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Les plages de Sophie

Les plages de Sophie
L'île d'Ouessant (29) Unsplash

Aujourd’hui, la Bretagne…


La Bretagne, cette terre à la fois furieuse et amicale, est pour moi, lointaine et proche. Lointaine car je suis une femme du Sud, et proche car coule une moitié de sang breton dans les veines de ma fille. De la Bretagne, j’aime avant tout les îles. « Belle île en mer, Marie Galante, Ouessant, Vierge des mers », la jolie scie de Laurent Voulzy m’est bien évidemment venue en tête.  Ce n’est pas de la trop domestiquée et gauche caviar Belle-Ile dont je voudrais vous parler, mais de Ouessant. Ouessant c’est vraiment le bout du monde. Après, il n’y a plus rien. «Qui voit Ouessant voit son sang, qui voit Groix voit sa croix », rappelle le dicton.

Pour tout vous dire, je n’y ai passé qu’une semaine, il y a pile vingt ans, avec le futur père de ma fille. Mes souvenirs sont donc assez imprécis. Mais, je me sens chez moi sur les îles. Au milieu de tout et de rien, en sécurité ou en insécurité, et en partance : « C’est l’eau qui vous sépare, et vous laisse à part », comme le chante Voulzy.

Une atmosphère à la Pascal Thomas

Il a fait très beau pendant notre séjour à Ouessant. En Bretagne, il ne pleut que sur les cons, c’est bien connu. Il y régnait une atmosphère de films de Pascal Thomas : nous faisions du vélo, buvions beaucoup d’apéros avec des Parisiens qui avaient des discussions de Parisiens. Mais, comme je ne fais jamais les choses à moitié, je me suis totalement imprégnée de l’ambiance celtique. Jusqu’à participer à un fest-noz et à en revenir ivre, à vélo (sans tomber, miracle de l’alcool). Je me souviens, vaguement, d’une soirée passée à chanter des chansons de marins, des vraies, pas celles d’Hughes Aufray. Nous avions même visité une des dernières maisons en terre battue. Existe-t-elle encore ?

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Des plages, il ne me reste également qu’un vague souvenir. Il y a beaucoup de petites criques en Bretagne, difficiles d’accès, où l’on croise quelques vrais amateurs de solitude. Mais, du coup, même si ce n’est pas Saint-Trop, on cesse de se croire seul au monde au milieu de nulle part une fois que l’on pose sa serviette. Ce que j’aime le plus, c’est prendre le bateau. Même pendant une traversée qui dure une demi-heure, tout le monde retrouve plus ou moins l’impression enfantine de vivre une aventure de corsaire, d’être Surcouf. Même si de la traversée qui nous a ramenés à Brest, je me souviens surtout d’une féroce gueule de bois.

Cette chronique va me faire passer pour alcoolique, mais je n’ai fait que respecter les coutumes locales…

Perros-Guirec, son club Mickey et sa Vierge Marie

Quelques années après, lorsque ma fille était petite, il y eut Perros-Guirec, dans les Côtes d’Armor. C’est beaucoup plus doux, sa fameuse côte de granit rose et son sentier des douaniers, son casino, sa thalasso, sa grande plage de sable fin, où il se met à pleuvoir, comme ça, sans prévenir. Finalement, en Bretagne, il ne pleut pas que sur les cons. Mais c’est aussi et surtout pour moi, la petite enfance de ma fille : le manège de chevaux de bois, devant lequel nous attendions patiemment en faisant des signes de la main, le club Mickey sur la plage et ses trampolines. La nostalgie camarade, pour paraphraser Gainsbourg.

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La Bretagne, au-delà du folklore celte, reste une terre profondément catholique : la Vierge Marie y est une star que l’on trouve dans chaque village. Comme au Mexique, cette adoration se mélange au paganisme : même les pires mécréants sont impressionnés par les Pardons du 15 août, comme dans le Tristan Corbière des Amours Jaunes : « Sainte est la chapelle sauvage/De Sainte-Anne de la Palud. » Je voyais cela comme un spectacle, un défilé paisible et coloré empreint de spiritualité, même si je disais à ma fille de ne pas croire à ces bêtises. Incorrigible que je suis! J’étais vraiment émue, cependant, par cette parenthèse hors du temps et rassurante…


Voilà, c’était ma dernière chronique estivale, un peu plus foutraque que les autres, celle-ci. « Les plages de Sophie », cela me permet de paraphraser Varda et ses plages d’Agnès : « Si on ouvrait des gens, on y trouverait des paysages, si on m’ouvrait moi, on trouverait des plages. »

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