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Causeur n°52 : A-t-on le droit de critiquer l’islam ?

Si Stendhal a dicté La Chartreuse de Parme en 52 jours, il nous a fallu un peu moins de temps pour vous offrir le dernier avatar de Causeur, estampillé du même chiffre. Nous pouvons nous enorgueillir d’un nouveau numéro en écho direct avec l’actualité la plus pétaradante : « A-t-on le droit de critiquer l’islam ? », le thème de notre dossier central, est sur toutes les lèvres des médiatiques depuis quelques semaines. Vidéo parodiant la vie de Mahomet, caricatures de Charlie Hebdo, émeutes dans le monde arabo-musulman, attentat, lynchages, appels à la liberté puis à la responsabilité, ou l’inverse : cette spirale donne facilement le tournis, surtout lorsqu’elle se solde par le démantèlement d’une cellule terroriste hexagonale.

Notre marraine laïque Elisabeth Lévy ouvre ce dossier par un reportage photo chez Charlie Hebdo, journal satirique qui a déjà payé son audace à coups de cocktails Molotov et de menaces de mort, mené de main de maître avec la photographe Annie Assouline. Si dans son introduction, notre chère rédactrice en chef se fait l’avocate de la liberté de la presse contre les censeurs calottés, elle ne pose pas moins la question du sacré dans nos sociétés sécularisées. Aujourd’hui, nos tabous s’appellent racisme, -phobies, droits de l’homme, qui sont autant de lignes jaunes à ne pas dépasser, au risque de subir les foudres de farouches inquisiteurs humanistes.
Moins circonspect, Cyril Bennasar soutient mordicus le droit au blasphème comme une liberté chérie des démocraties occidentales. « Mourir pour Charlie » ? Voilà qui défrise le pourtant si bien coiffé Jacques de Guillebon, qui ne l’entend pas de cette oreille : Charb et ses compères dessinateurs ont-ils pensé à la vie de nos otages au Mali et en Somalie avant de monter sur leurs grands chevaux républicains ? Il y a là matière à débat, un mot vénéré entre tous chez Causeur… Au point que certains peuvent, à l’instar du toujours inspirant Bruno Maillé, renvoyer dos à dos identitarismes islamistes et occidentalistes comme des pathologies concurrentes occultant les enjeux essentiels de la modernité capitaliste.
En remontant aux textes bibliques et évangéliques, Paul Thibaud élabore une généalogie religieuse du blasphème qu’il confronte à l’incroyance contemporaine. Le blasphème moderne s’appelle négationnisme, objectent certains ! André Sénik leur réplique que la Shoah est un crime contre l’humanité et non une religion.
Un point de vue que ne répudieraient pas Ghaleb Bencheikh, Pascal Bruckner et André Gerin, tous trois interviewés dans ce dossier. Le premier, islamologue et anthropologue des religions, rappelle que le « blasphème » ne concerne pas les non-musulmans et que Dante n’a pas attendu les pitreries d’un cinéaste américain pour rudoyer Mahomet. Contre l’islam politique, il en appelle à l’esprit d’Averroès et à la réforme dans un monde musulman sclérosé. André Gerin, l’ancien député-maire communiste de Vénissieux, questionné par son frère d’armes Jérôme Leroy, réaffirme le bienfondé du combat contre l’islam politique, là où la plupart de ses camarades cultivent un irénisme si peu marxiste…
Interrogé par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, le philosophe Pascal Bruckner prend le parti des rares voix laïques et dissidentes de l’islam, soulignant au passage le complexe du décolonisé qui s’est emparé des anciens vassaux du califat ottoman, lesquels retournent leur désarroi contre l’Occident.

Après avoir parcouru l’histoire du blasphème au cinéma concoctée par Ludovic Maubreuil, vous pourrez vous prélasser sur nos pages culturelles. Pendant que Jérôme Leroy célèbre la misogynie littéraire d’Olivia Resenterra et de Patrick Gofman, experts ès mégères et « emmerdeuses », Charlotte Liébert-Hellman arpente le terrain pentu du féminisme de Claude Habib. Sans oublier les chroniques mensuelles de Roland Jaccard et François Taillandier, vous vous (re)plongerez dans les relations troubles entre les deux Philippe, Muray et Sollers, qu’ausculte Bruno Maillé dans un bel article en forme d’hommage à ces deux ombres tutélaires, avant de piquer une tête dans la piscine (post-)situationniste.

Repus d’actu ? Gardez-en un peu sous le coude pour découvrir l’ulcération d’un mystérieux parent d’élève, pédagogiste indigné, qui regrette l’arrivée de Jean-Paul Brighelli dans nos colonnes.

Bon, assez causé, commandez ce numéro ou abonnez-vous  et vous échapperez au Bonnet d’Âne de la rédaction !

 

Achat au numéro : 6,50 € ; Offre Découverte : 12,90 € (ce numéro + les 2 suivants) ; Abonnement 1 an : à partir de 34,90 €

Traité budgétaire : mettre des noms sur les non

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Ils étaient soixante-dix, dix de moins que dans l’Assemblée de juin 40, hier quand le TSCG fut ratifié à l’Assemblée nationale, à avoir voté non et comme en juin 40, les clivages partisans ont visiblement explosé. C’est vrai qu’il s’agissait juste de décider de la survie, même fantomatique, d’une indépendance nationale et de la liberté de décider de nos futures politiques économiques. Alors, mettons des noms sur les non.

Pour le groupe Socialiste, Républicain et Citoyen, 20 non sur 297
M. Pouria Amirshahi, Mme Marie-Françoise Bechtel, M. Jean-Pierre Blazy, Mmes Fanélie Carrey-Conte, Nathalie Chabanne, MM. Pascal Cherki, Henri Emmanuelli, Mme Linda Gourjade, MM. Jérôme Guedj, Razzy Hammadi, Mathieu Hanotin, Christian Hutin, Mme Chaynesse Khirouni, MM. Jean-Luc Laurent, Christophe Léonard, Michel Pouzol, Mme Marie-Line Reynaud, M. Denys Robiliard, Mme Barbara Romagnan et M. Gérard Sebaoun.

Pour le groupe de l’Union pour un Mouvement Populaire, 17 non sur 195
MM. Julien Aubert, Jean-Claude Bouchet, Jean-Louis Christ, Gérald Darmanin, Jean-Pierre Decool, Lucien Degauchy, Nicolas Dhuicq, Christophe Guilloteau, Patrick Labaune, Lionnel Luca, Damien Meslot, Philippe Meunier, Jacques Myard, Jean-Frédéric Poisson, Christophe Priou, Michel Terrot et Patrice Verchère.

Pour le groupe de l’Union des indépendants, 1 non sur 30
M. François-Xavier Villain.

Pour le groupe écologiste, 12 non sur 17
Mmes Laurence Abeille, Brigitte Allain, Isabelle Attard, M. Denis Baupin, Mme Michèle Bonneton, MM. Sergio Coronado, François-Michel Lambert, Noël Mamère, Mmes Véronique Massonneau, Barbara Pompili, M. François de Rugy et Mme Eva Sas.
Pour le groupe radical, républicain, démocrate et progressiste, O non sur 16

Pour le groupe de la gauche démocrate et républicaine, 13 non sur 15
M. François Asensi, Mme Huguette Bello, M. Alain Bocquet, Mme Marie-George Buffet, MM. Jean-Jacques Candelier, Patrice Carvalho, Gaby Charroux, André Chassaigne, Marc Dolez, Mme Jacqueline Fraysse, MM. Alfred Marie-Jeanne, Jean-Philippe Nilor et Nicolas Sansu.

Pour les non-inscrits, 7 non sur 7
Mme Véronique Besse, MM. Jacques Bompard, Gilbert Collard, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, Mme Marion Maréchal-Le Pen et M. Yannick Moreau.

Dans la peau d’un socialiste noniste

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Bruno Le Roux et le PS pour le traité budgétaire européen

Voici la lettre que le président du groupe « socialiste, républicain et citoyen » Bruno Le Roux a envoyé à ses collègues le 3 octobre dernier. Hier, vingt-neuf d’entre eux n’ont pas obtempéré à cette « invitation » soit en votant contre (20) soit en s’abstenant (9). Je ne sais si l’une ou l’un d’entre eux a souhaité répondre à cette missive. Mais j’imagine en revanche ce que moi, dans cette situation, j’aurais écrit en retour.

Monsieur le Président, Cher collègue,

Le 3 octobre dernier, tu as bien voulu m’inviter à me conformer à la discipline de groupe dans le cadre du vote solennel de ratification du Traité Merkozy et de celui de la loi organique qui suivra. Je souhaite t’informer que je ne donnerai pas suite à cette aimable invitation et tiens à t’expliquer pourquoi.
Tout d’abord, le règlement du groupe a beau comporter en son article 17 une règle d’unité, je te rappelle que la constitution de la République, elle, dispose d’un article 27 qui stipule que « tout mandat impératif est nul ». Le fait même de qualifier cette règle d’impérative, comme tu le fais dans ta lettre, est donc frappé d’inconstitutionnalité.

Tu rappelles aussi le besoin de cohérence de la majorité. Au risque de t’étonner, je souscris à cette analyse. J’ai voté contre le Mécanisme Européen de Stabilité ; j’ai fait campagne pour le candidat François Hollande contre le traité négocié par le président sortant ; j’ai mené campagne dans ma circonscription en expliquant que ce traité serait renégocié. Ce dernier n’ayant pas évolué d’une virgule, comme l’a reconnu le Premier Ministre à la télévision, la cohérence m’oblige à refuser de le ratifier. Les débats qui ont eu lieu à l’intérieur du groupe ne m’ont convaincu que d’une chose : pour être plus nombreux, les collègues s’apprêtant à approuver ce texte négocié par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne brillaient pas par leur cohérence.

