parlé de la rue. Des mœurs plus légères, un contenu irrévérencieux et cet ingénieux format poche vont la propulser en tête de gondole chez tous les libraires. Les ouvrages sont reconnaissables à leur couverture cartonnée jaune et noire, à leur jaquette noire et blanche et à leur tirage conséquent (20 à 30 000 exemplaires). Il en sort deux chaque mois. Cette production quasi-industrielle implique le service de nombreux traducteurs. Boris Vian et son épouse faisaient partie de ces recrues de choix. Marcel Duhamel sera jusqu’à sa mort en 1977, un infatigable dénicheur de talents. On lui doit la découverte d’auteurs aussi importants que Cheyney ou Chase mais aussi Horace McCoy, Raymond Chandler ou encore Dashiell Hammett. Si la Série noire semble puiser ses racines dans la mythologie américaine, elle ne délaisse pas pour autant le « Made in France ». Dès 1948, Serge Arcouët signe un premier polar sous le pseudonyme de Terry Stewart. Influence yankee oblige. Si l’écrivain est bien français, natif de Nantes, les règles du marketing d’alors imposent qu’il cache son origine. La Série noire accueillera par la suite, dès les années 50 et 60, les grandes pointures de la littérature policière nationale, cette fois-ci, sous leurs vrais noms. Albert Simonin, le chantre de l’argot parisien, le prodigieux conteur de la Porte de la Chapelle, publiera « Touchez pas au grisbi ! » préfacé par Pierre Mac Orlan. L’adaptation cinématographique de Jacques Becker en 1954 avec Jean Gabin et Lino Ventura à l’affiche, le rendit célèbre. De nombreux auteurs français virent ainsi leurs livres passés des caves de la rue Sébastien-Bottin au grand écran : Auguste le Breton (Le Rouge est mis, Razzia sur la chnouf, Du rififi chez les Hommes, etc…), Antoine-Louis Dominique (avec la série des Gorille) ou encore Pierre Lesou (Le Doulos). La Série noire aurait pu rester figée dans la nostalgie des années 40/50 avec des figures quasi-mystiques à la manière de Philip Marlowe, le détective désenchanté de Chandler. Elle réussit toujours à s’adapter à son temps.

Après mai 68, elle laissa de jeunes enragés décrire, sans complaisance, une société à la dérive. Parmi eux, Jean-Patrick Manchette fait figure de tête chercheuse. Sa plume féroce ravit les déçus des années 70. Des polars comme Nada ou Le petit bleu de la côte Ouest sont empreints d’un nihilisme qui, quarante ans plus tard, n’a pas pris une ride et se révèle toujours aussi efficace. Dans un autre registre, A.D.G avec Berry Story ou Je suis un roman noir a tracé une voie plus goguenarde multipliant les jeux de mots et les attaques contre le politiquement correct pour le plus grand plaisir de ses nombreux lecteurs. La force de la Série noire réside dans cette cohabitation entre auteurs au passé et/ou aux idéaux politiques radicalement différents,  partageant cependant une même ambition littéraire. Il ne faut pas s’y tromper, derrière un cadre rigide (les règles du polar), chaque auteur a développé sa propre mélodie en sous-sol. Patrick Raynal qui fut directeur de la collection entre 1991 et 2004 a toujours estimé que la codification du genre offrait, en réalité, une folle liberté de création.

La Série noire a permis l’éclosion au cours des années 80 d’une nouvelle génération d’écrivains comme Didier Daeninckx ou Jean-Bernard Pouy (le créateur du Poulpe) mais aussi de Thierry Jonquet qui eut le privilège de signer le numéro 2 000 de la collection (La Bête et la Belle). Le numéro 1 000 avait été écrit par l’américain Jim Thompson (1275 âmes). La Série noire est devenue, au fil des années, la garantie d’une littérature originale avec des signatures aussi célèbres que Maurice G. Dantec, Jean-Claude Izzo, notre camarade Jérôme Leroy, Nick Tosches ou James Crumley. Depuis 2005, elle a adopté un format plus grand et sous l’autorité d’Aurélien Masson, elle a continué son travail d’évangélisation des terres scandinaves. Les Français ont récemment découvert le norvégien Jo Nesbø, le suédois Lars Pettersson ou encore l’islandais Stefán Máni. Le drapeau de la Noire flotte sur notre littérature depuis 70 ans, et fait souvent de l’ombre à la « blanche ».

C'est l'histoire de la Série Noire: (1945-2015)

Prix: 12,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,79 €

Les albums de l’année 2015

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adele dominiquea duran duran

adele dominiquea duran duran

Charlie… Winston ! Mais si, souvenez-vous : « Like a Hobo » ! Son nouvel album, s’inscrivant entre la pop soul de Seal et le blufunk de Keziah Jones, est sorti en janvier dans une indifférence quasi générale malgré la beauté et la douceur de son spleen animal caressant. A écouter : « Lately ».

