Stéphane Hessel a doublement droit au respect : pour son âge et pour son passé. Mais on a aussi le droit de trouver que l’adoration unanime dont il est l’objet est assez comique quoiqu’un brin inquiétante. Enfin, on devrait avoir le droit. Est-il obligatoire, parce qu’un homme est âgé de 93 ans et qu’il a fait le bon choix à 20 ans, d’admirer ce qu’il est et d’approuver ce qu’il dit ? Sans doute, parce que dès que son nom est prononcé, il est conseillé d’exprimer un mélange de gravité et d’humilité montrant qu’on sait n’être qu’un vermisseau à côté de ce géant. À la limite, il est permis d’émettre quelques réserves sur sa théologie de l’indignation ou d’avouer quelques désaccords avec ses combats, mais à la condition d’avoir préalablement fait acte de dévotion en alignant quelques superlatifs relatifs à sa personne dont il accepte de faire don à la France. Il est recommandé d’ajouter qu’à 93 ans, « il est le plus jeune d’entre nous », lieu commun ânonné par ses thuriféraires. Et mieux vaut éviter les blagues. Avec les grandes consciences, on ne rigole pas. Le triomphe de Hessel, c’est la victoire de la tyrannie du Bien : Il est interdit de contredire[1. Je plaide coupable : personne, dans ce dossier, ne défend Stéphane Hessel, Régis Debray ayant décliné mon invitation. Mais j’espère bien réparer ce manquement dans le prochain numéro de Causeur].

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