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Sortie des artistes

Rebelles... mais intermittents !

Sortie des artistes
Jack Lang et Roselyne Bachelot lors du changement de nom de la Maison de la Radio en Maison de la Radio et de la musique à Paris le 16 juin 2021 © SADAKA EDMOND/SIPA

Nos artistes sont décidément bien conformistes, rares sont ceux qui osent critiquer la politique sanitaire…


Histoire d’être pleinement dans l’air du temps, la Comédie-Française reprogramme une mise en scène du Malade Imaginaire créée dans la Salle Richelieu en 2001 par Claude Stratz, aujourd’hui disparu.

Histoire d’être pleinement dans l’air du temps, il faudra disposer d’un certificat médical numérique attestant de trois doses d’une vaccination qui n’empêchent pas totalement de contaminer les autres spectateurs pour avoir le droit d’aller à la première de cette comédie sur les médecins charlatans, leurs remèdes exorbitants et leurs victimes hypocondriaques. On dit que l’universalité d’un auteur fait son génie. 

Nul besoin de s’étendre sur l’ironie de cette situation, même si l’équipe de la Comédie-Française préférera à coup sûr la relativiser et se dégager de toute responsabilité quant au tri des spectateurs à l’entrée. Ils ne font que respecter les mesures sanitaires. Rappelons au passage que le salaire des sociétaires et des pensionnaires de la Comédie-Française est presque entièrement dépendant des subventions du ministère de la Culture. 

Les artistes ou l’art de l’indignation sélective

Mais on aurait tort de ne pointer du doigt que la prestigieuse troupe : la profession du spectacle toute entière s’est distinguée dans cette crise sanitaire par son silence gêné et son désengagement. Pourtant habituée aux cris d’orfraie dès que les droits des peuples sont bafoués à des milliers de kilomètres ou qu’un fait divers de discrimination déchaîne la chronique, nos artistes pas si engagés que ça se trouvèrent fort dépourvus dès que la décision fut prise d’empêcher des millions de Français d’aller au théâtre et au cinéma. Certains se firent même remarquer par leur soutien véhément aux mesures de “ségrégation” sanitaire et ne se firent pas prier pour stigmatiser les citoyens non-vaccinés qui n’étaient pourtant pas dans l’illégalité (on se souviendra des déclarations de Didier Bourdon ou de Patrick Bruel).

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La plupart des artistes moins connus adoptèrent un silence de circonstance. Après deux ans de vache maigre, pas question de prendre le risque de perdre son job ou d’être mis au ban d’un microcosme où quiconque ne rentre pas dans le moule en est exclu. Étrange, penseront certains : l’artiste n’est-il pas par définition ce trublion anti-conformiste qui se moque du qu’en dira-t-on ? L’artiste engagé du XXème siècle l’était sans doute. L’artiste d’aujourd’hui préfère s’engager pour les causes qui redorent son image plutôt que pour celles qui risqueraient de la ternir. Il est plus facile, pour un acteur ou un chanteur, d’être pour la planète que contre le passe vaccinal. Il est plus facile de dénoncer le racisme dans un pays qui n’a jamais été aussi tolérant selon la CNCDH (Commission nationale consultative des Droits de l’Homme) que de dénoncer l’exclusion de citoyens qui prennent une décision de santé impopulaire. 

Quelques rebelles ont osé sortir du rang

Quelques-uns auront tout de même tenu à réagir. Un manifeste des artistes libres circule. Une tribune signée par six-cents acteurs de la culture, dont l’écrivain Alexandre Jardin, l’humoriste Christophe Alévêque ou encore les actrices Anny Duperey et Véronique Genest, dénonce en la politique sanitaire un “outil puissant de division”. À quand une intervention de ces six-cents artistes devant les lieux de culture ? 

L’auteur-compositeur CharlElie Couture s’interroge sur la peur qui fait perdre tout discernement à une société devenue hygiéniste. Le rappeur Akhenaton dénonce la politique du bouc émissaire et en paye le prix fort : annulation de concerts, calomnies et quolibets… Moins célèbre mais non moins talentueux, le chanteur libertaire Pierre-Paul Danzin a lui-même annulé tous ses concerts jusqu’à nouvel ordre. Il connaît son public et “ne se voit pas leur demander leurs papiers pour écouter ses chansons”. Peut-être que ce type d’artiste est tout simplement en voie de disparition. Ne restent trop souvent que les artistes de cour, s’accrochant à leur statut ou impatients d’en avoir un. 

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Qu’en est-il des artistes plasticiens ? Ces prompts dénonciateurs des sociétés inégalitaires, ces révolutionnaires de biennales, vendant leurs œuvres subversives à prix d’or ? A-t-on pu voir le moindre happening devant les salles d’exposition demandant le passe pour entrer ? Il ne me semble pas avoir eu vent d’un artiste contemporain qui se serait fait tatouer deux-cents QR codes sur le corps avant de se planter nu devant l’entrée du Grand Palais Éphémère…  Pour un artiste d’aujourd’hui, il n’est de révolution et d’indignation que celles qui font vendre. Et pour l’artiste moins plébiscité, l’objectif est de rester dans la course coûte que coûte. Quitte à se taire, quand il le faut. Vivre dans l’industrie du rêve peut permettre d’échapper à une réalité inconfortable.

Valérie Pécresse, partisane du laissez-passer vaccinal, femme savante ou précieuse ridicule, on hésite toujours, a choisi la meilleure période pour vouloir mettre Molière au Panthéon. L’auteur engagé contre les impostures de son temps, en particulier les impostures médicales, se serait régalé d’une telle hypocrisie. “L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertu”, écrit-il dans Dom Juan.


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