Causeur. Au premier tour des départementales, le FN a recueilli 25 % des voix. « Pas de vague FN », en ont conclu les commentateurs (qui se seraient étranglés pour deux fois moins il y a dix ans). N’empêche, vos militants se voyaient à 30 % et, en vous autoproclamant « premier parti de France », vous avez offert à vos adversaires un excellent argumentaire. Regrettez-vous cette affiche et avez-vous été déçue par votre score ?

Marine Le Pen. Mais ce ne sont pas nos militants qui parlaient de 30, voire 32 %, ce sont les instituts de sondage et les médias ! On aurait voulu démobiliser notre électorat qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Et pour une fois, voyez-vous, je suis d’accord avec les commentateurs : passer d’un conseiller général sortant à 1 100 seconds tours, avoir des élus dès le premier tour au scrutin majoritaire, progresser de manière spectaculaire dans des élections locales où nous partions avec un handicap évident, améliorer notre score des européennes, ils ont raison, ce n’est pas une vague: c’est un tsunami !

Quant au « premier parti de France », nous le sommes toujours ! Puisque ce n’est pas un parti mais trois associés qui arrivent devant nous : UMP/ UDI et Modem. L’infographie publiée par le ministère de l’Intérieur est sans appel.

Avant les élections, vous étiez convaincue que la stratégie de dramatisation de Valls vous servait et que la diabolisation ne marchait plus. En êtes-vous toujours certaine ? N’a-t-il pas réussi à effrayer certains électeurs ?

Pensez-vous sérieusement que le spectacle hystérique, insultant et provocateur qu’a donné Manuel Valls pendant la campagne ait pu convaincre des électeurs tentés par le FN de reporter leur vote sur le PS ou l’UMP ? Manuel Valls emploie une rhétorique du passé parce qu’il est incapable de maîtriser et même de comprendre ce qui se produit aujourd’hui. Je crois que ses outrances, indignes d’un Premier ministre, ont poussé notre électorat à se mobiliser. Ce qui nous sert, c’est que Manuel Valls m’accorde la place qui est la mienne de premier opposant au gouvernement.

*Photo : Hannah.