« Je préfère qu’il soit dedans et pisse dehors plutôt que dehors et pisse dedans » disait Clemenceau d’un de ses adversaires. Avec sa main de fer couverte d’un gant de velours, François Hollande a retenu la leçon du Tigre en proposant un grand ministère à son ancienne rivale Martine Aubry, histoire d’éviter toute cohabitation avec Solferino. Las ! Pour la maire de Lille, ce fut Matignon ou rien… Jean-Marc Ayrault nommé rue de Varenne, les aubrystes obtiennent néanmoins la part belle au gouvernement.

A commencer par Marylise Lebranchu, oubliable garde des Sceaux sous Jospin, qui résume l’esprit de la nouvelle équipe : « Objectif de rigueur mais obligation de résultat ». Mazette, la terreur rouge déferle sur l’Elysée, Matignon et tous les ministères, avant une éventuelle razzia sur le Palais-Bourbon. La preuve : le gauchiste Pierre Moscovici, formé à l’école strauss-kahnienne, hérite de Bercy, attifé au Budget de Jérôme Cahuzac, le rouge président de la Commission des Finances de l’Assemblée élu par une majorité d’élus UMP, qui doute ouvertement de la taxation des hauts revenus à 75%. Dieu merci, à la différence de 1981, aucun représentant du Front de Gauche, mélenchoniste ou néo-stal déguenillé, ne déboulera dans une administration ministérielle la bave aux lèvres et le couteau entre les dents. Cécile Duflot, en verte ministre de l’égalité des territoires et du logement, pourra s’en donner à cœur joie dans la construction d’habitats à la pollution renouvelable, pendant que Jean-Vincent Placé se consolera à la cantine du Sénat.

A la santé et aux affaires sociales, Marisol Touraine, digne fille de son père, l’éminent sociologue de la deuxième gauche, complète l’escouade social-démocrate également incarnée par le nouveau ministre du travail Michel Sapin et l’arrivée du sécuritaire de gauche Manuel Valls place Beauvau, qui fera peut-être un peu moins d’esbroufe que Claude Guéant à l’Intérieur.

Parmi ces trente-quatre hommes et femmes (dix-sept de chaque sexe, on a scrupuleusement compté !), seules deux fausses notes bouleversent la mélodie hollando-hollandiste : j’ai nommé Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, anciens compagnons du NPS devenus respectivement « ministre du Redressement productif » (en gros, l’industrie élargie) et ministre délégué à l’économie sociale et solidaire. Comme en 2000 Mélenchon et Lienemann, les tenants du protectionnisme européen joueront les assistants sociaux (masculinisons, il en restera bien quelque chose !) de la social-démocratie. Avec un enjeu notable à la clé : le rapport de forces avec l’Allemagne, notamment sur la politique de relance européenne, le dogme de l’euro fort et l’intangibilité d’une Banque Centrale Européenne rétive aux eurobonds proposés par le PS. Le premier sommet européen d’importance étant judicieusement programmé le lendemain du second tour des législatives, on observera si le volontarisme de Hollande passe sous les fourches caudines européennes, comme le triste précédent du traité d’Amsterdam, qui eut jadis raison de « l’Autre europe » jospinienne, nous incite à le penser. Comme disait Zemmour face à Najat Vallaut-Belkacem, « on en reparlera dans trois mois »…

La sémillante Najat, parlons-en. Au rayon gadgets du gouvernement Ayrault, sa promotion au ministère du droit des femmes, assorti d’un poste de porte-parole de gouvernement, en fait une Yvette Roudy glamour. Mais les autres égéries de la jeune garde socialiste ne sont pas en reste. Delphine Batho, ex bébé Julien Dray recyclée dans le ségolo-hollandisme, prend du galon auprès de la Garde des sceaux Christiane Taubira (un autre symbole…). Autre figure de proue du PS, Aurélie Filipetti, transfuge des Verts, investit le Palais-Royal, preuve de l’esprit d’ouverture et de diversité qui caractérise la nouvelle majorité présidentielle. A l’instar de Christine Albanel, la nouvelle ministre de la culture risque d’être mal accueillie par les lobbystes gays, qui estiment que ce poste est naturellement dévolu à l’un des leurs.

En esprits anarchiques, terminons ce passage en revue des effectifs par les premiers dans l’ordre protocolaire. Fabius au Quai d’Orsay, outre sa gémellité physique et astrale avec son prédécesseur Juppé, revêt les habits de l’éternel numéro deux du gouvernement. Décidément, au PS comme à l’UMP, il ne fait pas bon avoir été le « meilleur d’entre nous », premier ministre chouchou d’un ancien locataire de l’Elysée. En numéro trois, l’intellectuel Vincent Peillon, spécialiste du socialisme de Pierre Leroux, récupère l’Education nationale après avoir fait ses classes dans toutes les crèmeries du PS (NPS, Désirs d’Avenir, strauss-kahnie, Hollande…).

Cerise sur le gâteau, le ministère délégué aux anciens combattants est confié à une gueule cassée du socialisme : le jospinien Kader Arif, vétéran du 21 avril 2002, présidera aux commémorations des 11 novembre et 8 mai. L’étoffe des Ayrault, vous disais-je !

Lire la suite