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Rome, l’envers du décor

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Il est des expositions attrape-nigauds ou attrape-touristes, ce qui revient à peu près toujours au même. Des tableaux vus et cent fois revus alignés à la hâte dans trois ou quatre salles pompeuses.

« Les Bas-Fonds du Baroque », au Petit Palais, est exactement l’inverse. Le coup de génie des commissaires ? Avoir mis les mains dans le cambouis de l’art pour en extraire des pépites d’or. Des esquisses anonymes aux maîtres Sweerts, Van Laer ou Valentin de Boulogne, c’est une plongée dans tout ce que Rome, dans le premier XVIIème siècle, comptait de subversif, d’interdit et de dérangeant, à mille lieues du faste des palais et des images d’Épinal.

Les sanguines des filous des faubourgs donnent, dans les recoins des premières salles, la désagréable impression de se trouver nez à nez avec eux dans les cloaques romains. Les sourires démoniaques de diseuses de bonne aventure, moins édentées que leurs clients, bruissent derrière notre dos alors qu’on s’attarde sur les lumières sublimes et délicates du « Concert avec trois musiciens » de Van Honthorst. Le talent du peintre, à certains moments, paraît même trop grand pour ce qu’il représente. C’est un pied-de-nez à la peinture platonicienne, aux corps marmoréens cerclés d’or: l’humanité, la vraie, est offerte dans l’écrin qui lui revient. Les mendiants adressent au visiteur de vagues gestes obscènes, les jeunes gens des tavernes ont le vin triste, Vénus est un homme et pose, lascif, avec un chat…

Ambivalence, malice, étrangeté et mélancolie, c’est à cela, aussi, que ressemblait Rome.

« Les Bas-fonds du Baroque, la Rome du vice et de la misère », Paris, Petit Palais, du 24 février au 24 mai

A320: Stéphane Guillon se crashe sur Twitter

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Stéphane Guillon A320 DieudonnéVous vous souvenez d’un type qui s’appelait Stéphane Guillon, vous ? Non, ne dégainez pas tout de suite les hashtags « #RIP », il n’est pas mort. Mais ça fait un bail qu’on n’entend plus parler de cet « humoriste », qui officiait il y a quelques années à la télé et à la radio. Et à vrai dire, on ne s’en plaint pas. Le type était aussi drôle qu’un lampadaire éteint. Heureusement, tout le monde savait que son inspiration s’assècherait dès que sa bête noire ne serait plus à l’Elysée. Depuis mai 2012, en gros, il a donc disparu du PAF tel un avion de la Malaysian Airlines des écrans radars.

Les fans de son « humour » follement punk (« Sarko facho », « DSK obsédé », tout ça, tout ça) sont désormais condamnés à le suivre sur Twitter. Et à se cogner au passage ses boniments sur tous les sujets : alors que même l’Abbé Biolay a renoncé à évangéliser ce réseau social trop mal famé, Guillon, lui, reste un twittos engagé. Entre deux traits d’humour, il tweete encore et toujours ses messages vengeurs, dénonçant avec courage les forces du mal : la « lâche » Ségolène Royal, « l’hystérique » Alain Finkielkraut, l’« effrayant » FN…

Du coup, au lendemain des attentats islamistes de janvier à Paris, quand Dieudonné dit se sentir « Charlie Coulibaly », Stéphane mouche immédiatement son confrère par un tweet sans pitié :

Tweet Stéphane Guillon Dieudonné

Et pan, dans les dents. D’où la surprise des accros aux réseaux sociaux, ce 24 mars, alors qu’on venait tout juste d’apprendre la mort tragique de 150 personnes dans le crash d’un A320 de la compagnie Germanwings. Dès 12h30, alors qu’on ne savait encore rien de plus que ce qu’en disait le Président aux médias, Stéphane Guillon tweetait la super vanne que lui avait inspiré le drame :

tweet Guillon A320

Evidemment, les réactions ne se sont pas fait attendre. Et le pauvre vieux n’a pas reçu que des félicitations. Pas franchement branché autodérision, et encore moins autocritique, Guillon en a donc rajouté une couche :

tweet Guillon Charlie Hebdo

Avec une telle maîtrise de l’effet boomerang, on se dit que Guillon pourrait bien réussir à faire revenir Sarko à l’Elysée.

*Photo : BALTEL/SIPA/1204161506

A320 : nouvelles hypothèses pour le crash

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Germanwings A320 crashD’après, l’AFP, qui affirme avoir recueilli des informations fiables de sources proches de l’enquête, le pilote de l’Airbus de Germanwings qui s’est écrasé avant-hier dans les Alpes de Haute Provence était bloqué à l’extérieur du cockpit au moment du crash, le copilote, lui, étant enfermé seul dans la cabine.

« Au début du vol, on entend l’équipage parler normalement, puis on entend le bruit d’un des sièges qui recule, une porte qui s’ouvre et se referme, des bruits indiquant qu’on retape à la porte, et il n’y a plus de conversation à ce moment-là jusqu’à l’écrasement », a déclaré cette source anonyme qui aurait eu accès aux enregistrements de la boîte noire

Quelques heures auparavant, le New York Times avait publié sur son site des informations allant dans le même sens, toujours en provenance d’une source proche de l’enquête : « Le type à l’extérieur a d’abord frappé doucement à la porte et il n’y a pas de réponse, rapporte le quotidien new-yorkais. Alors ensuite, il a frappé plus fort à la porte et pas de réponse. Il n’y a jamais eu de réponse. »

Selon ces deux sources, il semble donc que quelques minutes avant la catastrophe , le pilote soit sorti de la cabine, probablement pour se rendre aux toilettes, et qu’il n’ait pas pu réintégrer son poste, faute de pouvoir accéder à la cabine. Les portes des cabines sont pratiquement impossibles à ouvrir de l’extérieur suite aux mesures de sécurité prises après le 11 septembre.

Ces fuites en provenance de la commission d’enquête interviennent quelques heures après une conférence de presse du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) au Bourget, où peu d’infos avaient étaient divulguées, hormis la confirmation de l’existence d’enregistrements utilisables dans la boîte noire retrouvée sur les lieux du drame par les gendarmes.

Si les fuites recueillies par le NYT et l’AFP s’avéraient  fiables, plusieurs hypothèses sont possibles, toute liées au copilote : malaise, suicide, geste terroriste.

Les conjectures plus ou moins sérieuses fusent de partout sur les réseaux sociaux, alimentées par le mutisme absolu des enquêteurs sur l’identité du copilote, dont on sait seulement qu’il était entré récemment chez Germanwings.

[Mise à jour 13h40 : En conférence de presse, le procureur de Marseille a expliqué que le copilote, seul aux commandes, avait actionné volontairement la descente de l’avion, ce qui « peut s’analyser comme une volonté de détruire l’avion ».]

*Photo : Frank Augstein)/FAS112/573976645989/1503251607

Banlieues : qui stigmatise l’islam?

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banlieues islam cazeneuve

On savait que nos banlieues pourvoyaient généreusement l’État islamique en djihadistes. Sans distinction de race, de sexe et d’ethnie, musulmans de souche ou convertis de fraîche date, cailleras délinquantes et ex-bimbos enrubannées en burqa vont par centaines chercher un présent meilleur aux confins de l’Irak et de la Syrie. Après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, notre ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve jurait ses grands dieux qu’on ne reprendrait plus le gouvernement en flagrant délit d’angélisme, alors que les services de Beauvau assuraient l’été dernier que « ce n’est pas un délit de prôner le djihad ».

Quelques mois plus tard, à la suite des exploits meurtriers de Kouachi et Coulibaly, la prose sécuritaire fuitant dans les médias a gagné en robustesse. Cette semaine, on apprend par exemple que nos bien-nommés « quartiers sensibles »  se révèlent encore moins Charlie qu’on le croyait. Dans une note confidentielle du Service central de renseignement territorial déposée sur le bureau du ministre, ces hommes de l’ombre dépeignent des banlieues chauffées à blanc depuis les deux carnages parisiens de janvier. L’islamisme faisant feu de tout bois, les barbus ne se sont apparemment jamais aussi bien portés aux périphéries des grandes villes, où les successeurs des Renseignements généraux observent un « repli communautaire », voire une salafisation rampante. Qui plus est, les barbouzes confirment une de nos intuitions tenaces : on comptait hélas bien peu de musulmans dans les rassemblements pro-Charlie du 11 janvier, comme le laissaient penser les 60 000 manifestants marseillais. Un chiffre bien maigrichon…
Bref, alors que François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem comptaient redresser les habitants des territoires perdus pour la République, la France et l’Europe, c’est pas gagné…

Comme de coutume, les sociologues de la domination nous expliqueront que la relégation des classes dangereuses hors de nos agglomérations légitime la colère de ces nouveaux damnés de la terre qui ont troqué Frantz Fanon contre Mahomet. Allez savoir si la détresse des cités s’est aggravée depuis janvier, on vous répondra que ça stigmatise à tout va, à coups de trique islamophobe, selon la grammaire victimaire des sieurs Plenel et Ramadan.

Pourtant, nos gouvernants jouent une petite musique fort caressante à l’endroit des banlieusards, enfants d’immigrés et musulmans présumés. La lutte contre l’islamophobie est érigée en croisade antiraciste, au même titre que le combat contre l’antisémitisme (un peu plus meurtrier, si j’en juge par le bilan macabre des Merah, Nemmouche et Coulibaly). Manuel Valls s’est même persuadé – à défaut d’en convaincre la majorité des Français – qu’un « apartheid territorial et ethnique » fracturait le pays à la défaveur des zones urbaines sensibles, que l’argent public inonde pourtant dans des proportions bien supérieures à des terres paumées telles que la Creuse ou la Meuse. Tout porte à croire que Christophe Guilluy n’a toujours pas gagné l’oreille du ministre de la Ville, d’ailleurs en passe de perdre son fief  nordique, qui se disait le représentant de « la France qui n’est pas Charlie ».

Je me demande bien quel prétexte saisiront les intermittents de la culture de l’excuse pour absoudre ces chances pour le vivre-ensemble. Trop de racisme, de discriminations ? Mais le « pas d’amalgame » se lit sur toutes les lèvres officielles depuis trois mois. Trop de caricatures anti-Mahomet dans Charlie Hebdo ? Après le bain de sang du 7 janvier, les survivants n’ont persiflé qu’un numéro, tandis que les rappeurs Abd Al Malik et Akhenaton les dénonçaient comme de fieffés racistes au discours criminel. Odieuse inversion. Pour un peu, les mêmes nous diront que l’attaque du Bardo trouve son origine dans l’islamophobie d’État qu’avait instaurée Bourguiba en sirotant une limonade en pleine allocution télévisée pendant le Ramadan…

Dans notre patrie dite des droits de l’homme, la traque des ennemis du genre humain occupe une grande partie de la saison de la chasse. Mais puisqu’on est en droit de montrer du doigt les homophobes, transphobes, et racistes supposés, les musulmans de France se grandiraient en fustigeant ceux qui stigmatisent leur Dieu et leur Prophète avec du sang frais, qu’ils s’appellent Kouachi, Coulibaly ou Baghdadi…

*Photo : wikicommons.