David Gilmour en est réduit aujourd’hui à recycler le jingle de la SNCF, l’idée lui est sans doute venue sur un quai de gare, pendant l’attente d’un train qui n’arrivait pas, quelque part en France. L’événement avait inspiré à Julien Courbet ce tweet mémorable : « Le pauvre, son nouvel album risque de sortir avec 25 minutes de retard. » A écouter : « Rattle That Lock ».

Julio Iglesias chante Mexico pour son rideau final. Ce n’est pas le Mexico de Mariano, c’est le Mexico de Julio, qui pourrait invariablement être son Milano, son Palermo ou son Bilbao, tant l’hispano excelle dans son numéro immuable de l’innamoramento comme art de vivre. Non vraiment, Julio n’a pas changé, toujours le même parfum léger, porté par l’empreinte fataliste de la Galice. A écouter : « Sway ».

Ibrahim Maalouf a publié un diptyque instrumental remarqué cet automne, deux odes à la femme – à leur façon -, comme l’indique la pochette de Kalthoum, où la part laissée à l’improvisation orientalisante est importante. Plus accessible, Red & Black Light est une célébration de la femme d’aujourd’hui, d’où le son électro-pop de cet album aux polyrythmies riches, à la fois jazz fusion, mariachi, synthétique, psychédélique… charmant, frais et euphorisant comme les femmes d’aujourd’hui (les vraies) ! A écouter : « Free Spirit ».

Duran Duran s’est classé à la 10ème place du Billboard (USA) et 5ème au Royaume-Uni avec son fulgurant nouvel album. En France, on a une Semaine du Goût – officiellement – par an. Il faut croire que le reste de l’année est consacré à la soupe à la grimace culturelle, puisqu’à part Paris Match, Le Monde et Causeur – qui ont salué l’événement à sa juste valeur -, la presse d’ici est passée à côté. A écouter : « The Universe Alone ».

Dominique A a sorti l’album français de l’année et de la consécration, enfin ! Les Victoires de la Musique devraient le plébisciter (devraient…). A écouter : « Par le Canada ».

Maître Gims a déclenché une tempête presque comparable au phénomène Stromae ! Gims a fait sortir le rap conservateur de ses ghettos pour faire vibrer les Zénith au son de ses hymnes en cœur massif et à la séduction intergénérationnelle. Seul JoeyStarr le conchie, raison supplémentaire pour apprécier Gims. La chanson française populaire est aujourd’hui incarnée par une figure issue de la musique urbaine… Le rap, dernier ascenseur (tagué) social ? A écouter : « Brisé ».

Sirba Octet a obtenu le Choc Classica du mois de novembre, distinction amplement méritée pour cette formation classique que l’on pourrait renommer The Grand Budapest Cocktail ! L’album Tantz ! est un monument de « Classic World », sculpté dans les souvenirs du pont Charles de Prague et dans les légendes mordorées des Carpates, chantourné par les B.O. des films de Woody Allen. A écouter : « Fantaisie Roumaine ».

Noel Gallagher a reçu l’Award du meilleur album 2015, distinction attribuée par Q Magazine, le mensuel britannique de référence. La guéguerre « Blur vs Oasis » aura finalement tourné à l’avantage des seconds à travers le combat des chefs des deux formations, se soldant par la victoire de Noel Gallagher sur Damon Albarn ! On a attendu moins longtemps pour constater la supériorité évidente de Lennon sur McCartney ! A écouter : « Ballad of the Mighty ».

 

Neil Young a sorti son 36ème album studio, The Monsanto Years, disque de country rock pépère à laquelle les puristes préfèreront Bluenote café, sorti des archives de la tournée 87/88 du Loner avec son groupe de jump blues d’alors, le bien nommé The Bluenotes. Swing et notes bleues à tous les étages old school ! A écouter : « Twilight ».

 

Mais quitte à choisir le 36ème album studio d’un artiste sorti cette année, autant prendre celui de Bob Dylan, hommage intimiste au répertoire de Frank Sinatra. A écouter : « Autumn Leaves ».

A-ha et Coldplay ont sorti chacun de leur côté un nouvel album lumineux, pluie de lueurs norvégiennes pour les premiers et feu de Bengale océanien pour les seconds. A écouter : « Door Ajar » (A-ha) et « Hymn for the Weekend » (Coldplay).

