Vous voulez une ville propre ? Vous aurez mieux encore, une ville épurée, nue et virginale à la fois, après que le dernier centimètre carré d’espace publicitaire aura été éliminé de sa surface. Sans prendre trop de risques, on peut affirmer qu’il s’agit là d’un souhait cher à la majeure partie des citadins, sinon d’une nouvelle utopie. Affranchis de la violence générée par les procédés publicitaires – pollution visuelle, incitation à la surconsommation et au conformisme, gaspillage –, nous redeviendrions tous des citoyens responsables, créatifs et généreux. Des associations telles que « Paysages de France », qui dénonce « le décor de la barbarie » dans lequel nous sommes forcés de vivre, ou « Résistance à l’agression publicitaire », qui n’hésite pas à mettre sur le dos des publicitaires l’augmentation des inégalités ou l’explosion de l’obésité, en sont persuadées. Peut-être ne se trompent-elles pas complètement.

Certes, c’est un peu exagéré. Certes, il y a des luttes plus urgentes à mener. Mais nous aurions tort de négliger l’avertissement de Philippe Val : « La laideur anesthésie l’intelligence, étouffe insidieusement la joie de vivre, pourrit lentement nos facultés d’émerveillement, nous transforme en carpettes intellectuelles… » Dans son rapport à l’Assemblée générale de 2014, l’ONU renchérit sur cet avis. Les pays membres y sont mis en garde contre « les obstacles que la publicité et les pratiques de marketing soulèvent pour la jouissance des droits culturels, en particulier le droit à l’éducation, le droit à la liberté artistique, le droit de jouir et d’avoir accès au patrimoine culturel et le droit de choisir son mode de vie ». Reste que, là où il a été expérimenté, le bannissement de la publicité extérieure n’a pas suffi à régler les déséquilibres de l’espace public.

*Photo : Humbert

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Paulina Dalmayer
est journaliste et travaille dans l'édition.
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