Education civique : cent mots pour ne rien comprendre

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najat vallaud education civique

« L’enseignement secondaire, tout démantelé qu’il soit, tout défait que l’on l’ait fait, est encore la citadelle, le réduit de la culture en France. » Charles Péguy[1. Charles Péguy. Notre jeunesse. Œuvres complètes. Éditions de La Pléiade, pp. 32-34.] reconnaîtrait-il aujourd’hui sa « citadelle du secondaire », certainement bien plus démantelée et défaite qu’en 1910 ? L’« esprit du 11 janvier » n’a pas perduré très longtemps au sein de l’école républicaine, à supposer qu’il ait un jour fait son apparition dans certains établissements. Les réactions des élèves et les multiples incidents, lors de la minute de silence en hommage aux victimes, ont mis en lumière le principal échec de l’école : son incapacité à transmettre aux « futurs citoyens » la volonté de développer un esprit critique et une capacité de réflexion. Ainsi sont-ils livrés au prédigéré médiatique et à la tambouille complotiste qui substituent à la complexité du monde des explications simples, ludiques et séduisantes, malheureusement quelquefois corroborées par les parents eux-mêmes.

En 1975, la loi Haby postulait que l’école « favorise l’épanouissement de l’enfant, lui permet d’acquérir une culture, le prépare à la vie professionnelle ». L’ambition est indiscutable : qui ne voudrait « bâtir un collège pour tous qui soit en même temps un collège pour chacun » ?[2. Jack Lang en 2001.] Quarante ans plus tard, en dépit des multiples réformes visant à personnaliser les parcours, égaliser les chances et niveler les disparités scolaires, le fiasco du collège unique est patent. Cet échec, qui n’est pas cantonné aux ZEP (désormais appelées « Réseau ambition réussite »), est aussi le premier terreau du radicalisme et de la violence que les politiques de gauche comme de droite semblent aujourd’hui découvrir.

Qu’on se rassure, tout cela va changer maintenant que Najat Vallaud-Belkacem a sonné la mobilisation générale. Désormais, l’école placera « la laïcité et la transmission des valeurs républicaines » au cœur de sa mission (ah ! ce n’était pas le cas ?) et s’efforcera en conséquence de « combattre les inégalités et de favoriser la mixité sociale pour renforcer le sentiment d’appartenance dans la République ».[access capability= »lire_inedits »] Passons sur le fait que le lien entre « inégalités » et « radicalisation » ne soit pas fermement établi, mais on a le droit d’être au moins sceptique quant à l’efficacité des mesures annoncées – même si, par charité chrétienne, on veut bien oublier la rafraîchissante Journée de la laïcité. En revanche, il est à craindre que le recrutement de 1 000 « formateurs des enseignants et des personnels d’éducation à la laïcité » ne suffise pas à changer la donne : les ESPE[3. Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE).] qui ont pris la relève des défunts IUFM ne sont pas plus appréciés des profs « néo-arrivants » qui les jugent déconnectés des réalités scolaires.

Dûment formés par les formateurs, les professeurs devront, dès la rentrée 2015, dispenser à 3 332 000 collégiens et à 1 470 600 lycéens un enseignement moral et civique comportant une éducation aux médias. On ne sait pas s’il est prévu d’apprendre préalablement aux profs qu’il existe en France d’autres quotidiens que Le Monde et Libération. En attendant le programme officiel de cette matière, on se fera une idée de l’état d’esprit dans lequel est menée la réforme et de ce qui attend les professeurs en lisant un ouvrage de 160 pages intitulé 100 mots pour se comprendre, contre le racisme et l’antisémitisme, publié sous les auspices de la Licra avec la bénédiction de l’Education nationale. Ce dictionnaire, qui rassemble 100 définitions rédigées par 38 auteurs, est explicitement destiné aux enseignants des disciplines littéraires, invités à y puiser de quoi nourrir une ou deux heures de cours, afin de « montrer, aux jeunes notamment, que les mots ne peuvent pas être intervertis ou employés à tort et à travers et l’un pour l’autre ». Si ça se trouve, certains profs avaient déjà songé à faire leur cette louable ambition !

Mis en ligne le 28 janvier sur le site Eduscol, 100 mots pour se comprendre a provoqué un petit scandale. Début février, Rue89 révélait la présence, parmi les contributeurs appelés à édifier la jeunesse, d’un prêtre catholique condamné pour attouchements sur mineur. L’ouvrage a rapidement été retiré du site, avant de reparaître expurgé. Cependant, le véritable scandale réside peut-être dans le contenu de l’ouvrage.

Le premier mot choisi pour guider « ces milliers de jeunes qui veulent démêler le vrai du faux dans des débats passionnés » est, faut-il s’en étonner, « Amour ». Une bien belle entrée en matière, illustrée par quelques sages et inoffensives recommandations de développement personnel : « L’amour de l’autre commence par l’amour de soi : qui ne s’aime pas ne peut aimer son prochain » ; « Les rites de la relation amoureuse doivent se réinventer pour vaincre la lassitude ». On pourrait objecter que l’école laïque n’a pas à édicter une norme de comportement amoureux, mais on ne chipotera pas. Surtout que les choses se corsent légèrement avec l’entrée suivante, « Antiraciste », signée par Alain Jakubowicz, président de la LICRA.

Je ne résiste pas à l’envie de partager quelques extraits de ce texte hilarant. « Antiraciste, apprend-on d’abord, est ce gaillard des années 1930 qui n’hésite pas [à] relever les manches pour corriger les membres des ligues fascisantes qui défilent dans la rue. » On s’en veut de devoir nuancer cette vision touchante de l’entre-deux-guerres, située dans le monde rêvé des enfants, quelque part entre Okapi et le Club des Cinq, mais comparer les antiracistes d’aujourd’hui aux antifascistes d’hier est un tantinet, disons désagréable, pour les seconds. Poursuivons : « Antiraciste est cet enfant de 2014 qui prend la défense de son camarade que d’autres briment parce qu’il ne mange pas de cochon. » Celle-là est vraiment excellente. Alain Jakubowicz devrait peut-être faire un tour dans un établissement scolaire du 93 ou du 95. Il y découvrirait que, depuis que les élèves juifs ont déserté l’école publique, ce sont plutôt les mangeurs de cochon qui sont – au mieux – tenus à l’écart ou… priés de s’intégrer. Mais Jakubowicz ne dévie pas de son combat contre le nazisme dont il voit les signes annonciateurs du retour : « Antiraciste est ce cycliste qui décolle spontanément l’affiche avec une croix gammée collée juste au-dessus du poteau auquel il attache son vélo. » Je n’avais jamais remarqué qu’il y avait autant d’autocollants à croix gammée sur les poteaux. Peut-être devra-t-on créer un Comité Cyclopédique de Vigilance Antiraciste (CCVIA) qui traquera les croix gammées en habits colorés. Pour finir, on appréciera les conseils en bonnes manières de Jakubowicz : « Antiraciste est celui qui sans violence mais avec discernement signale à ses collègues autour de la machine à café, comme à ses amis au cours d’un dîner, qu’ils passent les bornes de la plaisanterie douteuse pour promouvoir des préjugés larvés. » Toi aussi, pourris donc tes relations sociales en te prenant pour un commissaire politique. On va s’amuser, dans les dîners, quand on n’aura le droit qu’aux blagues non douteuses.

Ainsi édifiés sur le monde réel selon Alain Jakubowicz, les élèves continueront à « redécouvrir le vrai sens des mots » en se penchant sur celui du mot « Arabe ». C’est Ghaleb Bencheikh, éminent théologien et président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, qui s’y colle : « Certains traits caractéristiques de l’ethnos arabe peuvent se résumer en leur attachement viscéral à la liberté, à l’exaltation de la virilité, de la chevalerie et des traditions équestres. Les vertus de l’accueil, de l’hospitalité, de générosité et de magnanimité sont exaltées. L’amour passionné de la poésie a donné au monde arabe de grands poètes, des funambules de la langue, passés maîtres en prosodie et en versification. » Cette description enthousiaste de « l’ethnos » arabe – ou peut-être de « l’ethos », on ne saurait exclure la bévue d’un correcteur – aura peut-être la vertu de rassurer ceux qu’inquiètent certaines de ses expressions contemporaines. Pour comprendre ce qui fait l’ethnos (ou l’ethos) d’une collectivité humaine, on n’en préférera pas moins la définition, certes plus rustique mais sans doute plus directe, fournie par Pierre Desproges dans Les étrangers sont nuls : « Les Espagnols sont un peuple fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les coups de corne. »

Soyons juste, ce petit livre ne se réduit pas à ces argumentaires inspirés par d’excellents sentiments plus que par le souci de vérité. On trouve, au fil des pages, quelques pépites. Robert Redeker propose une distinction très pertinente entre la civilité, bienveillance morale vis-à-vis de l’autre, et le civisme, qui se manifeste par le respect de la loi. Principe créateur, observe justement Redeker, car celui qui respecte la loi sait qu’il en est lui-même l’un des auteurs possibles. Norbert Engel oppose, sans grande surprise mais avec pédagogie, deux conceptions de la « communauté », l’une apportant une « chaleur identitaire qui conforte », l’autre imposant un « contrôle permanent qui étouffe ». Daniel Bougnoux rappelle qu’« être français », c’est partager « une langue mais aussi des images, des saveurs, des livres ou des chansons », et en appelle à la transmission « de cette dimension civilisationnelle ». On précisera encore que les entrées « Christianisme », « Judaïsme » et « Islam » sont rédigées de manière assez académique et dépassionnée, y compris par Ghaleb Bencheikh, dont on ne saurait oublier le talent au prétexte qu’il pense que les Arabes sont un peuple fier, ombrageux et viril, qui aime la poésie et les chevaux.