Adele, la Whitney Houston des années 2000, a cassé la baraque avec son nouvel album – dont les ventes atteignent des records (6 millions d’exemplaires écoulés dans le monde en quinze jours) – porté par le tube « Hello », aux 700 millions de vues YouTube… Non mais hello, quoi ! A écouter : « I Miss You ».

Eagles of Death Metal sera à jamais associé à l’horreur des attentats du 13 novembre à Paris : le groupe jouait au Bataclan ce maudit soir. Les terroristes ont fait irruption pendant la chanson « Kiss the Devil ». Impossible de ne pas faire le lien avec le drame d’Altamont, festival rock pendant lequel, en 1969, un spectateur fut assassiné au moment où les Rolling Stones entonnaient « Sympathy for the Devil »… Mais le procès en satanisme ne tient pas : les Stones ne sont pas plus satanistes que les Eagles of Death Metal ne sont un groupe de metal. La panoplie rock regorge de ce genre d’élucubrations potaches, couchées sur papier après quelques verres de bières : de la provoc’ à deux balles de mecs bourrés ou défoncés. Les sources d’inspiration sulfureuses font partie du genre. L’album des Eagles of Death Metal et sa pochette hédoniste incarnent désormais une forme de résistance culturelle, politique et spirituelle à l’obscurantisme le plus barbare. A écouter : « Save a Prayer » (reprise d’un titre de Duran Duran).

Trois jours après les attentats, Manuel Valls a parlé de « génération Bataclan »… Encore une formule déplacée et vaine, symptomatique de la génération des politicards communicants. Une chose est sûre : il y a bien une « génération Golf Drouot », le club mythique où sont passées toutes les vedettes de la chanson française des années 60 à 80. Un coffret Golf Drouot célébrant le 60ème anniversaire de la naissance du temple parisien, en 5 CDs, vient de sortir ! Des Yé-yé au post-punk, l’objet nous permet de revivre 20 ans de rock français canal historique (de 1961 à 1981) ! A écouter parmi cette anthologie de 115 titres (versions originales studio) : « Tout feu, tout flamme » de Ange.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : REX40409594_000033.

Golf Drouot-Le Temple du Rock

Prix: ---

0 d'occasion et neuf disponible à partir de

Il était une fois 2015 (3/3)

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todd sarkozy migrants

todd sarkozy migrants

Retrouvez les deux premières parties de cette rétrospective ici et là.

Perdre (se). Il est dans la nature de l’humain de se perdre. On peut se perdre dans un discours de Michel Rocard. Se perdre dans les yeux de celle que l’on aime. Se perdre en conjectures. On peut aussi, évidemment, se perdre dans les rues d’une grande ville… Le New York Times nous rapportait en novembre l’histoire extraordinaire d’un italien d’une trentaine d’années venu à New-York pour participer au légendaire marathon, qui s’est perdu deux jours dans la « Grosse pomme »… bien après que les derniers concurrents aient franchi la ligne d’arrivée. Gianclaudio Marengo, qui tentait cette expérience sportive en compagnie d’un groupe d’anciens toxicomanes, n’a jamais trouvé la sortie. Perdant de vue ses camarades, perdant ses papiers, perdant les documents lui permettant de s’orienter (comme de retrouver son hôtel dans le Queens), ne parlant pas un mot de la langue de Donald Trump, il a erré dans les rues, arpenté les couloirs du métro, dormi dans un parc – toujours dans sa tenue de marathon-man… – avant qu’un policier, averti de la disparition mystérieuse d’un italien en goguette, ne le raccompagne à son ambassade. Déshydraté, désorienté, le malheureux a été hospitalisé puis embarqué sur un avion. Retour en Europe. Ce qu’il a fait, ce qu’il a vu, ce qu’il a tenté durant ces quelques jours, il l’a gardé pour lui. « Allo, passez-moi Fellini, c’est pour une idée de scénario… »

Sarkozy (Dynastie). Dans la famille Sarkozy vous connaissez le père, cycliste amateur et joggeur professionnel, toujours hyperactif et dilettante, à moins que ce ne soit le contraire ; Pierre le fils rappeur (sous le pseudonyme de DJ Mosey !), Jean le fils politicien à cheveux longs, qui nous avait bien fait rire dans son rôle de candidat surprise à la présidence de l’établissement d’aménagement de La Défense… Il faudra désormais compter avec le petit Louis. On était resté sur l’image d’un gamin d’apparence sage, mais espiègle, qui semblait s’amuser beaucoup du décorum et des ors de l’Elysée. Mais Louis a bien changé. Il a pris du muscle. Il a pris de la masse. Il a même pris du gallon, puisque Paris Match l’a retrouvé – cette année – dans une académie militaire de Pennsylvanie ! Le fils de Cécilia a fait toute une partie de sa scolarité aux Etats-Unis et a envisagé un temps d’entrer dans les Marines US. Le jeune-homme nous apprend que dans cette académie il a été « co-instructeur de tir. (Je tirais) entre 150 et 300 cartouches par semaine. ». Revenant sur sa vie de gamin dans les jupes de son père Président, il se remémore quelques bons souvenirs : « J’ai eu la chance de rencontrer Obama, le Pape m’a béni, quant à George W. Bush, il m’a tout simplement fait un câlin ! » Gare au baiser de Judas ! Quitte à choisir je crois que j’aurais préféré mourir plus tôt et n’avoir jamais à lire une interview de Louis Sarkozy. Il se pourrait pourtant que l’on parle à nouveau beaucoup de cette dynastie dans les années à venir…

