Mohamed, 36 ans, m’attend pour causer de Dieudonné dans un café du boulevard Voltaire. À deux pas de Vincennes, où il s’est installé pour épargner à sa petite fille une enfance heureuse parmi les bobos de Montreuil. « Ma femme et moi avons de tout petits salaires et payons 1000 euros de loyer. Notre situation est précaire », précise-t-il, sur un ton davantage résigné que plaintif. Notre rencontre date de la veille, quand, accompagnant Élisabeth Lévy, j’ai, pour la première fois, mis les pieds au théâtre de la Main d’or. Ultramédiatisé, le déplacement de la patronne de Causeur a marqué les esprits des sympathisants de Dieudonné. « Le fait qu’elle soit venue est un signe très fort, affirme Mohamed : elle, au moins, a eu le courage de le faire. Parce que nous avons beau agiter les bras, d’en haut, on ne nous voit pas ! » Ah, le voilà ! Ce « nous » honteux dont la gauche, pas plus que la droite d’ailleurs, n’est parvenue à fabriquer un peuple aimable, c’est-à-dire progressiste et tolérant. Au contraire, on dirait que le surdosage de moraline, administrée de bon cœur par la gauche depuis des décennies, a provoqué une éruption variolique sur le corps de la nation, éruption dont on a vu les plus effrayants symptômes lors du « Jour de colère ».

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00672169_000011.

Lire la suite