On se demande pourquoi, alors, ces 100 mots ne suscitent pas seulement l’hilarité, mais aussi l’agacement, voire une franche colère. C’est que ce livre, qui bénéficie d’une onction officielle, est en réalité un instrument de propagande au service d’une idéologie compassionnelle et sans-frontiériste, qui n’a guère aidé jusque-là à remédier aux problèmes de la France et de son école. Les vieux auditeurs de France Culture n’en seront pas surpris si on précise qu’Antoine Spire est le directeur et le principal contributeur de l’ouvrage. Il suffira aux autres de s’arrêter à l’article « Assimilation » : « Il y a dans le processus d’assimilation un arrière-goût de domination indiscutée de celui qui assimile et un arrière-goût d’humiliation de celui qui est assimilé. L’intégration à l’inverse permet une vraie confrontation des traditions et l’élaboration d’une sorte de métissage qui transforme les deux cultures au contact. Aux USA, pays constitué par l’immigration, tout est fait dans un premier mouvement pour intégrer celui qui arrive avec ses caractéristiques propres, fussent-elles étrangères. » Au cas où on aurait mal entendu, la codirectrice de l’ouvrage, Mano Siri mange le morceau: « Seuls les arbres ont des racines… qui les empêchent d’ailleurs de se déplacer dans l’espace. » Si on comprend bien, notre salut passe par la destruction de toute racine. Spire confirme son adhésion à ce chatoyant projet en regrettant, quelques pages plus loin, que le sulfureux poète Henri Meschonnic soit mort avant de pouvoir achever une nouvelle traduction « débondieuisée » de la Bible.

À la fin du livre, on n’a pas l’impression d’avoir eu en main un gentillet bréviaire de l’antiracisme, mais la matrice d’un véritable programme politique, qui pourrait être celui du Parti de l’Autre, selon la formule évocatrice d’Alain Finkielkraut. Sous couvert de tolérance et d’amour de l’humanité, ces 100 mots pour se comprendre diffusent une idéologie clairement différentialiste dont on aimerait savoir comment elle contribuera à apprendre la citoyenneté aux élèves. « Avant même d’être un cadre institutionnel, la république est une idée, un idéal », proclame Vincent Peillon à la page 127. On laissera Péguy lui répondre : « Quand un régime est une thèse, parmi d’autres, il est par terre. Un régime qui est debout, qui tient, qui est vivant, n’est pas une thèse. » [/access]

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00704016_000003.

Euro: le sauvetage, pire que le naufrage

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euro BCE Etats-Unis Tsipras

Si l’on doutait encore de la soumission des Européens aux Etats-Unis, cette information, dont toute la presse allemande parlait au matin du 17 mars 2015, viendra lever les incertitudes. Elle prouve aussi que Jean-Claude Trichet – désormais président de la Trilatérale, think tank cadet de Bilderberg, présidé par Henri de Castries – est sous influence directe de l’administration américaine.

C’est l’ancien économiste en chef de la BCE, Jürgen Stark, qui l’affirme : le président Obama aurait exercé d’énormes pressions sur la BCE, lorsqu’il s’agissait de sauver l’euro. Le but des Américains était que la Banque centrale de l’Union européenne intervienne de manière aussi agressive que la FED sur les marchés. Peu après ces pressions, un programme d’achat massif d’emprunts d’Etat fut élaboré.

Ce mois-ci, Mario Draghi a mis en place son programme de stabilisation de l’euro, annoncé de longue date. Selon ses prévisions, réalisées avec la participation active des Américains, 60 milliards d’euros d’emprunts doivent être achetés chaque mois. Jürgen Stark rapporte dans un document réalisé par la télévision allemande ARD comment, le soir d’une session de la BCE, quelqu’un lui avait remis une enveloppe. Celle-ci contenait les consignes détaillées demandant à la BCE d’acheter massivement les emprunts d’Etat. Ces plans lui étaient alors totalement inconnus. « Ça a été pour moi un choc incroyable », déclare Stark à propos de cet épisode, qui aurait eu lieu à Lisbonne en mai 2010.

Ce genre de programme d’emprunts est vivement contesté par les juristes, et même les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe le tiennent pour illégal. « Les pressions de l’administration américaine étaient énormes, de tous côtés, en particulier de la part du président Obama », précise Stark, qui a fini par présenter sa démission sous l’administration Trichet, en 2011. La presse française en avait rendu compte à l’époque, estimant Trichet affaibli par cette démission. Les déclarations de Stark ont été confirmées, durant la crise financière, par Philipp Hildebrand, le président de la Banque nationale suisse : « Lors de l’entrée en fonction de Mario Draghi, j’ai reçu un coup de fil de Tim Geithner, le ministre des finances américain, qui voulait savoir comment amener la BCE à adopter un style tout aussi agressif, comme c’est l’usage à la FED et en Grande Bretagne. »

Et puis soudain, durant le sommet de l’Union européenne qui vient de se tenir entre Junker, Merkel, Tsipras, Hollande et Draghi, l’UE déclare que la situation de la Grèce représente une catastrophe humanitaire. On sort alors du chapeau pointu européen un « fonds inconnu de 2 milliards d’euros, destiné au développement » (on se demande quel développement). Junker décide donc que cette somme sera attribuée aux Grecs. Il charge le Commissaire européen Valdis Dombrowski « de voir » comment celle-ci serait absorbée par la Grèce… Après le sommet, Junker déclare que cet argent doit servir à maîtriser les problèmes sociaux du pays et aider les PME à se développer. Mais il omet de préciser comment il va contrôler l’attribution de cette somme à Athènes.

Tout ceci n’a pu que satisfaire Alexis Tsipras, en récompense de son alignement à l’UE et, par ricochet, aux Etats-Unis. Les autres Etats membres de l’UE, eux, n’ont pas été associés à ces négociations, bien qu’il s’agisse de l’argent de leurs contribuables. Le journal économique allemand Deutsche Wirtschaftsnachrichten précise : « Par cette décision, la troïka a désormais les mains libres pour demander d’autres milliards à la BCE et au FMI au titre de la dette grecque. Cette action risquée est connue du grand public sous le nom de « sauvetage de la Grèce » et a déjà coûté au contribuable européen 240 milliards euros. » Comme mentionné dans le reportage de la première chaîne allemande ARD, l’UE achète encore une fois du temps avant la catastrophe. Ainsi Georges Friedman, fondateur de la plus importante agence de renseignements privée au monde, Stratfor Global Intelligence, estimait-il à l’occasion d’une récente conférence à Chicago que l’euro et l’Europe imploseront.

En attendant, les Etats-Unis peuvent toujours faire pression car, comme le dit Georges Friedman, « l’Europe est devenue incontrôlable ». Preuve de sa dérive autocratique, une déclaration de Junker, cité par Der Spiegel, devrait choquer chacun des citoyens que nous sommes : « Nous décidons des choses et les laissons de côté, pour attendre quelque temps et voir ce qui va se passer. S’il n’y a pas de grandes protestations et autres émeutes – car, de toute façon, personne ne comprend ce que nous décidons – alors nous continuons, pas à pas, jusqu’à ce qu’un retour en arrière devienne impossible. » Ainsi va la démocratie en UERSS !

*Photo : Reynaldo Paganelli/SIPA/1503240924

Hommage à Pierre Dac

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Pierre Dac disparaissait il y a 40 ans. Les journalistes et écrivains Jacques Pessis et Guy Konopnicki rendront hommage au roi des Loufoques ce jeudi 26 mars à 19h30 à la Mairie du 11e arrondissement de Paris.

Cette commémoration qui s’annonce assez peu formelle permettra de découvrir les multiples facettes du créateur de L’Os à moelle  et de Signé Furax qui fut aussi une grande voix de la France Libre. Cette  soirée RCJ en partenariat avec l’Action Culturelle du FSJU sera animée par notre ami Jonathan Siksou.

Entrée libre sur réservation au 01 42 17 10 70 ou sur actionculturelle@fsju.org

Mairie du 11e arrondissement: 12, place Léon Blum 75011 Paris

Départementales : la victoire pour tous?

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valls sarkozy cigare fn

Les élections départementales du 22 mars n’auront visiblement fait que des heureux. Dans un bel ensemble, les chefs des grandes formations politiques ont tous revendiqué une victoire ou au moins un lot de consolation qui avait presque le goût de la réussite.

Un bon tiers de la satisfaction générale est allé à la droite et plus encore à Nicolas Sarkozy, qui peut enfin se targuer d’avoir réussi son retour en politique après des mois de tâtonnement et quelques atterrissages d’urgence. Devant les caméras, dimanche, c’est le péan triomphant sur l’air de « Moi, moi, moi…et l’extrême droite » qui avait remplacé la complainte usée du « j’ai (enfin) changé » avec laquelle le fils prodigue n’avait pas su encore convaincre qu’il était revenu. Face à lui, Alain Juppé pose en rassembleur centriste mais on le sent déjà presque sur la défensive, comme s’il se doutait que la bataille des idées, et surtout des slogans, risque bien de se jouer à droite autour du thème de l’identité plutôt que sur celui de la renaissance du centre-droit. Portée par la réussite électorale qui a tout lieu de se confirmer dimanche prochain dans les urnes, Sarkozy abordera certainement le prochain congrès de l’UMP en position de force.

Au Front national, on se réjouit d’un score historique : 25% au cours d’une élection traditionnellement difficile pour un parti sans alliés, c’est en effet une bonne performance qui garantit peut-être au FN un ancrage local plus solide. Mais c’est un aussi un score quelque peu décevant pour Marine Le Pen qui voyait déjà son parti passer allégrement la barre des 30 %. Peut-être est-ce la rançon d’une normalisation politique : il n’y a pas de raison que les électeurs FN aussi assurés de leur victoire ne se soient pas un peu abstenus aussi au premier tour. Après tout, si le taux d’abstention pour ces élections était de 50 %, il atteignait plus de 70 % chez les 18-25 ans, une catégorie de la population qui vote de plus en plus pour le parti de Marine Le Pen. En attendant, même si la vague Bleu Marine n’a pas coïncidé avec les grandes marées, le Front national est tout autant en passe de renforcer son emprise électorale que de consolider sa base électorale, au contraire des autres partis en lice et en particulier du Parti socialiste.

Rue de Solférino pourtant, on s’est targué d’avoir presque remporté une victoire, ou du moins une défaite plus qu’acceptable. Pourtant, 500 cantons perdus et 19% des voix en troisième position derrière le FN, cela ressemble plus à Waterloo qu’à Iéna. Oui mais voilà, la confusion des systèmes de comptages adoptés par les instituts de sondage couplée à la stratégie, consistant pour nombre d’élus PS à se présenter plutôt sous l’étiquette divers Gauche que sous celle de leur parti dans certains cantons, a brouillé un peu les cartes et permet donc au pouvoir de revendiquer près de 28% des voix en additionnant toutes les micro-formations d’une coalition électorale plus qu’hétéroclite qui laisse de côté Front de Gauche et EELV. Le PS reste ainsi à la pointe des évolutions sociales et du progrès technique en inaugurant l’électorat recomposé et la victoire virtuelle.

