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Les néocons, ça ose tout…

Les néocons, ça ose tout…

point zemmour polony
« Néo », moi ? Jamais !

Jeudi 28 novembre

Donc le dossier consacré par Le Point aux « néocons » sucite l’ire de mon ami David Desgouilles, indigné par un tel confusionnisme intellectuel. De fait, l’expression semble particulière- ment mal choisie : même et surtout assortie de la mention « à la française », elle fait référence à un courant de pensée américain qui n’a rien à voir avec la « nébuleuse» décrite par l’hebdo – sauf que pour l’essentiel, c’est le contraire.[access capability=”lire_inedits”]

Le journal de FOG a d’ailleurs l’honnêteté de reconnaître lui-même le caractère controuvé de cette filiation – même si c’est dans un mini-encadré tout entortillé, perdu au milieu d’un épais dossier.

Remets-toi, cher David, d’une alarme si chaude ! Un tel embrouillamini ne peut être que volontaire. Ce taquin de Giesbert aura choisi ce titre tout exprès pour son ambiguïté, résumant ainsi au passage ce qu’il pense de ses adversaires… « Néo » peut-être, mais cons à coup sûr, ces fêlés de tous bords qui s’accrochent encore à la France, cette branche morte – au risque d’aggraver la dette et de « laisser filer les déficits »…

De toute façon, pour la plupart des lecteurs, la référence américaine est aussi inconnue que le concept est flou. J’en veux pour preuve le didactisme de cette « une » : le (gros) mot y est encadré d’un avenant programmatique (« Ils détestent l’Europe, le libéralisme et la mondialisation ») et de deux sous-titres explicatifs sur ces « nouveaux conservateurs » et leur « idéologie du repli ». À l’usage des mal-comprenants, l’ensemble est même illustré par une photo de plage représentant, à côté d’un seau et d’une pelle, un magnifique château de sable surmonté du drapeau tricolore – avant qu’il ne soit recouvert par l’inéluctable vague…

On ne saurait mieux le suggérer d’emblée : ces néocons-là n’ont pas besoin de guillemets ! Ce sont au mieux de grands enfants, sinon des attardés, voire des fous dangereux…

Propagande sparkiste

Mercredi 4 décembre

Ce soir, comme prévu, je suis allé voir Sparks à l’Alhambra ; mais malgré mes recommandations (cf. n° 7), je ne vous y ai pas vus ! Heureusement, c’est la cheffe en personne qui a sauvé l’honneur de Causeur. Non seulement elle y était, mais elle n’en est pas revenue : « Mon meilleur concert depuis vingt-cinq ans ! » s’est-elle exclamée à la sortie. Aussitôt, j’ai imaginé la jeune Élisabeth en perf ’, en plein headbanging dans la fosse devant Black Sabbath…

Toujours est-il que, ce soir, son émotion fut partagée par les sparksistes néophytes de la bande à Jalons – avant qu’une cellule d’aide psychologique ne se mette en place dans le bar d’à côté. Même moi, en tant que fan, j’ai redécouvert à cette occasion plusieurs chansons, à commencer par le tube métaphysique Those mysteries :

« Why is there you ? Why is there me ?

Why does my mother kiss my father

occasionnally ?

And why is there France ? And why is

there Spain ?

And why am I here and why is there

rain ? […] »

Rien que des « vraies questions », comme on dit aujourd’hui.

Le Point avait raison !

Jeudi  5 décembre

Après relecture, vois-tu David, tout ça n’est pas si grave ! Là où tu as raison à coup sûr, c’est que Franz s’est payé notre tête. Et alors ? Nos idées lui paraissent chimé- riques, et inversement. On est toujours l’utopiste de quelqu’un, comme dirait Gaspard Proust : « Mais chut, attention, Bambi traverse la salle… »

Et puis, tout revers a sa médaille : avec sa malignité légendaire, ce petit diable porte pierre ! Même à coups d’ironie manichéenne, son dossier a le mérite de poser dans les bons termes un débat essentiel : Sommes-nous encore en France, ou déjà dans l’after dont il rêve ?

