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Pipi, Caca, Sang

La révolte contre la nature? Par une fille aussi nature? Il y a comme un contremploi!

Pipi, Caca, Sang
L'Olympia, 12 mars 2021 © Bertrand Guay/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22548132_000001

On sait enfin par quoi les adeptes de la « cancel culture » veulent remplacer notre belle civilisation: par celle du pipi-caca-sang.


Faire pipi debout pour les femmes et assis pour les hommes est un nouveau marqueur de civilisation, on le sait.

Restent les deux autres ingrédients.

La cérémonie des César 2021 commence. Marina Foïs s’avance, la main droite gantée. Elle se penche et ramasse quelque chose par terre « Ah, encore une merde qu’a laissée Foresti ! » crie-t-elle bien fort, afin que nul ne l’ignore. Florence Foresti, rappelons-le, présidait la cérémonie des César l’an dernier… Le ton est donné. Mais le pire est à venir.

Corinne Masiero, Capitaine Marleau à l’écran – une « commissaire » peu « genrée », en guerre contre les codes, et à l’humour dévastateur -, arrive déguisée en « peau d’âne ». Tenue révélatrice, puisque c’est pour échapper à une union incestueuse avec son père que peau d’âne, dans le conte, se revêt de cette peau d’animal et s’enfuit du château paternel, allant s’engager dans une ferme comme femme à tout faire…

Soudain, sans nous laisser philosopher plus avant sur le sens de ce choix vestimentaire, l’actrice se dénude, offrant aux regards son corps… couvert de sang.

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Du sang menstruel, évidemment, puisque c’est la mode en ce début d’année 2021. Même Macron, sans doute peu porté par nature sur cette spécificité biologique féminine a concédé – à la demande de LFI – la gratuité des protections hygiéniques aux étudiantes. Serviettes hygiéniques mais aussi Tampax. Afin qu’on n’oublie pas leur existence, Corinne Masiero en a accroché deux, usagés bien sûr, en guise de boucles d’oreilles.

Donc finalement, ce sera Pipi-Caca-Sang. 

À mon sens la grande Corinne eut été plus crédible dans le rôle des canuts qui chantaient en 1893 : « C’est nous les canuts, nous sommes tous nus… ».

La gestion politique du coronavirus a mis les acteurs à poil. Et pas qu’eux. Cette stratégie obsessionnelle à objectif unique (avoir des lits de réa disponibles) a privé de revenus, d’avenir, de perspectives les hôteliers, restaurateurs, sportifs, taxis… et tant d’autres. La liste serait trop longue. Chacun de nous s’est vu confisquer des biens et des relations personnelles essentielles depuis un an, beaucoup ont basculé dans le désespoir, voire ont mis fin à leurs jours après une faillite, une séparation, ou une mort qu’ils n’ont pu accompagner de peur d’attraper ou de donner le fameux virus. Seuls les fonctionnaires et les politiques vivent normalement. 

Alors oui, capitaine Marleau, oui, il y a de quoi se révolter, et dans ce rôle mi-gilets jaunes mi drapeaux-rouges, tu fais mouche ! Mais que vient faire là le sang menstruel ?

Le but est-il de faire à la vue de ce sang – comme le chantait Jacques Brel – « des armées d’impuissants » ? La fin du mâle blanc ? Une nouvelle civilisation ? Enfin ? 

En regardant le lendemain des Cesar la télévision pour y chercher un démenti à mes craintes, j’ai au contraire cru voir à mon tour enfin un complot, oui ce fameux complot que chaque Français est censé chérir. Sur une chaine : « le malaise des transgenres en Namibie », sur l’autre « votre enfant vole, quelle solution ? Réponse : attendre qu’il travaille ; il n’aura alors plus besoin de voler »…. Je vous ferai grâce des 21 autres chaines…

 « Une civilisation » écrivait Gustave Le Bon « se crée en poursuivant un rêve. Quand l’élite a perdu son idéal, tour à tour les lumières s’éteignent ». Cet idéal moral, cet idéal de normalité, de décence, d’innocence, de beauté, nous le perdons un peu plus chaque jour, au moins dans les étranges lucarnes de nos télévisions, mais aussi de nos téléphones, tablettes et ordis assaillis chaque jour de vidéos YouTube emplies de « clash », de « scoops » tous à base de scandales, d’insultes, d’escalade dans la violence et l’horreur.

Le dernier scandale en date, donc, ce supplice réservé aux femmes: les règles.

Et donc, toi, Capitaine Marleau, toi qui aurais pu utiliser ta dégaine très populaire et ta célèbre gouaille ch’ti pour vitupérer contre les puissants qui affament le peuple, toi aussi tu as cédé à la tentation, au goût du sang.

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Alors comme tu es intelligente, je t’explique. L’espèce humaine, comme les autres espèces, est ordonnée à sa reproduction. La femme peut faire des enfants de 12 à 50 ans. Jadis elles en faisaient tant, que les périodes « de règles » étaient réduites. À raison de neuf mois de grossesse plus deux ans d’allaitement suivis de près par la grossesse suivante, les périodes de gestation de six enfants et plus l’emportaient sur les périodes « réglées ». Aujourd’hui, quand nombre de femmes ont un, deux… ou pas d’enfant du tout, ça paraît long et inutile ces presque quarante années ponctuées chaque mois par une semaine ou tout devient difficile, travail, relations de couple, sorties, baignades…

Et alors quoi ? Après avoir « marché contre le climat », marchera-t-on contre les règles ? Exigera-t-on que les hommes les aient aussi ? Ou qu’ils fassent semblant et mettent eux aussi des couches-culottes par sympathie avec les femmes ? Greta va-t-elle dire qu’elles lui ont gâché son enfance ? 

Camarade Masiero vas-y, milite, « à fond les ballons » comme tu dis ! Sois le Capitaine Marleau déjanté qui sort de l’écran pour faire la leçon aux puissants. Nue, pourquoi pas ? On a vu pire… Mais sans plus de révérence pour ces « règles menstruelles » que tu n’en as pour les autres règles : de politesse, de bienséance, ou de hiérarchie.


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