Du coup, Manuel Valls s’est offert le soir du premier tour un cigare très cinématographique qui a fait le tour d’internet, suscitant quelques détournements dont le plus savoureux plaque la tête de Valls cigare à la bouche sur l’immense col pelle à tarte de Tony Montana dans Scarface. Une manière de donner à notre nerveux Premier ministre un petit air canaille qu’on aurait pu aussi vouloir plus franchouillard en collant, en plus du cigare, la réplique culte de Philippe Noiret, l’un des flics pourris des Ripoux, dans la bouche de ce Manuel Valls triomphant : « Tu vois, donner des conseils, ça fait partie de notre boulot. On s’fait des amis et puis tout le monde est content, non ? » Après avoir éreinté les plateaux de radio et de télévision, toute la semaine précédant le vote, à coups de sermons républicains, le rôle n’aurait pas si mal été à Manuel Valls. Mais peut-être préférera-t-on le voir en Don Camillo dégustant avec satisfaction un cigare dans Don Camillo Monseigneur. Le Premier ministre pourrait presque reprendre à son compte la tirade du bon curé (en se félicitant d’être le nouveau Boudu sauvé des eaux) : « Après ces orgies de sondages, désinfectons-nous un peu la bouche avec ce parfum de chez nous. » On peut aussi voir, comme l’on fait beaucoup d’internautes, Manuel Valls en Hannibal, le cerveau de L’Agence tous Risques, qui, à chaque mission réussie, s’allume un cigare et déclare avec satisfaction : « J’adore quand un plan se déroule sans accroc. » Pour ma part, je préfère encore le cigare de Buster Keaton car Manuel Valls m’apparaît un peu comme le mécano de la départementale…

Reste à savoir si Manu et son barreau de chaise ne seront pas emportés par les nouvelles grandes marées annoncées dimanche prochain ou si Valls pourra continuer à jouer l’Hannibal politique.

*Photo : PNA/SIPA.00708635_000017

Autonomistes régionaux : les vrais gagnants des départementales?

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autonomistes bretagne alsace

Vu de BFM TV, ça peut sembler exotique, mais les véritables gagnants des élections départementales sont bel et bien les mal-nommés autonomistes ou indépendantistes « régionaux ». Difficile de les repérer, dans les décomptes des voix, ils sont tous notés en… « divers ». Voici d’ailleurs une habile manière pour les états-majors parisiens autant médiatiques que politiques de ne pas voir le boomerang arriver.

En Alsace, les autonomistes de Unser Land peuvent sabler le Riesling à la santé de François Valls. Aux cantonales de 2011, ils atteignaient 5%… 6%… Un candidat avait bien été élu à Sarre-Union mais avait démissionné l’année suivante. Depuis, Manuel Hollande a pris le fulgurant diktat de faire disparaître l’Alsace en la fusionnant avec la Lorraine et la Champagne-Ardennes. Les autonomistes (plutôt écolo-centristes) d’Unser Land ont fait toute leur campagne sur le thème « Elsass Frei » (Alsace Libre). Résultat : Ceux-ci atteignent des sommets. Saint-Louis : 24,52%, Wintzenheim : 16,55%, Altkirch : 16,43%. Ingwiller : 13,51% et ailleurs. Modestes éminences à l’image de l’Alsace bossue mais suffisamment hauts et inattendus pour faire disparaître le PS de tous les cantons alsaciens sauf Strasbourg. Il ne reste plus à Solferino qu’à envoyer Jacques Attali à ces pécores d’alsaciens pour leur expliquer les principes de l’homme indifférencié déménageable à l’infini.

En Bretagne, les résultats sont moins spectaculaires mais posent tout de même question. L’illustration la plus flagrante vient du Finistère : le leader des Bonnets Rouges, l’autonomiste Christian Troadec en binôme avec la déléguée CGT de Tilly-Sabco Corinne Nicole fait 35,56% dans son vaste canton du centre-ouest Bretagne. Le PS est laminé comme une couenne de porc et arrive en quatrième position. Le FN est cinquième. La plus grande gueule du Finistère (qui fait face à une sévère concurrence dans le domaine) sera assurément réélu, tout comme son compère Christian Derrien dans le canton voisin de Gourin. Notons que quelques jours avant les élections la FDSEA 29 avait fait paraître un bilan de congrès aux accents autonomistes fustigeant le jacobinisme et demandant « le droit de décider au pays ».

Mais le succès annoncés du finistérien n’est pas, contrairement aux autre scrutins, le seul fait d’arme du mouvement nationaliste breton cette année. En banlieue de Rennes, un jeune conseiller municipal indépendantiste avec la ferme ambition d’emmerder le PS, fait 16,66% pour sa première candidature à une cantonale. A Quimper, un kabyle armoricain et sa binôme frôle les 10%, etc… Même si des candidats nationalistes bien implantés font régulièrement de bons scores, l’ampleur des résultats à deux chiffres est une première. Effet bonnets rouges ? Il faut se rappeler qu’en Bretagne, tout accès de fièvre sociale prend souvent sa source dans le comburant identitaire. Et pour la première fois, des candidats de la très sage Union Démocratique Bretonne (UDB), formation autonomiste très liée au PS, multiplient les non-consignes de vote pour le second tour, c’est à dire la fin de l’appel automatique à voter-pour-le-candidat-de-gauche-le-mieux-placé. Inédite rébellion ! Ironie d’un soir d’élection, les seuls candidats de l’UDB ayant des chances de l’emporter au second tour sont en binôme avec… des socialistes locaux. Les régionales arrivant, le PS a tout lieu de s’inquiéter d’une possible liste autonomistes/indépendantistes unique avec Troadec en chef de ligne. Auquel cas, l’actuel ministre des armées Le Drian serait assuré de perdre le conseil régional.

Au Pays basque, les nationalistes (« abertzaleak »  en basque) rassemblés sous l’étiquette Euskal Herria Bai (Pays Basque oui) affichaient un programme très simple : « il faut une institution Pays Basque !». Rappelons que lors des préliminaires à la loi de réforme territoriale, Marylise Lebranchu avait émis l’idée d’une collectivité territoriale basque, sitôt démentie par Manuel Valls alors ministre de l’intérieur.

Aujourd’hui, EH Bai est présent au second tour dans cinq cantons de ce minuscule territoire représentant la moitié des Pyrénées-Atlantique et sont devenus la troisième force politique du pays basque (après l’UMP et les centristes) avec 16% des voix au total.

Résultat : comme dans le centre-Finistère breton, tout le spectre de la gauche est pris par les nationalistes et le PS est relégué dans les « zuloak » (trous), sympathiques grottes qui couvrent la montagne basque.

En Corse, les nationalistes, toujours pleins de pudeur, avaient cherché à brouiller les pistes en multipliant les noms cache-cache : « Spiranza Nova » dans l’extrème-sud, « A Stradda nova pà L’Avvena » à Bavella, etc… Affiches en corse. « I candidati naziunalisti » en bas à droite, l’électeur savait qu’il votait pour un nationaliste, mais de quelle tendance ? Les résultats claquent comme un pain de plastic au pied d’une perception : 22,62% à Corte pour le candidat Corsica Libera là où le centre-gauche Pierre Ghionga arrive en tête, même si on se demande bien ce qui différencie l’ancien PRG des nationalistes au regard de son discours à l’assemblée de Corse.

Ailleurs, le très indépendantiste docteur Eric Simoni à Bastia fait presque 15%. Dans le canton « Grand Sud », les deux candidats nationalistes rivaux totalisent plus de 21%. Au final les rusés « Femu a Corsica » du jeune maire nationaliste de Bastia Gilles Siméoni sont en mesure de rafler 2 cantons dans le secteur bastiais. Premiers pas pour la constitution d’un solide fief ?

À quelques mois des territoriales, ça ne semble affoler personne à Paris. Pourtant, les discussions à l’assemblée de Corse ont été très « clivants », les thèmes des nationalistes comme le statut de résident et la co-officialisation de la langue corse ayant été porté par de surprenants « corsistes » (membres de partis français non-nationalistes).

En fin de compte, avec la disparition du FLNC, le « problème corse » quitte la rubrique « justice » mais risque bien de revenir par la rubrique « politique ». En Bretagne, l’essoufflement du mouvement des Bonnets Rouges a fait disparaître la péninsule des écrans télés mais les problèmes identitaires, sociaux (agro-alimentaires) et territoriaux (la réunification de la Bretagne notamment) accentués par une réforme territoriale ratée risquent de constituer un problème politique majeure élection après élection. Même constat au Pays basque. Et ce problème à venir vaudra pour l’ensemble des composantes de la classe politique hexagonale, car les « nationalistes régionaux » mordent sur tous les électorats.

*Photo : SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA . 00693818_000031.

Crash de l’A320: allô, monsieur le Président ?

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Hollande crash A320 GermanwingsNous avons appris ce matin, comme tous les Français, la nouvelle du crash d’un airbus A320 de la compagnie Germanwings dans les Alpes du sud, alors qu’il effectuait un vol reliant Barcelone à Düsseldorf. Au-delà de la compassion que ce drame nous inspire pour les victimes et leur famille, il convient tout de même de s’interroger sur le traitement particulier que certains médias réservent à cet événement.

A 12h54, Libération titrait en effet « Crash d’un Airbus près de Barcelonette, d’après François Hollande, il n’y a aucun survivant. » A 12h45, c’est Le Monde qui publiait « Crash d’un Airbus A320, aucun survivant selon Hollande ».

crash A320 Germanwings Libération

Ainsi donc, François Hollande est devenu le correspondant « ès drames » des quotidiens nationaux. Ce n’est pas vers l’AFP, mais vers lui qu’ils se précipitent pour prendre des informations. Le Préfet des Alpes de Haute-Provence, le directeur de l’aviation civile, le ministre des transports n’en ont-ils pas de plus précises à leur niveau ? Non, c’est vers François Hollande qu’on se tourne pour recueillir des précisions sur le drame. L’Elysée est devenu une agence de presse.

Faut-il y voir l’effet d’un exécutif qui a perdu tout pouvoir et qui est condamné à commenter les faits divers ? Ou est-ce l’un des derniers avatars du pouvoir monarchique en France : les médias, comme le peuple, iraient chercher auprès de leur souverain un peu de réconfort ? Sans doute un peu des deux, ce qui a conduit le député Lionnel Luca à se payer le Président dans un tweet : « On croyait avoir perdu FH depuis ce week-end électoral meurtrier. On vient de le retrouver comme commentateur du crash. »

La concomitance et la similitude des titres de Libération et du Monde laissent en tout cas supposer que L’Elysée a été assez pro-actif dans la publication d’un communiqué. Investi du rôle de père protecteur de la nation après le 11 janvier, François Hollande va-t-il finir son mandat en touchant les écrouelles, là ou d’autres l’imaginaient inaugurant les chrysanthèmes ?…

*Photo : LAURENT VU/SIPA/1503241450

Rome, l’envers du décor

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Il est des expositions attrape-nigauds ou attrape-touristes, ce qui revient à peu près toujours au même. Des tableaux vus et cent fois revus alignés à la hâte dans trois ou quatre salles pompeuses.

