On peut se moquer tant qu’on voudra mais ce qui vient d’éclater entre Nicolas Sarkozy et François Fillon n’est pas la guerre. Seulement la montée d’une espérance. D’autant plus urgente et nécessaire que l’opposition médiocre de la droite encore sarkozyste, la faiblesse et la seule bonne volonté du pouvoir socialiste, le désastre prévisible de la politique pénale annoncée et, en lien, l’ascension populaire et sondagière apparemment irrésistible du FN vont confronter notre pays à d’extrêmes difficultés, plus préoccupantes encore, voire insolubles, que celles d’aujourd’hui.

Nicolas Sarkozy n’a pas été déclaré innocent par les juges et son excellent avocat, maître Thierry Herzog, en dépit du rôle ingrat qui lui a été confié, le sait mieux que personne. Là où le parquet de Bordeaux avait requis un non-lieu pour absence de charges, les magistrats instructeurs l’ont ordonné à cause de l’insuffisance de celles-ci. L’articulation de leur pensée, claire et cohérente, justifie, malgré le défaut d’une innocence irréfutable, l’ordonnance de non-lieu qui tire les conséquences de la ténuité des charges (Le Monde, Mediapart). Edwy Plenel a raison et Jean-Michel Aphatie a tort (Canal +). Nicolas Sarkozy se méprend délibérément, profitant d’une opportunité judiciaire ambiguë pour en faire une victoire politique. Sa déclaration sur sa page Facebook est – j’ai le devoir à nouveau de le signaler – le comble de l’indécence quand l’ancien président de la République prétend nous faire compatir à des avanies dont il a été peu ou prou le responsable et sans commune mesure avec celles de vrais et modestes sinistrés judiciaires. Les appréciations enthousiastes de ses amis si compétents pour la justice et intègres – les Balkany, Edouard Balladur notamment – devraient l’inquiéter plus que le réjouir.

Je persiste au risque de la dérision : François Fillon, aujourd’hui, représente la seule chance d’une droite de tenue, courageuse et honorable.

Il faut l’écouter et le lire avant de continuer à déverser sur lui critiques et, pire, mépris comme s’il avait été l’inspirateur du quinquennat précédent dont il a été à mon grand regret, de son fait, un Premier ministre renouvelé.

« Je suis mieux placé que Nicolas Sarkozy pour l’emporter en 2017… Il est très difficile de revenir quand on a été battu… Quand on perd une élection, il est impossible de dire qu’on a fait une bonne campagne… Quand on perd une élection, on doit se remettre en cause, sinon c’est un bras d’honneur aux Français… » (Valeurs Actuelles)

Banalités, évidences, pensera-t-on confortablement parce qu’enfin la vérité a été proférée par ses soins. Il n’est même pas utile de souligner qu’après sa défaite, Nicolas Sarkozy a passé le flambeau à François Fillon, ce qui équivalait de sa part à un retrait définitif, et qu’il a trahi cet engagement (JDD). Ce n’était pas la première fois que Sarkozy faisait fi de ce qu’il avait promis : Charles Pasqua, Jacques Chirac ou Dominique de Villepin, pour le CPE, avaient déjà pu apprécier sa fidélité toute relative.

Se gausser de l’assurance de François Fillon persuadé d’être « le mieux placé pour 2017 » serait également ridicule. Ce n’est pas lui qui a été défait en 2012, ce n’est pas lui non plus qui vient de bénéficier d’un non-lieu justifié mais peu glorieux, ce n’est pas lui qui traîne à ses basques d’homme public une série de casseroles qui, pour être implicites faute d’incrimination judiciaire pour l’instant, feraient mauvais genre pour un candidat nous ayant déjà fait subir durant cinq ans sa conception de la République et de la présidence de celle-ci.

Je vais bien sûr avoir droit au reproche lassant de haïr Nicolas Sarkozy alors que mêlé à des considérations personnelles, il y a d’abord le souci, je l’admets obsessionnel, de ne me plus me faire flouer, et la France avec moi pour ceux qui me comprennent. Rien ne serait pire que son retour dans une compétition pour laquelle, avec son ami inféodé et intéressé Jean-François Copé, il trouverait bien le moyen de piper les dés.

Qu’on arrête aussi de faire preuve d’une condescendance amusée ou attristée à l’égard de François Fillon, en particulier à l’UMP où, paraît-il, il n’y aurait que de forts caractères et des paroles libres. Alors que pour la première fois véritablement – il ne s’agit plus de raffarinades enrobées ou de dénonciations si soft qu’elles font rentrer les compliments par la fenêtre après avoir semblé les faire sortir par la porte – il est proclamé nettement, face à Nicolas Sarkozy, qu’il a été défait parce que sa campagne avait été mauvaise, qu’il n’est plus légitime à cause de cela et qu’il a une personnalité non seulement inapte à la remise en cause mais arrogante au point, après son non-lieu, de se vanter d’être unique à droite. Ces âmes trempées – de Juppé à Guaino – jugeant Fillon si faible, si effacé, si lisse, je ne les ai jamais entendues durant cinq ans et depuis 2012, elles n’ont jamais été audacieuses au point de quitter leur inconditionnalité craintive et leur hypocrisie politique. Elles ont attendu qu’un autre dise tout haut ce qu’elles remâchaient tout bas.

François Fillon, lui, en effet et sans tergiverser, énonce cette dure vérité que le roi est nu. Il fallait répéter cette conclusion amère et lucide puisque la victoire de François Hollande n’avait pas suffi à battre en brèche l’idée jamais discutée à l’UMP, globalement si lâche, du caractère irremplaçable de ce chef que la République avait renvoyé. Il est vrai que le gouvernement socialiste, depuis le mois de mai 2012, a tout fait pour favoriser cette illusion chez Nicolas Sarkozy. A force d’être mauvais, il l’a confirmé dans sa vanité d’avoir été bon, voire exceptionnel.

Entendre François Fillon, aujourd’hui, – sans doute à la fois par exigence personnelle, envie, enfin, de sortir ce qu’il a sur le coeur et sur l’esprit et désir d’être la voix de tous ceux qui n’en peuvent plus de voir la droite se rabougrir aussi voluptueusement autour d’un vaincu qui bloque, par tactique, la pensée, la réflexion et la rénovation de son camp – est un bonheur. Il n’était que temps de proférer ces brutalités démocratiques puisque Nicolas Sarkozy ne connaît qu’une cause : la sienne, dans une autarcie même dépouillée de toute aura. Le de Gaulle du cap Nègre, dont la France aurait un besoin absolu, passe mal.

Nicolas Sarkozy, au propre et au figuré, a fait plus d’un bras d’honneur dans sa vie.

François Fillon, courtoisement, lui en a fait un et c’est doux, bon et riche d’avenir s’il ne se contente pas de croire en son destin mais s’il l’impose, s’il s’impose.

*Photo : Fayolle Pascal/SIPA. 00664438_000013.

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