J’en viens enfin à évoquer ce qui ne figure pas dans ton courrier mais qui m’est donné à comprendre depuis des jours par des allusions de ton entourage ici à l’Assemblée ou des messages ambigus en direction d’élus de mon département. Ainsi mon vote négatif pourrait avoir des conséquences sur mon travail à l’Assemblée nationale -temps de parole réduit, etc…- et sur des projets locaux situés dans ma circonscription qui pourraient être remis en cause. Sache que je ne céderai pas à ce genre de chantage, et que si cela devait être le cas, je ne manquerais pas d’en faire une grande publicité.

Tu l’as compris, la fidélité à mes engagements de campagne et à ceux – pardonne-moi du peu – du Président de la République élu me paraît supérieure aux calculs boutiquiers du groupe auquel j’appartiens. Et cette fidélité se double du souci de l’intérêt national qui doit guider chaque parlementaire lorsqu’il doit se prononcer sur un texte, surtout lorsqu’il s’agit d’un traité international. À l’argument censé culpabiliser les députés socialistes récalcitrants en prétextant que leur vote obligerait le gouvernement à compter sur les voix de la droite, je réponds que ce traité ayant été négocié par cette dernière, il revient aux partisans de l’accord Merkel-Sarkozy- et non à nous autres socialistes – d’approuver sa resucée.

Fidèlement.

*Photo : Richard Ying.

Touche à mon Dieu !

Adel Abdessemed et son Christ blasphématoire

Les affaires reprennent. Toute occasion est bonne pour parler de l’islam, ou plutôt pour causer des prescriptions de cette religion-de-paix (j’aimerais bien d’ailleurs qu’on finisse par me présenter une religion-de-guerre, ça doit être amusant à regarder) qui décidément sont innombrables. Les Juifs eux-mêmes peuvent aller se rhabiller, et à leur place je serais gravement jaloux. Moïse tout petit joueur, et buisson ardent, Sinaï et tables de la loi ou pas, Mahomet le rétame en cinq secs, sûrement grâce à sa jument volante, en termes de commandements.

Ainsi, avant-hier, on apprenait l’indispensable, c’est-à-dire la distinction entre hijab, tchador, tchadrit, burqa et je ne sais plus trop quoi parce que j’avoue que j’ai dormi au fond de la classe ; hier, c’était prophétologie en cours magistral, où il fallait connaître les morceaux du prophète qu’on a le droit de représenter, de face et de dos et même que Charlie qui l’a dessiné direct en tenue d’Adam a eu zéro. Faut dire qu’il est pas très fort en arts plastiques, Charlie, à sa place je changerais d’UV.
Aujourd’hui, c’était cours de marelle avec versets du Coran : paf, tu tombes sur un caractère arabe sorti de la bouche d’Allah, tu vas tout de suite en enfer, et tu touches pas vingt mille francs. C’était sacrément dur comme exercice parce qu’en plus on ne nous avait pas donné la règle du jeu avant qu’il commence. Comme l’a finement remarqué le camarade Moreau, heureusement qu’un imam sans doute samaritain d’origine passait par là, sans quoi la courbe du chômage des vierges au Paradis aurait atteint des niveaux mitterrandiens. Il a mis tout le monde d’accord et comme c’était l’heure des mamans, on est rentré chez nous. Même l’artiste marocain inventeur du jeu qui a fait semblant d’être un peu déçu, au fond il était bien content que tout le monde se soit entretué au sujet de son œuvre.

Mais moi si j’avais su, j’aurais fait école buissonnière pour aller jouer avec un Algérien plutôt qu’avec un Marocain. L’Algérien, ça fait tout de suite moins dans la dentelle, ça fait pas des manières de sensitives, ça fait pas des pièges du type qui perd gagne ou qui marche meurt. Lui, Adel Abdessemed, il a tout compris : il a fait quatre Christ en fil de fer barbelé, à double lame paraît-il. Bon, il a un peu pompé le Retable d’Issenheim de Grünewald, mais tout de même avec génie. C’est d’ailleurs la seule œuvre de lui qui je trouve réussie, mais ça suffit à le sauver. On peut la voir dans une grande rétrospective que lui consacre Beaubourg. Futé le gars, il a écrit à l’entrée « attention aux arêtes coupantes », et c’est vrai que le Christ ça tranche, et il a intitulé son expo « Je suis innocent », ce qui est de la bonne théologie puisque comme dit le Père Molinié, dans l’histoire c’est Jésus qui est coupable de tout pour tous. Lui, Abdessemed, il est comme vous et moi, il est innocent. Je sais que vous êtes tristes quand je vous dis ça, parce que vous aimez bien être pécheurs, transgresser la morale et tout ça, mais en fait ça vous en touche une sans faire bouger l’autre. Parce que là il y a un homme-barbelé qui a déjà tout anticipé et plus vous faites le malin, plus il est tranchant. La double-lame, c’est pas bête du tout : quand vous croyez vous faire du mal, c’est à lui que vous le faites, et réciproquement. Lui, je l’avoue sans honte, c’est mon dieu à moi, et c’est un dieu qu’on touche. C’est celui à qui on met du parfum sur les pieds puis qu’on essuie avec ses cheveux, c’est celui qu’on fouette et qu’on crucifie, c’est celui qu’on embaume, et celui dans les plaies de qui on met son doigt. Mais pour faire tout ça, comme ça coupe, faut avoir des couilles. Aussi, cher lecteur, si tu es un homme, je te le dis tout de go : touche à mon Dieu !

Ça te reposera de ceux des autres.

*Photo : isobrown.

Boris Johnson est drôle

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Boris Johnson maire de Londres contre François Hollande

Mon Dieu que les Anglais ont de la chance. On savait déjà que les compatriotes de Ray Davies, de Guy Ritchie et des Monty Python nous surclassaient en musique, en cinéma, en humour voire en gastronomie télévisuelle (comparez trente secondes d’émissions de Cyril Lignac et de Jamie Oliver, vous verrez what I mean).

Je ne vous parle même pas de mode masculine, de protection du patrimoine architectural, de fleurissement des centres-villes. Je vous parlerai encore moins du stilton que, perso, je juge supérieur au roquefort –mais après tout notre site n’a-t-il pas pour devise « Surtout si vous n’êtes pas d’accord ».

Mais là où les Anglais ont vraiment de la chance, c’est avec leurs hommes politiques. D’abord, ils sont souvent bien habillés, ce qui doit être manifestement prohibé dans le règlement de notre Assemblée Nationale et ensuite ils sont parfois drôles, et j’entends par là vraiment drôles, donc limite-limite et donc aussi aux antipodes des plaisanteries à deux balles de nos politiciens made in France, tellement nulles, millimétrées et aseptisées qu’on les croirait rédigées dans un atelier clandestin de communicants pakistanais ou, pire encore, par ceux-là même qui les ont lancées.

Tout ça pour dire que l’excellent Boris Johnson, le maire très réac n’roll de Londres, vient encore d’en sortir une bien bonne au congrès du Parti Conservateur à Birmingham. Une fois de plus, c’est la nouvelle fiscalité socialiste qui l’a inspiré –on se souvient de son vibrant appel à l’émigration lancé aux victimes potentielles de l’impôt à 75% de François Hollande. Pour Boris, notre fisc est bien pire que feue la monarchie absolue de droit divin : « Depuis 1789 , a-t-il dit, il n’y a eu jamais une telle tyrannie en France », (“Not since 1789 has there been such tyranny in France”) avant de réitérer son appel aux riches à déserter le territoire fiscal français. Pour ce faire, il a utilisé les premiers mots d’une chanson célèbre, et en VF, de surcroit : «Allons enfants de la patrie ».

D’accord ou pas avec les orientations budgétaires de Jean-Marc Ayrault, avouez que ça a quand même plus d’allure que les diatribes en pilote automatique de Copé, Baroin et autres NKM sur le « matraquage fiscal socialiste ». C’est juré, si un jour, on a les mêmes en France, je vote UMP !

Mais un tel cas de figure étant hautement improbable, je me contenterai de supplier Boris d’écouter ses propres conseils et d’émigrer lui aussi pour venir se présenter en 2014 à la Mairie de Paris. Ça nous éviterait d’avoir à choisir entre l’hilarant François Fillon et la subtile Anne Hidalgo.

*Photo : BackBoris 2012.

Courroye et Van Ruymbeke : d’hier à aujourd’hui

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Courroye et Van Ruymbeke après Sarkozy

L’actualité judiciaire est extraordinaire. Elle a un sens aigu des contrastes, un art inouï de la composition. Elle met face à face la justice du pouvoir et le pouvoir de la justice.

A un jour près, Philippe Courroye (PC) et Renaud Van Ruymbeke (RVR) ont été confrontés, chacun, à une épreuve difficile.

Le premier a été entendu à Bordeaux par le juge Gentil durant plusieurs heures au sujet de l’affaire Bettencourt, pour déterminer si des pressions ont été exercées par l’Elysée, si des connivences douteuses ont pu exister entre le procureur de Nanterre et l’ancien président de la République.

L’ancien conseiller justice du président Sarkozy, Patrick Ouart, lui-même convoqué, avait, dans la transcription des écoutes clandestines Bettencourt, choqué en violant l’équité entre les parties dont l’une était scandaleusement favorisée, notamment par l’annonce anticipée d’une décision. Le rapport étroit entre P. Ouart et PC, entre Nicolas Sarkozy et le même était évidemment de nature à susciter les plus vives inquiétudes sur le fonctionnement de cette justice-là.

PC a été nommé avocat général à la cour d’appel de Paris. Christiane Taubira a vu sa démarche validée après avoir été contestée par l’intéressé.

« Il est vrai que Courroye téléphonait en direct à Nicolas Sarkozy. Mais il ne recevait pas d’ordre, il devançait ce qu’il pensait être la volonté du président, espérant toujours être nommé procureur général à Paris ». C’est ce qu’affirme un ministre de l’ancien gouvernement (Le Figaro).

