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Jérusalem mon amour

Nathan divers trempe sa plume dans les entrailles du peuple juif


Jérusalem mon amour
Nathan Devers. Pascal Ito

Le nouveau livre de Nathan Devers révèle la force d’un jeune philosophe capable de lier l’âme et les tripes, l’enracinement et l’exode. Une déclaration d’amour inquiète et magnifiquement énoncée.


Si l’on veut se confronter au délabrement de la pensée politique en France et ailleurs, sa coutumière réduction à des slogans et à des jugements primaires, il faut lire Aimer Jérusalem de Nathan Devers. Le lire non comme un exemple de cet effondrement, mais comme un contre-exemple, un exercice de savante et salubre complexité face au béton du simplisme. Par effet de miroir inversé, la haine d’Israël ressort de l’exercice plus aveugle que jamais. L’ouvrage est cependant trop riche pour qu’on le borne à ce résultat, et surtout pour qu’on le résume en une page. Mieux vaut l’aborder par une brève sélection d’angles droits. Par la manière, déjà.

C’est vers la fin de son livre que Nathan Devers, bibliomane revendiqué, définit l’entreprise dans laquelle il s’est lancé : une « méditation ». Il trempe sa plume dans les entrailles du peuple juif pour en sonder les mystères et dégager des chemins d’accès. Devers, talentueux jeune philosophe (BHL, mentor qu’il célèbre, ne s’y est pas trompé), déploie un essai autobiographique qui est aussi un parcours spirituel. Aimer Jérusalem a du souffle. Une langue de haute volée, même si certaine coquetterie de vulgarités plantées de ci, de là surprend. Encore que… Elles sont en italiques, réservées à des dialogues où l’auteur s’expose, langage du quotidien qui tranche sur le discours personnel, éminemment littéraire.

Le 7-Octobre sert de pivot. Saluons la pudeur du récit : poignant sans pathos. Puisant dans l’émotion tragique, Devers introduit cette question essentielle : « Comment un pays peut-il continuer à vivre quand il est confronté au fait de sa disparition possible ? » La référence à L’Enracinement de Simone Weil a l’éclat d’une pensée juste. Simone Weil rappelle deux choses qui donnent tout son sens au titre de l’ouvrage : ce qui nous attache en profondeur au pays qu’on aime est sa faiblesse, non sa force ; et le Christ a pleuré devant Jérusalem en comprenant que la ville serait détruite. L’attachement à la patrie, quand on sent qu’elle est mortelle, naît de la compassion qu’elle nous inspire.

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Forte idée qui fait suite à cette autre question, non moins essentielle : « Comment réagir au mal qu’on a subi ? » La réponse s’inscrit dans un événement bien antérieur au 7-Octobre, dans ce que Devers appelle un « traumatisme textuel » : la Bible. C’est-à-dire le texte où la souffrance des Juifs a dès l’origine été écrite« Le livre qui a engendré les Juifs et qui menace en continu de les anéantir. » Aimer Jérusalem s’emploie à en faire l’archéologie, à déchiffrer les épisodes depuis le temps d’Abraham à celui de Moïse et de ses successeurs politiques. C’est une histoire en tension permanente qui oscille entre l’accueil oblatif des patriarches et la volonté d’exterminer l’ennemi héréditaire d’Israël, les Amalécites. Souhait, aujourd’hui, des fanatiques genre Ben-Gvir. Entre ces deux extrêmes, mille variations tissées au long du livre saint.

Dans une seconde sphère, délivrée de l’étau religieux, il y a Tel-Aviv. Non plus la ville des âmes mais des corps. D’une notion l’autre : on passe du Juif enraciné dans son identité à l’Hébreu qui traverse le désert et, nomade, s’établit où son exode l’arrête. Le corps désigne la réalité du présent où s’inventent les possibles. Tel-Aviv, cité neuve surgie d’une succession de dunes et de vents épars, incarne la page blanche dont a rêvé le sionisme. Seulement, les avenirs ressemblent rarement aux idéaux dont ils procèdent. Ainsi va le livre, sans entraves, assumant son approche sensible, forcément subjective. Les aperçus de Nathan Devers ont d’immenses horizons pour témoins. Et ses méditations de beaux jours devant elles.

Aimer Jérusalem, Nathan Devers, Gallimard, 2026, 432pp.

Aimer Jérusalem

Prix: 23,50 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 15,31 €

Été 2026 - #147

Article extrait du Magazine Causeur




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Universitaire, romancier et essayiste

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