Après les mégafeux qui ont ravagé les Landes cet été, les pompiers réclament davantage de moyens, en hommes et en matériel. Le vote du budget 2027 sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité.
Dans mon « premier monde », celui de l’enfance, à bord de la 2 CV familiale que ma mère conduisait sur les longues routes boisées des Landes girondines, l’immense clarté de la plage de Biscarrosse était notre destination favorite. Quand les pins maritimes commençaient à se faire plus rares et que les grandes dunes de sable apparaissaient enfin, je savais que nous arrivions. Une journée avec les vagues océanes pouvait commencer. « Attention aux baïnes ! » Mais j’étais déjà dans le grand bain.
Ma mère aimait rester jusqu’au coucher du soleil. Sur le chemin du retour, je m’endormais à l’arrière de la 2 CV avec des rêves où j’étais tour à tour pirate, vendeur de chichis ou maître-nageur-sauveteur.
Adolescent, j’ai découvert la terrasse du domaine de Malagar, toute proche des vignes de mes grands-parents paternels. Depuis son banc, François Mauriac aimait venir y poser son regard et son âme. « Paysage le plus beau du monde à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais. » Ici, la Garonne serpente entre les coteaux, quelques cyprès se lancent vers le ciel et la forêt des Landes ferme l’horizon. Dans Thérèse Desqueyroux (1927), il écrit : « Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »
Qu’aurait ressenti et écrit Mauriac face aux grands feux de l’été 2026 ? Face à ce feu gigantesque de notre nouveau monde climatique ?
Les pompiers parlent d’une puissance inouïe, d’un « ogre ». Le feu crée son propre vent, le vent attise le feu, puis vient l’« orage de feu », le pyrocumulonimbus. Du jamais-vu en France.
Sur des braises encore chaudes, exténués par un effort surhumain, au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer, les pompiers ont dit la vérité. Avec pudeur, parfois avec colère. Ils ne veulent plus que le qualificatif de « héros » serve à dissimuler la réalité d’un système de lutte contre les incendies au bord de la rupture. « Après nous, il n’y a plus personne, confiait l’un d’eux à Libération le 1er août. Nous sommes face à des risques qui ont changé de nature et, pour y répondre, il faut des moyens adaptés, donc une augmentation du budget. »
Ils réclament des effectifs professionnels supplémentaires, un plan massif de recrutement, un financement national durable des SDIS, la modernisation du matériel et des investissements à la hauteur de ce qui nous attend. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime à 10 000 le nombre de camions-citernes feux de forêt nécessaires, contre moins de 4 000 aujourd’hui.
Et puis, il faudra aussi une autre forêt. Plus tout à fait celle de mon enfance.
Dans notre prise de conscience collective, un cap a-t-il véritablement été franchi cet été 2026 ? Plus rien ne sera comme avant ? Ou allons-nous, une fois encore, passer à autre chose jusqu’au retour de l’« Ogre » ? Allons-nous nous habituer aux désordres climatiques, toujours plus fréquents, plus violents, plus proches de nous ? Ou agir enfin ?
Le prochain budget sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité. Dans son premier rapport d’évaluation, en août 1990, le GIEC présentait déjà clairement les conséquences prévisibles d’un réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine et l’accumulation des gaz à effet de serre. Il y était déjà question du risque d’aggravation des grands feux de forêt.
C’était il y a trente-six ans.
Depuis, aucun budget de la nation n’a pris cette question à bras-le-corps.