La justice du pouvoir. La justice telle qu’elle a été.
D’hier à aujourd’hui, une évolution, un progrès. La similitude chronologique entre ces deux moments forts de la vie judiciaire – PC à Bordeaux, RVR à Paris – pourrait occulter la considérable différence entre ces deux magistrats et la perception qu’on a d’eux.

Le premier, brillant, intelligent, sûr de soi, autarcique n’a été soutenu par personne, il a été désavoué par certains et, pour parler clairement, ses actions et ses abstentions à Nanterre n’ont pas fait honneur, pour certaines, à la magistrature.

Le second, au contraire, passe pour la plupart de ceux qui ont des lumières sur les compétences et l’intégrité des magistrats pour notre plus grand juge d’instruction. Sa force et son intelligence opératoire et efficace lui ont permis, surtout, de maîtriser un pouvoir qui offre une redoutable volupté quand on le laisse se dégrader en abus. Il ne s’est jamais laissé gouverner par la vanité des grandeurs et des mondanités de toutes sortes.

Détesté par notre ancien président qui savait flatter PC, il obtiendra justice, je l’espère, du CSM le 17 octobre.

Mais comment sera la justice de demain ?

*Photo : Kaptain Kobold.

Et Marc Ferro ressuscita la Tsarine Alexandra

Marc Ferro et les Romanov de Russie

Pendant près d’un siècle, le mystère Anastasia a passionné les historiens, fait sangloter les midinettes et enrichi les éditeurs. Qu’était donc devenue la plus jeune fille du tsar Nicolas II ? Etait-elle morte avec le reste de sa famille, son père, sa mère, ses trois sœurs et son frère le tsarévitch Alexis, assassinée dans les caves sordides de la maison Ipatiev à Ekaterinenburg par une nuit sans lune de juillet 1918 – ou avait-elle réussi à échapper au massacre, comme l’affirmèrent une vingtaine de prétendantes, et plus particulièrement une certaine Mme Anderson, qui se prétendait Anastasia jusqu’à ce que l’analyse ADN de ses restes ne mette un point final à l’affaire. Dans un petit livre au titre sensationnel, La vérité sur le drame des Romanov, l’historien Marc Ferro va encore plus loin : puisqu’il affirme qu’outre Anastasia, c’est l’ensemble des femmes de la famille, la tsarine et ses quatre filles, qui eurent la vie sauve, suite à des tractations secrètes menées entre les chefs bolcheviques soucieux de mettre fin au plus vite à la guerre avec l’Allemagne, et un Kaiser désireux de sauver à tout prix des « parentes allemandes », le Tsarine étant née Alix de Hesse. Le scoop du siècle, en somme, puisque ce que nous dit Ferro, c’est que jusqu’ici, tout le monde s’était trompé- sauf ceux qui avaient trompé les autres. Et les âmes sensibles de se réjouir à cette merveilleuse révélation, validée par un historien de renom : les suppliciées d’Ekaterinenburg s’en seraient finalement tirées indemnes. Malheureusement, la démonstration laisse un peu à désirer.

En premier lieu, elle n’explique pas par quel miracle le silence le plus absolu aurait pu être conservé pendant un siècle sur cette énorme tractation, « le premier échange est-ouest de l’histoire », comme l’appelle Marc Ferro, auquel auraient été mêlés, outre les chancelleries allemandes et soviétiques, l’ensemble des alliés, le royaume d’Espagne et le Vatican. Un secret de cette taille, et aucune fuite, sinon celle de troisièmes couteaux mythomanes ou cacochymes, qui rapportent avoir vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu la tsarine et les grandes duchesses ? Dans une affaire similaire, celle du faux Louis XVII, le plus enflammé de ses défenseurs, Léon Bloy, avait avancé, à la fin du XIXe siècle, une explication paranoïaque globale évoquant un complot de l’ensemble des puissances européennes, lesquelles auraient eu un intérêt vital, quoi que malheureusement inexpliqué, à ce que M. Naundorff, serrurier berlinois, ne monte pas sur le trône de France dont il se prétendait l’héritier légitime. Avec les grandes duchesses, on peut supposer quelque chose du même genre : la vérité est ailleurs, on nous cache tout, on nous dit rien, etc. Mais pourquoi? Quel pouvait être l’enjeu d’un tel silence ?
Deuxième difficulté majeure : pour quelles raisons les principales intéressées elles-mêmes se seraient-elles tues – alors qu’elles auraient été accueillies, dans de nombreux pays d’Europe et d’ailleurs, en saintes, en héroïnes et en martyres ? La seule explication fournie par Ferro paraît un peu maigrelette : elle se borne à évoquer « le traumatisme qu’elles auraient subi, l’insécurité qui régnait dans toute l’Europe centrale en 1919, la peur d’être retrouvées par les bolcheviques » ( qui, selon lui, sont censés les avoirs libérées), « et assassinées comme toute une partie de la famille ».

En somme, elles ont « su demeurer tapies par crainte d’être retrouvées et éliminées ». Tapies, les couardes : et pas pendant quelques mois, ni quelques années ! Non ! Jusqu’à leurs morts respectives, dans les années 1970… Hypothèse hautement crédible, on en conviendra. La seule à avoir rompu la loi du silence, c’est Anastasia : mais Ferro retourne l’argument négatif pour en faire une preuve. Si la soi-disant Anastasia a été désavouée par tous ses oncles, tantes, cousins, proches, dentistes, etc, à l’exception de quelques vagues connaissances (il cite ainsi longuement le cas d’une ancienne danseuse, ex-maîtresse de Nicolas II, qui témoigna en sa faveur à l’âge de 95 ans), c’est qu’on y avait intérêt. Et si l’on y avait intérêt, c’est évidemment parce qu’elle était Anastasia. Enfin, c’est parce qu’elle fut ainsi désavouée que ses sœurs, profitant de la leçon, ont préféré se taire à jamais…

Malgré tout, le ton affirmatif de Marc Ferro, son autorité d’historien et le titre même de son essai forcent les plus sceptiques à s’interroger. Et si, malgré tout, cet énorme scoop était authentique ? Pour avancer quelque chose d’aussi énorme, Ferro possède sans doute des preuves irréfutables, des inédits fracassants tirés des archives ultra secrètes du KGB, qui lui permettent de déchirer avec cet aplomb un voile presque centenaire… Eh bien non. Le point de départ de son affirmation, c’est, raconte-t-t-il, le coup de fil d’une soi-disant « collègue », Marie Stravlo, en réalité journaliste autodidacte en train de préparer le lancement d’un roman historique sur Anastasia , lui affirmant avoir découvert dans les bibliothèques du Vatican – qui depuis Dan Brown ont décidément bon dos -, un manuscrit de la grande duchesse Olga, l’ainée des filles du défunt tsar. Manuscrit qui, malheureusement, n’a été ni expertisé, ni même feuilleté par Ferro. À part cela et une bibliographie vieillie, les seuls documents décisifs sur lesquels s’appuie Ferro lui ont été confiés par Alexis, prince d’Anjou et duc de Durazzo, auteur, il y a quelques années, d’une autobiographie parue chez Fayard, Moi, Alexis, arrière-petit-fils du tsar. Parmi ces pièces capitales, Ferro reproduit le témoignage manuscrit de la grande duchesse Marie, la grand-mère d’Alexis, qui aurait épousé son grand-père le prince Dolgorouki, et qui confesse la vérité sur quatre pages rédigées en français. Autre document capital reproduit dans le cahier iconographique : une photo en noir et blanc où Marie et Olga, assure Marc Ferro, posent ensemble à Antibes « en 1957 ou en 1958 ». Mais alors, se dit le lecteur naïf, si Ferro disposait de cette photo et de ce texte, pourquoi n’avoir pas commencé par là : par l’évidence, le concret, l’irréfutable ? Malheureusement, il y a comme un hic. Alexis Durazzo, prince d’Anjou, l’homme qui a confié à l’historien ces documents inestimables, est en réalité un mythomane multirécidiviste, bien connu des tribunaux, et dont on trouvera le pedigree, effectivement cocasse, sur Internet ou dans tous les dictionnaires des imposteurs. Né Alexis Brimeyer, le duc s’était d’abord faire fait passer pour prince de Khevenhuller-Abensberg avant de s’inventer un nouveau pedigree, encore infiniment plus chic – et plus susceptible de séduire les gogos : Alexis d’Anjou-Durazzo-Durassow, puis prince d’Anjou de Bourbon-Condé Romanov Dolgorouky, Volodar d’Ukraine, chef de la Maison Royale d’Anjou. Bref, notre pseudo duc, ou prince, ou petit-fils de tsar, a réussi à faire gober à Ferro les fameux documents malgré ses titres de noblesse de pacotille, son allure d’escroc international, sa réputation sulfureuse et l’absence totale de preuves quant à l’authenticité de ses dires et de ces pièces, la photo pouvant tout aussi bien être celle de ses tantes Brimeyer en villégiature, et la confession, rédigée d’une écriture pataude, être de la main de sa bonne…

Et l’on finit par se demander – comme l’avait d’ailleurs insinué un quotidien londonien en 1990, lorsque Marc Ferro avait pour la première fois avancé cette hypothèse – si l’on ne vient pas de lire, plutôt qu’un essai historique scientifiquement fondé, quelque chose comme un brillant canular.

Marc Ferro, La vérité sur le drame des Romanov (Taillandier)

*Photo : mharrsch

Guns et roses à Moscou : ne tirez pas sur le fleuriste !

