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Lindsay Clancy: « N’importe laquelle d’entre nous »?

L’affaire Lindsay Clancy est un déni de justice


Lindsay Clancy: « N’importe laquelle d’entre nous »?
Lindsay Clancy lors de son procès, au tribunal de Plymouth, le 19 août 2026 © Amanda Sabga/AP/SIPA

Le féminisme victimaire dissoudra-t-il la responsabilité pénale? Aux États-Unis, le procès de Lindsay Clancy, accusée du meurtre de ses trois enfants, a finalement été annulé faute d’unanimité du jury, 11 jurés ayant voté pour l’acquittement pour irresponsabilité pénale contre un seul. Dans un pays qu’on sait déjà assez divisé, tout le monde y va de son avis.


L’affaire Lindsay Clancy révèle une dérive idéologique désormais familière : la substitution de la responsabilité individuelle par une solidarité automatique fondée sur le sexe (ou sur la « race » ou la couleur de peau). En janvier 2023, Mme Clancy a méthodiquement étranglé ses trois enfants (5 ans, 3 ans et 8 mois) dans son sous‑sol à Duxbury, dans le Massachusetts.. Les faits ne sont pas contestés : il s’agit d’actes exécutés dans un laps de temps suffisamment long pour qu’une volonté criminelle se manifeste et persiste. Pourtant, une partie du mouvement féministe a choisi d’y voir non un triple homicide, mais l’expression d’une souffrance féminine collective.

Des centaines de militantes féministes venues la soutenir

Devant le tribunal, des centaines de femmes vêtues de rose ont proclamé leur soutien à l’accusée, des millions l’ont soutenue sur les réseaux sociaux, affirmant qu’« elle pourrait être n’importe laquelle d’entre nous ». Cette rhétorique repose sur une confusion volontaire entre pensées « négatives » — fréquentes après la grossesse, se traduisant rarement par une vraie dépression et surtout sans lien démontré avec le passage à l’acte — et homicide prémédité. Ces militantes abolissent la frontière fondamentale entre pensées et action et entre vulnérabilité et culpabilité.

L’argument féministe invoqué ici n’est pas nouveau : il postule que les femmes seraient déterminées par leur biologie, incapables d’un plein exercice du jugement moral. En prétendant que « toute femme » pourrait tuer ses enfants sous l’effet de l’anxiété ou de la dépression, les militantes réactivent une vision paternaliste que les mouvements d’émancipation avaient précisément combattue. Loin de défendre les femmes, cette posture les réduit à des êtres gouvernés par l’émotion, dont les actes ne relèveraient plus de la responsabilité mais d’une fatalité hormonale.

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Or les faits établis par l’enquête contredisent cette lecture compassionnelle. Mme Clancy a attendu que son mari quitte le domicile, préparé les lieux, utilisé des élastiques de sport pour étrangler successivement ses trois enfants, puis tenté d’effacer sa propre responsabilité par une mise en scène suicidaire peu convaincante. La séquence manifeste une intention criminelle continue. La préméditation n’est pas une hypothèse : elle est inscrite dans la chronologie même des actes.

Un seul juré sauve l’honneur

Le procès a pourtant débouché sur un mistrial, une absence de verdict, conséquence de l’incapacité du jury à atteindre l’unanimité. Face à onze femmes (en majorité) et hommes « en colère », un seul juré a sauvé l’honneur en refusant de céder à la pression émotionnelle et au climat militant entourant l’affaire. Ce juré a rappelé que la justice doit se fonder sur des faits et sur la loi, non sur des émotions.

L’affaire Clancy illustre ainsi une tendance inquiétante : la transformation du féminisme en un dispositif d’exonération morale. En érigeant l’accusée en symbole de la condition féminine, ses défenseurs ont invisibilisé les victimes – trois enfants dont la mort est reléguée au rang d’« effets secondaires » d’un malaise maternel. Cette inversion morale, qui fait des émotions de l’assassin le centre du récit et des victimes des accessoires, constitue une rupture profonde avec les principes élémentaires du droit pénal.

La justice américaine rejugera peut‑être Lindsay Clancy, mais le climat d’un éventuel futur procès ne sera pas différent de celui-ci. Notre société accepte‑t‑elle qu’une idéologie victimaire déclare les femmes irresponsables par nature ? De même qu’elle devrait les croire en toutes circonstances dans les affaires MeToo, au mépris de la présomption d’innocence ? Le féminisme qui s’est exprimé devant le tribunal n’a pas défendu les femmes : il a défendu l’abolition de leur responsabilité. Et c’est précisément ce que ce juré isolé a refusé d’entériner.



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Sénateur honoraire belge, ex-secrétaire général de Médecins sans frontières, ex-président de l’International Crisis Group

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