À 86 ans, il publie un nouveau livre sur l’écologie Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo elles me croient publicitaire! Portrait d’un forcené de la vie. 


Séguéla, Séguéla… petite ville de la région du Worodougou dans le district de Woroba, au nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Non, attendez, Séguéla… est aussi le nom d’un célèbre publicitaire français, cofondateur en 1970 de l’agence RSCG (Roux-Séguéla-Cayzac-Goudard) qui deviendra Euro RSCG en 1991, puis Havas Advertising cinq ans plus tard – il en sera le vice-président, peut-être l’est-il encore –, et puis, et puis, il s’en fiche un peu désormais, il a 86 ans. C’est d’abord un personnage.

Dans l’une des aventures d’Astérix, Le Papyrus de César, Séguéla devient Bonus Promoplus, un conseiller du Prince gesticulateur et fiévreux, en charge du marketing de La Guerre des Gaules. Il en est fier – Onfray et BHL n’ont pas eu cet honneur –, c’est quand même mieux qu’une entrée tardive dans le Larousse.
Demain peut-être, il aura droit à Lucky Luke.
En attendant il publie un nouveau livre, Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo elles me croient publicitaire ! (Coup de cœur). Une leçon de planète avec un solide mode d’emploi, une pastille de bon sens et trois gouttes de rêve. À son âge, est-il enfin rassasié ? Non, repu de secousses, il n’est pas devenu sage, il se ressemble. Il serait prêt à troquer son renom de vieil Arlequin contre un petit succès – juste une bouffée s’il vous plaît, pour se souvenir, pour l’ivresse, comme un ancien fumeur.
Le succès, c’est son métier.
Retraité ? C’est ridicule.
Mourir ?… Non, pas maintenant, il n’est pas prêt, pas déjà ! Exister, rire, renaître, voilà ! Repartir en campagne, revenir dans la lumière encore une fois, comme un nageur qui se hisse hors de l’eau pour ne pas se noyer, pour échapper à tout – à l’ombre, à la profondeur, au silence, à l’oubli, à la mort lente.
Jacques Séguéla est de ces hommes qui suscitent d’emblée autour d’eux une chaleur, une combustion, une radieuse promiscuité à laquelle, sans en être dupe, il est difficile de résister. Devant lui on se retrouve toujours un peu étourdi, subjugué et libre – de l’aimer ou de le détester. Plaire ou déplaire au fond, quelle différence ? Il sait qu’il éblouit plus qu’il ne réchauffe, et qu’il retentit plus qu’il ne convainc ; il se rend parfois insupportable, mais avec lui au moins on ne s’ennuie jamais. Excellente raison pour se laisser aller à l’aimer.
Quel bagout !

« Beaucoup de ses ennemis au fond ne sont qu’envieux de son ubiquité, de son aisance, de son culot – et jaloux de son appétit »

Quand il vous regarde en plissant ses yeux, mi-archer mongol mi-rieur exténué, la tête fendue comme une poire, on dirait un chat devant une souris ou un bol de crème. Il salive, il tire la langue, il cligne nerveusement des paupières, il ne fer

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Novembre 2020 – Causeur #84

Article extrait du Magazine Causeur

Frédéric Ferney
est écrivain, essayiste et journaliste littéraire
Lire la suite