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Appelez-les pompiers!

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Impressionnistes ! Post-impressionnistes ! Pères de la modernité ! Et on repasse les plats ! Les Galeries nationales du Grand Palais s’acharnent depuis cinquante ans à nous faire « redécouvrir » en boucle ce parcours bien balisé qui va de Manet à Picasso. [access capability=”lire_inedits”]On croyait avoir tout vu. Mais il paraît que Braque n’avait pas eu droit à une exposition depuis quarante ans.

Proche de l’auteur de Guernica, Braque est surtout connu pour sa contribution au cubisme et sa pratique des papiers collés. Figure bien établie de la modernité, Braque a même eu droit à un enterrement national en grande pompe, avec Garde républicaine et discours de Malraux. Cependant, son œuvre est tombée dans un relatif oubli. Personnellement, je n’ai rien contre Braque, mais pas grand-chose pour non plus. La question qui se pose est la suivante : jusqu’à quand la Réunion des musées nationaux (RMN), organisme en charge du Grand Palais, va-t-elle se complaire dans les sentiers battus ?

C’est à croire que ses responsables ignorent qu’il existait à ces époques d’autres artistes de talent, d’autres mouvements, d’autres options artistiques. L’Histoire est plurielle, complexe, contradictoire, foisonnante. Pourquoi la réduire à un récit linéaire ? Pourquoi priver le public et les créateurs d’un patrimoine infiniment plus varié que celui qu’on veut bien nous montrer ? Pourquoi, en fin de compte, imposer des préjugés dépassés ?

Il y en a pourtant qui font mieux que la RMN, avec des moyens beaucoup plus modestes. C’est le cas du musée Anne-de-Beaujeu, à Moulins, qui présente une très étonnante exposition Rochegrosse. Ce peintre est ce que l’on appelle un « pompier », un vrai. Pardon pour le gros mot ! Georges-Antoine Rochegrosse (1859– 1938) est à mi-chemin entre Tiepolo et la bande dessinée. Il me fait penser, en peinture, au Flaubert de Salammbô. Sa picturalité puissante sert des délires figuratifs très variés. Je reconnais qu’il faut parfois un temps d’adaptation.

Délires ? Pas si sûr. Ainsi, son Andromaque (qui ne figure qu’au catalogue en raison de sa taille) a été peint une dizaine d’années après la guerre de 1870. Sur cette toile, l’artiste nous montre que, malheureusement, la guerre de Troie a bien eu lieu (ou aura bien lieu !). Sur les remparts de la ville vaincue, on assiste à un massacre de civils d’une rare sauvagerie. Au centre figurent une croix gammée et beaucoup de sang. Voyeurisme ? Clairvoyance ? Cette œuvre très intriguante date de 1883. Toutes les toiles de Rochegrosse ne sont cependant pas de cette veine. Au contraire, beaucoup sont empreintes de l’insouciance et de la fantaisie de la Belle Époque. À voir absolument, donc, à Moulins, jusqu’au 5 janvier 2014.[/access]

Georges-Antoine Rochegrosse, Les fastes de la décadences, du 29 juin 2013 au 5 janvier 2014, Musée Anne-de-Beaujeau, Moulins.

*Photo: Musée Anne-de-Beaujeau, Jérôme Mondière

 

Décembre 2013 #8

Article extrait du Magazine Causeur


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est écrivain. Dernier ouvrage paru : Précipitation en milieu acide (L'éditeur, 2013).

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