Le 4 février 2012, au cours d’un colloque organisé à huis clos par l’UNI, association étudiante de droite, Claude Guéant prononce un discours sur les valeurs de la République. Le soir même, Europe 1 puis l’AFP affirment que le ministre y aurait déclaré que « toutes les civilisations ne se valent pas ». Le lendemain, sur RTL, le ministre confirme avoir tenu ces propos et les explicite. L’universitaire Yves Roucaute, plume de son cabinet, reconnaît pour sa part avoir écrit l’allocution criminelle.

Immédiatement, plusieurs ténors de la gauche s’indignent, à commencer par le numéro deux du PS, Harlem Désir – on a les ténors qu’on peut –, qui fustige sur Twitter « la provocation pitoyable d’un ministre réduit à rabatteur de voix FN » et dénonce « une majorité en perdition électorale et morale ».

Si Internet se déchaîne très vite, l’« affaire » ne monte à la « une »  de la presse et des JT que deux jours plus tard, après avoir rebondi dans l’Hémicycle avec les déclarations tonitruantes de Serge Letchimy, député martiniquais apparenté socialiste. Letchimy ne fait pas dans la dentelle : pour lui, le ministre de l’Intérieur considère comme supérieures « ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration au bout du long chapelet esclavagiste et colonial ». « Le régime nazi était-il une civilisation ? », l’interroge-t-il.  Dans le brouhaha qui s’ensuit, le gouvernement, rivalisant dans l’indignation, quitte l’Hémicycle au grand complet, une première sous la Ve. Certes, ce n’est pas la première affaire Guéant, le ministre de l’Intérieur étant l’un des hommes que la gauche aime le plus détester. Mais cette mayonnaise-là va prendre au-delà de toutes les espérances des vigilants. Il faut croire que toutes les polémiques ne se valent pas.

*Photo : ANTONIOL ANTOINE/SIPA. 00638742_000010.

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