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Cantines de Lyon: le bal des faux-culs

On pourrait parler calmement des menus sans viande

Cantines de Lyon: le bal des faux-culs
Mobilisation des éleveurs du Rhône devant l'Hôtel de Ville de Lyon lundi 22 février 2021. Sous couvert de crise sanitaire, le maire de Lyon impose dans toutes les cantines de la ville un repas sans viande pour les 7 semaines a venir... © Bony/SIPA Numéro de reportage : 01005552_000022

La polémique sur un non-événement où les anti-écolos et le maire de Lyon trouvent leur intérêt, révèle surtout une hystérisation grandissante du débat démocratique


Je ne suis pas vegan. Comme beaucoup de gens semble-t-il aujourd’hui, j’ai diminué ma consommation de viande et de charcuterie. Ce n’est pas que je n’aime plus ça, rien ne vaut un onglet saignant ou une côte de bœuf maturée au barbecue et j’espère bien un de ces jours connaître l’expérience paraît-il ultime du bœuf de Kobé. Je n’ai pas renoncé non plus au poisson: la sole, le cabillaud mais aussi le plus rustique hareng avec des pommes à l’huile, font partie de mes plaisirs habituels. Mais il se trouve que mon alimentation change avec l’âge. Les légumes et les fruits de saison m’enchantent et j’ai hâte de voir revenir tomates et gariguettes sur l’étal des maraîchers.

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Et puis il y a vegan et vegan. Quand ça vire à l’idéologie, il est sûr que c’est ennuyeux. L’honnête végétarien, qui existe depuis toujours, et qui est apparu en France au moins depuis le tournant du XIXème et du XXème, avançait des arguments qui se tenaient. Il était déjà question, chez ceux qu’on appelait les « en-dehors », même si on ne nommait pas les choses comme ça, de diététique, d’écologie et d’antispécisme. Comme pour le féminisme, les idées peuvent devenir folles. Le véganisme poussé à l’extrême aujourd’hui, refuse toute exploitation animale et finit par préférer pour s’habiller les fibres synthétiques et le skaï, infiniment plus nuisibles à l’environnement que la laine ou le cuir.

L’ouverture de la chasse aux Verts

Ces précautions d’usages prises, pour en revenir à l’affaire des cantines des écoles lyonnaises, j’ai tout de même l’impression d’un joli bal de faux-culs. Dans une haine rabique des Verts, voilà le maire de Lyon cloué au pilori par la droite, l’extrême droite et même une partie de la macronie. Personne ne semble, de ce côté-là, avoir digéré la prise d’une série de grandes métropoles par des édiles écolos. On les scrute de près, ces islamogauchistes, avec leur écriture inclusive dans les circulaires municipales, leur refus des sapins de Noël, des démonstrations de la Patrouille de France un 14 juillet, du Tour de France et de son empreinte carbone trop importante.

Quand bien même la mesure, explicitement transitoire, peut se justifier d’un point de vue sanitaire, Doucet l’a annoncée à grands coups de clairon pour voir qui sortait du bois

Bref, cette histoire de menus sans viande, c’était du pain béni. Gregory Doucet, le maire de Lyon, pouvait concentrer les foudres de tous ceux qui voient d’un mauvais œil les Verts devenir une force politique importante et enracinée. Peu importe que la même décision, des menus sans viande, aient été prises par Gérard Collomb au début de l’épidémie : « Il y aura un repas sans viande, avec légume et poisson, expliquait ainsi Gérard Collomb en mai 2020 sur l’antenne de BFM Lyon, afin de ne servir qu’un repas unique par jour afin d’accélérer les horaires de passage des élèves à la cantine. »

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Doucet le pyromane

Barbara Pompili, l’actuelle ministre de l’écologie, a même tenté de montrer le ridicule de la querelle mais elle n’a guère été entendu par Darmanin et d’autres poids lourds, trop heureux de trouver l’occasion de dénoncer « une idéologie scandaleuse » de la part de Doucet. Décidément, chez les macronistes, tout ce qui n’est pas eux les scandalise en ce moment. IL n’y a qu’une seule ligne possible dans les écoles et à l’université: la leur.

Bien entendu, ne soyons pas naïfs, Doucet est aussi faux-cul que ses adversaires pavloviens. Quand bien même sa mesure, explicitement transitoire, peut se justifier d’un point de vue sanitaire, il l’a annoncée à grands coups de clairon pour voir qui sortait du bois et évaluer le rapport de force…

Il est bien triste cependant de voir une telle hystérisation du débat politique, où la politique se mue en choc frontal sur le moindre non-événement. On voudrait finir par « trumpiser » notre démocratie qu’on ne s’y prendrait pas autrement.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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