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A comme AAA. En 2011, les économistes ont pris le pouvoir. Crise, krach, chaos, que le grand cric nous croque… les économistes sont partout, et entreprennent de nous aider à conserver un mystérieux « triple A » que l’on ignorait posséder jusqu’à présent. Ils trustent le débat public, les plateaux de télé, les pages débat des journaux et que sais-je encore. Ils arrivent, en sous-main, à la tête du gouvernement de plusieurs pays, et nous réapprennent à vivre, penser, dormir et faire nos lacets. Yann Arthus-Bertrand nous avait fait croire que la fin du monde viendrait des colères du climat. Grave erreur. Les nouveaux faiseurs d’Armageddon sont les agences de notation. Amusant.

B comme béchamel. Bernard-Henri Lévy, qui se prend pour Malraux mais écrit comme Didier Barbelivien, a à lui tout seul libéré la Libye du joug de l’ignoble Kadhafi, grâce à son bronzage et un opinel n°8. Voilà ce que les livres d’Histoire raconteront à nos enfants dans quelques années. On badine, mais la mauvaise nouvelle de 2012 c’est qu’un nouveau film du philosophe est attendu, narrant son épopée : Libya. Ainsi, vous serez prévenus…

C comme cancer. Le président vénézuélien Hugo Chavez jette un pavé dans la mare : le cancer s’inoculerait comme un virus. Dans un discours prononcé devant des soldats, il a trouvé « très bizarre » que plusieurs chefs d’état sud-américains – dont lui-même… – aient développé simultanément des cancers (c’est le cas de la présidente argentine Cristina Kirchner, du président du Paraguay Fernando Lugo, de l’ex-président brésilien Lula et de Dilma Rousseff qui lui a succédé). C’est « difficilement explicable selon les lois de probabilité » a-t-il déclaré, pointant un éventuel complot américain : « Serait-il étrange qu’ils aient développé une technologie pour inoculer le cancer sans que personne ne soit au courant ? » Et si l’Oncle Sam avait aussi sournoisement commandité la mort du Président Pompidou et de Pierre Desproges ? Étonnant non ?

K comme Kate Middleton. En avril, le Prince William d’Angleterre épouse bruyamment – et devant les caméras frétillantes du monde entier – la jeune Kate M., à l’insoupçonné postérieur romanesque et avantageux. Elton John applaudit. Mais John Lennon l’ignore, car mort. Il ne restera que des photos étrangement tristes de cette longue cérémonie de mariage au glamour absent. Et puis ce cul, oui…mais surévalué !

M comme Marine. Le Front National change de tête d’affiche. Jean-Marie Le Pen, épuisé par des siècles de mauvais jeux-de-mots et de coups médiatiques vaseux, prend sa retraite imméritée et cède sa place à sa fille Marine pour l’élection présidentielle de 2012. Qu’elle amorce d’ailleurs très sagement… On ne recense aucun dérapage notable pour l’instant. Les médias s’ennuient profondément de sa fade blondeur. Point de référence embarrassante à l’histoire de la Seconde guerre mondiale, point de saillies provocantes, un discours lisse comme sa chevelure. Les journalistes acceptent de dîner à sa table, et la question de la « fréquentabilité » de ses idées nationalistes semble ne plus se poser… Une page se tourne, et la gauche – malgré les gesticulations verbales distrayantes de Jean-Luc Mélenchon – n’est certainement pas près de récupérer l’électorat ouvrier capté par la petite entreprise des Le Pen, père et fille. C’est rude.

N comme nucléaire. Mars. Un séisme d’une magnitude de 8.9 frappe le Japon, provoquant un raz de marée qui causera plus de 20.000 morts. Les jours suivants, l’océan ne cessera cruellement de rejeter des corps. La centrale nucléaire de Fukushima est frappée et plusieurs réacteurs surchauffent, détruisant des bâtiments. La situation est maîtrisée mais la psychose ne s’arrête pas aux frontières. Les Français, eux, oublient de pleurer les morts du tsunami, préférant alimenter un débat boueux sur le nucléaire. Certes, les écolos prétendent pouvoir faire rouler les TGV avec des énergies vertes… mais à quelle vitesse ?

O comme Or. Le propre des dictateurs sanguinaires est d’avoir un goût effroyable. Le dictateur, en général, aime ce qui est clinquant, ce qui brille, ce qui étincèle… bref, ce qui est moche. Ainsi, les supplétifs libyens – à moins qu’il ne s’agisse de mercenaires américains – qui ont abattu le Colonel Kadhafi (c’est quoi ces pays incertains où l’on ne devient jamais Général… ?) ont eu la surprise de trouver un ridicule révolver en or massif au poing du filou. Une arme d’origine belge, mais pas en chocolat, qui ne peut manquer de faire songer à l’univers de James Bond et son légendaire « golden gun » de 1974, dans le film L’Homme au pistolet d’or. N’importe quoi…

P comme printemps. Mohamed Bouazizi, un marchand ambulant tunisien se suicide au cœur de l’hiver, se disant harcelé par la police locale. Implacable machine à fabriquer des icônes, la « Révolution » fait de Mohamed un héros. Mais à l’hiver succède le printemps, et les rues de plusieurs pays arabes (Tunisie, Libye, Egypte…) s’embrasent. Le peuple exige le retrait des dictateurs moisis qui avaient fait main basse sur ces Etats. Ces péripéties nous valent un édito fascinant de mièvrerie de Laurent Joffrin, dans Libération, qui commence par : « Lénine avait raison » et se termine par : « Une grande lumière vient soudain d’Orient. Nous assistons à un lever de soleil. » Depuis, les Ben Ali, Moubarak et autres Kadhafi sont partis mais les islamistes sont arrivés au pouvoir. Pardon, il convient de dire (c’est plus doux) « islamistes modérés », voire « islamo-conservateurs ». Et pas touche à l’algérien Bouteflika, lui il est gentil.

R comme Ruby. Novembre. Silvio Berlusconi, 75 ans, se retire enfin de la vie politique italienne après plusieurs décennies de règne, émaillées de scandales ridicules. D’Italie nous est parvenu un mot nouveau : la Bunga Bunga, partie sexuelle festive impliquant de très jeunes femmes en compagnie d’un président du conseil Italien. Les Français, qui ont gardé un excellent souvenir de la chaîne de télé poubelle La 5 naguère lancée dans l’hexagone par Berlusconi avec la complicité de François Mitterrand sont inconsolables, comme la petite Ruby…

T comme Turquie. Décembre. En pleine tourmente relative à la loi française condamnant la négation du génocide arménien, nous parvient une fascinante dépêche AFP de noël, depuis les confins de la lointaine Turquie : « Un imam (nous dit-on) accuse le Père Noël de ne pas être honnête ». En effet, explique t-il, « Le Père Noël s’introduit par les fenêtres et les cheminées. S’il était quelqu’un d’honnête, il entrerait par la porte, chez nous il en va ainsi ». Süleyman Yeniçeri, imam de Kesan, sera privé de cadeaux pour cette déclaration si incongrue ! Et débile.

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