Bien sûr, il n’est pas répréhensible de communier dans la joie l’espace d’une soirée. On le concèdera volontiers aux socialistes et affiliés. Il est légitime que la bascule à gauche du Sénat – qui offre à celle-ci la majorité absolue – leur donne du baume au cœur. En cette période de primaires, c’est même fort bienvenu, alors qu’une ambiance de Nouvelle Guerre des boutons semblait s’installer entre les différentes écuries.

Peut-être faut-il toutefois nuancer l’ivresse de la victoire, en commençant tout d’abord par corriger une erreur. En effet, contrairement à ce que l’on entendit en boucle en cette soirée du 24 septembre, le Sénat n’était pas à droite depuis 1958. C’est le journaliste politique Laurent de Boissieu qui nous le rappelle en ces termes: « de 1959 à 1968 le président du Sénat est à gauche. Il s’agit de Gaston Monnerville, membre du Parti Républicain Radical et Radical-Socialiste (PRRRS). Ce parti a ensuite dérivé au centre puis à droite (…) mais il était sans conteste à gauche dans les années soixante ».

Au-delà de cet erratum, et face aux saillies autosatisfaites de certains représentants de la socialosphère, il convient par ailleurs de tempérer l’enthousiasme. Certes, pour Harlem Désir, la bascule du Sénat est « un signe très fort pour 2012. Un présage de changement ». Mais présages et sondages ne sont les deux mamelles de rien du tout, et ce ne sont pas eux qui font une élection. Anasognosiques exceptés, les « oui-ouistes » du référendum de 2005, relatif au traité constitutionnel européen (TCE), peuvent en témoigner.

Par ailleurs, la couleur de la deuxième chambre ne semble avoir qu’assez peu de conséquences sur le résultat des élections présidentielles. Car, aussi vrai que Gaston Monnerville était de gauche, le Sénat était à droite en 1981, comme en 1988. Pour 2012, donc, rien n’est gagné. Cela a beau être un truisme, il semble valoir d’être rappelé.

Enfin, la blogosphère a résonné, durant toute une soirée, de slogans gentiment candides tels que « bascule du Sénat, première victime : la règle d’or ! ». Certes, cela se conçoit si l’on considère que ladite règle doit être constitutionnalisée ou n’être point. Mais d’aucuns ont proposé, souvenez-vous, de l’inscrire dans la loi dès après 2012.

Ne sont-ce pas ceux-là mêmes, chers camarades, qui briguent vos suffrages ?

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