Youkounkoun. 2015 a été marquée par l’afflux massif de migrants venus en Europe par les Balkans ou la mer Méditerranée. Cela fait certes des années que des bateaux de migrants, venus d’Afrique ou du Proche-Orient s’échouent, chavirent ou accostent vaille que vaille sur les côtes espagnoles, italiennes ou françaises… mais cette année le mouvement s’est accentué, en raison naturellement de la situation dramatique en Syrie, en Afghanistan et (on l’oublie parfois) dans cette Corée du Nord africaine qu’est l’Érythrée… En 2015, pour le grand public, les flux de migrants sont devenus la « crise migratoire ». Moment fort après des dizaines de chavirages de navires de fortune, et des milliers de morts perdus en mer, l’image du petit Aylan Kurdi, garçonnet syrien d’origine Kurde dont la famille fuyait la guerre civile par bateau, allongé sans vie sur une plage Turque bouleverse la planète entière… La mer a rendu cruellement le corps sur plage. La position de l’enfant, la tête dans le sable, fait en elle-même toute la photo. L’image devient symbole. L’engouement de la presse est immédiat (la photo est publiée massivement en Une des principaux quotidiens mondiaux, alors que l’on en savait bien peu sur l’origine de cette image et les intentions du photographe). L’image devient symbole, et le symbole devient emballement ? Naturellement, le petit Aylan enterré, l’émotion s’est dissipée sur les réseaux sociaux, et partout ailleurs. Cette question des migrants a dominé l’année dans les discussions de bistrots, dans les réunions familiales autour du gigot dominical, a alimenté la campagne des régionales, a nourri le racisme et des peurs diverses (notamment celle, qui s’est avérée hélas justifiée de la présence d’islamistes parmi ces nouveaux arrivants…) Cette crise migratoire a surtout alimenté la connerie humaine, qui d’année en année ne se dément pas. Ainsi, au Danemark, a émergé l’idée d’une confiscation automatique des principaux « biens » de valeur des migrants afin de financer leur accueil – et aussi de dissuader, certainement, de nouvelles arrivées…  Des « biens » incluant l’argent, les objets divers, mais aussi les… bijoux… On ne parle pas là du Youkounkoun ou des bijoux de la Castafiore, mais de simples bijoux de famille… Sans manifestement songer aux relents immondes de spoliation de cette mesure, le gouvernement danois l’a défendu sans complexe, soutenu par le Parti populaire, dont l’un des leaders a déclaré : « C’est juste une petite proposition dans le but de protéger notre démocratie, notre pays et notre culture ». J’sens comme un vide, remets-moi Johnny Kidd…

Zombies (catholiques). Le 10 et le 11 janvier de grandes « marches républicaines » ont réuni dans Paris, et d’innombrables villes françaises, des millions de citoyens révoltés par les attaques terroristes du début d’année contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher. Le slogan « Je suis Charlie » a émergé. La Marseillaise a fusé. Les cœurs ont été gros. Les mines fermées. Les sanglots longs des violons de l’hiver ont blessé nos cœurs d’une langueur monotone. Des millions de français se sont dressés contre la barbarie islamiste, contre la violence, contre la bêtise gorgée du pire des ressentiments des faiseurs de morts d’Allah. Il n’en fallait pas moins pour que le petit personnel intellectuel hexagonal s’agite, s’interroge, voire s’insurge… Le cartographe d’extrême-centre-gauche Emmanuel Todd a tiré de ses rêves névrotiques l’idée que les indignés de ces jours-là étaient des catholiques, petit bourgeois, issus de petites villes provinciales moisies…voire islamophobes… Des « Catholiques zombies »©… Le concept est épais comme un sandwich SNCF…  Depuis il y a eu d’autres attaques. Depuis il y a eu le 13 novembre… Les dons de sang ont afflué, massivement – de toute la France. Toute la France. Et Emmanuel Todd a disparu.

Mais il est possible qu’il revienne, au vent mauvais, en 2016…

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00656862_000011.