Philiuppe Martinez, fin 2015, au siège de la CGT (Photo : SIPA.00727191_000010)

Comme je carbure plutôt à la lecture qu’à l’essence, ce mot étant au sens non platonicien du terme, je me dirige à pied vers mon kiosque habituel où deux vendeurs m’annoncent qu’il y a grève pour tous les quotidiens. Hilares, ils précisent : « Sauf l’Humanité ». Ils ont bien compris que ce n’est pas une pure coïncidence…

Mais en rentrant chez moi pour lire les journaux sur mon ordinateur, je vois ce qu’en dit la presse qui n’est-pas l’Huma. Je tombe sur ce communiqué du Monde :

« En raison d’un mouvement de grève dans notre imprimerie parisienne et dans nos centres de distribution, à la suite du refus du Monde de publier un communiqué de la CGT, notre édition papier ne paraîtra pas dans la plupart de nos points de vente, ce jeudi 26 mai. C’est également le cas des autres quotidiens nationaux français, à l’exception de L’Humanité, qui a accepté de publier ce texte.

Le Syndicat de la presse quotidienne nationale rappelle que “pour la troisième fois au cours de ces 2 derniers mois, la CGT bloque l’impression et la distribution des quotidiens nationaux”. Les journaux n’étaient déjà pas parus le 31 mars et le 28 avril. Ils pourront être lus sur les sites Internet des titres, rappelle le SPQN.

Sur France Inter, le secrétaire général du syndicat CGT du Livre, Didier Lourdez, a affirmé que son syndicat n’avait “ni exigence ni diktat”. Il a cependant reconnu que son syndicat avait “proposé à tous les quotidiens de donner une expression à Philippe Martinez” ».

J’avoue que mon premier réflexe a été d’insulter in petto ces salauds qui décident que la liberté de la presse s’arrête à ceux qui ne publient pas leurs appels. « Ni exigence ni diktat » ? Voilà des éléments de langage qui signifient en clair : « Vous n’aviez qu’à faire ce qu’on veut (nous la CGT, nous le peuple), et vous êtes donc les seuls responsables de cette grève des journaux. » CQFD.

Mais j’ai a beau être un anticommuniste primaire, je m’efforce parfois de dépasser mes réflexes. Et je me suis dit, plus raisonnablement, que si l’Huma pouvait paraître malgré un mouvement de grève, c’est qu’elle n’avait qu’à publier un fac-similé de n’importe quel numéro paru depuis des décennies.

D’ailleurs, si par hasard Martinez devait in fine manger son chapeau, il n’aura qu’à re-publier tel quel le numéro de l’Huma dans lequel, en juin 1936, Thorez lança son fameux appel : « Il faut savoir terminer une grève. » Il faut savoir arrêter un blocage, surtout quand les manifs de masse sont d’une absence d’ampleur inégalée.

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est professeur agrégé de philosophie.
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