La catastrophe de l’Airbus de Germanwings a révélé au public un phénomène aux conséquences potentiellement dévastatrices : celui de l’amok. Qu’est-ce que l’amok ? Le dictionnaire nous apprend que le terme dérive d’un mot malais, « amuk », qui signifie « rage incontrôlable ». Observé par des ethnologues dans des contrées variées, allant de la Malaisie à la Terre de Feu, l’amok est une folie homicide qui affecte brutalement un sujet, toujours de sexe masculin, agissant seul. Cet accès subit de violence meurtrière débouche sur la mort de l’individu après qu’il a lui-même tué un nombre plus ou moins élevé de personnes. Il s’agit donc d’un équivalent de suicide (direct ou indirect), accompagné d’une libération de pulsions homicides. Le mécanisme psychologique qui mène à l’amok est la décompensation de frustrations importantes (humiliation publique, échecs répétés…), induisant un désir de vengeance à l’encontre d’autrui et de mort pour soi-même. Par extension, on parle d’amok pour qualifier le fou qui se précipite, fer en main, contre tout ce qui se présente, ne finissant sa course que dans la mort, dans un spectaculaire carnage collectif. L’homme qui est la proie de cette frénésie, « dès qu’il a vu le sang couler, n’épargnera personne, ni amis, ni enfants, ni parents. Une force surnaturelle l’anime » (H. Fauconnier, Malaisie). Si l’amok a été décrit dans les sociétés traditionnelles, où il est ordinairement perpétré à l’arme blanche, on peut en trouver l’équivalent moderne dans les exactions de tueurs fous munis d’une arme à feu, s’achevant par l’exécution ou le suicide du meurtrier. Les États-Unis notamment sont fréquemment secoués par de tels drames. Dans la société moderne, l’interprétation sociologique ou religieuse qui était celle des sociétés traditionnelles cède le pas à une explication pathologique : les amoks sont des malades mentaux (presque) comme les autres, en tout cas parmi tant d’autres.

*Photo : Michael Mueller/AP/SIPA. AP21731084_000002.

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est neurochirurgien, médecin des Hôpitaux de Paris, docteur en est neurochirurgien, médecin des Hôpitaux de Paris, docteur en philosophie.
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