« Les Bas-Fonds du Baroque », au Petit Palais, est exactement l’inverse. Le coup de génie des commissaires ? Avoir mis les mains dans le cambouis de l’art pour en extraire des pépites d’or. Des esquisses anonymes aux maîtres Sweerts, Van Laer ou Valentin de Boulogne, c’est une plongée dans tout ce que Rome, dans le premier XVIIème siècle, comptait de subversif, d’interdit et de dérangeant, à mille lieues du faste des palais et des images d’Épinal.

Les sanguines des filous des faubourgs donnent, dans les recoins des premières salles, la désagréable impression de se trouver nez à nez avec eux dans les cloaques romains. Les sourires démoniaques de diseuses de bonne aventure, moins édentées que leurs clients, bruissent derrière notre dos alors qu’on s’attarde sur les lumières sublimes et délicates du « Concert avec trois musiciens » de Van Honthorst. Le talent du peintre, à certains moments, paraît même trop grand pour ce qu’il représente. C’est un pied-de-nez à la peinture platonicienne, aux corps marmoréens cerclés d’or: l’humanité, la vraie, est offerte dans l’écrin qui lui revient. Les mendiants adressent au visiteur de vagues gestes obscènes, les jeunes gens des tavernes ont le vin triste, Vénus est un homme et pose, lascif, avec un chat…

Ambivalence, malice, étrangeté et mélancolie, c’est à cela, aussi, que ressemblait Rome.

« Les Bas-fonds du Baroque, la Rome du vice et de la misère », Paris, Petit Palais, du 24 février au 24 mai

A320: Stéphane Guillon se crashe sur Twitter

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Stéphane Guillon n'accepte pas que Mediapart critique l'action du gouvernement pendant la "guerre" BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00635665_000006

Stéphane Guillon A320 DieudonnéVous vous souvenez d’un type qui s’appelait Stéphane Guillon, vous ? Non, ne dégainez pas tout de suite les hashtags « #RIP », il n’est pas mort. Mais ça fait un bail qu’on n’entend plus parler de cet « humoriste », qui officiait il y a quelques années à la télé et à la radio. Et à vrai dire, on ne s’en plaint pas. Le type était aussi drôle qu’un lampadaire éteint. Heureusement, tout le monde savait que son inspiration s’assècherait dès que sa bête noire ne serait plus à l’Elysée. Depuis mai 2012, en gros, il a donc disparu du PAF tel un avion de la Malaysian Airlines des écrans radars.

Les fans de son « humour » follement punk (« Sarko facho », « DSK obsédé », tout ça, tout ça) sont désormais condamnés à le suivre sur Twitter. Et à se cogner au passage ses boniments sur tous les sujets : alors que même l’Abbé Biolay a renoncé à évangéliser ce réseau social trop mal famé, Guillon, lui, reste un twittos engagé. Entre deux traits d’humour, il tweete encore et toujours ses messages vengeurs, dénonçant avec courage les forces du mal : la « lâche » Ségolène Royal, « l’hystérique » Alain Finkielkraut, l’« effrayant » FN…

Du coup, au lendemain des attentats islamistes de janvier à Paris, quand Dieudonné dit se sentir « Charlie Coulibaly », Stéphane mouche immédiatement son confrère par un tweet sans pitié :

Tweet Stéphane Guillon Dieudonné

Et pan, dans les dents. D’où la surprise des accros aux réseaux sociaux, ce 24 mars, alors qu’on venait tout juste d’apprendre la mort tragique de 150 personnes dans le crash d’un A320 de la compagnie Germanwings. Dès 12h30, alors qu’on ne savait encore rien de plus que ce qu’en disait le Président aux médias, Stéphane Guillon tweetait la super vanne que lui avait inspiré le drame :

tweet Guillon A320

Evidemment, les réactions ne se sont pas fait attendre. Et le pauvre vieux n’a pas reçu que des félicitations. Pas franchement branché autodérision, et encore moins autocritique, Guillon en a donc rajouté une couche :

tweet Guillon Charlie Hebdo

Avec une telle maîtrise de l’effet boomerang, on se dit que Guillon pourrait bien réussir à faire revenir Sarko à l’Elysée.

*Photo : BALTEL/SIPA/1204161506

A320 : nouvelles hypothèses pour le crash

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Germanwings A320 crash

Germanwings A320 crashD’après, l’AFP, qui affirme avoir recueilli des informations fiables de sources proches de l’enquête, le pilote de l’Airbus de Germanwings qui s’est écrasé avant-hier dans les Alpes de Haute Provence était bloqué à l’extérieur du cockpit au moment du crash, le copilote, lui, étant enfermé seul dans la cabine.

« Au début du vol, on entend l’équipage parler normalement, puis on entend le bruit d’un des sièges qui recule, une porte qui s’ouvre et se referme, des bruits indiquant qu’on retape à la porte, et il n’y a plus de conversation à ce moment-là jusqu’à l’écrasement », a déclaré cette source anonyme qui aurait eu accès aux enregistrements de la boîte noire

Quelques heures auparavant, le New York Times avait publié sur son site des informations allant dans le même sens, toujours en provenance d’une source proche de l’enquête : « Le type à l’extérieur a d’abord frappé doucement à la porte et il n’y a pas de réponse, rapporte le quotidien new-yorkais. Alors ensuite, il a frappé plus fort à la porte et pas de réponse. Il n’y a jamais eu de réponse. »

Selon ces deux sources, il semble donc que quelques minutes avant la catastrophe , le pilote soit sorti de la cabine, probablement pour se rendre aux toilettes, et qu’il n’ait pas pu réintégrer son poste, faute de pouvoir accéder à la cabine. Les portes des cabines sont pratiquement impossibles à ouvrir de l’extérieur suite aux mesures de sécurité prises après le 11 septembre.

Ces fuites en provenance de la commission d’enquête interviennent quelques heures après une conférence de presse du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) au Bourget, où peu d’infos avaient étaient divulguées, hormis la confirmation de l’existence d’enregistrements utilisables dans la boîte noire retrouvée sur les lieux du drame par les gendarmes.

Si les fuites recueillies par le NYT et l’AFP s’avéraient  fiables, plusieurs hypothèses sont possibles, toute liées au copilote : malaise, suicide, geste terroriste.

Les conjectures plus ou moins sérieuses fusent de partout sur les réseaux sociaux, alimentées par le mutisme absolu des enquêteurs sur l’identité du copilote, dont on sait seulement qu’il était entré récemment chez Germanwings.

[Mise à jour 13h40 : En conférence de presse, le procureur de Marseille a expliqué que le copilote, seul aux commandes, avait actionné volontairement la descente de l’avion, ce qui « peut s’analyser comme une volonté de détruire l’avion ».]

*Photo : Frank Augstein)/FAS112/573976645989/1503251607

Banlieues : qui stigmatise l’islam?

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banlieues islam cazeneuve

banlieues islam cazeneuve

On savait que nos banlieues pourvoyaient généreusement l’État islamique en djihadistes. Sans distinction de race, de sexe et d’ethnie, musulmans de souche ou convertis de fraîche date, cailleras délinquantes et ex-bimbos enrubannées en burqa vont par centaines chercher un présent meilleur aux confins de l’Irak et de la Syrie. Après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, notre ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve jurait ses grands dieux qu’on ne reprendrait plus le gouvernement en flagrant délit d’angélisme, alors que les services de Beauvau assuraient l’été dernier que « ce n’est pas un délit de prôner le djihad ».

Quelques mois plus tard, à la suite des exploits meurtriers de Kouachi et Coulibaly, la prose sécuritaire fuitant dans les médias a gagné en robustesse. Cette semaine, on apprend par exemple que nos bien-nommés « quartiers sensibles »  se révèlent encore moins Charlie qu’on le croyait. Dans une note confidentielle du Service central de renseignement territorial déposée sur le bureau du ministre, ces hommes de l’ombre dépeignent des banlieues chauffées à blanc depuis les deux carnages parisiens de janvier. L’islamisme faisant feu de tout bois, les barbus ne se sont apparemment jamais aussi bien portés aux périphéries des grandes villes, où les successeurs des Renseignements généraux observent un « repli communautaire », voire une salafisation rampante. Qui plus est, les barbouzes confirment une de nos intuitions tenaces : on comptait hélas bien peu de musulmans dans les rassemblements pro-Charlie du 11 janvier, comme le laissaient penser les 60 000 manifestants marseillais. Un chiffre bien maigrichon…
Bref, alors que François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem comptaient redresser les habitants des territoires perdus pour la République, la France et l’Europe, c’est pas gagné…

Comme de coutume, les sociologues de la domination nous expliqueront que la relégation des classes dangereuses hors de nos agglomérations légitime la colère de ces nouveaux damnés de la terre qui ont troqué Frantz Fanon contre Mahomet. Allez savoir si la détresse des cités s’est aggravée depuis janvier, on vous répondra que ça stigmatise à tout va, à coups de trique islamophobe, selon la grammaire victimaire des sieurs Plenel et Ramadan.

Pourtant, nos gouvernants jouent une petite musique fort caressante à l’endroit des banlieusards, enfants d’immigrés et musulmans présumés. La lutte contre l’islamophobie est érigée en croisade antiraciste, au même titre que le combat contre l’antisémitisme (un peu plus meurtrier, si j’en juge par le bilan macabre des Merah, Nemmouche et Coulibaly). Manuel Valls s’est même persuadé – à défaut d’en convaincre la majorité des Français – qu’un « apartheid territorial et ethnique » fracturait le pays à la défaveur des zones urbaines sensibles, que l’argent public inonde pourtant dans des proportions bien supérieures à des terres paumées telles que la Creuse ou la Meuse. Tout porte à croire que Christophe Guilluy n’a toujours pas gagné l’oreille du ministre de la Ville, d’ailleurs en passe de perdre son fief  nordique, qui se disait le représentant de « la France qui n’est pas Charlie ».

Je me demande bien quel prétexte saisiront les intermittents de la culture de l’excuse pour absoudre ces chances pour le vivre-ensemble. Trop de racisme, de discriminations ? Mais le « pas d’amalgame » se lit sur toutes les lèvres officielles depuis trois mois. Trop de caricatures anti-Mahomet dans Charlie Hebdo ? Après le bain de sang du 7 janvier, les survivants n’ont persiflé qu’un numéro, tandis que les rappeurs Abd Al Malik et Akhenaton les dénonçaient comme de fieffés racistes au discours criminel. Odieuse inversion. Pour un peu, les mêmes nous diront que l’attaque du Bardo trouve son origine dans l’islamophobie d’État qu’avait instaurée Bourguiba en sirotant une limonade en pleine allocution télévisée pendant le Ramadan…

Dans notre patrie dite des droits de l’homme, la traque des ennemis du genre humain occupe une grande partie de la saison de la chasse. Mais puisqu’on est en droit de montrer du doigt les homophobes, transphobes, et racistes supposés, les musulmans de France se grandiraient en fustigeant ceux qui stigmatisent leur Dieu et leur Prophète avec du sang frais, qu’ils s’appellent Kouachi, Coulibaly ou Baghdadi…

*Photo : wikicommons.

