En lisant l’article de Jean-Paul Brighelli « La Troisième guerre mondiale a commencé… », j’ai ressenti, parvenu au milieu du texte, un malaise. Je partage la même certitude que lui : la troisième guerre mondiale a commencé, et il faut se battre contre la barbarie des égorgeurs qui veulent nous asservir ou nous anéantir ici et là-bas. Je l’ai déjà écrit. Ce sera une guerre dégueulasse, comme toutes les guerres, avec des morts au sol parmi nos soldats, et beaucoup d’autres encore parmi les civils. Et une guerre longue : une génération, comme l’a reconnu le directeur de la CIA John Brennan. Enfin, nous ne la gagnerons pas, comme le souligne Jean-Paul Brighelli, avec des paroles lénifiantes. Nous serons obligés de tuer des gens qui veulent nous tuer. Nous sommes d’accord.

Mais, quand je lis « Bombardements massifs, sans chercher à cibler, éventuellement en utilisant des armes non conventionnelles, éradication puis nettoyage au sol. Il n’y a de bon djihadiste qu’un djihadiste mort », je dis non.

S’il faut faire la guerre, parce que c’est une guerre juste, celle de la civilisation contre une forme contemporaine de barbarie et de totalitarisme terrifiant, parce que nous n’avons pas le choix, il faut, pourtant, juste faire la guerre, même avec toute notre détermination. Justement parce que nous ne sommes pas des barbares, et que nous n’avons pas à mener de guerre d’extermination. Bombardements massifs sans ciblage ? Comme sur Dresde pendant la seconde guerre mondiale, donc ? Pour massacrer une population qui souvent subit sur le terrain la folie de Daech ? Des armes non conventionnelles ? Les gaz, comme Saddam Hussein à Halabja contre les civils kurdes en 1998 ? Et pourquoi pas l’arme nucléaire ? Vitrifions le territoire sous contrôle de l’Etat islamique, Dieu reconnaîtra les siens… ?

Voulons-nous juste ne pas être asservis, ou nous battre, aussi et surtout, parce que nous vivons avec des valeurs, parce que nous représentons une forme d’humanisme, parce que nous sommes les héritiers d’une histoire qui n’a pas manqué, chez nous aussi, de barbarie, et que celle-ci nous a appris l’importance essentielle du discernement ? SI c’est bien le cas, nous ne pouvons faire la même guerre que nos ennemis, nous ne pouvons faire non plus comme les Russes à Grozny hier, ou aujourd’hui même comme les Saoudiens et les Emiratis au Yémen contre les Houtis : tout écraser sous les bombes, puis tirer dans le tas…

Le général Custer, dont Jean-Paul Brighelli a paraphrasé la formule célèbre « Un bon Indien est un Indien mort », prononcée avant de mourir encerclé avec le 7e régiment de cavalerie à Little Big Horn, avait ordonné l’attaque sur le campement d’Indiens Cheyenne de Washita, où ses soldats avaient tué sans discernement hommes, femmes et enfants. Les Etats-Unis portent encore la mémoire des guerres indiennes, qui furent souvent, au nom de la civilisation de l’homme blanc contre les peaux-rouges, des guerres d’extermination pour la conquête des terres. Le combat contre la barbarie des égorgeurs n’a rien à voir avec cela, et il faut y apporter toute notre détermination, et tout notre discernement.

*Photo : Wikipédia.

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Pierre Brunet
est écrivain.
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