Alep. Sipa. Numéro de reportage : AP21959422_000002.

Ce qui se passe à Alep est très exactement ce qui s’est passé à Grozny pendant la deuxième guerre de Tchétchénie, il y a n’aucune différence, d’aucune sorte : destruction totale des bâtiments, de toutes les infrastructures (hôpitaux, canalisations, tout ce qu’on peut imaginer), avec un ciblage privilégié des lieux symboliquement tenus en dehors de la guerre, comme, justement, les hôpitaux, massacre indifférencié de tout ce qui se trouve là, destruction des cadres, — volonté de terroriser la population pas seulement sur le moment, mais pour des décennies, de façon à ce que la mémoire de la répression prévienne, pour des dizaines d’années, toute volonté, toute possibilité, de révolte. Pour que les gens transmettent cette terreur comme dans les gènes, comme ça se passe au Caucase. Il y a Poutine, et ces autres démocrates que sont les Iraniens. Et il y a Assad, qui est, en Syrie, ce que Kadyrov est en Tchétchénie. Il y a ça — cette horreur, constante. Avec, comme toujours, la propagande et la contre-propagande, si importante dans le cas de Poutine dont le régime mène une guerre totale, — à la fois planétaire et minuscule, par les missiles comme par FB, pour qu’on en arrive presque à douter du fait qu’il y a un massacre qui se déroule, là, maintenant.

Qui sont les « rebelles »?

Mais, en même temps, je lis « les rebelles » qui résistent à Alep, ou qui, aujourd’hui, sont évacués d’Alep, ou ne le sont pas, — mais, ces « rebelles », qui sont-ils ? Quand je regarde qui ils sont, quels sont les groupes et groupuscules en présence, — d’après ce que j’essaie de trouver dans la presse… Qu’est-ce que c’est que cette coalition d’intérêts opposés ? Qui les dirige, sinon des milices d’Al Qaïda ? Et est-ce qu’Al Qaida (appelez ça Al-Nosra, ou comme vous voulez) vaut mieux qu’Assad ? Est-ce que ce ne sont pas les mêmes, au bout du compte ? — Avec cette différence majeure qu’Assad est soutenu par Poutine, et possède l’appareil d’un Etat, et qu’Al Qaida est soutenue… par les Etats-Unis. Aussi invraisemblable que ça sonne. Alors, moi, comment puis-je me sentir solidaire des « rebelles » ? Des gens — évidemment que oui, victimes des « rebelles » et d’Assad. Mais… des « rebelles »… non.

Et puis, je lis que nous sommes impuissants, que nous sommes indifférents, que nous ne faisons rien. Mais, je ne sais pas, que voulez-vous que nous fassions ? C’est qui, « nous », d’ailleurs ? — S’il y avait quelque chose à faire, — et il faut rendre justice à François Hollande sur ça, — c’était d’intervenir militairement au tout début, en 2013, quand il y avait une chance réelle que l’opposition non-religieuse, démocratique, au régime d’Assad puisse prendre le dessus. La France était prête à le faire, quand, au dernier moment, Obama a fait machine arrière — signant, du même coup (on le voit aujourd’hui) la fin de la « super-puissance » américaine. Dès lors, ce sont les factions islamistes qui ont gagné, massacrant à l’envi, imposant leur dictature à toutes les populations, les tenant en otages, et se massacrant entre elles, puisque c’est le chemin normal des extrémismes, de générer sans fin des extrêmes encore plus extrêmes. Al Qaida est ainsi devenue l’ennemie de Daech.

La France ne pouvait pas faire la guerre toute seule en Syrie. Elle n’a donc rien fait. Hollande n’a pas, publiquement, dénoncé le renoncement des USA — je ne me souviens pas, aujourd’hui, qu’il l’ait fait. Il s’est tu, j’ai l’impression. Il aurait dû parler — mais s’il l’avait fait, il aurait mis au jour la faillite de l’Occident, il aurait affiché la catastrophe. Et tout était joué. Notre Munich à nous, il s’est passé ce jour précis.

Que voulez-vous que nous fassions, maintenant ? Ou qu’aurait-il fallu faire pendant cette bataille ? Attaquer les avions russes ? Envoyer, là, maintenant, un corps expéditionnaire ? Et contre qui ? Et pour soutenir qui ?

On se retrouve, ici, pour ce fragment de Syrie, dans la situation de Grozny en 2002. Et que se passe-t-il ailleurs dans le pays ? Et Palmyre, qui vient d’être reprise par Daesh… Et, par exemple, que va-t-il se passer avec les Kurdes qui se battent, avec acharnement, une fois que les USA les auront abandonnés, là encore, à Poutine et aux Turcs ?

C’est loin d’être fini… et ce sera de pire en pire.

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