Education civique : cent mots pour ne rien comprendre

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najat vallaud education civique

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« L’enseignement secondaire, tout démantelé qu’il soit, tout défait que l’on l’ait fait, est encore la citadelle, le réduit de la culture en France. » Charles Péguy[1. Charles Péguy. Notre jeunesse. Œuvres complètes. Éditions de La Pléiade, pp. 32-34.] reconnaîtrait-il aujourd’hui sa « citadelle du secondaire », certainement bien plus démantelée et défaite qu’en 1910 ? L’« esprit du 11 janvier » n’a pas perduré très longtemps au sein de l’école républicaine, à supposer qu’il ait un jour fait son apparition dans certains établissements. Les réactions des élèves et les multiples incidents, lors de la minute de silence en hommage aux victimes, ont mis en lumière le principal échec de l’école : son incapacité à transmettre aux « futurs citoyens » la volonté de développer un esprit critique et une capacité de réflexion. Ainsi sont-ils livrés au prédigéré médiatique et à la tambouille complotiste qui substituent à la complexité du monde des explications simples, ludiques et séduisantes, malheureusement quelquefois corroborées par les parents eux-mêmes.

En 1975, la loi Haby postulait que l’école « favorise l’épanouissement de l’enfant, lui permet d’acquérir une culture, le prépare à la vie professionnelle ». L’ambition est indiscutable : qui ne voudrait « bâtir un collège pour tous qui soit en même temps un collège pour chacun » ?[2. Jack Lang en 2001.] Quarante ans plus tard, en dépit des multiples réformes visant à personnaliser les parcours, égaliser les chances et niveler les disparités scolaires, le fiasco du collège unique est patent. Cet échec, qui n’est pas cantonné aux ZEP (désormais appelées « Réseau ambition réussite »), est aussi le premier terreau du radicalisme et de la violence que les politiques de gauche comme de droite semblent aujourd’hui découvrir.

Qu’on se rassure, tout cela va changer maintenant que Najat Vallaud-Belkacem a sonné la mobilisation générale. Désormais, l’école placera « la laïcité et la transmission des valeurs républicaines » au cœur de sa mission (ah ! ce n’était pas le cas ?) et s’efforcera en conséquence de « combattre les inégalités et de favoriser la mixité sociale pour renforcer le sentiment d’appartenance dans la République ».[access capability= »lire_inedits »] Passons sur le fait que le lien entre « inégalités » et « radicalisation » ne soit pas fermement établi, mais on a le droit d’être au moins sceptique quant à l’efficacité des mesures annoncées – même si, par charité chrétienne, on veut bien oublier la rafraîchissante Journée de la laïcité. En revanche, il est à craindre que le recrutement de 1 000 « formateurs des enseignants et des personnels d’éducation à la laïcité » ne suffise pas à changer la donne : les ESPE[3. Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE).] qui ont pris la relève des défunts IUFM ne sont pas plus appréciés des profs « néo-arrivants » qui les jugent déconnectés des réalités scolaires.

Dûment formés par les formateurs, les professeurs devront, dès la rentrée 2015, dispenser à 3 332 000 collégiens et à 1 470 600 lycéens un enseignement moral et civique comportant une éducation aux médias. On ne sait pas s’il est prévu d’apprendre préalablement aux profs qu’il existe en France d’autres quotidiens que Le Monde et Libération. En attendant le programme officiel de cette matière, on se fera une idée de l’état d’esprit dans lequel est menée la réforme et de ce qui attend les professeurs en lisant un ouvrage de 160 pages intitulé 100 mots pour se comprendre, contre le racisme et l’antisémitisme, publié sous les auspices de la Licra avec la bénédiction de l’Education nationale. Ce dictionnaire, qui rassemble 100 définitions rédigées par 38 auteurs, est explicitement destiné aux enseignants des disciplines littéraires, invités à y puiser de quoi nourrir une ou deux heures de cours, afin de « montrer, aux jeunes notamment, que les mots ne peuvent pas être intervertis ou employés à tort et à travers et l’un pour l’autre ». Si ça se trouve, certains profs avaient déjà songé à faire leur cette louable ambition !

Mis en ligne le 28 janvier sur le site Eduscol, 100 mots pour se comprendre a provoqué un petit scandale. Début février, Rue89 révélait la présence, parmi les contributeurs appelés à édifier la jeunesse, d’un prêtre catholique condamné pour attouchements sur mineur. L’ouvrage a rapidement été retiré du site, avant de reparaître expurgé. Cependant, le véritable scandale réside peut-être dans le contenu de l’ouvrage.

Le premier mot choisi pour guider « ces milliers de jeunes qui veulent démêler le vrai du faux dans des débats passionnés » est, faut-il s’en étonner, « Amour ». Une bien belle entrée en matière, illustrée par quelques sages et inoffensives recommandations de développement personnel : « L’amour de l’autre commence par l’amour de soi : qui ne s’aime pas ne peut aimer son prochain » ; « Les rites de la relation amoureuse doivent se réinventer pour vaincre la lassitude ». On pourrait objecter que l’école laïque n’a pas à édicter une norme de comportement amoureux, mais on ne chipotera pas. Surtout que les choses se corsent légèrement avec l’entrée suivante, « Antiraciste », signée par Alain Jakubowicz, président de la LICRA.

Je ne résiste pas à l’envie de partager quelques extraits de ce texte hilarant. « Antiraciste, apprend-on d’abord, est ce gaillard des années 1930 qui n’hésite pas [à] relever les manches pour corriger les membres des ligues fascisantes qui défilent dans la rue. » On s’en veut de devoir nuancer cette vision touchante de l’entre-deux-guerres, située dans le monde rêvé des enfants, quelque part entre Okapi et le Club des Cinq, mais comparer les antiracistes d’aujourd’hui aux antifascistes d’hier est un tantinet, disons désagréable, pour les seconds. Poursuivons : « Antiraciste est cet enfant de 2014 qui prend la défense de son camarade que d’autres briment parce qu’il ne mange pas de cochon. » Celle-là est vraiment excellente. Alain Jakubowicz devrait peut-être faire un tour dans un établissement scolaire du 93 ou du 95. Il y découvrirait que, depuis que les élèves juifs ont déserté l’école publique, ce sont plutôt les mangeurs de cochon qui sont – au mieux – tenus à l’écart ou… priés de s’intégrer. Mais Jakubowicz ne dévie pas de son combat contre le nazisme dont il voit les signes annonciateurs du retour : « Antiraciste est ce cycliste qui décolle spontanément l’affiche avec une croix gammée collée juste au-dessus du poteau auquel il attache son vélo. » Je n’avais jamais remarqué qu’il y avait autant d’autocollants à croix gammée sur les poteaux. Peut-être devra-t-on créer un Comité Cyclopédique de Vigilance Antiraciste (CCVIA) qui traquera les croix gammées en habits colorés. Pour finir, on appréciera les conseils en bonnes manières de Jakubowicz : « Antiraciste est celui qui sans violence mais avec discernement signale à ses collègues autour de la machine à café, comme à ses amis au cours d’un dîner, qu’ils passent les bornes de la plaisanterie douteuse pour promouvoir des préjugés larvés. » Toi aussi, pourris donc tes relations sociales en te prenant pour un commissaire politique. On va s’amuser, dans les dîners, quand on n’aura le droit qu’aux blagues non douteuses.

Ainsi édifiés sur le monde réel selon Alain Jakubowicz, les élèves continueront à « redécouvrir le vrai sens des mots » en se penchant sur celui du mot « Arabe ». C’est Ghaleb Bencheikh, éminent théologien et président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, qui s’y colle : « Certains traits caractéristiques de l’ethnos arabe peuvent se résumer en leur attachement viscéral à la liberté, à l’exaltation de la virilité, de la chevalerie et des traditions équestres. Les vertus de l’accueil, de l’hospitalité, de générosité et de magnanimité sont exaltées. L’amour passionné de la poésie a donné au monde arabe de grands poètes, des funambules de la langue, passés maîtres en prosodie et en versification. » Cette description enthousiaste de « l’ethnos » arabe – ou peut-être de « l’ethos », on ne saurait exclure la bévue d’un correcteur – aura peut-être la vertu de rassurer ceux qu’inquiètent certaines de ses expressions contemporaines. Pour comprendre ce qui fait l’ethnos (ou l’ethos) d’une collectivité humaine, on n’en préférera pas moins la définition, certes plus rustique mais sans doute plus directe, fournie par Pierre Desproges dans Les étrangers sont nuls : « Les Espagnols sont un peuple fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les coups de corne. »

Soyons juste, ce petit livre ne se réduit pas à ces argumentaires inspirés par d’excellents sentiments plus que par le souci de vérité. On trouve, au fil des pages, quelques pépites. Robert Redeker propose une distinction très pertinente entre la civilité, bienveillance morale vis-à-vis de l’autre, et le civisme, qui se manifeste par le respect de la loi. Principe créateur, observe justement Redeker, car celui qui respecte la loi sait qu’il en est lui-même l’un des auteurs possibles. Norbert Engel oppose, sans grande surprise mais avec pédagogie, deux conceptions de la « communauté », l’une apportant une « chaleur identitaire qui conforte », l’autre imposant un « contrôle permanent qui étouffe ». Daniel Bougnoux rappelle qu’« être français », c’est partager « une langue mais aussi des images, des saveurs, des livres ou des chansons », et en appelle à la transmission « de cette dimension civilisationnelle ». On précisera encore que les entrées « Christianisme », « Judaïsme » et « Islam » sont rédigées de manière assez académique et dépassionnée, y compris par Ghaleb Bencheikh, dont on ne saurait oublier le talent au prétexte qu’il pense que les Arabes sont un peuple fier, ombrageux et viril, qui aime la poésie et les chevaux.