Honneur à FOG qui, au moins, met les choses au clair. L’alternative à l’« idéologie du repli » ici décortiquée par ses services, c’est bel et bien l’« ouverture » au libéralisme euro-mondialiste, en attendant d’être galactique.

Sur cet avenir radieux, le lecteur n’apprendra d’ailleurs rien de précis, qu’il est obligatoire. Mais bon, personne n’est forcé d’y croire et, face aux enjeux d’aujourd’hui, ce clivage est quand même plus pertinent que l’antique berceuse gauche- droite qu’on nous chante encore pour nous endormir.

Accessoirement, ça change de ces procès en sorcellerie saisonniers contre les « nouveaux réacs » et autres « néofachos » qui sont devenus les marronniers de la bonne presse, Obs en tête.

Là au moins, toi et moi, David, on n’est que des cons parmi d’autres, ce qui constitue en soi un progrès dialectique. Dans cette rafle ludique où, par la grâce de FOG, nous voilà embarqués, se côtoient également Dupont-Aignan, Montebourg et Zemmour, Régis Debray et Patrick Buisson, Marine Le Pen et même Yves Cochet. À part ce dernier[1. Qui doit aussi être le premier à se demander ce qu’il fout là….] , Giesbert a raison : chacun à sa façon, tous ces gens-là ont en commun de refuser gaulliennement la fatalité du « déclin français », pourtant inéluctable comme son nom l’indique.

Même Todd est épinglé pour son impardonnable phrase, proférée dans « Mots Croisés » en janvier 2013 et qui lui vaut un inter de la taille d’une huître pied-de-cheval : « Marine Le Pen ne dit que des choses économiquement vraisemblables », avait-il osé en présence de l’intéressée – non sans prendre ses distances par ailleurs, à commencer par un iloiement peu courant sur les plateaux télé.

Un peu partout, on lui reproche cette saillie, ce qui ne l’empêchera pas d’en remettre une couche dans la même émission en décembre face, entre autres, à Philippot. Après avoir protesté de sa bonne foi antifasciste – que nul par ailleurs n’ose mettre ouvertement en doute – Emmanuel tient sur l’Europe et l’euro des propos convergents avec ceux de Florian. Quatre mains, deux pianos, mais une seule partition : l’Europe des nations !

« Les mêmes économistes hostiles à l’euro inspirent de l’extrême gauche à l’extrême droite », s’alarme Le Point. Le pire, c’est que ce rapprochement contre nature se fait sur la base d’un recroquevillement frileux, et illusoire en plus.

Bien sûr, on comprend que ce retour de la momie « néodéroulédienne » puisse inquiéter, surtout du côté de chez FOG, ce James Bond de la pensée pour qui déjà « le monde ne suffit pas ». Mais ne soyons pas trop pressés non plus… Sans doute ne s’agit-il là que d’un hoquet de l’Histoire – voire carrément d’une ruse de la Raison.

L’adaptation des esprits aux charmes du Nouvel Ordre mondial doit se faire à son rythme, comme toute évolution, demandez à Darwin ! Même avant le Français, déjà, le futur être humain avait mis longtemps à perdre complètement sa queue.

Où y’a de la gégène

Vendredi 6 décembre

« Mort de Paul Aussaresses, tortionnaire en Algérie », titrait en une Le Monde d’hier soir. Résumer ainsi, plus d’un demi-siècle après les faits, quatre-vingt-quinze ans de vie dont trente-cinq en tant qu’officier au service de la France, c’est un peu léger. Et pourquoi pas « Mort de Mandela, meneur de la branche armée de l’ANC » ?

Auparavant, personne n’avait songé à rien reprocher à l’oncle Paul. Engagé à 25 ans dans les services spéciaux de la France libre, il avait fait ce que l’on appelait alors une « guerre exemplaire ». Et même quand, quinze ans plus tard, il avait participé à la bataille d’Alger sous les ordres de Massu, personne n’avait moufté.