Les animaux se divisent en plusieurs catégories : avec ou sans plumes, avec ou sans griffes, avec une bosse ou deux sur le dos, ou aucune, avec des poumons ou des branchies, etc. À l’instar du règne animal, il est très aisé − et utile − de diviser les faits divers en catégories assez précises afin de pouvoir les appréhender plus facilement… Ainsi, on observera qu’un fait divers implique ou non un chasseur ivre ou farceur (auquel cas vous obtenez un accident de chasse) ; si un fait divers est le produit d’un différend musclé entre deux militaires inconciliables devant un débit de boisson doté de la licence IV, il entrera dans la catégorie infiniment poétique des « rixes » entre légionnaires (vous noterez que l’on ne parle jamais, mystérieusement, des rixes qui finissent bien…), etc. Les catégories sont nombreuses au royaume des chiens écrasés ; et le navrant le dispute toujours au cocasse, le métaphysique au gendarmesque, et l’absurde quotidien à la poétique onirique.

Un fait divers de qualité est souvent le résultat du mélange de plusieurs ingrédients. L’infusion est délicate. La chimie de l’actualité générale est délicate. Certaines dépêches semblent cumuler tant de points qu’elles tendent au chef-d’œuvre. Ainsi, l’AFP en a récemment diffusé une délicieuse, titrée : « Un Russe amoureux vole à main armée des bouquets chez un fleuriste. » Certes, on notait il y a quelques lunes, dans la presse, le cas d’un ivrogne déboussolé réclamant, l’arme factice à la main des pizzas aux anchois dans un restaurant bordelais (et pas la caisse !), mais le phénomène reste marginal…
« Un Russe, pistolet à la main, a attaqué une boutique de fleurs, à Moscou, pour voler des roses qu’il a ensuite offertes à sa bien-aimée, a indiqué, vendredi, le quotidien Komsomolskaïa Pravda, citant une source policière. Le jeune homme en état d’ébriété, âgé de 23 ans, a tiré des coups de feu dans la boutique, obligeant le vendeur à lui donner cinq bouquets de roses d’un coût de 10 000 roubles (240 euros), a précisé une porte-parole de la police sur le site du journal. »

Naturellement, c’est mal. Les codes élémentaires et citoyens de la bienséance et du vivre-ensemble sont ébranlés par cette effusion effervescente… L’AFP poursuit, triste : « Il a été arrêté une heure plus tard dans un foyer où logeait sa bien-aimée, dénoncé par le chauffeur de taxi auquel il avait proposé des roses pour payer son trajet. »

La dépêche s’achève gracieusement par cette clé : « La veille, la jeune femme l’avait chassé de chez elle parce qu’il était venu ivre et sans fleurs, écrit le quotidien. Il risque jusqu’à dix ans de prison. »
Pas mieux.
Et toi ?

Roms : il faut choisir son camp !

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La question rom est de retour. En plein creux de la mi-août, disputant à la prière familialiste de Mgr André Vingt-Trois l’honneur d’indigner les belles âmes plumitives de garde pendant les congés d’été. Madame Pulvar, directrice de la rédaction des Inrockuptibles, saisit l’occasion de démontrer combien elle est indépendante de son ministre de compagnon : elle critique vertement les démantèlements de camps sauvages de Roms, et l’expulsion vers leur pays d’origine de ceux d’entre eux qui se trouvent en situation irrégulière. « Cher François, on n’a pas voté pour ça ! », s’étrangle l’ex-chroniqueuse de Laurent Ruquier, qui ne semble pas percevoir que les électeurs de gauche ne sont pas tous ravis de voir se développer les occupations sauvages de terrains privés dans les campagnes et la mendicité, le vol à la tire et les petites arnaques de rues dans nos villes.

Fort du soutien de la grande majorité des élus, de droite comme de gauche, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’a pu faire autrement que poursuivre, la rhétorique en moins, la ligne adoptée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant[access capability= »lire_inedits »]. Le droit français et communautaire est sans équivoque : tout citoyen d’un pays de l’UE qui ne peut justifier, au bout de trois mois de séjour dans un autre pays-membre, de revenus licites lui permettant de vivre décemment, peut faire l’objet d’une mesure d’expulsion vers son pays d’origine. Cela concerne les Finlandais, les Luxembourgeois et les Bavarois autant que les Roumains et Bulgares, roms ou pas. Cependant, les statistiques sont formelles : on expulse mille fois plus de Roms des Balkans que de ressortissants des pays nordiques, et ce serait la preuve de la stigmatisation intolérable dont les premiers seraient les victimes dans la prétendue patrie des droits de l’homme.

À partir de là, la logique binaire peut se mettre en marche : d’un côté les sans-cœur, insensibles à la misère du monde, qui font donner la police et les bulldozers dans les bidonvilles périurbains, et de l’autre les chevaliers blancs de la compassion universelle.
Cela fait pourtant un bail que les sociétés européennes sont confrontées à la présence en leur sein de ces tribus venues d’Inde au XIVe siècle, et qui ont conservé depuis lors une remarquable homogénéité linguistique et culturelle. En butte à l’hostilité des populations sédentaires qui attribuent – parfois à raison – à ces populations nomades toutes sortes de crimes et délits, ces Roms, Tziganes ou Bohémiens sont l’objet de mesures répressives (servage, envoi aux galères) jusqu’à ce que les régimes issus des Lumières tentent de les sédentariser et de les intégrer à la communauté nationale. Dans l’ensemble, c’est un échec, et les divers groupes de Roms maintiennent leur mode de vie et leurs coutumes : nomadisme, endogamie, refus de l’éducation hors du groupe.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, leur survie économique était assurée par les « dividendes du nomadisme », qui leur permettaient de rendre quelques services dans un espace rural demeuré à l’écart des flux de marchandises : savoir-faire spécifiques, comme ceux des rétameurs, rémouleurs et rempailleurs de chaises, amélioration de la qualité génétique du cheptel par l’apport de chevaux venus d’ailleurs…
Dans une France où la majorité des enfants quittait l’École à 12 ans, on ne se préoccupait pas de la scolarisation des enfants de « Bohémiens », et la gestion de ces populations se limitait à sa surveillance policière au moyen du « carnet de circulation », encore en vigueur aujourd’hui.

Le déclin, voire la disparition des petits métiers qui assuraient la survie matérielle des Roms de France, a eu pour conséquences leur paupérisation et la mise en place d’un système de débrouille économique fondé sur la perception des minimas sociaux augmentés de revenus de travaux occasionnels ou saisonniers, la plupart du temps non déclarés. Le grand nomadisme (errance sur des aires géographiques étendues) a fait place au semi-nomadisme (hiver dans une aire de stationnement publique ou privée, printemps et été en déplacement). Certains groupes, enfin, se sont définitivement sédentarisés, sans pour autant abandonner leur structure clanique et tribale.

Face à cette situation, les responsables politiques français de tous bords ont tenté d’appliquer à ces populations les principes républicains, et de mettre à leur disposition les services publics dont bénéficient les autres citoyens français : éducation, santé… À la fin du siècle dernier, un ministre socialiste, Louis Besson, fut à l’initiative d’une loi obligeant les autorités locales à aménager des aires de passage et de stationnement pour les « gens du voyage ». Dans chaque académie, une structure spécifique s’occupe de mettre au point des formules permettant d’adapter la scolarité des enfants au mode de vie des groupes nomades ou semi-nomades. On serait en peine de trouver, dans des pays européens comparables, un tel souci d’adaptation à une réalité anthropologique complexe. Plus que dans les pensums de sociologie bien-pensante qui se plaisent à dénoncer la mise sous surveillance foucaldienne des populations roms par l’État qui surveille et punit, c’est dans les bilans modestes, mais réalistes des acteurs de terrain que l’on peut débusquer la réalité[1. Voir par exemple, le rapport du Centre Académique pour la Scolarisation des Nouveaux Arrivants et enfants du Voyage de l’Académie et du Rectorat de Montpellier.]. Et celle-ci est éloquente : en dépit de l’argent dépensé, de l’ingénierie sociale et pédagogique mise en œuvre, la puissance publique se heurte au roc de l’anthropologie. Les filles continuent à se marier à 15 ans avec des garçons de 17 ans, la promotion par l’École est dévalorisée face à la loi du groupe, ce qui ferme la porte à l’émancipation des individus.

L’arrivée massive de Roms d’Europe orientale a, de surcroît, rendu plus visible une situation que l’État-providence avait réussi à masquer pour ses Roms nationaux, que l’on avait sortis des rues pour les faire passer au guichet du RSA et des allocations familiales. Aujourd’hui, l’Union européenne a lancé un vaste programme visant à l’intégration des Roms dans les sociétés des pays-membres – objectif qui a tout d’un oxymore. Des sommes énormes sont mises à la disposition des pays qui se conformeront aux directives de l’UE dans ce domaine : lutte contre les discriminations, programmes d’éducation et d’intégration etc. Encore faudrait-il que les principaux intéressés comprennent que l’intégration, comme le tango, se pratique à deux : chacun doit y mettre du sien. On en est loin.[/access]

Consignes pour un citoyen responsable

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1. Toujours se garder de bien distinguer entre islamisme et islam. Un fanatique ne peut pas être musulman.

2. Se réjouir de l’explosion démographique en France. Même si vivre, c’est s’exposer à pas mal de déconvenues, participer au redressement moral et industriel de son pays est incroyablement excitant….surtout en période de crise.

3. Ne jamais douter que l’Euro nous sauvera …. dans dix ou vingt ans peut-être. Mais que sans lui nous serions ruinés demain.

4. Un Noir teinté de socialisme est toujours préférable à un Mormon qui a fait fortune dans les affaires.

5. Répéter à l’envi que Jean-François Copé est le fils naturel de Sarkozy et de Marine Le Pen.

6. Cracher sur les riches entrepreneurs qui délocalisent. Délocaliser est un mal. L’exil fiscal un déshonneur. Le peuple français est un grand peuple qui n’a nul besoin des nantis et moins encore des aigrefins de la finance.

7. Même si le monde entier trouvait que le chemin emprunté par la France est ridicule ou suicidaire (ou les deux à la fois), le citoyen français ne doutera pas : le jour viendra où son pays, le pays des Lumières, des droits de l’homme et de l’exception culturelle retrouvera son aura et son rôle précurseur.

Causeur n°52 : A-t-on le droit de critiquer l’islam ?