On se demande pourquoi, alors, ces 100 mots ne suscitent pas seulement l’hilarité, mais aussi l’agacement, voire une franche colère. C’est que ce livre, qui bénéficie d’une onction officielle, est en réalité un instrument de propagande au service d’une idéologie compassionnelle et sans-frontiériste, qui n’a guère aidé jusque-là à remédier aux problèmes de la France et de son école. Les vieux auditeurs de France Culture n’en seront pas surpris si on précise qu’Antoine Spire est le directeur et le principal contributeur de l’ouvrage. Il suffira aux autres de s’arrêter à l’article « Assimilation » : « Il y a dans le processus d’assimilation un arrière-goût de domination indiscutée de celui qui assimile et un arrière-goût d’humiliation de celui qui est assimilé. L’intégration à l’inverse permet une vraie confrontation des traditions et l’élaboration d’une sorte de métissage qui transforme les deux cultures au contact. Aux USA, pays constitué par l’immigration, tout est fait dans un premier mouvement pour intégrer celui qui arrive avec ses caractéristiques propres, fussent-elles étrangères. » Au cas où on aurait mal entendu, la codirectrice de l’ouvrage, Mano Siri mange le morceau: « Seuls les arbres ont des racines… qui les empêchent d’ailleurs de se déplacer dans l’espace. » Si on comprend bien, notre salut passe par la destruction de toute racine. Spire confirme son adhésion à ce chatoyant projet en regrettant, quelques pages plus loin, que le sulfureux poète Henri Meschonnic soit mort avant de pouvoir achever une nouvelle traduction « débondieuisée » de la Bible.

À la fin du livre, on n’a pas l’impression d’avoir eu en main un gentillet bréviaire de l’antiracisme, mais la matrice d’un véritable programme politique, qui pourrait être celui du Parti de l’Autre, selon la formule évocatrice d’Alain Finkielkraut. Sous couvert de tolérance et d’amour de l’humanité, ces 100 mots pour se comprendre diffusent une idéologie clairement différentialiste dont on aimerait savoir comment elle contribuera à apprendre la citoyenneté aux élèves. « Avant même d’être un cadre institutionnel, la république est une idée, un idéal », proclame Vincent Peillon à la page 127. On laissera Péguy lui répondre : « Quand un régime est une thèse, parmi d’autres, il est par terre. Un régime qui est debout, qui tient, qui est vivant, n’est pas une thèse. » [/access]

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00704016_000003.

Euro: le sauvetage, pire que le naufrage

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euro BCE Etats-Unis Tsipras

euro BCE Etats-Unis Tsipras

Si l’on doutait encore de la soumission des Européens aux Etats-Unis, cette information, dont toute la presse allemande parlait au matin du 17 mars 2015, viendra lever les incertitudes. Elle prouve aussi que Jean-Claude Trichet – désormais président de la Trilatérale, think tank cadet de Bilderberg, présidé par Henri de Castries – est sous influence directe de l’administration américaine.

C’est l’ancien économiste en chef de la BCE, Jürgen Stark, qui l’affirme : le président Obama aurait exercé d’énormes pressions sur la BCE, lorsqu’il s’agissait de sauver l’euro. Le but des Américains était que la Banque centrale de l’Union européenne intervienne de manière aussi agressive que la FED sur les marchés. Peu après ces pressions, un programme d’achat massif d’emprunts d’Etat fut élaboré.

Ce mois-ci, Mario Draghi a mis en place son programme de stabilisation de l’euro, annoncé de longue date. Selon ses prévisions, réalisées avec la participation active des Américains, 60 milliards d’euros d’emprunts doivent être achetés chaque mois. Jürgen Stark rapporte dans un document réalisé par la télévision allemande ARD comment, le soir d’une session de la BCE, quelqu’un lui avait remis une enveloppe. Celle-ci contenait les consignes détaillées demandant à la BCE d’acheter massivement les emprunts d’Etat. Ces plans lui étaient alors totalement inconnus. « Ça a été pour moi un choc incroyable », déclare Stark à propos de cet épisode, qui aurait eu lieu à Lisbonne en mai 2010.

Ce genre de programme d’emprunts est vivement contesté par les juristes, et même les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe le tiennent pour illégal. « Les pressions de l’administration américaine étaient énormes, de tous côtés, en particulier de la part du président Obama », précise Stark, qui a fini par présenter sa démission sous l’administration Trichet, en 2011. La presse française en avait rendu compte à l’époque, estimant Trichet affaibli par cette démission. Les déclarations de Stark ont été confirmées, durant la crise financière, par Philipp Hildebrand, le président de la Banque nationale suisse : « Lors de l’entrée en fonction de Mario Draghi, j’ai reçu un coup de fil de Tim Geithner, le ministre des finances américain, qui voulait savoir comment amener la BCE à adopter un style tout aussi agressif, comme c’est l’usage à la FED et en Grande Bretagne. »

Et puis soudain, durant le sommet de l’Union européenne qui vient de se tenir entre Junker, Merkel, Tsipras, Hollande et Draghi, l’UE déclare que la situation de la Grèce représente une catastrophe humanitaire. On sort alors du chapeau pointu européen un « fonds inconnu de 2 milliards d’euros, destiné au développement » (on se demande quel développement). Junker décide donc que cette somme sera attribuée aux Grecs. Il charge le Commissaire européen Valdis Dombrowski « de voir » comment celle-ci serait absorbée par la Grèce… Après le sommet, Junker déclare que cet argent doit servir à maîtriser les problèmes sociaux du pays et aider les PME à se développer. Mais il omet de préciser comment il va contrôler l’attribution de cette somme à Athènes.

Tout ceci n’a pu que satisfaire Alexis Tsipras, en récompense de son alignement à l’UE et, par ricochet, aux Etats-Unis. Les autres Etats membres de l’UE, eux, n’ont pas été associés à ces négociations, bien qu’il s’agisse de l’argent de leurs contribuables. Le journal économique allemand Deutsche Wirtschaftsnachrichten précise : « Par cette décision, la troïka a désormais les mains libres pour demander d’autres milliards à la BCE et au FMI au titre de la dette grecque. Cette action risquée est connue du grand public sous le nom de « sauvetage de la Grèce » et a déjà coûté au contribuable européen 240 milliards euros. » Comme mentionné dans le reportage de la première chaîne allemande ARD, l’UE achète encore une fois du temps avant la catastrophe. Ainsi Georges Friedman, fondateur de la plus importante agence de renseignements privée au monde, Stratfor Global Intelligence, estimait-il à l’occasion d’une récente conférence à Chicago que l’euro et l’Europe imploseront.

En attendant, les Etats-Unis peuvent toujours faire pression car, comme le dit Georges Friedman, « l’Europe est devenue incontrôlable ». Preuve de sa dérive autocratique, une déclaration de Junker, cité par Der Spiegel, devrait choquer chacun des citoyens que nous sommes : « Nous décidons des choses et les laissons de côté, pour attendre quelque temps et voir ce qui va se passer. S’il n’y a pas de grandes protestations et autres émeutes – car, de toute façon, personne ne comprend ce que nous décidons – alors nous continuons, pas à pas, jusqu’à ce qu’un retour en arrière devienne impossible. » Ainsi va la démocratie en UERSS !

*Photo : Reynaldo Paganelli/SIPA/1503240924

Hommage à Pierre Dac

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Pierre Dac disparaissait il y a 40 ans. Les journalistes et écrivains Jacques Pessis et Guy Konopnicki rendront hommage au roi des Loufoques ce jeudi 26 mars à 19h30 à la Mairie du 11e arrondissement de Paris.

Cette commémoration qui s’annonce assez peu formelle permettra de découvrir les multiples facettes du créateur de L’Os à moelle  et de Signé Furax qui fut aussi une grande voix de la France Libre. Cette  soirée RCJ en partenariat avec l’Action Culturelle du FSJU sera animée par notre ami Jonathan Siksou.

Entrée libre sur réservation au 01 42 17 10 70 ou sur actionculturelle@fsju.org

Mairie du 11e arrondissement: 12, place Léon Blum 75011 Paris

Départementales : la victoire pour tous?

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valls sarkozy cigare fn

valls sarkozy cigare fn

Les élections départementales du 22 mars n’auront visiblement fait que des heureux. Dans un bel ensemble, les chefs des grandes formations politiques ont tous revendiqué une victoire ou au moins un lot de consolation qui avait presque le goût de la réussite.

Un bon tiers de la satisfaction générale est allé à la droite et plus encore à Nicolas Sarkozy, qui peut enfin se targuer d’avoir réussi son retour en politique après des mois de tâtonnement et quelques atterrissages d’urgence. Devant les caméras, dimanche, c’est le péan triomphant sur l’air de « Moi, moi, moi…et l’extrême droite » qui avait remplacé la complainte usée du « j’ai (enfin) changé » avec laquelle le fils prodigue n’avait pas su encore convaincre qu’il était revenu. Face à lui, Alain Juppé pose en rassembleur centriste mais on le sent déjà presque sur la défensive, comme s’il se doutait que la bataille des idées, et surtout des slogans, risque bien de se jouer à droite autour du thème de l’identité plutôt que sur celui de la renaissance du centre-droit. Portée par la réussite électorale qui a tout lieu de se confirmer dimanche prochain dans les urnes, Sarkozy abordera certainement le prochain congrès de l’UMP en position de force.

Au Front national, on se réjouit d’un score historique : 25% au cours d’une élection traditionnellement difficile pour un parti sans alliés, c’est en effet une bonne performance qui garantit peut-être au FN un ancrage local plus solide. Mais c’est un aussi un score quelque peu décevant pour Marine Le Pen qui voyait déjà son parti passer allégrement la barre des 30 %. Peut-être est-ce la rançon d’une normalisation politique : il n’y a pas de raison que les électeurs FN aussi assurés de leur victoire ne se soient pas un peu abstenus aussi au premier tour. Après tout, si le taux d’abstention pour ces élections était de 50 %, il atteignait plus de 70 % chez les 18-25 ans, une catégorie de la population qui vote de plus en plus pour le parti de Marine Le Pen. En attendant, même si la vague Bleu Marine n’a pas coïncidé avec les grandes marées, le Front national est tout autant en passe de renforcer son emprise électorale que de consolider sa base électorale, au contraire des autres partis en lice et en particulier du Parti socialiste.

Rue de Solférino pourtant, on s’est targué d’avoir presque remporté une victoire, ou du moins une défaite plus qu’acceptable. Pourtant, 500 cantons perdus et 19% des voix en troisième position derrière le FN, cela ressemble plus à Waterloo qu’à Iéna. Oui mais voilà, la confusion des systèmes de comptages adoptés par les instituts de sondage couplée à la stratégie, consistant pour nombre d’élus PS à se présenter plutôt sous l’étiquette divers Gauche que sous celle de leur parti dans certains cantons, a brouillé un peu les cartes et permet donc au pouvoir de revendiquer près de 28% des voix en additionnant toutes les micro-formations d’une coalition électorale plus qu’hétéroclite qui laisse de côté Front de Gauche et EELV. Le PS reste ainsi à la pointe des évolutions sociales et du progrès technique en inaugurant l’électorat recomposé et la victoire virtuelle.

