photo : melty.fr

Très honnêtement, je n’aurais jamais cru, il y a quelques mois, que je prendrais autant de plaisir à cette séquence inédite de notre feuilleton politique. Tout d’abord parce que je ne suis pas socialiste et ne l’ai jamais été, et que j’ai longtemps regardé ces gens-là avec condescendance, voire pire. Pour ne rien arranger, la campagne de charlots savonnant ardemment la planche de leur madone allumée en 2007 m’avait laissé un souvenir saumâtre.

C’est donc très progressivement, sans y faire attention et sans m’en rendre compte, que je me suis pris au jeu. Un peu comme trois millions de Français, en fait. Pour ma part, c’est le grand souffle d’air frais apporté par Arnaud «Démondialisator» Montebourg qui m’a embringué dans l’affaire, mais il y a eu, j’imagine, mille autres cheminements. La charmante jeune présidente de mon bureau de vote, avec qui j’ai grillé une cigarette devant la salle municipale de la rue Michelet, croyait pour sa part surtout aux réformes sociétales, et notamment au mariage gay et au droit à l’adoption afférent. La gauche est une grande maison…

Or, si je suis aussi content du résultat, c’est aussi parce qu’à mes yeux François Hollande est de loin le plus apte à faire tenir tout ce monde disparate dans le même bateau. Et à faire voguer ledit bateau dans la tempête. Je n’ai ni haine ni mépris pour l’actuel chef de l’Etat, mais je pense qu’après avoir été un excellent candidat, il a été un mauvais président. Je souhaite qu’il parte et très logiquement, je souhaitais que le candidat que la gauche se donnerait soit à même de faire ce job. Sans tenir compte des sondages, je suis certain que Martine aurait explosé en vol, qu’elle serait tombée dans tous les pièges à éléphants disposés sur son parcours par Sarkozy, qu’elle se serait laissé prendre en otage par les mouvances sociétalistes, fédéralistes, sanspapiéristes, et autres zélateurs de l’éolienne, du Hamas ou du clitoris.

En outre, les 35 heures façon Aubry, donc agrémentées de la flexibilité du temps de travail et de la réduction drastique des heures sup’ ont laissé un très mauvais souvenir aux prolos et aux caissières, et ce n’est pas parce qu’on est à découvert dès le quinze du mois qu’on a la mémoire courte. Bref Martine Aubry, c’était mi-Ségo, mi-Jospin, les plus avisés de mes amis sarkozystes ne s’y sont pas trompés en allant voter pour elle en douce deux dimanches de suite.

Or, il faut être clair: sans primaires, avec un vote des seuls militants, le choix du candidat de la direction du parti – devenu une candidate après les aléas qu’on sait – était acté d’avance.

Mais les primaires ne nous ont pas seulement débarrassés de la sparring-partner dont Sarkozy rêvait. Elles ont aussi permis, je le disais plus haut, à la gauche de renouer avec un vrai commencement de débat d’idées. Quand Arnaud Montebourg dit qu’il a sorti le PS du formol, il a raison, et on n’a pas fini de parler de démondialisation. Et je pense qui si Manuel Valls avait été plus audacieux sur la laïcité ou l’insécurité, il aurait lui aussi franchi la barre des 10%. Pour la première fois depuis des lustres, le débat interne au PS n’est pas seulement un choc d’ambitions personnelles, mais aussi un chaudron bouillonnant avec des vrais morceaux d’idéologie dedans. Le pire y côtoie le meilleur, mais bon, c’est aussi ça, la démocratie -même si je regrette souvent que tout le monde ne soit pas d’accord avec moi,…

Bref, la force de ces primaires aura été de réintroduire de la politique dans la politique, et ça, c’est vraiment bien. Il ne reste plus qu’à gagner une présidentielle survoltée contre un candidat surdoué, et pour ça, si ça se trouve, il faudra, en plus de la finesse politique, de la ruse, de la discipline, de l’ambition, de la folie et un rien de goût du sang. Bon appétit, François !

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