« Je crois en l’éducation. C’est un droit humain fondamental que tout le monde mérite. C’est la fondation d’une vie. » De qui, la petite phrase ? François Hollande ? Natacha Polony ? François Bayrou ? Vous n’y êtes pas. Cette profession de foi dans les vertus de la transmission des savoirs est celle de Geri Halliwell, ancienne Spice Girl de 43 ans, au sujet de l’école libre qu’elle projette d’ouvrir à Londres.

A première vue, c’est un peu comme si Franck Ribéry annonçait son intention de lancer sa griffe de lingerie discount. Et après tout, pourquoi pas. Si ce n’est que l’école baptisée « Spice Academy » par le Daily Mail serait spécialisée dans « les arts et le business ». Comme on doute que Geri Halliwell ambitionne d’enseigner la sculpture, la peinture, ou les secrets de la spéculation sur le marché de l’art contemporain, on en déduit qu’il doit s’agir dans sa bouche pulpeuse de faire des « arts » et du « business » une seule et même discipline.

Une discipline moderne, qui repose sur des « compétences » parfaitement maîtrisées par l’ex idole des trentenaires : au hasard, le business sous-culturel de la musique pour ado de 8 à 14 ans, avec ses plans marketing millimétrés, et ses groupes de danseurs(ses) épileptiques, créés de toute pièce sur casting pour passer à la télé et fournir du temps de cerveau disponible à Coca-Cola.

Avec ses neuf singles classés numéro un en Grande-Bretagne, la starlette des 90’s a la légitimité nécessaire pour se lancer. C’est en tout cas ce que devraient reconnaître Downing Street et le ministère de l’Education, avec qui elle est d’ores et déjà en pourparlers. Celle que l’on devrait désormais appeler Mrs Horner, depuis qu’elle a épousé le champion de Formule 1 Christian Horner, leur a fait savoir qu’elle entendait aider les ados à « réaliser leur potentiel ». Et le responsable du réseau britannique des nouvelles écoles a déjà accueilli positivement l’initiative : « Cette proposition est un bon exemple de la manière dont les écoles libres apportent davantage d’innovation et de diversité au système éducatif, aidant à préparer les jeunes à leurs jobs, à leurs stages, à l’Université et au monde du travail. »

Des années après avoir incarné le « Girl power », et qualifié Margaret Thatcher de « première Spice Girl », Geri Halliwell pourrait inspirer notre Najat Vallaud-Belkacem nationale. Bien que celle-ci soit assez peu branchée « école libre », les Droits des femmes et les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, ça, c’est son dada. L’objet de la réforme du collège n’est-il pas justement de permette « un fonctionnement quotidien assoupli » pour « apprendre les nouvelles compétences que la société requiert : apprendre à travailler en équipe, à proposer, à expérimenter, à s’exprimer à l’oral, à conduire un projet » ?

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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