28 % ! Un triomphe, une victoire historique pour l’UMP. Une dégelée pour ces ânes bâtés du PS, embourbés dans leurs querelles internes, comme disent les journalistes qui savent. Hop, fermez le ban. Ces élections européennes sont pliées. On passe à autre chose.

La droite gouvernementale, aidée par les supplétifs du Nouveau Centre, pointe en tête. Aux alentours de 28 % des intentions de vote pour le scrutin du 7 juin. Le PS à la ramasse se situerait dans la moyenne des précédentes élections avec près de 22 %. Et tous nos commentateurs attitrés de s’exciter sur une nouvelle phase de « turbulences » pour le « partidemartineaubry », qui manquerait de légitimité, de lisibilité, de crédibilité, ou de machintrucité.

Plus le temps et les élections passent, plus nous aimons les journalistes et leurs émotions adolescentes pour les chiffres des premiers sondages venus. Essayons donc d’être calme et de faire des règles de trois.

La droite d’abord : souvenons-nous, il y a deux ans, Nicolas Sarkozy devenait président de la République. Avec 53 % des voix. Passons aux législatives, la majorité présidentielle les a emportées avec 49,66 % des voix, contre 42 % pour le PS. Et aujourd’hui, donc, par le miracle de la règle à calcul, avec 28 % on parle de banco pour l’UMP ! Il est vrai qu’en période de crise on apprend à se contenter de peu. Mais là, on se demande si la droite officielle ne devient pas un peu trop adepte de la décroissance. D’autant que les élections européennes, au risque d’enfoncer nous aussi des portes ouvertes, ne sont pas très mobilisatrices. Là aussi, revenons aux chiffres : 2004, 42 % des Français inscrits sont allés voter, soit 17 752 603 électeurs sur 41 518 595 sont censés pouvoir donner leur avis. Ça calme déjà.

Alors les 28 % à venir devraient aussi calmer les ardeurs des communicants de l’UMP. Parce que ça chiffre à peine à 5 millions le nombre d’électeurs désireux de porter en triomphe le président Chouchou.

Et la gauche alors, bon dieu. Pourquoi n’essaie-t-elle pas de délivrer calmement cette petite leçon d’arithmétique à l’usage des malcomprenants ? À l’exception de l’animal à sang froid Cambadélis, qui remarque ce mardi dans Le Parisien que la droite aurait dû au moins rassembler 40 % et qu’elle s’écroule, pas une tête de liste pour endosser ce constat plein de bon sens.

Alors, soyons, une fois n’est pas coutume, pervers. Dans le fond, la dramatisation, genre « l’UMP va vous en faire baver si vous ne venez pas voter ou si vous cédez aux sirènes des listes qui sont à gauche » (pardon à gauche du PS), donc cette dramatisation donne une raison d’être à la campagne du PS.

Au départ celle-ci était orientée de façon offensive contre l’Europe de « Sarkozy et Barroso ». Au moins ce slogan négatif évitait d’avoir à trop discuter contenu, déminait le contentieux ouiouiste/noniste et devait mobiliser le socialiste lambda en colère contre l’omniprésident. Patatras. Les camarades lambda n’ont pas aimé cette campagne négative. Repatatras, José-Luis Zapatero, le grand ami espagnol, explique, lui, qu’il n’a rien contre une nouvelle candidature de Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Pour éviter la cata, les socialistes d’en haut cherchent vaguement des idées, n’en trouvent pas, et finissent par proposer ce fabuleux slogan mobilisateur : « Pour une Europe à gauche, maintenant. » Allez savoir pourquoi, aucun miracle ne s’en est ensuivi…

Du coup, un Solférino boy, du fond d’un bureau aveugle, avec du linoléum beige usé au sol a une idée : et si on refaisait le coup du vote utile, hein ? Genre, l’antéchrist c’est la droite, la menace c’est la dispersion ! Donc, au lieu de vous amuser, votez PS, sinon faudra pas vous plaindre quand les hordes de caissières roumaines ou de banquiers luxembourgeois débarqueront dans nos belles provinces. L’électeur socialiste, on le sait, a la culpabilité facile depuis un fameux 21 avril. Ça devrait donc suffire pour une campagne de même pas trois semaines.

Et puis au fait, si l’objectif de la gauche, comme de la droite ou de tous les autres, pardon, n’était pas uniquement de faire de ces élections un moment de politique. Non, il s’agit bien souvent de garantir un statut social à de pauvres hommes et femmes politiques qui ont besoin de Bruxelles pour survivre. Des ministres en disgrâce (Dati) aux fantômes politiques (Harlem Désir), en passant par des recalés du suffrage direct (Peillon) et, enfin, des redécoupées de l’Assemblée qui veulent pas aller chercher un travail, un vrai travail s’entend (Aurélie Filipetti). Vincent Peillon envoyé « à contrecœur » jouer la tête de liste dans la région Sud-Est pour le PS ne fait même pas mine de dire autre chose quand il appelle au vote utile : « Combien de députés Besancenot fera perdre au groupe socialiste en obtenant 4 à 6 % des voix… » Ben oui, Vincent a une famille à nourrir, lui. Electeurs, soyez gentils, un petit bulletin le 7 juin pour manger et rester propre.

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