« On ne savait pas », direz- vous. Allons donc ! Aussaresses était toujours dans le « renseignement », et nul n’ignore ce que cette litote veut dire, depuis les brodequins médiévaux jusqu’à Guantanamo. Un peu comme pour le cancer de Mitterrand : dans les « milieux autorisés », tout le monde était au courant depuis longtemps, mais personne ne s’est risqué à le dire publiquement du vivant du président. Même après sa mort, le livre du Dr Gubler sera interdit, et son auteur déchu de la Légion d’honneur et du Mérite.

Quelle mouche a donc piqué Aussaresses de rouvrir ce vieux dossier ? Pour que tout le monde lui tourne le dos, il aura suffi qu’il « parle » à son tour… Et il n’avait même pas l’excuse d’avoir été torturé !

Début de gâtisme, alors ? Toujours est-il qu’en novembre 2000, ce vieillard, à la retraite depuis vingt-deux ans déjà, a jugé utile d’aller se confier au Monde, avant de publier l’année suivante un bouquin étayant ses dires.

La sanction n’a pas tardé : « Horrifié par ces révélations », le sous-lieutenant Chirac lui a confisqué sa Légion d’honneur, tandis que la justice saisissait le livre et poursuivait l’auteur pour « apologie de crimes de guerre ».

Le Monde, encore tout fier de son « scoop » d’il y a treize ans, est le seul journal à consacrer une pleine page à la disparition du général. Et de nous révéler que, jusqu’à sa mort, Paul Aussaresses n’aura pas compris ce qui lui était arrivé : « On me condamne non pas pour ce que j’ai fait, mais pour ce que j’ai dit », se plaignait-il comme d’une injustice… Pour être tortionnaire, on n’en est pas moins naïf !

Êtes-vous plutôt Charles de Gaulle ou Eric Besson ?

Lundi 9 décembre

Plus j’y pense, plus je trouve heuristique[2. Au sens de Bruno Maillé, avec ou sans « h ».]  le clivage d’avenir suggéré par FOG : souverainistes attardés contre libéraux mondialistes, « néocons » contre « pensée zéro », selon l’heureuse expression d’Emmanuel Todd.

Ça vaudra toujours mieux que la cadence droite-gauche au rythme de laquelle on nous fait marcher. À titre personnel, comme tous les gens de droite, ce clivage m’a toujours gonflé ; plus précisément depuis que j’ai appris que, volens nolens, « j’en étais ».

Mais le problème dépasse largement ma personne, modeste ou pas. Si notre classe politique s’accroche à une classification qui ne rend plus compte de grand-chose, c’est par instinct de survie. Après tout, elle en est issue et, comme dit le proverbe, « On sait ce qu’on perd mais on sait pas ce qu’on trouve… ».

Imaginez un instant une recomposition du paysage politique français selon les fantasmes du Point : ouverts contre « repliés », passéistes contre futurologues, tricolores contre citoyens du monde… Dans l’état actuel de l’esprit public, qui serait sûr d’être réélu – et a fortiori élu ? Sans compter que tout ça chamboulerait le régime des partis, pardon, la « démocratie représentative », au risque de nous ramener aux heures les plus noires du césarisme gaullien.

Par bonheur, pour l’instant, ce cauchemar nous est épargné : il ne hante que le cerveau de FOG. N’empêche que la vigilance reste de mise, dans un climat de désarroi propice à l’autoproclamation de n’importe quel « homme providentiel » à la de Gaulle, « duce, führer, caudillo, conducator, guide[3. François Mitterrand, Le Coup d’État permanent (1964).] ».

Songez seulement qu’à la place de Chirac en 2005, après l’échec du référendum sur le traité constitutionnel européen, un démagogue de cette trempe n’aurait pas hésité à démissionner, au lieu de passer par la fenêtre parlementaire comme tout le monde ! Comment gouverner dans ces conditions, je vous le demande ?

Pourtant, gouverner ce pays aujourd’hui, c’est quand même plus simple qu’avant. Plus question de « choisir », comme disait Mendès France, puisque de toute façon nous n’avons plus le choix. Il s’agit juste d’occuper la place et, en échange, de faire le job.