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Si Stendhal a dicté La Chartreuse de Parme en 52 jours, il nous a fallu un peu moins de temps pour vous offrir le dernier avatar de Causeur, estampillé du même chiffre. Nous pouvons nous enorgueillir d’un nouveau numéro en écho direct avec l’actualité la plus pétaradante : « A-t-on le droit de critiquer l’islam ? », le thème de notre dossier central, est sur toutes les lèvres des médiatiques depuis quelques semaines. Vidéo parodiant la vie de Mahomet, caricatures de Charlie Hebdo, émeutes dans le monde arabo-musulman, attentat, lynchages, appels à la liberté puis à la responsabilité, ou l’inverse : cette spirale donne facilement le tournis, surtout lorsqu’elle se solde par le démantèlement d’une cellule terroriste hexagonale.

Notre marraine laïque Elisabeth Lévy ouvre ce dossier par un reportage photo chez Charlie Hebdo, journal satirique qui a déjà payé son audace à coups de cocktails Molotov et de menaces de mort, mené de main de maître avec la photographe Annie Assouline. Si dans son introduction, notre chère rédactrice en chef se fait l’avocate de la liberté de la presse contre les censeurs calottés, elle ne pose pas moins la question du sacré dans nos sociétés sécularisées. Aujourd’hui, nos tabous s’appellent racisme, -phobies, droits de l’homme, qui sont autant de lignes jaunes à ne pas dépasser, au risque de subir les foudres de farouches inquisiteurs humanistes.
Moins circonspect, Cyril Bennasar soutient mordicus le droit au blasphème comme une liberté chérie des démocraties occidentales. « Mourir pour Charlie » ? Voilà qui défrise le pourtant si bien coiffé Jacques de Guillebon, qui ne l’entend pas de cette oreille : Charb et ses compères dessinateurs ont-ils pensé à la vie de nos otages au Mali et en Somalie avant de monter sur leurs grands chevaux républicains ? Il y a là matière à débat, un mot vénéré entre tous chez Causeur… Au point que certains peuvent, à l’instar du toujours inspirant Bruno Maillé, renvoyer dos à dos identitarismes islamistes et occidentalistes comme des pathologies concurrentes occultant les enjeux essentiels de la modernité capitaliste.
En remontant aux textes bibliques et évangéliques, Paul Thibaud élabore une généalogie religieuse du blasphème qu’il confronte à l’incroyance contemporaine. Le blasphème moderne s’appelle négationnisme, objectent certains ! André Sénik leur réplique que la Shoah est un crime contre l’humanité et non une religion.
Un point de vue que ne répudieraient pas Ghaleb Bencheikh, Pascal Bruckner et André Gerin, tous trois interviewés dans ce dossier. Le premier, islamologue et anthropologue des religions, rappelle que le « blasphème » ne concerne pas les non-musulmans et que Dante n’a pas attendu les pitreries d’un cinéaste américain pour rudoyer Mahomet. Contre l’islam politique, il en appelle à l’esprit d’Averroès et à la réforme dans un monde musulman sclérosé. André Gerin, l’ancien député-maire communiste de Vénissieux, questionné par son frère d’armes Jérôme Leroy, réaffirme le bienfondé du combat contre l’islam politique, là où la plupart de ses camarades cultivent un irénisme si peu marxiste…
Interrogé par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, le philosophe Pascal Bruckner prend le parti des rares voix laïques et dissidentes de l’islam, soulignant au passage le complexe du décolonisé qui s’est emparé des anciens vassaux du califat ottoman, lesquels retournent leur désarroi contre l’Occident.

Après avoir parcouru l’histoire du blasphème au cinéma concoctée par Ludovic Maubreuil, vous pourrez vous prélasser sur nos pages culturelles. Pendant que Jérôme Leroy célèbre la misogynie littéraire d’Olivia Resenterra et de Patrick Gofman, experts ès mégères et « emmerdeuses », Charlotte Liébert-Hellman arpente le terrain pentu du féminisme de Claude Habib. Sans oublier les chroniques mensuelles de Roland Jaccard et François Taillandier, vous vous (re)plongerez dans les relations troubles entre les deux Philippe, Muray et Sollers, qu’ausculte Bruno Maillé dans un bel article en forme d’hommage à ces deux ombres tutélaires, avant de piquer une tête dans la piscine (post-)situationniste.

Repus d’actu ? Gardez-en un peu sous le coude pour découvrir l’ulcération d’un mystérieux parent d’élève, pédagogiste indigné, qui regrette l’arrivée de Jean-Paul Brighelli dans nos colonnes.

Bon, assez causé, commandez ce numéro ou abonnez-vous  et vous échapperez au Bonnet d’Âne de la rédaction !

 

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Traité budgétaire : mettre des noms sur les non

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Ils étaient soixante-dix, dix de moins que dans l’Assemblée de juin 40, hier quand le TSCG fut ratifié à l’Assemblée nationale, à avoir voté non et comme en juin 40, les clivages partisans ont visiblement explosé. C’est vrai qu’il s’agissait juste de décider de la survie, même fantomatique, d’une indépendance nationale et de la liberté de décider de nos futures politiques économiques. Alors, mettons des noms sur les non.

Pour le groupe Socialiste, Républicain et Citoyen, 20 non sur 297
M. Pouria Amirshahi, Mme Marie-Françoise Bechtel, M. Jean-Pierre Blazy, Mmes Fanélie Carrey-Conte, Nathalie Chabanne, MM. Pascal Cherki, Henri Emmanuelli, Mme Linda Gourjade, MM. Jérôme Guedj, Razzy Hammadi, Mathieu Hanotin, Christian Hutin, Mme Chaynesse Khirouni, MM. Jean-Luc Laurent, Christophe Léonard, Michel Pouzol, Mme Marie-Line Reynaud, M. Denys Robiliard, Mme Barbara Romagnan et M. Gérard Sebaoun.

Pour le groupe de l’Union pour un Mouvement Populaire, 17 non sur 195
MM. Julien Aubert, Jean-Claude Bouchet, Jean-Louis Christ, Gérald Darmanin, Jean-Pierre Decool, Lucien Degauchy, Nicolas Dhuicq, Christophe Guilloteau, Patrick Labaune, Lionnel Luca, Damien Meslot, Philippe Meunier, Jacques Myard, Jean-Frédéric Poisson, Christophe Priou, Michel Terrot et Patrice Verchère.

Pour le groupe de l’Union des indépendants, 1 non sur 30
M. François-Xavier Villain.

Pour le groupe écologiste, 12 non sur 17
Mmes Laurence Abeille, Brigitte Allain, Isabelle Attard, M. Denis Baupin, Mme Michèle Bonneton, MM. Sergio Coronado, François-Michel Lambert, Noël Mamère, Mmes Véronique Massonneau, Barbara Pompili, M. François de Rugy et Mme Eva Sas.
Pour le groupe radical, républicain, démocrate et progressiste, O non sur 16

Pour le groupe de la gauche démocrate et républicaine, 13 non sur 15
M. François Asensi, Mme Huguette Bello, M. Alain Bocquet, Mme Marie-George Buffet, MM. Jean-Jacques Candelier, Patrice Carvalho, Gaby Charroux, André Chassaigne, Marc Dolez, Mme Jacqueline Fraysse, MM. Alfred Marie-Jeanne, Jean-Philippe Nilor et Nicolas Sansu.

Pour les non-inscrits, 7 non sur 7
Mme Véronique Besse, MM. Jacques Bompard, Gilbert Collard, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, Mme Marion Maréchal-Le Pen et M. Yannick Moreau.

Dans la peau d’un socialiste noniste

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Bruno Le Roux et le PS pour le traité budgétaire européen

Bruno Le Roux et le PS pour le traité budgétaire européen

Voici la lettre que le président du groupe « socialiste, républicain et citoyen » Bruno Le Roux a envoyé à ses collègues le 3 octobre dernier. Hier, vingt-neuf d’entre eux n’ont pas obtempéré à cette « invitation » soit en votant contre (20) soit en s’abstenant (9). Je ne sais si l’une ou l’un d’entre eux a souhaité répondre à cette missive. Mais j’imagine en revanche ce que moi, dans cette situation, j’aurais écrit en retour.

Monsieur le Président, Cher collègue,

Le 3 octobre dernier, tu as bien voulu m’inviter à me conformer à la discipline de groupe dans le cadre du vote solennel de ratification du Traité Merkozy et de celui de la loi organique qui suivra. Je souhaite t’informer que je ne donnerai pas suite à cette aimable invitation et tiens à t’expliquer pourquoi.
Tout d’abord, le règlement du groupe a beau comporter en son article 17 une règle d’unité, je te rappelle que la constitution de la République, elle, dispose d’un article 27 qui stipule que « tout mandat impératif est nul ». Le fait même de qualifier cette règle d’impérative, comme tu le fais dans ta lettre, est donc frappé d’inconstitutionnalité.

Tu rappelles aussi le besoin de cohérence de la majorité. Au risque de t’étonner, je souscris à cette analyse. J’ai voté contre le Mécanisme Européen de Stabilité ; j’ai fait campagne pour le candidat François Hollande contre le traité négocié par le président sortant ; j’ai mené campagne dans ma circonscription en expliquant que ce traité serait renégocié. Ce dernier n’ayant pas évolué d’une virgule, comme l’a reconnu le Premier Ministre à la télévision, la cohérence m’oblige à refuser de le ratifier. Les débats qui ont eu lieu à l’intérieur du groupe ne m’ont convaincu que d’une chose : pour être plus nombreux, les collègues s’apprêtant à approuver ce texte négocié par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne brillaient pas par leur cohérence.