Du coup, Manuel Valls s’est offert le soir du premier tour un cigare très cinématographique qui a fait le tour d’internet, suscitant quelques détournements dont le plus savoureux plaque la tête de Valls cigare à la bouche sur l’immense col pelle à tarte de Tony Montana dans Scarface. Une manière de donner à notre nerveux Premier ministre un petit air canaille qu’on aurait pu aussi vouloir plus franchouillard en collant, en plus du cigare, la réplique culte de Philippe Noiret, l’un des flics pourris des Ripoux, dans la bouche de ce Manuel Valls triomphant : « Tu vois, donner des conseils, ça fait partie de notre boulot. On s’fait des amis et puis tout le monde est content, non ? » Après avoir éreinté les plateaux de radio et de télévision, toute la semaine précédant le vote, à coups de sermons républicains, le rôle n’aurait pas si mal été à Manuel Valls. Mais peut-être préférera-t-on le voir en Don Camillo dégustant avec satisfaction un cigare dans Don Camillo Monseigneur. Le Premier ministre pourrait presque reprendre à son compte la tirade du bon curé (en se félicitant d’être le nouveau Boudu sauvé des eaux) : « Après ces orgies de sondages, désinfectons-nous un peu la bouche avec ce parfum de chez nous. » On peut aussi voir, comme l’on fait beaucoup d’internautes, Manuel Valls en Hannibal, le cerveau de L’Agence tous Risques, qui, à chaque mission réussie, s’allume un cigare et déclare avec satisfaction : « J’adore quand un plan se déroule sans accroc. » Pour ma part, je préfère encore le cigare de Buster Keaton car Manuel Valls m’apparaît un peu comme le mécano de la départementale…

Reste à savoir si Manu et son barreau de chaise ne seront pas emportés par les nouvelles grandes marées annoncées dimanche prochain ou si Valls pourra continuer à jouer l’Hannibal politique.

*Photo : PNA/SIPA.00708635_000017

Autonomistes régionaux : les vrais gagnants des départementales?

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autonomistes bretagne alsace

autonomistes bretagne alsace

Vu de BFM TV, ça peut sembler exotique, mais les véritables gagnants des élections départementales sont bel et bien les mal-nommés autonomistes ou indépendantistes « régionaux ». Difficile de les repérer, dans les décomptes des voix, ils sont tous notés en… « divers ». Voici d’ailleurs une habile manière pour les états-majors parisiens autant médiatiques que politiques de ne pas voir le boomerang arriver.

En Alsace, les autonomistes de Unser Land peuvent sabler le Riesling à la santé de François Valls. Aux cantonales de 2011, ils atteignaient 5%… 6%… Un candidat avait bien été élu à Sarre-Union mais avait démissionné l’année suivante. Depuis, Manuel Hollande a pris le fulgurant diktat de faire disparaître l’Alsace en la fusionnant avec la Lorraine et la Champagne-Ardennes. Les autonomistes (plutôt écolo-centristes) d’Unser Land ont fait toute leur campagne sur le thème « Elsass Frei » (Alsace Libre). Résultat : Ceux-ci atteignent des sommets. Saint-Louis : 24,52%, Wintzenheim : 16,55%, Altkirch : 16,43%. Ingwiller : 13,51% et ailleurs. Modestes éminences à l’image de l’Alsace bossue mais suffisamment hauts et inattendus pour faire disparaître le PS de tous les cantons alsaciens sauf Strasbourg. Il ne reste plus à Solferino qu’à envoyer Jacques Attali à ces pécores d’alsaciens pour leur expliquer les principes de l’homme indifférencié déménageable à l’infini.

En Bretagne, les résultats sont moins spectaculaires mais posent tout de même question. L’illustration la plus flagrante vient du Finistère : le leader des Bonnets Rouges, l’autonomiste Christian Troadec en binôme avec la déléguée CGT de Tilly-Sabco Corinne Nicole fait 35,56% dans son vaste canton du centre-ouest Bretagne. Le PS est laminé comme une couenne de porc et arrive en quatrième position. Le FN est cinquième. La plus grande gueule du Finistère (qui fait face à une sévère concurrence dans le domaine) sera assurément réélu, tout comme son compère Christian Derrien dans le canton voisin de Gourin. Notons que quelques jours avant les élections la FDSEA 29 avait fait paraître un bilan de congrès aux accents autonomistes fustigeant le jacobinisme et demandant « le droit de décider au pays ».

Mais le succès annoncés du finistérien n’est pas, contrairement aux autre scrutins, le seul fait d’arme du mouvement nationaliste breton cette année. En banlieue de Rennes, un jeune conseiller municipal indépendantiste avec la ferme ambition d’emmerder le PS, fait 16,66% pour sa première candidature à une cantonale. A Quimper, un kabyle armoricain et sa binôme frôle les 10%, etc… Même si des candidats nationalistes bien implantés font régulièrement de bons scores, l’ampleur des résultats à deux chiffres est une première. Effet bonnets rouges ? Il faut se rappeler qu’en Bretagne, tout accès de fièvre sociale prend souvent sa source dans le comburant identitaire. Et pour la première fois, des candidats de la très sage Union Démocratique Bretonne (UDB), formation autonomiste très liée au PS, multiplient les non-consignes de vote pour le second tour, c’est à dire la fin de l’appel automatique à voter-pour-le-candidat-de-gauche-le-mieux-placé. Inédite rébellion ! Ironie d’un soir d’élection, les seuls candidats de l’UDB ayant des chances de l’emporter au second tour sont en binôme avec… des socialistes locaux. Les régionales arrivant, le PS a tout lieu de s’inquiéter d’une possible liste autonomistes/indépendantistes unique avec Troadec en chef de ligne. Auquel cas, l’actuel ministre des armées Le Drian serait assuré de perdre le conseil régional.

Au Pays basque, les nationalistes (« abertzaleak »  en basque) rassemblés sous l’étiquette Euskal Herria Bai (Pays Basque oui) affichaient un programme très simple : « il faut une institution Pays Basque !». Rappelons que lors des préliminaires à la loi de réforme territoriale, Marylise Lebranchu avait émis l’idée d’une collectivité territoriale basque, sitôt démentie par Manuel Valls alors ministre de l’intérieur.

Aujourd’hui, EH Bai est présent au second tour dans cinq cantons de ce minuscule territoire représentant la moitié des Pyrénées-Atlantique et sont devenus la troisième force politique du pays basque (après l’UMP et les centristes) avec 16% des voix au total.

Résultat : comme dans le centre-Finistère breton, tout le spectre de la gauche est pris par les nationalistes et le PS est relégué dans les « zuloak » (trous), sympathiques grottes qui couvrent la montagne basque.

En Corse, les nationalistes, toujours pleins de pudeur, avaient cherché à brouiller les pistes en multipliant les noms cache-cache : « Spiranza Nova » dans l’extrème-sud, « A Stradda nova pà L’Avvena » à Bavella, etc… Affiches en corse. « I candidati naziunalisti » en bas à droite, l’électeur savait qu’il votait pour un nationaliste, mais de quelle tendance ? Les résultats claquent comme un pain de plastic au pied d’une perception : 22,62% à Corte pour le candidat Corsica Libera là où le centre-gauche Pierre Ghionga arrive en tête, même si on se demande bien ce qui différencie l’ancien PRG des nationalistes au regard de son discours à l’assemblée de Corse.

Ailleurs, le très indépendantiste docteur Eric Simoni à Bastia fait presque 15%. Dans le canton « Grand Sud », les deux candidats nationalistes rivaux totalisent plus de 21%. Au final les rusés « Femu a Corsica » du jeune maire nationaliste de Bastia Gilles Siméoni sont en mesure de rafler 2 cantons dans le secteur bastiais. Premiers pas pour la constitution d’un solide fief ?

À quelques mois des territoriales, ça ne semble affoler personne à Paris. Pourtant, les discussions à l’assemblée de Corse ont été très « clivants », les thèmes des nationalistes comme le statut de résident et la co-officialisation de la langue corse ayant été porté par de surprenants « corsistes » (membres de partis français non-nationalistes).

En fin de compte, avec la disparition du FLNC, le « problème corse » quitte la rubrique « justice » mais risque bien de revenir par la rubrique « politique ». En Bretagne, l’essoufflement du mouvement des Bonnets Rouges a fait disparaître la péninsule des écrans télés mais les problèmes identitaires, sociaux (agro-alimentaires) et territoriaux (la réunification de la Bretagne notamment) accentués par une réforme territoriale ratée risquent de constituer un problème politique majeure élection après élection. Même constat au Pays basque. Et ce problème à venir vaudra pour l’ensemble des composantes de la classe politique hexagonale, car les « nationalistes régionaux » mordent sur tous les électorats.

*Photo : SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA . 00693818_000031.

Crash de l’A320: allô, monsieur le Président ?

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Hollande crash A320 Germanwings

Hollande crash A320 GermanwingsNous avons appris ce matin, comme tous les Français, la nouvelle du crash d’un airbus A320 de la compagnie Germanwings dans les Alpes du sud, alors qu’il effectuait un vol reliant Barcelone à Düsseldorf. Au-delà de la compassion que ce drame nous inspire pour les victimes et leur famille, il convient tout de même de s’interroger sur le traitement particulier que certains médias réservent à cet événement.

A 12h54, Libération titrait en effet « Crash d’un Airbus près de Barcelonette, d’après François Hollande, il n’y a aucun survivant. » A 12h45, c’est Le Monde qui publiait « Crash d’un Airbus A320, aucun survivant selon Hollande ».

crash A320 Germanwings Libération

Ainsi donc, François Hollande est devenu le correspondant « ès drames » des quotidiens nationaux. Ce n’est pas vers l’AFP, mais vers lui qu’ils se précipitent pour prendre des informations. Le Préfet des Alpes de Haute-Provence, le directeur de l’aviation civile, le ministre des transports n’en ont-ils pas de plus précises à leur niveau ? Non, c’est vers François Hollande qu’on se tourne pour recueillir des précisions sur le drame. L’Elysée est devenu une agence de presse.

Faut-il y voir l’effet d’un exécutif qui a perdu tout pouvoir et qui est condamné à commenter les faits divers ? Ou est-ce l’un des derniers avatars du pouvoir monarchique en France : les médias, comme le peuple, iraient chercher auprès de leur souverain un peu de réconfort ? Sans doute un peu des deux, ce qui a conduit le député Lionnel Luca à se payer le Président dans un tweet : « On croyait avoir perdu FH depuis ce week-end électoral meurtrier. On vient de le retrouver comme commentateur du crash. »

La concomitance et la similitude des titres de Libération et du Monde laissent en tout cas supposer que L’Elysée a été assez pro-actif dans la publication d’un communiqué. Investi du rôle de père protecteur de la nation après le 11 janvier, François Hollande va-t-il finir son mandat en touchant les écrouelles, là ou d’autres l’imaginaient inaugurant les chrysanthèmes ?…

*Photo : LAURENT VU/SIPA/1503241450