Julian Assange, l’homme qui révèle les secrets diplomatiques plus vite que son ombre, est donc enfin à l’ombre dans la prison de Wandsworth, après avoir passé quelques mois dans le Kent sans être le moins du monde inquiété. Scotland Yard ayant eu d’étranges pannes de GPS et les pires difficultés à le localiser, il a d’ailleurs dû se rendre lui-même. On peut supposer que sans ça, il courrait toujours, au grand dam des Américains qui le balanceraient volontiers au bout d’une corde. Légèrement agacés par les fiches pour le moins condescendantes concernant leur pays, les Brits n’auraient-ils pas été saisis d’une subite attaque de langueur ankylosant leur zèle atlantiste ? Special relationship, vous avez dit special relationship ?

Du coup, que faire de cet encombrant bébé ? Il devrait logiquement profiter de la très protectrice Common law britannique. Appuyée sur ses deux arc-boutants, l’Habeas corpus et le Human rights act de Tony Blair, la procédure pénale du royaume a la réputation de protéger le délinquant plutôt que la veuve et l’orphelin, et de faire la bonne fortune des cabinets d’avocats. On se souvient avec un certain agacement que la France a attendu dix ans avant que les magistrats anglais n’acceptent de livrer le financier du GIA Rachid Ramda, au prétexte qu’il ne bénéficierait pas chez nous d’un procès équitable.

Mais les Américains le veulent à tout prix et ont plus d’un tour dans leur sac. Les Brits renâclent ? C’est la Suède qui exhume de bien opportunes allégations de viol (ou plutôt de « sexe sans capote », étrange incrimination locale) remontant au mois d’août dernier. Elle demande une extradition qu’il sera bien difficile de refuser à un pays européen. On évitera, par discrétion, de se demander pourquoi les Scandinaves sont soudain si dévoués. On touche là au vrai niveau top secret. Celui que précisément le petit génie des fuites n’a pas pu atteindre.

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