J’en viens enfin à évoquer ce qui ne figure pas dans ton courrier mais qui m’est donné à comprendre depuis des jours par des allusions de ton entourage ici à l’Assemblée ou des messages ambigus en direction d’élus de mon département. Ainsi mon vote négatif pourrait avoir des conséquences sur mon travail à l’Assemblée nationale -temps de parole réduit, etc…- et sur des projets locaux situés dans ma circonscription qui pourraient être remis en cause. Sache que je ne céderai pas à ce genre de chantage, et que si cela devait être le cas, je ne manquerais pas d’en faire une grande publicité.

Tu l’as compris, la fidélité à mes engagements de campagne et à ceux – pardonne-moi du peu – du Président de la République élu me paraît supérieure aux calculs boutiquiers du groupe auquel j’appartiens. Et cette fidélité se double du souci de l’intérêt national qui doit guider chaque parlementaire lorsqu’il doit se prononcer sur un texte, surtout lorsqu’il s’agit d’un traité international. À l’argument censé culpabiliser les députés socialistes récalcitrants en prétextant que leur vote obligerait le gouvernement à compter sur les voix de la droite, je réponds que ce traité ayant été négocié par cette dernière, il revient aux partisans de l’accord Merkel-Sarkozy- et non à nous autres socialistes – d’approuver sa resucée.

Fidèlement.

*Photo : Richard Ying.

Touche à mon Dieu !

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Adel Abdessemed et son Christ blasphématoire

Adel Abdessemed et son Christ blasphématoire

Les affaires reprennent. Toute occasion est bonne pour parler de l’islam, ou plutôt pour causer des prescriptions de cette religion-de-paix (j’aimerais bien d’ailleurs qu’on finisse par me présenter une religion-de-guerre, ça doit être amusant à regarder) qui décidément sont innombrables. Les Juifs eux-mêmes peuvent aller se rhabiller, et à leur place je serais gravement jaloux. Moïse tout petit joueur, et buisson ardent, Sinaï et tables de la loi ou pas, Mahomet le rétame en cinq secs, sûrement grâce à sa jument volante, en termes de commandements.

Ainsi, avant-hier, on apprenait l’indispensable, c’est-à-dire la distinction entre hijab, tchador, tchadrit, burqa et je ne sais plus trop quoi parce que j’avoue que j’ai dormi au fond de la classe ; hier, c’était prophétologie en cours magistral, où il fallait connaître les morceaux du prophète qu’on a le droit de représenter, de face et de dos et même que Charlie qui l’a dessiné direct en tenue d’Adam a eu zéro. Faut dire qu’il est pas très fort en arts plastiques, Charlie, à sa place je changerais d’UV.
Aujourd’hui, c’était cours de marelle avec versets du Coran : paf, tu tombes sur un caractère arabe sorti de la bouche d’Allah, tu vas tout de suite en enfer, et tu touches pas vingt mille francs. C’était sacrément dur comme exercice parce qu’en plus on ne nous avait pas donné la règle du jeu avant qu’il commence. Comme l’a finement remarqué le camarade Moreau, heureusement qu’un imam sans doute samaritain d’origine passait par là, sans quoi la courbe du chômage des vierges au Paradis aurait atteint des niveaux mitterrandiens. Il a mis tout le monde d’accord et comme c’était l’heure des mamans, on est rentré chez nous. Même l’artiste marocain inventeur du jeu qui a fait semblant d’être un peu déçu, au fond il était bien content que tout le monde se soit entretué au sujet de son œuvre.

Mais moi si j’avais su, j’aurais fait école buissonnière pour aller jouer avec un Algérien plutôt qu’avec un Marocain. L’Algérien, ça fait tout de suite moins dans la dentelle, ça fait pas des manières de sensitives, ça fait pas des pièges du type qui perd gagne ou qui marche meurt. Lui, Adel Abdessemed, il a tout compris : il a fait quatre Christ en fil de fer barbelé, à double lame paraît-il. Bon, il a un peu pompé le Retable d’Issenheim de Grünewald, mais tout de même avec génie. C’est d’ailleurs la seule œuvre de lui qui je trouve réussie, mais ça suffit à le sauver. On peut la voir dans une grande rétrospective que lui consacre Beaubourg. Futé le gars, il a écrit à l’entrée « attention aux arêtes coupantes », et c’est vrai que le Christ ça tranche, et il a intitulé son expo « Je suis innocent », ce qui est de la bonne théologie puisque comme dit le Père Molinié, dans l’histoire c’est Jésus qui est coupable de tout pour tous. Lui, Abdessemed, il est comme vous et moi, il est innocent. Je sais que vous êtes tristes quand je vous dis ça, parce que vous aimez bien être pécheurs, transgresser la morale et tout ça, mais en fait ça vous en touche une sans faire bouger l’autre. Parce que là il y a un homme-barbelé qui a déjà tout anticipé et plus vous faites le malin, plus il est tranchant. La double-lame, c’est pas bête du tout : quand vous croyez vous faire du mal, c’est à lui que vous le faites, et réciproquement. Lui, je l’avoue sans honte, c’est mon dieu à moi, et c’est un dieu qu’on touche. C’est celui à qui on met du parfum sur les pieds puis qu’on essuie avec ses cheveux, c’est celui qu’on fouette et qu’on crucifie, c’est celui qu’on embaume, et celui dans les plaies de qui on met son doigt. Mais pour faire tout ça, comme ça coupe, faut avoir des couilles. Aussi, cher lecteur, si tu es un homme, je te le dis tout de go : touche à mon Dieu !

Ça te reposera de ceux des autres.

*Photo : isobrown.

Boris Johnson est drôle

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Boris Johnson maire de Londres contre François Hollande

Boris Johnson maire de Londres contre François Hollande

Mon Dieu que les Anglais ont de la chance. On savait déjà que les compatriotes de Ray Davies, de Guy Ritchie et des Monty Python nous surclassaient en musique, en cinéma, en humour voire en gastronomie télévisuelle (comparez trente secondes d’émissions de Cyril Lignac et de Jamie Oliver, vous verrez what I mean).

Je ne vous parle même pas de mode masculine, de protection du patrimoine architectural, de fleurissement des centres-villes. Je vous parlerai encore moins du stilton que, perso, je juge supérieur au roquefort –mais après tout notre site n’a-t-il pas pour devise « Surtout si vous n’êtes pas d’accord ».

Mais là où les Anglais ont vraiment de la chance, c’est avec leurs hommes politiques. D’abord, ils sont souvent bien habillés, ce qui doit être manifestement prohibé dans le règlement de notre Assemblée Nationale et ensuite ils sont parfois drôles, et j’entends par là vraiment drôles, donc limite-limite et donc aussi aux antipodes des plaisanteries à deux balles de nos politiciens made in France, tellement nulles, millimétrées et aseptisées qu’on les croirait rédigées dans un atelier clandestin de communicants pakistanais ou, pire encore, par ceux-là même qui les ont lancées.

Tout ça pour dire que l’excellent Boris Johnson, le maire très réac n’roll de Londres, vient encore d’en sortir une bien bonne au congrès du Parti Conservateur à Birmingham. Une fois de plus, c’est la nouvelle fiscalité socialiste qui l’a inspiré –on se souvient de son vibrant appel à l’émigration lancé aux victimes potentielles de l’impôt à 75% de François Hollande. Pour Boris, notre fisc est bien pire que feue la monarchie absolue de droit divin : « Depuis 1789 , a-t-il dit, il n’y a eu jamais une telle tyrannie en France », (“Not since 1789 has there been such tyranny in France”) avant de réitérer son appel aux riches à déserter le territoire fiscal français. Pour ce faire, il a utilisé les premiers mots d’une chanson célèbre, et en VF, de surcroit : «Allons enfants de la patrie ».

D’accord ou pas avec les orientations budgétaires de Jean-Marc Ayrault, avouez que ça a quand même plus d’allure que les diatribes en pilote automatique de Copé, Baroin et autres NKM sur le « matraquage fiscal socialiste ». C’est juré, si un jour, on a les mêmes en France, je vote UMP !

Mais un tel cas de figure étant hautement improbable, je me contenterai de supplier Boris d’écouter ses propres conseils et d’émigrer lui aussi pour venir se présenter en 2014 à la Mairie de Paris. Ça nous éviterait d’avoir à choisir entre l’hilarant François Fillon et la subtile Anne Hidalgo.

*Photo : BackBoris 2012.

Courroye et Van Ruymbeke : d’hier à aujourd’hui

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Courroye et Van Ruymbeke après Sarkozy

Courroye et Van Ruymbeke après Sarkozy

L’actualité judiciaire est extraordinaire. Elle a un sens aigu des contrastes, un art inouï de la composition. Elle met face à face la justice du pouvoir et le pouvoir de la justice.

A un jour près, Philippe Courroye (PC) et Renaud Van Ruymbeke (RVR) ont été confrontés, chacun, à une épreuve difficile.

Le premier a été entendu à Bordeaux par le juge Gentil durant plusieurs heures au sujet de l’affaire Bettencourt, pour déterminer si des pressions ont été exercées par l’Elysée, si des connivences douteuses ont pu exister entre le procureur de Nanterre et l’ancien président de la République.

L’ancien conseiller justice du président Sarkozy, Patrick Ouart, lui-même convoqué, avait, dans la transcription des écoutes clandestines Bettencourt, choqué en violant l’équité entre les parties dont l’une était scandaleusement favorisée, notamment par l’annonce anticipée d’une décision. Le rapport étroit entre P. Ouart et PC, entre Nicolas Sarkozy et le même était évidemment de nature à susciter les plus vives inquiétudes sur le fonctionnement de cette justice-là.

PC a été nommé avocat général à la cour d’appel de Paris. Christiane Taubira a vu sa démarche validée après avoir été contestée par l’intéressé.

« Il est vrai que Courroye téléphonait en direct à Nicolas Sarkozy. Mais il ne recevait pas d’ordre, il devançait ce qu’il pensait être la volonté du président, espérant toujours être nommé procureur général à Paris ». C’est ce qu’affirme un ministre de l’ancien gouvernement (Le Figaro).

