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14 juillet : défaite nationale

Cette année, le 14 juillet a servi de prétexte à une belle foire d’empoigne autour d’un thème que l’on croyait éculé : la nation.

A gauche, la petite phrase d’Eva Joly, qui n’a fait qu’exprimer la position déjà ancienne des Verts – qu’ils soient semi-Norvégiens ou Français pur sucre bio- et la réplique ambiguë de François Fillon ont suscité la désapprobation générale. A l’exception notable de Jean-Pierre Chevènement, qui a déclaré tout de go au sujet de Joly : « La nature de la France lui échappe sans doute. Peut-être lui faut-il encore un peu d’accoutumance ». Hormis cette heureuse fausse note, les porte-voix de la gauche ont tous joué les vierges effarouchées, Martine Aubry montant comme de bien entendu sur ses grands chevaux de mère-la-morale.

Certaines âmes choquées, comme Manuel Valls, n’entendent cependant pas jeter l’idée de nation avec l’eau du bain filloniste. Valls, libéral de gauche défenseur assumé de la « nation républicaine », a sans doute à cœur de sortir de l’anonymat auquel le condamne son statut de microcandidat aux primaires socialistes. Si ses positions économiques très hétérodoxes le marginalisent à gauche, son exaltation de l’universalisme républicain synthétise assez bien le consensus sinistre autour d’une nation supposément née en 1792, avec la République.

Oublier l’Histoire n’est pas un cadeau fait aux binationaux, bien au contraire : les « Français par choix » sont souvent les premiers à célébrer la France immémoriale !

A droite, on a beau être franchouillard, cocardier et saliver devant un apéro saucisson-pinard, on ignore plutôt la géographie. Vive la France éternelle, la richesse de son patrimoine régional… et l’économie mondiale de marché, qui érode les deux premières par sa puissance uniformisatrice et sa concurrence sauvage. Que voulez-vous, parler de rapports de classes, même mondiaux, c’est toujours moins bath que de déboucher une bonne bouteille de rouge.

Autant dire qu’aux deux flancs de l’échiquier politique, où l’on se dispute pourtant les suffrages populaires, chacun préfère rester dans l’artifice : la nation amnésique pour les uns, la mondialisation heureuse pour les autres.

Dommage, que l’on soit coco, socialiste, écolo royaliste ou républicain des deux mains, on pourrait trouver un minimum d’accord pour défendre une France pluriséculaire dans l’univers impitoyable de la mondialisation.

Je résume : zéro pour la gauche en Histoire, zéro pour la droite en géo. En 2012, on tire la tête à Toto ?


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est journaliste.

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