La course au pouvoir, c’est-à-dire à ses apparences, reste l’unique motivation des canards décapités qui, par ailleurs, font mine de nous gouverner. N’était cette déplorable mutilation, notre classe politique pourrait même caqueter en chœur : « Nous sommes tous des Éric Besson », tant il avait vu juste : à quoi bon se prendre la tête (de mort) ? Être ou ne pas être aux affaires, telle est la seule question.

Pour la « droite » à vrai dire, pas de changement : son étêtage date du jour même où elle s’est laissée ainsi baptiser par sa marraine la « gauche[4. À l’occasion du vote sur le droit de veto du roi (Louis XVI, pas Louis XIV).] ». Non, le plus grave, c’est que celle-ci, à son tour, a fini par perdre le nord en passant par l’est.

Mélenchon lui-même ne fait plus peur à personne, en dehors du PC[5. Parti communiste français (vieilli).]. Désormais, l’euro-mondialisme capitaliste « n’est plus une option », comme disent nos amis anglais ; plutôt « une offre qu’on ne peut pas refuser », comme disait Don Vito. Jusqu’à preuve du contraire, c’est ça ou rien, ou Pyongyang. D’où les affres où se débat, entre autres idéalistes, notre camarade Jérôme Leroy. Heureusement pour lui, il est aussi romancier.

Mandela : déjà le révisionnisme !

Dimanche 15 décembre

Obsèques de Mandela. L’occasion pour France Info de refaire une dernière fois (?) le contresens favori des médias sur « l’infatigable militant de l’apartheid ». Vingt-sept ans de prison pour ça !

Valls avec Taubira

Mercredi 18 décembre

Décidément, elle me trotte dans la tête, depuis le dossier du Point, cette audacieuse parabole sur les canards décapités. Entre colverts et colrouges, on ne se vole plus guère dans les plumes – et encore, face caméras – que sur les sujets « sociétaux ». Essentiels bien sûr, mais qui ne mangent pas de pain.

Faute d’archives sous la main, je ne remonterai pas jusqu’à Sarkozy (premier mandat). Mais pourquoi croyez-vous donc que, parmi ses « 60 engagements pour la France », Hollande ait consacré sa première année à nous distraire avec le « mariage pour tous » (engagement n° 31) ? Facile ! Ça rassemble à gauche, et ça coûte quand même moins cher que de s’en prendre à la « phynance », comme disait le roi Ubu.

Accéder au pouvoir est une chose ; s’y maintenir en est une autre. Surtout quand, faute de souveraineté, on a perdu toute marge de manœuvre.

Ce n’est quand même pas un hasard si nos ministres les plus fameux, et les plus populaires, sont Valls et Taubira. À eux deux, ils ont habilement réussi à déplacer le débat sur le plan sociétal, jusqu’à reconstituer au sein même du gouvernement un petit théâtre droite-gauche propre à amuser la galerie. À l’affiche, une délicieuse opérette : Valls avec Taubira, ou Le progrès dans l’ordre. Un triomphe mérité !

Vous me direz : jusqu’à présent, le Président n’en a guère profité… Mais où en serait-il sans eux, le pauvre, seul face à son « adversaire » sans nom et sans visage : l’impopularité ?

Tout le désarroi du social-libéralisme tient dans le drame personnel de Moscovici, ce « mal-aimé » des sondages qui, avouons-le, n’a pas non plus un métier facile : dénoncer le « ras-le- bol fiscal » quand on est soi-même inspecteur en chef des impôts, j’aimerais vous y voir !

C’est le pape final…

Dimanche 22 décembre

François traité de « marxiste » par les néocons américains, les vrais ! J’avais prévu de vous raconter en détail cette croustillante affaire, mais on me fait signe en régie que l’espace qui m’était imparti est écoulé. OK ! Si c’est comme ça, la prochaine fois je ne causerai que religion. Ce sera toujours mon moi, après tout ! [/access]

 

 

Janvier 2014 #9

Article extrait du Magazine Causeur


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