La justice du pouvoir. La justice telle qu’elle a été.
D’hier à aujourd’hui, une évolution, un progrès. La similitude chronologique entre ces deux moments forts de la vie judiciaire – PC à Bordeaux, RVR à Paris – pourrait occulter la considérable différence entre ces deux magistrats et la perception qu’on a d’eux.

Le premier, brillant, intelligent, sûr de soi, autarcique n’a été soutenu par personne, il a été désavoué par certains et, pour parler clairement, ses actions et ses abstentions à Nanterre n’ont pas fait honneur, pour certaines, à la magistrature.

Le second, au contraire, passe pour la plupart de ceux qui ont des lumières sur les compétences et l’intégrité des magistrats pour notre plus grand juge d’instruction. Sa force et son intelligence opératoire et efficace lui ont permis, surtout, de maîtriser un pouvoir qui offre une redoutable volupté quand on le laisse se dégrader en abus. Il ne s’est jamais laissé gouverner par la vanité des grandeurs et des mondanités de toutes sortes.

Détesté par notre ancien président qui savait flatter PC, il obtiendra justice, je l’espère, du CSM le 17 octobre.

Mais comment sera la justice de demain ?

*Photo : Kaptain Kobold.

Et Marc Ferro ressuscita la Tsarine Alexandra

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Marc Ferro et les Romanov de Russie

Marc Ferro et les Romanov de Russie

Pendant près d’un siècle, le mystère Anastasia a passionné les historiens, fait sangloter les midinettes et enrichi les éditeurs. Qu’était donc devenue la plus jeune fille du tsar Nicolas II ? Etait-elle morte avec le reste de sa famille, son père, sa mère, ses trois sœurs et son frère le tsarévitch Alexis, assassinée dans les caves sordides de la maison Ipatiev à Ekaterinenburg par une nuit sans lune de juillet 1918 – ou avait-elle réussi à échapper au massacre, comme l’affirmèrent une vingtaine de prétendantes, et plus particulièrement une certaine Mme Anderson, qui se prétendait Anastasia jusqu’à ce que l’analyse ADN de ses restes ne mette un point final à l’affaire. Dans un petit livre au titre sensationnel, La vérité sur le drame des Romanov, l’historien Marc Ferro va encore plus loin : puisqu’il affirme qu’outre Anastasia, c’est l’ensemble des femmes de la famille, la tsarine et ses quatre filles, qui eurent la vie sauve, suite à des tractations secrètes menées entre les chefs bolcheviques soucieux de mettre fin au plus vite à la guerre avec l’Allemagne, et un Kaiser désireux de sauver à tout prix des « parentes allemandes », le Tsarine étant née Alix de Hesse. Le scoop du siècle, en somme, puisque ce que nous dit Ferro, c’est que jusqu’ici, tout le monde s’était trompé- sauf ceux qui avaient trompé les autres. Et les âmes sensibles de se réjouir à cette merveilleuse révélation, validée par un historien de renom : les suppliciées d’Ekaterinenburg s’en seraient finalement tirées indemnes. Malheureusement, la démonstration laisse un peu à désirer.

En premier lieu, elle n’explique pas par quel miracle le silence le plus absolu aurait pu être conservé pendant un siècle sur cette énorme tractation, « le premier échange est-ouest de l’histoire », comme l’appelle Marc Ferro, auquel auraient été mêlés, outre les chancelleries allemandes et soviétiques, l’ensemble des alliés, le royaume d’Espagne et le Vatican. Un secret de cette taille, et aucune fuite, sinon celle de troisièmes couteaux mythomanes ou cacochymes, qui rapportent avoir vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu la tsarine et les grandes duchesses ? Dans une affaire similaire, celle du faux Louis XVII, le plus enflammé de ses défenseurs, Léon Bloy, avait avancé, à la fin du XIXe siècle, une explication paranoïaque globale évoquant un complot de l’ensemble des puissances européennes, lesquelles auraient eu un intérêt vital, quoi que malheureusement inexpliqué, à ce que M. Naundorff, serrurier berlinois, ne monte pas sur le trône de France dont il se prétendait l’héritier légitime. Avec les grandes duchesses, on peut supposer quelque chose du même genre : la vérité est ailleurs, on nous cache tout, on nous dit rien, etc. Mais pourquoi? Quel pouvait être l’enjeu d’un tel silence ?
Deuxième difficulté majeure : pour quelles raisons les principales intéressées elles-mêmes se seraient-elles tues – alors qu’elles auraient été accueillies, dans de nombreux pays d’Europe et d’ailleurs, en saintes, en héroïnes et en martyres ? La seule explication fournie par Ferro paraît un peu maigrelette : elle se borne à évoquer « le traumatisme qu’elles auraient subi, l’insécurité qui régnait dans toute l’Europe centrale en 1919, la peur d’être retrouvées par les bolcheviques » ( qui, selon lui, sont censés les avoirs libérées), « et assassinées comme toute une partie de la famille ».

En somme, elles ont « su demeurer tapies par crainte d’être retrouvées et éliminées ». Tapies, les couardes : et pas pendant quelques mois, ni quelques années ! Non ! Jusqu’à leurs morts respectives, dans les années 1970… Hypothèse hautement crédible, on en conviendra. La seule à avoir rompu la loi du silence, c’est Anastasia : mais Ferro retourne l’argument négatif pour en faire une preuve. Si la soi-disant Anastasia a été désavouée par tous ses oncles, tantes, cousins, proches, dentistes, etc, à l’exception de quelques vagues connaissances (il cite ainsi longuement le cas d’une ancienne danseuse, ex-maîtresse de Nicolas II, qui témoigna en sa faveur à l’âge de 95 ans), c’est qu’on y avait intérêt. Et si l’on y avait intérêt, c’est évidemment parce qu’elle était Anastasia. Enfin, c’est parce qu’elle fut ainsi désavouée que ses sœurs, profitant de la leçon, ont préféré se taire à jamais…

Malgré tout, le ton affirmatif de Marc Ferro, son autorité d’historien et le titre même de son essai forcent les plus sceptiques à s’interroger. Et si, malgré tout, cet énorme scoop était authentique ? Pour avancer quelque chose d’aussi énorme, Ferro possède sans doute des preuves irréfutables, des inédits fracassants tirés des archives ultra secrètes du KGB, qui lui permettent de déchirer avec cet aplomb un voile presque centenaire… Eh bien non. Le point de départ de son affirmation, c’est, raconte-t-t-il, le coup de fil d’une soi-disant « collègue », Marie Stravlo, en réalité journaliste autodidacte en train de préparer le lancement d’un roman historique sur Anastasia , lui affirmant avoir découvert dans les bibliothèques du Vatican – qui depuis Dan Brown ont décidément bon dos -, un manuscrit de la grande duchesse Olga, l’ainée des filles du défunt tsar. Manuscrit qui, malheureusement, n’a été ni expertisé, ni même feuilleté par Ferro. À part cela et une bibliographie vieillie, les seuls documents décisifs sur lesquels s’appuie Ferro lui ont été confiés par Alexis, prince d’Anjou et duc de Durazzo, auteur, il y a quelques années, d’une autobiographie parue chez Fayard, Moi, Alexis, arrière-petit-fils du tsar. Parmi ces pièces capitales, Ferro reproduit le témoignage manuscrit de la grande duchesse Marie, la grand-mère d’Alexis, qui aurait épousé son grand-père le prince Dolgorouki, et qui confesse la vérité sur quatre pages rédigées en français. Autre document capital reproduit dans le cahier iconographique : une photo en noir et blanc où Marie et Olga, assure Marc Ferro, posent ensemble à Antibes « en 1957 ou en 1958 ». Mais alors, se dit le lecteur naïf, si Ferro disposait de cette photo et de ce texte, pourquoi n’avoir pas commencé par là : par l’évidence, le concret, l’irréfutable ? Malheureusement, il y a comme un hic. Alexis Durazzo, prince d’Anjou, l’homme qui a confié à l’historien ces documents inestimables, est en réalité un mythomane multirécidiviste, bien connu des tribunaux, et dont on trouvera le pedigree, effectivement cocasse, sur Internet ou dans tous les dictionnaires des imposteurs. Né Alexis Brimeyer, le duc s’était d’abord faire fait passer pour prince de Khevenhuller-Abensberg avant de s’inventer un nouveau pedigree, encore infiniment plus chic – et plus susceptible de séduire les gogos : Alexis d’Anjou-Durazzo-Durassow, puis prince d’Anjou de Bourbon-Condé Romanov Dolgorouky, Volodar d’Ukraine, chef de la Maison Royale d’Anjou. Bref, notre pseudo duc, ou prince, ou petit-fils de tsar, a réussi à faire gober à Ferro les fameux documents malgré ses titres de noblesse de pacotille, son allure d’escroc international, sa réputation sulfureuse et l’absence totale de preuves quant à l’authenticité de ses dires et de ces pièces, la photo pouvant tout aussi bien être celle de ses tantes Brimeyer en villégiature, et la confession, rédigée d’une écriture pataude, être de la main de sa bonne…

Et l’on finit par se demander – comme l’avait d’ailleurs insinué un quotidien londonien en 1990, lorsque Marc Ferro avait pour la première fois avancé cette hypothèse – si l’on ne vient pas de lire, plutôt qu’un essai historique scientifiquement fondé, quelque chose comme un brillant canular.

Marc Ferro, La vérité sur le drame des Romanov (Taillandier)

*Photo : mharrsch

Guns et roses à Moscou : ne tirez pas sur le fleuriste !

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Les animaux se divisent en plusieurs catégories : avec ou sans plumes, avec ou sans griffes, avec une bosse ou deux sur le dos, ou aucune, avec des poumons ou des branchies, etc. À l’instar du règne animal, il est très aisé − et utile − de diviser les faits divers en catégories assez précises afin de pouvoir les appréhender plus facilement… Ainsi, on observera qu’un fait divers implique ou non un chasseur ivre ou farceur (auquel cas vous obtenez un accident de chasse) ; si un fait divers est le produit d’un différend musclé entre deux militaires inconciliables devant un débit de boisson doté de la licence IV, il entrera dans la catégorie infiniment poétique des « rixes » entre légionnaires (vous noterez que l’on ne parle jamais, mystérieusement, des rixes qui finissent bien…), etc. Les catégories sont nombreuses au royaume des chiens écrasés ; et le navrant le dispute toujours au cocasse, le métaphysique au gendarmesque, et l’absurde quotidien à la poétique onirique.

Un fait divers de qualité est souvent le résultat du mélange de plusieurs ingrédients. L’infusion est délicate. La chimie de l’actualité générale est délicate. Certaines dépêches semblent cumuler tant de points qu’elles tendent au chef-d’œuvre. Ainsi, l’AFP en a récemment diffusé une délicieuse, titrée : « Un Russe amoureux vole à main armée des bouquets chez un fleuriste. » Certes, on notait il y a quelques lunes, dans la presse, le cas d’un ivrogne déboussolé réclamant, l’arme factice à la main des pizzas aux anchois dans un restaurant bordelais (et pas la caisse !), mais le phénomène reste marginal…
« Un Russe, pistolet à la main, a attaqué une boutique de fleurs, à Moscou, pour voler des roses qu’il a ensuite offertes à sa bien-aimée, a indiqué, vendredi, le quotidien Komsomolskaïa Pravda, citant une source policière. Le jeune homme en état d’ébriété, âgé de 23 ans, a tiré des coups de feu dans la boutique, obligeant le vendeur à lui donner cinq bouquets de roses d’un coût de 10 000 roubles (240 euros), a précisé une porte-parole de la police sur le site du journal. »

Naturellement, c’est mal. Les codes élémentaires et citoyens de la bienséance et du vivre-ensemble sont ébranlés par cette effusion effervescente… L’AFP poursuit, triste : « Il a été arrêté une heure plus tard dans un foyer où logeait sa bien-aimée, dénoncé par le chauffeur de taxi auquel il avait proposé des roses pour payer son trajet. »

La dépêche s’achève gracieusement par cette clé : « La veille, la jeune femme l’avait chassé de chez elle parce qu’il était venu ivre et sans fleurs, écrit le quotidien. Il risque jusqu’à dix ans de prison. »
Pas mieux.
Et toi ?

Roms : il faut choisir son camp !

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La question rom est de retour. En plein creux de la mi-août, disputant à la prière familialiste de Mgr André Vingt-Trois l’honneur d’indigner les belles âmes plumitives de garde pendant les congés d’été. Madame Pulvar, directrice de la rédaction des Inrockuptibles, saisit l’occasion de démontrer combien elle est indépendante de son ministre de compagnon : elle critique vertement les démantèlements de camps sauvages de Roms, et l’expulsion vers leur pays d’origine de ceux d’entre eux qui se trouvent en situation irrégulière. « Cher François, on n’a pas voté pour ça ! », s’étrangle l’ex-chroniqueuse de Laurent Ruquier, qui ne semble pas percevoir que les électeurs de gauche ne sont pas tous ravis de voir se développer les occupations sauvages de terrains privés dans les campagnes et la mendicité, le vol à la tire et les petites arnaques de rues dans nos villes.

Fort du soutien de la grande majorité des élus, de droite comme de gauche, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’a pu faire autrement que poursuivre, la rhétorique en moins, la ligne adoptée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant[access capability= »lire_inedits »]. Le droit français et communautaire est sans équivoque : tout citoyen d’un pays de l’UE qui ne peut justifier, au bout de trois mois de séjour dans un autre pays-membre, de revenus licites lui permettant de vivre décemment, peut faire l’objet d’une mesure d’expulsion vers son pays d’origine. Cela concerne les Finlandais, les Luxembourgeois et les Bavarois autant que les Roumains et Bulgares, roms ou pas. Cependant, les statistiques sont formelles : on expulse mille fois plus de Roms des Balkans que de ressortissants des pays nordiques, et ce serait la preuve de la stigmatisation intolérable dont les premiers seraient les victimes dans la prétendue patrie des droits de l’homme.

À partir de là, la logique binaire peut se mettre en marche : d’un côté les sans-cœur, insensibles à la misère du monde, qui font donner la police et les bulldozers dans les bidonvilles périurbains, et de l’autre les chevaliers blancs de la compassion universelle.
Cela fait pourtant un bail que les sociétés européennes sont confrontées à la présence en leur sein de ces tribus venues d’Inde au XIVe siècle, et qui ont conservé depuis lors une remarquable homogénéité linguistique et culturelle. En butte à l’hostilité des populations sédentaires qui attribuent – parfois à raison – à ces populations nomades toutes sortes de crimes et délits, ces Roms, Tziganes ou Bohémiens sont l’objet de mesures répressives (servage, envoi aux galères) jusqu’à ce que les régimes issus des Lumières tentent de les sédentariser et de les intégrer à la communauté nationale. Dans l’ensemble, c’est un échec, et les divers groupes de Roms maintiennent leur mode de vie et leurs coutumes : nomadisme, endogamie, refus de l’éducation hors du groupe.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, leur survie économique était assurée par les « dividendes du nomadisme », qui leur permettaient de rendre quelques services dans un espace rural demeuré à l’écart des flux de marchandises : savoir-faire spécifiques, comme ceux des rétameurs, rémouleurs et rempailleurs de chaises, amélioration de la qualité génétique du cheptel par l’apport de chevaux venus d’ailleurs…
Dans une France où la majorité des enfants quittait l’École à 12 ans, on ne se préoccupait pas de la scolarisation des enfants de « Bohémiens », et la gestion de ces populations se limitait à sa surveillance policière au moyen du « carnet de circulation », encore en vigueur aujourd’hui.

Le déclin, voire la disparition des petits métiers qui assuraient la survie matérielle des Roms de France, a eu pour conséquences leur paupérisation et la mise en place d’un système de débrouille économique fondé sur la perception des minimas sociaux augmentés de revenus de travaux occasionnels ou saisonniers, la plupart du temps non déclarés. Le grand nomadisme (errance sur des aires géographiques étendues) a fait place au semi-nomadisme (hiver dans une aire de stationnement publique ou privée, printemps et été en déplacement). Certains groupes, enfin, se sont définitivement sédentarisés, sans pour autant abandonner leur structure clanique et tribale.

Face à cette situation, les responsables politiques français de tous bords ont tenté d’appliquer à ces populations les principes républicains, et de mettre à leur disposition les services publics dont bénéficient les autres citoyens français : éducation, santé… À la fin du siècle dernier, un ministre socialiste, Louis Besson, fut à l’initiative d’une loi obligeant les autorités locales à aménager des aires de passage et de stationnement pour les « gens du voyage ». Dans chaque académie, une structure spécifique s’occupe de mettre au point des formules permettant d’adapter la scolarité des enfants au mode de vie des groupes nomades ou semi-nomades. On serait en peine de trouver, dans des pays européens comparables, un tel souci d’adaptation à une réalité anthropologique complexe. Plus que dans les pensums de sociologie bien-pensante qui se plaisent à dénoncer la mise sous surveillance foucaldienne des populations roms par l’État qui surveille et punit, c’est dans les bilans modestes, mais réalistes des acteurs de terrain que l’on peut débusquer la réalité[1. Voir par exemple, le rapport du Centre Académique pour la Scolarisation des Nouveaux Arrivants et enfants du Voyage de l’Académie et du Rectorat de Montpellier.]. Et celle-ci est éloquente : en dépit de l’argent dépensé, de l’ingénierie sociale et pédagogique mise en œuvre, la puissance publique se heurte au roc de l’anthropologie. Les filles continuent à se marier à 15 ans avec des garçons de 17 ans, la promotion par l’École est dévalorisée face à la loi du groupe, ce qui ferme la porte à l’émancipation des individus.

L’arrivée massive de Roms d’Europe orientale a, de surcroît, rendu plus visible une situation que l’État-providence avait réussi à masquer pour ses Roms nationaux, que l’on avait sortis des rues pour les faire passer au guichet du RSA et des allocations familiales. Aujourd’hui, l’Union européenne a lancé un vaste programme visant à l’intégration des Roms dans les sociétés des pays-membres – objectif qui a tout d’un oxymore. Des sommes énormes sont mises à la disposition des pays qui se conformeront aux directives de l’UE dans ce domaine : lutte contre les discriminations, programmes d’éducation et d’intégration etc. Encore faudrait-il que les principaux intéressés comprennent que l’intégration, comme le tango, se pratique à deux : chacun doit y mettre du sien. On en est loin.[/access]

Consignes pour un citoyen responsable

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1. Toujours se garder de bien distinguer entre islamisme et islam. Un fanatique ne peut pas être musulman.

2. Se réjouir de l’explosion démographique en France. Même si vivre, c’est s’exposer à pas mal de déconvenues, participer au redressement moral et industriel de son pays est incroyablement excitant….surtout en période de crise.

3. Ne jamais douter que l’Euro nous sauvera …. dans dix ou vingt ans peut-être. Mais que sans lui nous serions ruinés demain.

4. Un Noir teinté de socialisme est toujours préférable à un Mormon qui a fait fortune dans les affaires.

5. Répéter à l’envi que Jean-François Copé est le fils naturel de Sarkozy et de Marine Le Pen.

6. Cracher sur les riches entrepreneurs qui délocalisent. Délocaliser est un mal. L’exil fiscal un déshonneur. Le peuple français est un grand peuple qui n’a nul besoin des nantis et moins encore des aigrefins de la finance.

7. Même si le monde entier trouvait que le chemin emprunté par la France est ridicule ou suicidaire (ou les deux à la fois), le citoyen français ne doutera pas : le jour viendra où son pays, le pays des Lumières, des droits de l’homme et de l’exception culturelle retrouvera son aura et son rôle précurseur.